Ni surveiller, ni punir les soignants bien traitants

Communiqué de l’USP du 15 juin 2021

Depuis les grèves de 2018 et la crise sanitaire de la Covid-19, un certain nombre de professionnels, grévistes et lanceurs d’alerte, syndiqués ou non, quel que soit leur statut, subissent de graves représailles de la part de leur direction hospitalière : empêchement à travailler dans le quotidien, conseil de discipline, mutation imposée, plaintes en justice.

L’USP dénonce cette attaque faite aux personnes dont la priorité est de défendre la qualité des soins et les droits des patients. Il est inadmissible de vouloir faire taire de la sorte ceux qui osent dénoncer les décisions ineptes des gouvernants.

Le président de la République et son gouvernement montrent tous les jours leur mépris pour les corps intermédiaires.

L’USP ne laissera pas ainsi bafouer l’indépendance professionnelle et la liberté d’expression des lanceurs d’alerte, dont la légitimité est de salut public et inscrite dans la loi.

Delphine Glachant, présidente

Nous refusons encore une fois la politique de la peur

Communiqué de l’U.S.P. du 1er Juin 2021

Vendredi 28 mai, en Loire-Atlantique, un homme de 39 ans a agressé une fonctionnaire de police à coups de couteau. Il lui a pris son arme, a fui avant de séquestrer une jeune femme puis de tirer sur les gendarmes et d’être abattu par eux. Hélas, sa mort est venue ici empêcher la rencontre qui aurait peut-être permis de donner du sens à son acte.

Poignardée dans ses fonctions, la policière municipale, mère de famille de 47 ans, est toujours hospitalisée.

Malheureusement, cette mort permet à une série d’experts en tous genres de gloser, d’occuper une presse lassée des vaccins et des masques, et à des partis politiques de faire campagne. Nous attendons pour notre part les résultats de l’enquête de police.

On nous dit que cet homme avait passé 19 ans en prison, était suivi par le renseignement territorial pour radicalisation et diagnostiqué schizophrène. Nous ne savons pas à cette heure ce qui a contribué au diagnostic de schizophrénie. Acceptons pour l’instant ce diagnostic comme confirmé. Notons d’abord que passer sa vie en prison n’est jamais thérapeutique, le plus borné des politiciens macronistes, LR ou RN ne peut l’ignorer.

Parmi les réactions qui se sont multipliées, retenons celle de Frédéric Péchenard, ancien patron de la Police nationale, devenu responsable politique et actuel patron d’une des listes de droite aux Régionales d’Ile de France – donc un homme qui ne parle pas à la légère et s’exprime dans son domaine de compétences. Il a affirmé le 30 mai dans les médias, en commentant ce crime, qu’il « fallait surveiller les hôpitaux psychiatriques ». Soigner derrière des grilles toujours plus hautes et sous la surveillance des drones, est-ce cela que la droite et le gouvernement nous proposent ? C’est l’impossibilité du soin qui est ainsi réaffirmée par des démagogues comme lui.

Voici à nouveau ce discours qui affirme depuis celui du Président Sarkozy de 2008 que le présumé schizophrène est dangereux, doit être enfermé à jamais, que c’est une question de sécurité publique et pas de soins. Voici cette démagogie sécuritaire ignorant les faits.

Quant à nous, nous répétons encore et à nouveau que les personnes schizophrènes sont selon toutes les études plus souvent victimes de violences que la population générale. C’est de soins et de protection dont ils et elles ont besoin. Pas d’exclusion ni d’enfermement. C’est un grand plan de développement de la psychiatrie, de recrutement de personnels, de formation de ces personnels qui est nécessaire, comme le disent les soignants dont les psychiatres, avec les patients et les familles, depuis des années. C’est une nécessité pour soigner mieux, voire pour soigner.
Dans les prisons françaises comme dans beaucoup de pays, il y a une surreprésentation des personnes présentant une pathologie psychiatrique, c’est un scandale qui dure et qui doit cesser. Ce renouveau de la psychiatrie aura à prendre en charge ce problème. Ce gouvernement, comme les précédents, reste sourd à ces exigences. Il préfère mettre l’accent sur la surenchère sécuritaire avec le RN et les autres droites.

