Nous sommes en grève des données informatiques

Communiqué du Collectif de la Pédopsychiatrie du 19ème en Lutte du 13 mai 2020

Communiqué du Collectif de la pédopsychiatrie du 19ème en lutte du 13 mai 2020

NOUS SOMMES EN GRÈVE DES DONNÉES INFORMATIQUES

Nous, soignantes et soignants du collectif de la pédopsychiatrie publique du 19éme arrondissement de Paris intégrée au Groupement Hospitalier Universitaire – Paris, Psychiatrie & Neurosciences (GHU), avons décidé, à compter de ce jour et pour une durée illimité, d’une grève des actes et des données. Cette décision nous la prenons alors que l’épidémie de COVID-19 bat son plein et que la direction nous impose de remplir des grilles d’actes pour coder le télétravail. Nous refusons de participer à la normalisation de ce recours au télétravail. Et plus généralement, nous refusons de continuer à participer au Recueil d’Informations Médicales en Psychiatrie (RIM-P) via le logiciel Cortexte qui est le bras armé des mesures d’austérité, du Lean Management et du contrôle gestionnaire de nos services qui pèsent depuis de nombreuses années sur la psychiatrie publique. Ce recueil de données prépare la réforme du financement de la psychiatrie qui se verra imposée un système de tarification standardisée pour janvier 2021 très proche du système de Tarification à l’acte à l’hôpital général (Médecine, Chirurgie et Obstétrique). Nous voyons bien, à l’heure qu’il est, le péril que représente ces politiques gestionnaires.

Nous sommes effectivement contraint d’utiliser le téléphone et certains outils numériques pour maintenir un lien avec les familles et les enfant que nous accueillons en temps normal. Nous inventons chaque jour et au cas par cas des pratiques pour répondre à certaines situations préoccupantes. Nous rendons visite à certains enfants et parents aux pieds des immeubles quand cela nous semble nécessaire. Nous essayons de maintenir des espaces d’élaboration collective via des applications mais nous sommes très loin de nous en satisfaire.

Tout le monde peux aisément comprendre que nous avons bien autre chose à faire et à penser en cette période inédite que de perdre du temps à remplir des actes.

Il y a un an, le 17 avril 2019, la pédopsychiatrie publique du 19éme arrondissement de Paris se mettait en grève pour dénoncer et faire connaître les graves attaques idéologiques et financières qu’elle subit. Par cette grève, nous avions aussi souhaité nous faire l’écho de l’immense majorité des secteurs de pédopsychiatrie qui ne peuvent plus effectuer leur mission de service public pour accueillir et soigner de façon inconditionnelle les enfants et familles de nos quartiers.  

Il aura fallut une crise sanitaire pour qu’une fois de plus la population découvre ce que bons nombres de soignants dénoncent depuis des années, un hôpital à bout de souffle, détruit par les régimes d’austérité et les reformes successives, élaborées méthodiquement depuis plus de 20 ans, par les politiques néolibérales de gauche comme de droite. Que l’on soit un agent dans les services de soins généraux ou en psychiatrie, les constats et les logiques de destruction sont les mêmes. Cette tendance touche les secteurs du social et du médico-social via ces même logiciels. Et ce sont les m^mes injonctions des directions à les remplir, même dans cette période de pandémie, qui font réagir de plus en plus de travailleurs sociaux en grande difficulté.

Pour gérer la pénurie, le GHU Paris Psychiatrie et Neuroscience a fait appel aux mécénats des grandes entreprises et groupes financiers et a ainsi lever des fonds pour le matériel de protection des soignants. Nous voyons ainsi la logique des partenariats public/privé se renforcer comme l’annonce une enquête récente sur la Caisse de Dépôts sur Médiapart. Les données que les soignants renseignent sur les logiciels que nous dénonçons servent déjà à affiner et valoriser les produits de start-up en e-santé mentale. L’enquête militante sur les logiciels de recueil de données en psychiatrie produite par la Commission contre les Outils gestionnaires du Printemps de la Psychiatrie montre que le GHU a inauguré une pépinière d’entreprise sur le site de Sainte-Anne. Cette pépinière pilotée par l’entreprise Paris BioTech Santé travaille main dans la main avec le laboratoire de recherche du GHU qui s’est doté d’un hangar de données pour traiter celles-ci par algorithmes. Et ce serait à nous de continuer à leur fournir ces données ? Ce serait aux patients d’accepter que les informations relatives à leur santé transitent vers des start-up ?

