Les droits de l’Etat doivent préserver l’Etat de droit

Communiqué de presse de l’U.S.P. du jeudi 2 avril 2020 :

Les droits de l’Etat doivent préserver l’Etat de droit

Depuis 2015, une série d’attentats terroristes a endeuillé la France. La représentation nationale a déclaré l’état d’urgence, générant des lois d’exception, dont nous trouvons encore les traces. En 2019, le gouvernement a décrété que les patients hospitalisés en psychiatrie sans leur consentement (fichier Hopsyweb), quelle que soit leur pathologie, devaient être confondus avec les personnes fichées S, suspectées de terrorisme (fichier FSPRT), au nom de la sécurité publique.
Le 27 mars 2020, le conseil d’État a rejeté le recours exercé par le CRPA, l’Unafam, la LDH et le syndicat des psychiatres des hôpitaux, laissant libre cours à cette pratique discriminatoire et infamante pour les personnes présentant des troubles psychiatriques graves. Ceci alors que la dėstigmatisation des usagers de la psychiatrie est affichée comme une priorité du rapport de mesdames Wonner et Fiat sur la santé mentale en septembre 2019. S’il y a bien un lien entre schizophrénie et dangerosité, c’est parce que les patients schizophrènes sont plus souvent victimes de violences que le reste de la population.

Sur le plan local, les préfets ont tenté durant les deux dernières années, de briser le secret médical en demandant aux psychiatres des hôpitaux de signaler les patients susceptibles d’être radicalisés, ce qu’ils n’ont pas fait, sauf situation exceptionnelle de non assistance à personne en danger.

Dernièrement, la représentation nationale a voté l’état d’urgence sanitaire.

L’USP s’inquiète de la dérive sécuritaire actuelle, sous un prétexte sanitaire, et s’interroge sur un certain nombre de lois votées dans l’urgence, venant rogner les droits fondamentaux, notamment les lois du travail. Elle s’inquiète également de l’instauration du traçage des individus par leur téléphone portable (tracking) et l’utilisation de drones pour pister les resquilleurs au confinement.

L’USP s’inquiète des dérives sécuritaires sanitaires actuelles dont les patients présentant des troubles psychiatriques sont, comme de nombreuses autres catégories de population vulnérables, les premiers à faire les frais. Ces patients qui se mettent souvent en retrait du monde sont confinés chez eux. Les soins ambulatoires habituellement dispensés sont très réduits, voire suspendus.

Dans les hôpitaux psychiatriques, les directives tombent chaque jour dans les services, les cellules de crise relayant des règles toujours plus strictes des Agences régionales de santé, à l’opposé du travail de lien quotidien. La prévention du Covid-19, énoncée comme priorité absolue, vient arrêter toute pensée clinique et éthique concernant les pratiques liberticides mises en place.

Nous serons par la suite extrêmement vigilants sur les suites données à ces lois et pratiques liberticides, le passé récent nous ayant montré qu’il en reste toujours des traces.

Pour l’USP

Delphine Glachant, présidente
Olivier Boitard, secrétaire adjoint

communiqué de l’USP : Une couronne pour Macron ?

Une couronne pour Macron ?

Les professionnels de santé seraient donc devenus les héros de la Nation. Ils n’en demandaient pas tant. Les citoyens reconnaissent déjà depuis longtemps leur dévouement et disent leur attachement à un service public de santé.

Le président Macron nous annonce que les personnes vulnérables sont devenues une priorité pour lui. Quelle mouche l’a piqué ? Une fièvre de solidarité l’aurait-elle saisi ?

« Il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. »

Lui qui ne se réclamait du ni gauche ni droite et agit clairement à droite depuis son élection, aurait-il découvert l’intérêt de l’Etat providence et des valeurs de gauche comme socle d’une société de progrès ? Serait-il prêt à revenir sur la marchandisation de la santé, lui qui a cédé de gigantesques marchés au privé ?

L’ARS de Nouvelle-Aquitaine, qui organise la liquidation des soins psychiques aux enfants dans les CMPP et transfère leur prise en charge aux acteurs privés pourrait en prendre de la graine ! A quand la fin de la mise en concurrence du public et du privé ?

Emmanuel Macron nous a à plusieurs reprises montré sa capacité à adapter son discours à la situation et parfois même quelques actes pour orienter un groupe contre un autre.

Rapidement, dès la crise passée, il renforcera son immunité contre les solidarités.

Depuis près d’un an, les professionnels de santé réclament des augmentations d’effectifs, de salaires, des réouvertures de lits, les moyens pour respecter les patients.

Nous ne sommes pas dupes de l’opportunisme du président, dont le gouvernement n’a eu de cesse de démanteler les services publics, mais prenons M. Macron au pied de la lettre quand en résumé il affirme que le mouvement LREM avec ses conséquences était une erreur.

Nous appelons à une convergence des luttes les 15 et 22 mars comme nous l’avions dit dans le communiqué de l’USP du 10 mars.

