Un délégué sans lien, ni conflit d’intérêt ?

Un délégué interministériel sans lien, ni conflit d’intérêt ?

Ce mercredi 10 avril, le professeur Franck Bellivier, a été nommé délégué interministériel à la psychiatrie. La création de ce poste inédit aurait pu réjouir les soignants de psychiatrie mais le choix d’un chercheur issu des neurosciences et proche de Fondamental les a profondément déçus voire révoltés. Un professionnel au fait de la psychiatrie de secteur et des soins aurait davantage convaincu et rassuré à un moment où la psychiatrie doit faire face à un présent particulièrement morose. Cette nomination apaisera-t-elle des soignants mobilisés contre le manque de moyens et l’absence de pensée du soin ? Il est permis d’en douter.

Pas de déclaration de liens d’intérêt

Tout psychiatre qui publie un article dans une revue ou qui participe à un groupe de travail (par exemple à la H.A.S.) est astreint à remplir des documents mentionnant ses éventuels liens et conflits d’intérêt. La loi oblige le médecin à être exhaustif. Le moindre repas offert, le moindre hébergement doivent apparaître. Il est permis de trouver cette volonté de transparence un tantinet obsessionnelle. Il n’empêche, tout personnel médical y est tenu.

Tous ? Non.

Le délégué interministériel à la santé dont le rôle politique a été mis en exergue par de nombreux commentateurs semble, à l’heure actuelle, en être dispensé. Est-ce normal ? S’il ne l’a pas fait diront les naïfs c’est qu’il n’en a pas. Les plus soupçonneux remarqueront que ses liens avec les laboratoires sont tus depuis bien longtemps. S’agit-il bien d’ailleurs de conflit d’intérêt ? Ses intérêts ne sont-ils pas les mêmes que ceux d’Astra-Zeneca et autres Servier ? Le silence alimente la suspicion c’est bien connu.

Non, non pas de lien d’intérêts

Que trouve-t-on sur Internet concernant notre nouveau délégué ? Le 23/12/2015, un article dont il est le co-auteur est mis en ligne : « Prévention et traitement : l’aide d’internet aux consommateurs de cannabis ».  Déclare-t-il des liens d’intérêt ? Non aucun. Cannabis, Internet, ces liens ne sautent pas aux yeux. La loi pourtant recommande… Taisez-vous ! Vous êtes de la vieille psychiatrie.

Continuons notre navigation. En 2013, deux ouvrages dont il est un des co-auteurs sont publiés :

-Les antidépresseurs, Ed. Lavoisier, collection « psychiatrie », Aout 2013. Il rédige le chapitre 14. Traitement des dépressions des troubles bipolaires.

-Les antipsychotiques, Ed. Lavoisier, collection « psychiatrie », Décembre 2013. On lui doit le chapitre 8 Les antipsychotiques dans les troubles bipolaires.

Il est difficile mais éthique, sur une telle thématique, d’être indépendant des laboratoires. Déclare-t-il avoir un conflit d’intérêt ? Non aucun conflit en lien avec le texte publié. La loi dit que … Ta gueule !

Et pourtant, un certain nombre de ses co-auteurs (Cottencin, Lançon, Limosin, Llorca, Rolland, etc.) déclarent des liens d’inégales importances avec différents laboratoires pharmaceutiques. Il ne nous importe pas de savoir s’ils sont exhaustifs ou non. Ils déclarent et Bellivier, notre futur délégué ne le fait pas. J’ai relu son texte pour vérifier. Lorsqu’il écrit en fin d’article : « Au contraire, le profil d’efficacité dans les épisodes dépressifs est très variable d’une molécule à l’autre, avec une spécificité qui se dessine en faveur de la quiétapine » il le fait en tant qu’expert indépendant ou en tant que chercheur lié à Astra-Zeneca ? On peut décider que la formule est prudente, peu affirmative, qu’elle l’engage peu. On peut aussi s’étonner.

Vraiment pas de liens d’intérêt ?

Il n’en a peut-être vraiment pas ?