 Maintenant, nous disons STOP ! Nous ne recommencerons pas demain comme avant ! Nous savons que cette crise va servir, une fois de plus, d’alibi à nos gouvernements pour accélérer les réformes vers un système de santé privatisé.

Il est urgent de préparer l’après confinement dès aujourd’hui en sortant de l’emprise de ces outils et procédures imposés par la machine gestionnaire et technocratique en arrêtant de les alimenter.

Il est urgent de refonder un financement aligné aux besoins que les acteurs de terrains font remonter à l’État et aux tutelles.

Nous appelons dès à présent, avec le Printemps de la Psychiatrie à une grève des actes et des données informatiques en psychiatrie et dans les secteurs sociaux et médico-sociaux comme cela est le cas à l’hôpital général.

Nous opposons au recueil de données informatiques le recueil de témoignages, de récits de vie en période de confinement, de déclaration d’actions ou toute autre forme qui permette de nous rendre visibles !

Le Collectif de la Pédopsy du 19ème en Lutte

Pour nous écrire, nous soutenir, nous rejoindre dans l’action : collectifpedopsy19@gmail.com

Communiqué de l’USP du 30 avril 2020

Communiqué de soutien de l’USP à l’appel du Printemps de la psychiatrie « Opération déconnexion, halte au codage du soin », le jeudi 30 avril 2020

Si le projet de loi de financement de la psychiatrie, applicable au 1er janvier 2021, prévoit une dotation majoritairement populationnelle, il prévoit également des dotations complémentaires qui verront récompensées l’exhaustivité et la qualité du codage, jugées insuffisantes, particulièrement dans les CMP (Dépêche APM du 25/10/19).
Ce codage, selon Didier Guidoni, membre de la Task force Réforme du financement du système de santé au ministère des Solidarités et de la Santé, servira à « réfléchir aux futurs modes de financement dans 10 ans ».
L’USP refuse le codage des soins qui serait la porte ouverte à la T2A en psychiatrie.
L’USP réclame une dotation globale calculée en euros par habitant, c’est-à-dire selon la démographie du secteur (contribution de l’USP pour la table ronde du 17 janvier 2020 à l’Assemblée nationale).

L’USP exige un re-basage de la dotation annuelle par rapport aux déficits actuels, notamment que soient pris en compte le GVT, l’augmentation du point d’indice, les nouvelles primes… dans les DAF allouées chaque année, ce qui n’est pas le cas actuellement !
L’USP et les professionnels de la psychiatrie sont prêts à rendre compte de leur travail, particulièrement dans cette période de crise sanitaire où les nombreuses expériences menées montrent la vitalité et la créativité des équipes de soins mais l’USP refuse de compter, toujours compter, rien que compter…
Les professionnels de la psychiatrie en ont assez de ces recueils de données informatisées chronophages et veulent reprendre en main leur temps passé auprès des patients.

à propos de l’appel « Halte au codage du soin »

Dans la continuité de l’Assemblée Générale du 30 novembre 2019 au T2G (Théâtre de Gennevilliers) qui a réuni de nombreux patients, soignants, familles, organisations et collectifs inscrits dans la défense d’une psychiatrie à visage humain, et suite à la publication de l’enquête militante de la Commission contre les outils gestionnaires, le Printemps de la psychiatrie  lance l’Opération « déconnexion », halte au codage du soin !