Pour l’USP

Pascal Boissel, président
Philippe Gasser, vice-président
Delphine Glachant, membre du CN
Pierre Paresys, vice-président

Thouars, 13 février 2020

Communiqué de l’U.S.P. du 27 février 2020

Jeudi 13 février, une infirmière exerçant au centre spécialisé de Thouars est morte dans l’exercice de son métier, tuée par un jeune patient hospitalisé. Nous sommes fortement touchés par ce drame qui brise une vie, une famille, des collègues et amènera probablement ce patient au crépuscule quand il s’en rendra compte.

Richard Ferrand ne l’a pas compris, montrant une inhumanité crasse face à la demande de Caroline Fiat, à l’Assemblée nationale, d’une minute de silence à la mémoire de cette jeune femme fonctionnaire.

Si un tel passage à l’acte de patient est rarissime, comportant toujours une part de mystère tenant au déchainement de la folie, il n’en reste pas moins que les professionnels exerçant en psychiatrie ont le sentiment d’être de plus en plus exposés à l’agressivité des patients, particulièrement dans les unités d’hospitalisation. L’accroissement des mesures d’isolement et de contentions montre leurs difficultés à y faire face.

Depuis au moins deux ans, les professionnels de la psychiatrie tentent de faire entendre leur voix pour dénoncer le manque de moyens que sont les leurs pour soigner correctement les sujets qu’ils ont à prendre en charge. Les grèves dures n’y ont pas suffi, le Printemps de la psychiatrie non plus. Les choses n’ont pas changé et ne font qu’empirer.

Pour abaisser ce niveau de violence dans les services, il faut de toute urgence des renforts de personnels pour donner de la disponibilité à la relation, donner du temps pour écouter, penser, comprendre, donner du temps pour faire la cuisine ensemble, donner du temps pour se promener dans les jardins. Ne plus retarder toujours le moment de la rencontre, qui parfois n’a jamais lieu.

Il faut du temps aussi pour l’analyse clinique et institutionnelle.

Il faut d’urgence des formations qui permettent aux médecins de découvrir une pluralité des pratiques, alliant l’apprentissage des psychothérapies à la pharmacopée, et pas uniquement en centres universitaires. Des formations spécifiques pour les infirmiers, dont la psychiatrie représente une portion congrue des trois années d’enseignement post-bac.

Le ministère déplore qu’isolement et contentions sont devenus les réponses de première intention aux phénomènes de violences émergeant dans les services, mais que fait-il pour enrayer le phénomène ?

La psychiatrie, ses usagers et ses professionnels étouffent de cette situation intenable et inhumaine pour tous.

Pour l’USP,
Delphine Glachant

Meurtre réel, politiques criminelles et meurtres d’âmes : l’horreur, ça suffit!

« Toutes nos idées sur la vie sont à reprendre à une époque où rien n’adhère plus à la vie. Et cette pénible scission est cause que les choses se vengent, et la poésie qui n’est plus en nous et que nous ne parvenons plus à retrouver dans les choses ressort, tout à coup, par le mauvais côté des choses ; et jamais on n’aura vu tant de crimes, dont la bizarrerie gratuite ne s’explique que par notre impuissance à posséder la vie. »

Antonin Artaud

Meurtre réel, politiques criminelles et meurtres d’âmes : l’horreur, ça suffit!

Suite à l’horreur de la mort d’une infirmière tuée par un patient d’une unité psychiatrique dans les Deux-Sèvres, le printemps de la psychiatrie souhaite manifester sa solidarité envers la famille de cette professionnelle et en premier lieu envers ses enfants, envers ses collègues, et également envers les patients qui ont assisté à cette catastrophe.

Cette situation est inacceptable. Il est inacceptable qu’une professionnelle de santé meure dans l’exercice de ses fonctions. Il est inacceptable qu’une personne hospitalisée pour des soins recoure à un tel acte de violence.

Il est également inacceptable que toute cette horreur se produisent dans le climat de destruction de l’hôpital public et de la psychiatrie publique en particulier.

Nous n’avons pas les détails de l’enchaînement des faits, ce qui nous invite à la prudence. Nous n’avons pas le détail sur l’effectif, la saturation du service, nous ne savons rien sur l’état clinique du patient au moment du passage à l’acte.

Ce que nous savons, de manière générale c’est que depuis 2008 l’augmentation des moyens en psychiatrie finance exclusivement du sécuritaire (chambres d’isolement, caméras de surveillance, renforcement de la hauteur des murs…). Aucun investissement dans des moyens humains n’a été fait sauf à créer des unités pour malades difficiles et des unités d’hospitalisation pour soins aménagés (UHSA)

12 ans plus tard, les soignants sont dans la rue pour dénoncer la honte quotidienne dans l’exercice de leur travail, l’indignité des conditions d’accueil et de soins des patients, les tensions régnantes à l’hôpital tant avec l’administration, entre collègues, avec les usagers etc.

Depuis plus d’une dizaine d’années, les rapports du contrôleur général des lieux de privation de liberté indiquent la déshumanisation globale qui règne dans la psychiatrie publique, le sous-effectif, le manque de formation, les maltraitances ordinaires…

Quand allons nous arrêter ces politiques criminelles qui sont un terrain propice à ce que le pire surgisse ? Politiques de santé qui non seulement n’arrangent rien mais aggravent encore plus la situation et sa brutalité.