Pascal Boissel, vice-président
Delphine Glachant, présidente

Prises de paroles du 2-5-2021

(liste à compléter)

Introduction par les trois collectifs à l’initiative du rassemblement :

L’Appel des Appels, Roland Gori

Printemps de la psychiatrie, Delphine Glachant

Collectif des 39, Selma Benchelah

Représentants et collectifs de psychologues :

Syndicat National des Psychologues – Pierre Ange Raoult

Alain Abelhauser et Albert Ciccone, Séminaire Inter-Universitaire Européen d’Enseignement et de Recherche en Psychopathologie et Psychanalyse.

Gladys Mondière, Fédération française des psychologues et de psychologie

Cyrille Le Jamtel – Collectif POP

CMPP :

Mariette Murat – Fédération CMPP Bretagne

Maya Vair- Piova, CGT

Associations : La Main à l’Oreille, Le Fil Conducteur Psy

Autres praticiens du soin psychique :

Association des Psychiatres du secteur infanto-juvénile

Patrick Landman et Louis Sciara, STOP DSM

David Ryboloviecz et Dominique Besnard- CEMEA (Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Education Active)

Pierre Delion

Delphine Glachant, le 2 mai 2021

Avant de considérer les atteintes portées des derniers temps aux soins psychiques, je veux parler de la réalité d’un service d’hospitalisation. C’est aussi cela que nous vivons dans notre quotidien.

J’ai été appelée dans la matinée du 1er mai par la cadre de pôle du service où je travaille, à l’hôpital les Murets dans le Val de Marne, pour me prévenir qu’une infirmière avait été gravement agressée la nuit précédente. Alors j’y suis allée. J’y ai passé la journée, dans un état de sidération que nous vivions en équipe et dans la tension du service. J’ai une pensée pour cette femme ainsi que pour sa collègue, traumatisées, pour un autre patient également agressé, et pour le patient auteur de ces violences, qui va très mal et portera peut-être plus tard le poids de ce qu’il a fait.

A l’heure où je devais organiser mes pensées pour dire quelque chose de cohérent aujourd’hui, sur l’état actuel de la psychiatrie, c’était très difficile et mes pensées s’entrechoquaient. Je pensais au drame de Pau, réactualisé ces derniers jours dans les débats puants qui suivent le jugement dans l’affaire Sarah Halimi ; je pensais à la profusion des dispositifs de sécurité (DATI) qui ont proliféré suite à ce drame, aux nombreuses structures hyper-sécurisées qui sont sorties de terre depuis (UMD, USIP et UHSA), au discours de Sarkozy de 2008 suite au drame de Grenoble….mais aussi au rapport d’Adeline Hazan, en juin 2020, qui dit à quel point la dignité et les droits des patients sont bafoués dans nombre de structures où nous travaillons. Rapport extrêmement intéressant et inspirant. Il dit entre autres qu’il faut ouvrir les portes du pavillon – c’est le cas de celui où je travaille.

Et je me disais que professionnels et patients sont pris entre ces deux types d’injonctions : le sécuritaire et les droits des patients.

Tout cela avec des moyens humains réduits à peau de chagrin relativement aux demandes de soins exponentielles depuis 20 ans et avec des formations de plus en plus dénaturées, complètement axées sur le comportemental, sur la gestion de situations, vides de sens clinique.

Ces injonctions contradictoires, elles se répètent à l’infini, et nous rendent fous. Elles amènent un certain nombre d’entre nous à démissionner de leur travail, de leur engagement. Elles amènent aussi, peut-être, à ces situations de violence extrême.

Travaillant à l’hôpital, je pense notamment à l’article 84, cette espèce d’usine à gaz censée contrôler les mesures d’isolement et de contention…qui nous oblige juste à fournir encore plus de pièces administratives, qui ne serviront à rien mais sont obligatoires, nous amènent à rester encore davantage derrière nos écrans et à être encore un peu moins disponibles auprès les patients. Temps cliniques et institutionnels raccourcis voire supprimés, pensées tronquées par des formations insuffisantes.

Et pourtant il y a peu, à la CNP, le Pr Lejoyeux disait que cet article 84 se situait dans une politique d’amélioration continue de la qualité des soins !