Cet appel à la grève des actes a pour vocation d’engager un mouvement de réflexion et d’analyse critique sur les outils de gestion informatisée en psychiatrie et les politiques d’austérité dont ils sont le bras armé depuis les années 90. Il a aussi pour but de soutenir les équipes soignantes d’ores et déjà investies dans la grève des actes et d’être rejoint par le plus grand nombre. Nous le publions avec les premières signatures auxquelles s’ajouteront celles des collectifs, organisations et personnes souhaitant soutenir ce mouvement.

Le débat au sein du Printemps continue son chemin. En ces temps difficiles de crise sanitaire et de restrictions des moyens soignants depuis deux mois, certaines équipes souhaitent poursuivre l’activité de codage pour valoriser leur intense activité et des dispositifs nouveaux.

La réforme du financement de la psychiatrie, qui prévoit de valoriser un meilleur codage afin que les données soient mieux utilisées, est le premier pas vers la Tarification à l’activité en psychiatrie. Elle prendra effet en janvier 2021. Elle ne doit pas rester sans réponse. Aujourd’hui, l’ADESM, la Fédération Hospitalière de France et d’autres organisations sont en train de battre campagne pour accélérer la mise en place d’une tarification standardisée en psychiatrie et soutenir la logique des partenariat publics/privés. Ce sont ces mêmes organisations qui ont impulsé le Programme de Médicalisation des Système d’Information en Psychiatrie dès 1995 ouvrant sur plusieurs décennies de gestion désastreuse de la psychiatrie publique. Pour rappel, Frank Bellivier, délégué ministériel de la santé mentale en charge de cette réforme est un membre très actif de la Fondation FondaMental dont nous avons déjà parlé à de nombreuses reprises.

S’informer, débattre, c’est construire ensemble ce que nous souhaitons.

Toutes les forces progressistes dont les organisations syndicales sont interpellées pour soutenir cet appel :

FINALDOC-PRINTEMPS-DE-LA-PSY-07-05-JPEG

Opération déconnexion, halte au codage du soin!

Depuis une vingtaine d’années, les ordinateurs sont entrés dans le quotidien des soignants en psychiatrie et plus largement dans tous les domaines de la santé. Cela dans un contexte de dégradation continue de la qualité de l’accueil des patients et des conditions de travail des soignants. Cet accroissement exponentiel des outils numériques est vanté comme un signe de « progrès, technologique» qui promet une « amélioration de la qualité des soins » (Agnès Buzyn, 2018).

Loin d’être un progrès, l’informatisation est utilisée comme le vecteur d’une gestion comptable de la santé avec la mise en place de la Tarification à l’Acte (T2a) entraînant des dommages que nous constatons pour les hôpitaux généraux. La pandémie du COVID-19 a révélé l’ampleur de la dégradation du système public de santé résultant des politiques d’austérité.Depuis le début des mesures de confinement liées au COVID-19, les directions des établissements de santé, du social et du médico-social invoquent une remise en cause des financements si les services ne saisissaient plus d’actes pendant cette période.

Pour pallier ce risque, certaines directions se sont empressées d’ajouter la case « télétravail » sur le logiciel de Recueil d’Information Médicale en Psychiatrie (Cortexte, Cariatides, etc.)

Le Gouvernement se félicite à longueur de temps de la généralisation du télétravail qui permettrait de sauver l’économie du pays pendant et après la crise du COVID-19. Ce faisant, on banalise le recours aux nouvelles technologies induisant en santé une dématérialisation de la relation soignant-patient et renforçant la surveillance. La généralisation du télétravail, accentue en fait l’isolement des soignants alors que rien ne peut remplacer « une présence en chair et en os » (Pascale Molinier, 2020) dans les métiers du soin comme dans bien d’autres domaines centrés sur l’humain.

L’enquête militante sur les logiciels de recueil de données en Psychiatrie, conduite par la Commission contre les Outils Gestionnaires du Printemps de la Psychiatrie en avril 2020, a montré comment ces données permettent de renforcer et d’accélérer le processus de marchandisation de la santé y compris de la santé mentale, en passant par une multiplication des partenariats public/privés qui œuvrent notamment à la création de nouveaux produits d’e-santé mentale.

