Collectif La Psy Cause, texte lu le 22 janvier

Je voudrais tout d’abord, au nom de notre collectif, remercier toutes celles et ceux qui ont rendu cette journée possible.

Le collectif LA PSY CAUSE s’est formé suite au passage des CGLPL en janvier 2018 sur le CHU de Saint-Étienne.

Notre but commun est d’œuvrer pour une psychiatrie Humaniste en opposition aux politiques budgétaires qui réduisent nos métiers à des lignes comptables et autres tableurs Excel. Face à ces politiques qui nient le sens de nos métiers, nous cherchons à nous réapproprier nos pratiques.

Depuis de nombreuses années, malgré nos alertes, le nombre de personnel diminue. La précarisation des soignants, le turn-over des agents, la désertification des postes de psychiatres, la qualité de la formation initiale, altèrent la qualité de la prise en soins des patients.

Cela se traduit par des personnes laissées seules à l’abandon par notre système sanitaire et social.

Sans remonter trop loin dans le temps, il nous paraît important de pointer le fait que, 6 mois avant le contrôle des CGLPL, 17 lits d’hospitalisation complète adulte ont été fermés (30 entre juin 2015 et juin 2017).

A partir de là, les lits surnuméraires (activés en temps de crise) étaient constamment activés mais cela ne trompait personne, et les Contrôleurs Généraux de Lieux de Privation de Liberté ont constatés l’horreur normée, protocolisée :  « Conditions d’accueil indignes », « Traitement inhumain ou dégradant » …

Depuis la stratégie semble être de cacher la misère plutôt que de se questionner sur comment et pourquoi nous en sommes arrivés là… Oui, parce que sinon cela revient à faire un constat d’échec des politiques de santé de ces dernières décennies.

Pire ! Il faudrait mettre, ou plutôt remettre, des moyens humains là où le soin s’appuie en premier lieu sur la relation à l’autre. Là où le soin doit se penser de manière pluridisciplinaire et en fonction de la singularité de la personne souffrante.

Et ça, ça coûte de l’argent… Trop ? Un pognon de dingue ?

Alors très bien, parlons coût.

Expliquez nous à nous qui sommes de piètres gestionnaires :

– Qu’est ce que ça coûte l’hospitalisation dans un bureau au lieu d’une chambre?

– Qu’est-ce que ça coûte le sous-effectif ?

– Qu’est-ce que ça coûte de laisser des usagers et leurs familles seuls face à la souffrance?

– Qu’est-ce que ça coûte la pression au travail ?

– Qu’est-ce que ça coûte les chambres sur-occupées ?

– Qu’est-ce que ça coûte la restriction des espaces de pensée ?

– Qu’est-ce que ça coûte d’attendre des heures aux urgences ?

– Qu’est-ce que ça coûte le mépris de la souffrance ?

– Qu’est-ce que ça coûte de traiter l’hôpital comme une entreprise ?

– Qu’est-ce que ça coûte de travailler à l’encontre de ses valeurs soignantes ?

– Qu’est-ce que ça coûte les conditions d’accueil déplorables ?

– Qu’est-ce que ça coûte le manque de temps auprès de ses patients ?

– Qu’est-ce que ça coûte de rester dans ses urines pendant des heures ?

– Qu’est-ce que ça coûte d’avoir honte de son métier ?

-Qu’est-ce que ça coûte de laisser une personne des jours contenue sur un brancard ?

Pour nous, tout les jours ça coûte aux patients, leurs familles et aux soignants :  L’isolement, la peur, la douleur, l’insécurité.

Ça coûte la relation, le soin, notre métier

Ça coûte le respect de la vie Humaine

Si nous sommes ici aujourd’hui c’est pour affirmer que nous ne nous résignons pas aux économies et à l’austérité.

Nous n’accepterons jamais de faire payer à nos patients les politiques de santé qui mènent à la déshumanisation de l’hôpital.

Nous dénonçons la politique irresponsable et criminelle du gouvernement et de la ministre de la santé qui mettent en danger les usagers et les hospitaliers.

Nos revendications sont justes et légitimes.

Pour une psychiatrie, et même, tout un service sanitaire et social, Humaniste !

Lettre ouverte du 22 janvier

par les collectifs : Pinel en Lutte, P.P.U., et les Blouses Noires

Lettre ouverte à Madame Buzyn, Ministre de la santé

Madame la Ministre,

Le mépris est le fait de considérer une personne ou un groupe de personnes comme indigne d’attention. La communauté psychiatrique souffre du mépris des dirigeants depuis des dizaines d’années et ce gouvernement dont vous faites partie est tout aussi méprisant que les autres. La psychiatrie est la grande oubliée des différentes politiques de santé et, à trop tirer sur la corde, elle craque… vous ne pourrez pas dire qu’on ne vous avait pas prévenue.

25% de la population est touchée par la maladie mentale au cours de sa vie, c’est donc la 3ème cause de maladie après les cancers et les maladies cardio –vasculaires. Mais seul 4,1% du budget de la recherche en santé est consacrée à la psychiatrie alors que 14% est consacré à la recherche contre le cancer. Pourtant, les patient.es atteint.es de cancer nécessiteront le plus souvent un soutien psychologique et pourront avoir besoin de se tourner vers des professionnel.les de la santé mentale. Mais qui pourra les recevoir ? Et surtout, dans quelles conditions ?

Continuez à diminuer nos moyens, à dégrader nos conditions de travail, à isoler les familles et à fermer les lieux de soins de proximités qui font le maillage indispensable de notre territoire. Continuez à cacher derrière des murs ceux que vous jugez comme indésirables : le nombre de personnes hospitalisé.es sous contraintes et de détenu.es a explosé ces dernières années.
Votre obsession de la rentabilité ne fait qu’empirer la situation.

100 milliards d’évasion fiscale par an pour 1.5 milliards de déficit des hôpitaux publics ? Il n’y a rien qui vous choque ? Continuez à nous prendre pour des idiots, mais on récolte ce que l’on sème et notre colère ne fait qu’amplifier.

AMIENS, PARIS, ROUEN, CAEN, NIORT, SAINT-ETIENNE, NANTES, ALLONNES, TOULOUSE… Ceci n’est pas une leçon de géographie, mais une liste non exhaustive d’hôpitaux psychiatriques qui se démènent pour redonner sa dimension humaine aux soins et qui n’ont jamais eu l’honneur de votre visite.

C’est pourquoi nous venons à vous aujourd’hui, notre détermination est inaliénable. Nous en appelons aux citoyens, aux familles et aux patients mais à vous aussi, Représentants de l’état et médias.
Le temps de la résignation est révolu depuis longtemps, nous multiplions les appels et les actions depuis des mois pour réanimer ce système de santé dont nous voudrions à nouveau être fiers.

Comment pouvez-vous rester insensible à notre engagement ? Comment pouvez-vous nous laisser nous battre à votre place ? Nous qui sommes mal payés et jamais augmentés et pourtant , qui sommes toujours dévoués et jamais résignés ! Prenez vos responsabilités, et vite.

Pas vraiment cordialement,

Les usagers et soignants du service public de la psychiatrie française.