Si nous ne savons rien des causes précises de ce drame, nous connaissons la catastrophe qui sévit dans l’hôpital public dans son ensemble et dans les secteurs de psychiatrie en particulier. 

Nous vivons au quotidien des drames : des personnes qui se suicident, des professionnels en burn-out, des usagers attachés et enfermés quand ils ne sont pas mis à la rue faute de structures ambulatoires etc. Des familles qui ne sont pas entendues ni écoutées.

La violence de la société s’infiltre dans tous les espaces de la société, le monde du soin n’y échappe pas.

Pour que des drames de la sorte ne puissent pas se répéter facilement, il faut pouvoir prendre le temps de soigner, prendre le temps d’écouter et d’apaiser, avoir le temps de se soigner, créer un climat de confiance entre toutes les personnes présentes dans les lieux de soins… Tout ce qui manque pour apaiser et rendre une ambiance de soin sécurisante. 

Pour ce faire, le minimum est de sanctuariser les secteurs du lien humain et d’arrêter d’appliquer des logiques comptables, gestionnaires et déshumanisants qui renforcent toujours plus le terreau favorable au pire.

Conférence de presse du 12 février 2020

Intervention de Serge Klopp pour le Printemps de la psychiatrie lors de la conférence de presse du 12 février 2020

Après la conception sécuritaire de la psychiatrie mise en place sous Sarkozy, le Printemps de la psychiatrie dénonce aujourd’hui une psychiatrie normalisatrice, déshumanisée, impulsée par le Ministère.

Cela, au travers de soins standardisés, fondés sur la seule approche des neurosciences et d’une caricature du comportementalisme qui s’apparente plus a du conditionnement qu’à du soin.

La prise en compte du psychisme ou de l’environnement social n’étant plus jugés valides par la Haute Autorité de Santé.

La psychiatrie, étant considérée comme une spécialité comme les autres, depuis la Loi Touraine elle intègre le parcours de soins. De ce fait la psychiatrie ne devrait s’occuper que de la crise, le suivi des patients stabilisés relevant des médecins généralistes.

Vu la pénurie de généralistes, chacun mesure l’aberration de cette orientation. Sauf à considérer qu’il s’agit de l’exclusion de la continuité des soins au long cours des plus démunis.

Nous ne sommes pas contre les neurosciences, mais nous demandons le retour à une psychiatrie humaine, fondée sur la prise en compte de la triple dimension biopsychosociale de la personne, au travers d’un soin relationnel.

Ce qui suppose à minima de réintroduire dans les études des infirmiers, des médecins et des psychologues, l’enseignement de la théorie psychanalytique ainsi que l’étude de la sociogenèse des troubles ainsi que la sociothérapie qui en découle.

Suite à la première action du Printemps l’hiver 2019, la Ministre Buzyn avait annoncé 10 millions pour la psychiatrie.

10 millions c’est dérisoire pour le Secteur !

Dans le même temps l’Hôpital du Vinatier dans le Rhône s’est vu retirer 10 millions de son budget.

10 millions c’est énorme pour un établissement !

Cela n’a pas vraiment affecté l’activité de cet établissement pour 2019, mais a creusé son déficit.

Aujourd’hui il s’agit pour le Directeur de résorber ce déficit au travers de mesures drastiques. Les décisions viennent de tomber et elles sont lourdes de conséquence pour les patients !

  • Fermeture d’un CMP de pédopsychiatrie, alors que tout le monde connaît les manques dans ce domaine et les délais d’attente insupportables pour un premier rendez vous.
  • Des menaces de fermeture sur d’autres CMP, risquant de se transformer en fusions pour récupérer les postes. Ce qui entrainera un éloignement des patients. Alors que l’on sait que la proximité est un gage de la continuité des soins. Là on organise la rupture des soins. Les conséquences de ces ruptures sont connues, elles se traduisent trop souvent par des suicides des patients et parfois par des homicides. C’est scandaleux !
  • La fermeture de 2 foyers et d’une unité pour personnes souffrant d’autismes ou se psychoses infantiles vieillissantes. Ces patients sont considérés comme stabilisés mais ne peuvent vivre de manière autonome et n’ont pas pu trouver de structures adaptées en dehors de l’hôpital. Pour l’heure il n’y a aucun projet d’alternative individualisé pour ces patients qui sont les plus vulnérables !

Nous demandons l’arrêt de toutes les fermetures, fusions de structures et la réouverture immédiate des CMP, CATTP, fermés ou fusionnés avec la création des postes nécessaires pour les faire fonctionner.

Nous demandons en priorité l’embauche immédiate de milliers de psychologues pour résorber les listes d’attentes des CMP et améliorer les prises en charge pluridisciplinaires tant en hospitalisation qu’en CATTP.

Ces postes doivent être des créations et non des redéploiement, c’est pourquoi nous demandons un collectif budgétaire pour augmenter l’ONDAM à hauteur des besoins et que l’ONDAM prévu par le PLFSS 2021 en cours d’élaboration prolonge ces augmentations à hauteurs des besoins de la population et non des orientations économiques libérales de Bercy.

 

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