En saisissant des informations dans les logiciels tels que Cortexte, Cariatide, Osiris, les soignants contribuent au Recueil d’Informations Médicales en Psychiatrie (RIM-P) qui fonctionne sur le même mécanisme que la Tarification à l’acte. Dans les faits, ces outils numériques constituent le bras armé des politiques à l’origine des mesures d’austérité, de valorisation marchande et de réduction du sujet à ses neurones ou à sa chimie. Cette déshumanisation progressive du secteur conduit à l’uniformisation et à l’appauvrissement des pratiques avec la remise en cause de la singularité de l’exercice de chaque professionnel. La saisie de ces actes imposés est clairement au service d’une gouvernance par les chiffres préparant la transition vers un système de tarification standardisée en psychiatrie qui devrait être mis en place à partir de janvier 2021.

Cette gouvernance a des effets directs et délétères depuis de nombreuses années dans tous les secteurs. Ainsi, à l’instar des logiciels de recueil de données en Psychiatrie, les logiciels des secteurs du social et du médico-social (Solis, Simez, PEPS+, Seraphin-PH ou encore COSMOS…) balayent tout questionnement éthique et conduisent également à une uniformisation des pratiques individuelles et singulières de chaque professionnel.

Nous appelons toutes les forces progressistes et humanistes, et plus largement toute la société, à soutenir l’appel que nous lançons dès à présent pour combattre les dangers que représente la prolifération des outils informatisés pour les libertés individuelles et la qualité des soins et de l’accompagnement social. Le soutien des organisations syndicales et politiques, des associations professionnelles, des collectifs militants est déterminant pour amplifier notre action et nous permettre de reconstruire ensemble un futur différent dans le champ du soin et de l’accompagnement social, en rupture avec les politiques menées par le désordre néolibéral.

Le collectif du Printemps de la Psychiatrie et les signataires de ce communiqué appellent les secteurs de la santé, du social et du médico-social à :

▶ Cesser dès à présent de coter les actes comme cela est déjà le cas lhôpital général avec le Collectif inter-hôpitaux (CIH) : la santé na pas de prix, le temps accordé aux soins et à laccompagnement social non plus.

Tout le monde peut comprendre que passer un pourcentage important de temps à rendre des comptes via un logiciel informatique est « une perte de temps » au détriment de l’accès aux soins et à un accompagnement social.

▶ Informer massivement les patients et les familles de leur droit à refuser le Dossier Patient ou social Informatisé.

Tout patient ou toute personne accompagnée a le droit de refuser la création de son Dossier Patient ou Social Informatisé et la saisie de ses données dans le cadre du respect de l’anonymat conformément à la loi.

▶ Redonner de la liberté et de la puissance dagir aux collectifs de soins et daccompagnement dans les lieux de prise en charge de la santé, du social et du médico-social (patients, familles, soignants et citoyens).

La logique du soin et de l’accompagnement social doit l’emporter sur les logiques gestionnaires. Le pouvoir administratif et gestionnaire doit être subordonné à cette logique et non l’inverse.

▶ Se mobiliser massivement afin dempêcher que la crise du COVID-19 serve d’alibi pour le renforcement et l’accélération des réformes gouvernementales.

L’accentuation des pratiques qu’impose la gestion de la crise du COVID-19 ne doit pas déboucher sur le renforcement du contrôle social et des populations et à la dématérialisation du soin et de l’accompagnement social, légitimant les politiques de restrictions budgétaires qui conduisent inévitablement au formatage et à l’appauvrissement des pratiques.

Au lieu d’une célébration hypocrite de l’héroïsme des “premières lignes” et d’un appel à la résilience des français, nous exigeons la “résiliation“ de toutes les politiques publiques à caractère anti social, gestionnaire et financier.

Construisons dès maintenant la « grève » des données informatisées en psychiatrie, en social et médico-social et engageons l’opération « déconnexion » de la mise en œuvre des politiques néolibérales qui dégradent la qualité des soins et des accompagnements.