Tout est fait pour qu’il n’y ait plus de pensée. Seul le symptôme compte, à maitriser, à faire disparaitre au plus vite. Surtout que la personne souffrant de trouble psychique soit rapidement sur pied ! Retrouvant sa place de maillon de la chaine de production et, surtout !… qu’elle ne coute pas trop cher.

L’hôpital psychiatrique, comme le reste de l’hôpital public, est devenue une machine à produire du soin. Seul est pensé le fonctionnement de la machine dans un unique but de réduire les couts, sans projet de santé publique, sans pensée sur ce que sont la souffrance psychique et le soin psychique.

Derrière le symptôme il y a le cerveau. Vous aurez noté que le premier projet de recherche qui est sorti de la CNP concerne la systématisation d’IRM hyperspécialisées dont des algorithmes hypersophistiqués vont traiter les données, dans un grand big data au service d’on ne sait quelle firme. Les psychistes d’hier vont être remplacés par des informaticiens ! Attention à vos cerveaux !!

Aujourd’hui se produit l’aboutissement de 15 ans de lobbying des grandes entreprises capitalistes de France et d’ailleurs, qui ont transformé le paysage de la psychiatrie, avec l’introduction de programmes de rééducation à la norme, aussi bien des professionnels que des patients, de réadaptation à une vie sociale, où chacun est entrepreneur de lui-même, doit avoir un projet et le réaliser.

Pour les adultes, ces programmes s’appellent FondaMental. Lire l’épisode 2 du blog de M. Bellahsen sur le PassBipolaire.

Pour les enfants, cela s’appelle les plateformes d’orientation et de diagnostique pour enfants présentant des Troubles Neuro Développementaux.

Tout cela se passe dans l’absence totale de projet de loi-cadre sur la psychiatrie, mettant hors champ de pensée ce que l’on peut élaborer comme système de soins, non seulement pour soigner les personnes malades mais également pour faire société avec ces personnes présentant à un moment de leur vie ou toute leur vie, des troubles mentaux.

Le gouvernement, par la prochaine réforme du financement de la psychiatrie, va mettre tous les professionnels à ses ordres. Vont s’imposer, parce que ce sera le seul moyen d’avoir des dotations financières plus importantes, des prises en charge courtes de crise, hyperspécialisées en CMP ou lors d’hospitalisations courtes. A l’heure de la déstigmatisation, quand quelqu’un sortira d’un CMP, il aura son étiquette « psychotique en crise » sur le front. Encore une injonction contradictoire : faites dans la déstigmatisation mais organisez-vous par filières !

Par cette réforme du financement, le gouvernement va aussi privilégier les projets dits innovants, regroupant bien souvent la e-santé et les équipes mobiles intersectorielles.

Par cette réforme il balaie la psychiatrie de secteur, socle de la psychiatrie française, qui permet un accueil inconditionnel de tous, quand il en a les moyens. Système qui pourrait d’ailleurs servir de modèle à la réorganisation générale de notre système public de santé.

Le gouvernement utilise maintenant la Commission Nationale de Psychiatrie et bientôt les Assises nationales de la Psy et de la Santé Mentale pour appliquer les directives présidentielles, Emmanuel et Brigitte Macron ne cachant pas leurs relations privilégiées avec certains psychiatres, devenus subitement providentiels.

Les membres qui coordonnent les groupes ont déjà été bien triés sur le volet, faisant la part belle aux universitaires. Et on entend bien, dans le discours des technos de la DGOS qui encadrent ces réunions un recadrage sans cesse vers une nouvelle psychiatrie, où « l’allers-vers » est très à la mode, la gradation des soins, les parcours des soins, l’ingénieurisation des professionnels, les actes techniques des psychologues… alors que les incitations financières sont clairement énoncées comme levier d’organisation du modèle de soins.

Ces mêmes mots que l’on entend aussi de la bouche de Frank Bélivier, le délégué interministériel à la Psy et la SM, de FondaMental ou encore de Marion Leboyer, présidente de FM, qui refait surface dans les Assises Nationales de la Psychiatrie, voulues par le président dès le début de l’été.

Nous vivons dans une société complètement folle, où nous sommes de plus en plus contraints, tous, dans nos libertés et, pour ce qui nous concerne, dans nos métiers, dans nos soins. C’est le paradoxe de ce nouveau libéralisme qui n’en est pas un : déconstruire les politiques publiques de santé, laisser libre place aux marchés et à l’enrichissement, et serrer la vis de tous pour mieux servir ces intérêts-là.

AERI, Montreuil – 2 mai 2021

Delphine Glachant – Membre du Printemps de la psychiatrie

Appel au rassemblement le 2 mai 2021 à Montreuil

APPEL A UNE MOBILISATION DES PRATICIENS DU SOIN PSYCHIQUE

La pandémie vient de nous rappeler ce que constatent tous les jours dans la prise en charge des souffrances psychiques et sociales les professionnels du soin. L’équilibre et le développement du sujet humain dépendent étroitement de son environnement social et culturel. Les relations humaines exigent un soin, un souci, une sollicitude qui mobilisent tact, délicatesse et parole pour accueillir et traiter la vulnérabilité spécifique de notre humanité. Et ce d’autant plus lorsque le sujet humain, conjecturalement ou structuralement, est en proie à l’angoisse et à la détresse. Les professionnels du soin doivent connaitre les techniques de santé sans pour autant se réduire à des techniciens taylorisés d’une chaine de production sanitaire sans âme et sans conscience. Plus encore que dans d’autres métiers soumis aujourd’hui à cette violence technocratique, les professionnels du soin psychique doivent pouvoir exercer leurs métiers en connaissance de cause.

Pourtant, là comme dans les secteurs de la recherche, de l’éducation, de la justice et du travail social, une politique de « casse des métiers » se met en place par le jeu de prescriptions normatives, d’arrêtés et de projets de lois purement sécuritaires augmentant les dispositifs de contrôle aux dépens de la qualité des soins (pour les plus récents : Plateformes diagnostiques, Arrêté du 10/03/2021, Proposition de création d’un Ordre des psychologues, …). La poursuite, voire l’accélération de cette politique, imposée de façon anti-démocratique, dans le mépris absolu des associations et organes de représentation des professionnels, se prévaut d’une vision réductrice, neuro-cognitive et sécuritaire du sujet humain et a pour conséquence la destruction des pratiques, des dispositifs de soins et des statuts professionnels. Plusieurs de ces « coups d’Etat bureaucratiques » ont été réalisés avec la complicité de responsables partisans d’une éradication des théories et des pratiques psychodynamiques, peu soucieux de masquer leurs conflits d’intérêts épistémologiques et marchands. Un sujet humain sans environnement, sans histoire, sans culture, sans responsabilité, piloté par ses neurones, ne correspond pas à notre expérience du soin, et pas davantage à notre désir de progrès et de justice sociale.

Face à ces attaques contre le soin tout autant que contre la démocratie, et dans la perspective des « Assises de la psychiatrie et de la santé mentale » montées dans la précipitation, il faut plus que jamais nous réunir pour envisager une réponse concertée. Cette réponse ne saurait être cantonnée à la psychiatrie ou à la psychologie, elle concerne tous les métiers aujourd’hui impactés par une logique purement comptable et instrumentale qui compromet les services que nous devons aux citoyens.

Nos trois collectifs appellent l’ensemble des associations, collectifs et collèges professionnels, organisations syndicales, associations de patients, organismes représentatifs de parents, et les citoyens à une réunion :

Dimanche 2 mai 2021 à 14h à Montreuil

Espace AERI, 57, rue Etienne Marcel, 93100 Montreuil, M°9 – Croix de Chavaux

ET en VISIO-RASSEMBLEMENT :

https://us02web.zoom.us/j/88228772901?pwd=SU0xK3FaUWgvWFVRbWw5am52T1h2dz09

ID de réunion : 882 2877 2901 ; Code secret : 343200

Paris, Marseille, Montreuil, le 16 avril 2021

Appel des Appels

Collectif des 39

Printemps de la psychiatrie

« Fichiers de la nuit sécuritaire »

Communiqué du Collectif des 39

« Fichiers de la nuit sécuritaire »

En ce début d’année 2021, et comme tous ceux qui manifestent ce jour, le Collectif des 39 se « réjouit » d’une toute nouvelle mouture, préparée par nos gouvernants, du fichier national de « personnes ayant des activités susceptibles de porter atteinte à la sécurité publique et à la sureté de l’État » en y introduisant les « données de santé révélant une dangerosité particulière ». C’est une folle avancée vers la « sécurité globale » de l’humanité !