Premiers signataires de l’appel :

  • Collectif des 39

  • Rencontres Nationales du Travail Social en lutte

  • Collectif de la pédospy du 19ème

  • Union Syndicale de La Psychiatrie

  • Le Fil Conducteur Psy

  • Collectif des Semaines de La Folie Ordinaire Francilienne

  • Collectif Ecran Total Paris

  • CGT CEPFI

  • Collectif ACTION SOCIALE CGT 91

  • Délégation France insoumise au Parlement européen

  • NPA

  • Collectif « La Psy Cause » du CHU de St-Étienne

Le naufrage annoncé du grand plan pour l’hôpital

Publié le 7 avril, sur LE BLOG LES INVITÉS DE MEDIAPART

Hôtels hospitaliers, partenariats public-privé, «fond de partage»… Les solutions envisagées par Emmanuel Macron pour l’hôpital, en pleine pandémie, sont placées sous le signe de la rentabilité et du néolibéralisme, «à l’heure où l’hôpital public mérite qu’on lui consacre des moyens». Un collectif de psychiatres, médecins et chercheurs alertent: l’idée des navires-hôpitaux «pourrait faire sourire si la situation n’était pas aussi dramatique».

C’est un document qui fait froid dans le dos. Tout se passe comme si ses auteurs étaient parvenus à passer plus d’un an sous cloche, à l’abri des alertes retentissantes des soignants et soignantes à bout de force. Dans un article paru mercredi 1er avril dans Mediapart, nous avons découvert ce que semblent être les premières pistes de la Caisse des Dépôts pour l’hôpital, cet hôpital dont Emmanuel Macron a dit le 25 mars qu’il allait bénéficier d’un « plan massif d’investissement et de revalorisation des carrières ».

Les pistes avancées marquent à la fois le refus de prendre en compte ce que de nombreux collectifs (Inter urgences, Inter hôpitaux, Printemps de la Psychiatrie, etc.) demandent depuis plus d’un an et l’étrange volonté de mettre sur la table des propositions sans intérêt aucun pour l’avenir de l’hôpital public. Les solutions financières apportées, qu’il s’agisse de la restructuration de la dette, du développement de lignes de prêt ou encore de la création d’un « fond de partage » ne suffiront pas à régler les problèmes de sous-financement chronique. Ce qui est nécessaire est désormais connu depuis longtemps : une augmentation substantielle de l’Objectif national des dépenses d’assurance maladie. La proposition de Partenariats Public-Privé apparaît quant à elle à rebours du bon sens et semble faire fi des erreurs du passé, celles qui ont tant coûté à l’hôpital. C’est incompréhensible.

Le recours foisonnant à des structures privées pour l’organisation interne de l’hôpital ne résoudra pas non plus les difficultés de l’hôpital public, il les aggravera. Le numérique peut être bénéfique. Il ne peut en revanche tout résoudre, les travaux parlementaires sur la télémédecine en EHPAD l’ont par exemple montré : il faut des personnes pour assurer l’avant et l’après-consultation. Des structures privées peuvent être animées de bonnes volontés, nous ne discutons pas cela. Elles ont quoiqu’on en dise une contrainte et un objectif : la rentabilité. Cette rentabilité passe nécessairement par l’extraction de la valeur. Autrement dit, une partie de l’argent mis par les citoyen·ne·s, les complémentaires, l’assurance maladie dans l’hôpital sera captée par des start-up et des entreprises privées lucratives. À l’heure où l’hôpital public mérite qu’on lui consacre des moyens, ce n’est pas non plus une bonne piste.

L’exemple des hôtels hospitaliers est emblématique, s’ils peuvent appartenir à l’établissement, ils peuvent aussi être la propriété de grands groupes. À l’heure où nous constatons que nous avons besoin de lits, de matériel de base, de soignant·e·s, la solution viendrait en fait… de l’hôtellerie. Et que dire de l’idée d’un « navire hôpital » quand on sait que l’armée elle-même reconnaît qu’elle n’a pas les capacités à se substituer à une offre de soin pérenne.