Cependant, le Collectif des 39 est « peiné » d’apprendre que tous ceux qui pratiquent l’évasion fiscale, le conflit d’intérêts privés au sein des structures d’État sans oublier ceux dont l’action détruit la planète – les noms de ces meneurs de la « révolution » ultra-libérale devant figurer dans ce fichier – risquent d’être amalgamés avec celles et ceux, parmi nous tous, qui présentent des « troubles psychologiques ou psychiatriques ». À savoir, ceux qui mangent leurs ongles ou leurs cuticules, ceux qui boivent des verres de vin chaque jour, ceux qui fument une cigarette ou autre, entendent des voix, qui ont des apparitions ou comptent les moutons, ceux qui s’angoissent profondément pour l’avenir ou qui regardent la corde … et bien d’autres.

A ce propos, le Collectif des 39 suggère au Conseil d’État – visiblement permissif en la matière – la création d’un ultime fichier dénommé Héros de la nuit sécuritaire. Il distinguerait les personnes qui portent une atteinte particulièrement dévastatrice à la sécurité publique et à la sureté de l’État : celles dans la tête desquelles a germé l’idée de créer et de croiser de tels fichiers !

Collectif des 39

Le 16 janvier 2021 (jour du mouvement national contre la loi « sécurité globale »)

P.S. Sinon, nous formulons nos vœux pour 2021 avec le Printemps de la psychiatrie ici.

Les voeux du Printemps de la psychiatrie pour 2021

DES MOTS … Ou les mille et une manières de mettre en mots les convictions et les engagements qui animent le Printemps de la psychiatrie et qui légitiment ses appels à la mise en mouvement d’actions et d’ACTES
… en ce début de l’année 2021

Le Printemps de la psychiatrie continue à s’engager pour le renouveau des soins des personnes en souffrance psychique, poursuivant ses efforts avec détermination pour que les soignés, leurs familles, les aidants et soignants mobilisent les moyens d’agir sur les pouvoirs publics, politiques et économiques :

– afin qu’ils acceptent de donner la priorité aux intérêts communs plutôt qu’aux conflits d’intérêts particuliers des lobbys[1], qui –y compris sous prétexte de la crise COVID– accélèrent le démontage et la privatisation des systèmes publics par le biais du new public management et conduisent la psychiatrie française dans le mur.

– afin qu’ils cessent d’ignorer la nature spécifique du psychisme humain et ses souffrances derrière l’illusion les réduisant à un simple dys-fonctionnement du cerveau qu’il suffirait de stimuler, rééduquer, reconfigurer. C’est vain et dangereux, car déshumanisant et incongru : le groupe social comme l’individu sont faits de leur histoire.

– afin qu’ils soutiennent la ré-humanisation de la psychiatrie et de la pédopsychiatrie, tant sur le plan de conceptions de soins, donc de la formation, que sur le plan des effectifs soignants. C’est aussi une voie indispensable pour réduire les hospitalisations sous contrainte et l’isolement, et pour abolir la pratique injustifiée de contention. Le projet de « basculer » davantage dans la « télé-psychiatrie »[2] est contraire aux besoins du soin psychique, renforce son évitement et appauvrit les pratiques.

– pour qu’ils effectuent un réel renversement de tendance budgétaire et stoppent la prédation financière des soins psychiques via leur privatisation marchande. Cela passe par l’abandon de la « réforme » du financement de la psychiatrie en cours, qui s’inscrit dans cette logique. 

– afin qu’ils cessent d’amalgamer la maladie mentale et le danger terroriste par la voie d’inscription automatique et stigmatisante des personnes hospitalisées sous contrainte dans le fichier croisé avec celui des terroristes présumés. Qu’ils renoncent au fichier « de données de santé révélant une dangerosité particulière » visant un projet insensé de « sécurité globale ». Aussi, il est inacceptable de confier nos données de santé à une multinationale de droit privé.

– afin qu’ils entendent les authentiques représentants des soignés, et de leurs familles, libres des conflits d’intérêts avec les lobbys. Certaines associations agréées, pour le rester, finissent par tolérer ou soutenir la dérive de la psychiatrie vers les conceptions de soin de moins en moins respectueuses et de plus en plus sécuritaires.

– afin qu’ils réorientent les budgets publics vers une recherche qualitative dans tous les champs scientifiques et thérapeutiques (psychodynamique, intersubjectif, institutionnel, biologique, social…), actant que les investissements massifs dans l’approche purement neuroscientifique n’ont pas tenu leurs promesses pour la psychiatrie[3].

Autrement dit, le Printemps de la psychiatrie continue à s’engager pour que la psychiatrie redevienne une discipline abordant le soin de la personne dans tous ses aspects psychiques, somatiques et sociaux, ajustant les thérapies relationnelles, institutionnelles et neuro-biologiques, de façon respectueuse des sujets soignés et de leurs droits. Cela au sein de centres de consultations de proximité suffisamment nombreux, correctement équipés, articulés sur un territoire donné avec les dispositifs semi-ambulatoires et d’hospitalisation, et associé aux dispositifs médico-sociaux, libéraux et associatifs chaque fois que nécessaire. Autrement dit, prise dans une affection psychiatrique aiguë ou chronique, la personne bénéficie ainsi de tout un dispositif constitué par les coopérations humaines, qui intensifient chez les soignants et les soignés leurs capacités de soigner et de se soigner. Encore autrement dit : Le Secteur psychiatrique.

En conséquence, le Printemps de la psychiatrie refuse la gestion de la psychiatrie par des méthodes fondamentalement opposées, socialement toxiques, calquées sur les processus industriels, sur la captation marchande et la déshumanisation par les procédés numériques, où la personne malade, classée selon ses comportements apparents, disparait comme sujet, réduite à son seul cerveau (ou même ses parties) à stimuler, à rééduquer voire à « modeler », pour « l’adapter »[4]. Fragmentaire et déshumanisant, ce système de plateformes et de boucles de prestataires privatisés interchangeables – partout où il a été appliqué – ne fait qu’imposer des « économies » de moyens à la recherche de « rentabilité » financière, mais aboutissant inévitablement à la régression du soin psychique et psychiatrique, à la dégradation d’accessibilité des « services » pour tous et à l’abandon des « usagers » non lucratifs, non conformes aux méthodes labellisées, en un mot l’abandon des plus fragilisés sur le plan psychique et social. Autrement dit, un système contraire aux besoins humains en matière de psychiatrie et de pédopsychiatrie, aboutissant dans un futur proche à une Uber-psychiatrie.[5]

En un mot, en 2021 le Printemps de la psychiatrie continue à s’engager pour mettre en actes une psychiatrie et une pédopsychiatrie sachant accueillir et écouter le sujet en souffrance, le soigner pour lui permettre de mieux lire son monde et savoir mieux le traduire en MOTS. 

Printemps de la psychiatrie

Janvier 2021





Le Manifeste du Printemps de la psychiatrie a été signé par :

Appel des appels (ADA) – Association méditerranéenne de psychothérapie institutionnelle (AMPI) – Association des psychiatres de secteur infanto-juvénile (API) – Actualité de la psychanalyse à Troyes – Les Blouses Noires du Rouvray – CEMEA – CGT du Césame, d’Angers (49) ; du CH de Lavaur (81) ; du CHS de Sevrey (71) ; de Vinatier (69) ; du CHU de Nantes –  CIPPA – Collectif des 39  – Collectif pédopsychiatrie du 19ème en lutte – Collectif national des psychologues hospitaliers – Collectif Psy de St Jacques (Nantes) – Collectif « Sans fermer » – La Criée – Association Empreintes et Arts – Ensemble ! – Fédération Des Centres Médico-Psycho-Pédagogiques (FDCMPP) – Fédération des orthophonistes de France – La FEDEXC – La FIAC – Le Fil conducteur Psy – France Insoumise – GEFCA – GEM Passe muraille de Gap – Génération.s – Humapsy – Inter-collèges des psychologues hospitaliers – NPA – PCF – Pinel en lutte – Le Point de Capiton – Pratiques, les cahiers de la médecine utopique – Les Psy causent – La Psy Cause (collectif soignant psy de St Étienne /42) – Psychiatrie Parisienne Unifiée – Psy soins Accueil – La Rattroupe, collectif soignant – Réseau Européen des Santé Mentale Démocratique – SERPSY – Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux (SPH) – Fédération Sud Santé Sociaux – Union Syndicale de la Psychiatrie (USP)… et tous les autres !