Enfin, comment ne pas bondir devant la sémantique moralisatrice des auteurs considérant qu’il faut une éducation « civique » à la santé, que les professionnel·les et les patient·e·s doivent être incité·es à moins utiliser les structures de soin via des « Contrats à Impact Social » ? Pensons-nous sérieusement que les soignants et soignantes ont besoin d’un « contrat » pour avoir un « impact social » ?  

L’exécutif et le ministère de la Santé doit rapidement se positionner sur ce qu’est ce document. Une orientation parmi d’autres et qui sera rejetée en bloc ? C’est ce que nous demandons. Le coup du navire-hôpital pourrait faire sourire si la situation n’était pas aussi dramatique. Il offre a minima la possibilité d’imager ce que serait ce plan s’il suivait ces recommandations : un naufrage annoncé.

Signataires :

Mathieu Bellahsen, psychiatre, Printemps de la Psychiatrie ;
Maxime Gautier, médecin urgentiste, Lariboisière ;
Anne Gervais, médecin, membre du Collectif Interhôpitaux ;
Hugo Huon, infirmier, membre du Collectif Interurgences ;
Pierre-André Juven, sociologue, CNRS ;
Dominique Méda, sociologue, Paris Dauphine ;
Fanny Vincent, sociologue, INSERM.

 

clip_image002

 

CIH logoIU logo

Enquête militante sur les logiciels de recueil de données en psychiatrie

Lire l’intégralité de l’Enquête militante sur les logiciels de recueil de données en psychiatrie par la Commission contre les outils gestionnaires du Printemps de la psychiatrie.

Présentation

La Commission contre les outils gestionnaires, inscrite dans le mouvement du Printemps de la Psychiatrie, vous propose une enquête militante sur les logiciels de recueil de données en Psychiatrie pour aider à la construction de la grève des données. Cette enquête part du constat que depuis une vingtaine d’années, les ordinateurs ont largement pris place dans le quotidien des soignants en psychiatrie dans un contexte de dégradation de la qualité de l’accueil des patients et des conditions de travail des soignants.

Cette augmentation exponentielle des ordinateurs, du numérique en général, est vantée tant par les mass-médias que par les politiques au pouvoir comme un signe de progrès, « progrès technologique » qui promet une « amélioration de la qualité des soins » (Agnès Buzyn, 2018). Progrès technologiques qui ont permis la mise en place de la Tarification à l’Acte (T2a) dans les hôpitaux généraux, largement remise en question par les soignants lors des récentes grèves du codage. L’épidémie mondiale de coronavirus révèle à quel point notre système de santé public a été endommagé par ces mêmes politiques néolibérales.

Peu de soignants savent qu’en fournissant des informations sur les logiciels en psychiatrie (tel que Cortexte), ils œuvrent au Recueil d’Informations Médicales en Psychiatrie (RIM-P) qui fonctionne sur le même mécanisme que la T2a. Cet outil, dont nous faisons l’historique, est le bras armé de l’idéologie qui sous-tend les mesures d’austérité, de valorisation marchande et de réduction du sujet à ses neurones et sa chimie. Il sert clairement un régime de gouvernance par les chiffres et prépare la transition vers un système de tarification standardisé en psychiatrie pour janvier 2021.  Depuis son instauration en 2006, les usages du RIM-P se sont multipliés : management des équipes et contrôle de l’activité des services et des professionnels par les directions des hôpitaux, amélioration de la performance, benchmarking, négociations avec les tutelles sur les budgets, incitations de l’Assurance Maladie à développer certaines activités de soins considérées comme favorables à la santé publique. 

Nous montrons comment ces données, par la généralisation de leur traitement par des hangars de données, ou data hubs, vont aussi permettre de renforcer et d’accélérer le processus de marchandisation de la santé mentale avec une multiplication des partenariats public / privés qui œuvrent notamment à la création de nouveaux produits d’e-santé mentale.

Nous pensons que les outils informatiques ont une matérialité concrète dans la vie d’un soignant. En se dégageant de leur emprise et en arrêtant d’y fournir des informations pour en bloquer les mécanismes, nous pouvons nous approcher de formes d’actions partageables et réappropriables par le plus grand nombre. Une grève des actes, ou grève des données devrait nous permettre de dépasser la logique de la tarification en psychiatrie au profit d’un système de dotation annuelle avec des enveloppes ouvertes au prix de journée. Autrement dit, il faut en finir avec le paradigme du RIM-P et de la T2a que l’on sait catastrophiques et refonder le principe d’un service public dont les équipes sont disponibles pour accueillir celles et ceux qui souffrent, sans condition.

L’informatisation et les mécanismes qui en découlent opèrent depuis de nombreuses années dans les secteurs du social et du médico-social avec qui nous devons nous allier. Ce sont des logiciels tels que Solis, Simez, Adoma, PEPS+ ou encore COSMOS qui balayent tout questionnement éthique et impose une uniformisation des pratiques individuelles et singulières de chaque professionnel. 

Au regard des luttes passés, de celles en cours et à venir, nous devons nous organiser pour arrêter de remplir les logiciels de recueil de données, informer par tous les moyens les patients qu’ils peuvent refuser la création d’un Dossier Patient Informatisé, et inviter toute personne ou groupe souhaitant soutenir celles et ceux qui luttent en psychiatrie à cibler directement les outils de la marchandisation des soins (les serveurs, les ordinateurs dans les services, les pépinières d’entreprises etc.). Face à nos adversaires technophiles et surtout fous, rendons-nous visibles dans nos formes d’existants, multiples, hétérogènes, singuliers mais loin d’être hétéroclites et radicalement incompatibles avec le monde numérisé, neuroscientiste et capitaliste puisque profondément du côté de l’incommensurabilité de l’être.

Depuis le début des mesures de confinement contre le Coronavirus, les soignants constatent que les directions des établissements de santé s’inquiètent de la tenue des actes et relayent un discours de menace de ne pas avoir de financement reconduit si les services ne remplissent plus d’actes pendant cette période. Sur le GHU Paris Psychiatrie et Neuroscience, la direction a d’ailleurs très rapidement ajouté sur Cortexte la case à cocher : télétravail ! Par ailleurs, le pouvoir se satisfait de la généralisation de ce télétravail qui devra sauver l’économie du pays : « l’après coronavirus, c’est la normalisation de nouvelles technologies de surveillance au nom de notre « santé », la télémédecine, l’école et l’université sur plateformes numériques, le télétravail généralisé, et donc des travailleurs encore plus isolés dans et face au travail »[1]. L’après coronavirus sera une lutte pour réaffirmer que rien ne peut remplacer « une présence en chair et en os » dans les métiers du soin comme partout ailleurs.[2]

Nous devons refonder une pensée radicale de l’accueil inconditionnel qui ne s’accommodera jamais avec des attentes de rentabilité et de compétition. Ne nous laissons pas déposséder par la machine technocratique capitaliste et le lot de catastrophe sanitaire et climatique qu’elle va continuer à nous faire vivre… Construisons dès maintenant la grève des données informatiques en Psychiatrie.

La Commission Contre les Outils Gestionnaires du Printemps de la Psychiatrie.

[1] Anonyme, L’abject « Monologue du Virus », Paris Luttes Info, 23 mars 2020.

[2] Pascale Molinier, Coronavirus : Le soin n’est pas la guerre, Libération, 17 mars 2020.

 

Pour compléter cette enquête, apporter vos témoignages et nous aider à construire la grève des outils de recueil de données en psychiatrie, contactez-nous sur : commissionoutilgestionnaire@gmail.com

data

 Data center

SUD santé sociaux, 3 avril 2020

« Le gouvernement doit cesser les mensonges généralisés et la casse rampante de notre système de santé »

en réaction à la publication de deux enquête de Médiapart :  « Masques : les preuves d’un mensonge d’état », et « Hôpital public : la note explosive de la caisse des dépôts »sud mensonge 1

sud 2