Le 6 juin 2013, à Strasbourg, au Palais des Congrès, 111ème Congrès de Psychiatrie et de Neurologie de Langue Française, qui voit-on intervenir au Symposium des Laboratoires Otsuka, entre 11h45 et 13h15 ? Le Pr. Bellivier lui-même sous le titre : « Valeur pronostique et fonctionnelle de la symptomatologie résiduelle dans les troubles bipolaires »

Oh oh ! Il aurait donc tu ses liens avec un laboratoire ? Quelle confiance lui accorder ? Comment les usagers très sensibles à ce genre de cachotteries vont-ils réagir ?

En fait si, un peu mais pas beaucoup

L’encéphale est une revue sérieuse et un peu austère. Notre futur délégué écrit dans l’article : « Déficits cognitifs des troubles bipolaires : repérage et prise en charge » (L’Encéphale (2012) Supplément 4, S151-S154) : « F. Bellivier : Conférences : invitations en qualité d’intervenant (AstraZeneca, Bristol-Myers Squibb, Eli Lilly, Lundbeck, Otsuka) ; Conférences : invitations en qualité d’auditeur – frais de déplacement et d’hébergement pris en charge par une entreprise (AstraZeneca, Bristol-Myers Squibb, Eli Lilly, Lundbeck, Otsuka). Les liens sont reconnus en 2012 mais pas en 2013 ?

Un peu de transparence

Que dit la loi ? « Article L4113-13· Modifié par LOI n°2016-41 du 26 janvier 2016 – art. 115. « Les membres des professions médicales qui ont des liens avec des entreprises et des établissements produisant ou exploitant des produits de santé ou avec des organismes de conseil intervenant sur ces produits sont tenus de faire connaître ces liens au public lorsqu’ils s’expriment sur lesdits produits lors d’une manifestation publique, d’un enseignement universitaire ou d’une action de formation continue ou d’éducation thérapeutique, dans la presse écrite ou audiovisuelle ou par toute publication écrite ou en ligne. Les conditions d’application du présent article sont fixées par décret en Conseil d’Etat. Les manquements aux règles mentionnées à l’alinéa ci-dessus sont punis de sanctions prononcées par l’ordre professionnel compétent. »

Franck Bellivier, clairement, ne la respecte pas toujours. On peut s’en moquer, considérer que l’on n’est pas concerné. Mais si on le fait, ça a du sens.

Chacun (ou presque, le fichier excel ne facilite pas la lecture) peut de toute façon s’en faire une idée en consultant la base de données publique « Transparence – Santé » qui précise, pour chaque type de lien d’intérêts (conventions, avantages en nature et en espèces et rémunérations), l’identité des parties concernées, la date, le montant, la nature de chaque avantage dès lors que le montant de l’avantage et de la rémunération est supérieur ou égal à 10 euros. Les informations contenues dans la base de données publique Transparence – Santé sont issues de déclarations réalisées par les entreprises. Elles sont mises à jour sur le site deux fois par an et y restent accessibles pendant cinq ans. Les entreprises sont responsables de l’exactitude des contenus publiés. Ainsi le 3 juin 2012, notre futur délégué a-t-il perçu une série d’avantages du laboratoire Servier : 124 euros de transport, 892 euros d’hébergement et 700 euros d’inscription à un congrès. Pas de quoi fouetter un chat. On est très loin d’une retraite chapeau. Qui se ferait acheter pour une somme aussi modique ? Même multipliée ?  Il n’empêche, ça fait tâche, ça alimente le doute.

Une nécessaire clarification

Un lien d’intérêt n’est pas un conflit d’intérêt. Lorsque l’on est un expert reconnu, il est difficile de ne pas avoir de liens d’intérêt avec les laboratoires pharmaceutiques. Ces liens n’aliènent pas forcément l’indépendance du chercheur. L’absence de transparence nourrit par contre toutes les interprétations. Le délégué interministériel à la psychiatrie qui est sûrement quelqu’un de très honnête, au vu des enjeux, ne doit pas prêter le flanc au soupçon. Eclairez-nous !!!

Dominique Friard

Printemps de la psychiatrie

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Appel de l’U.S.P. (pétition)

Appel : nous, psychiatres en colère, rassemblons nous !

Le 34e congrès de l’USP s’est tenu ces 29 et 30 mars à Besançon. Lors de ce rassemblement, nous avons écouté des ex-grévistes de la faim du Rouvray, des « perchés » du Havre, des militantes de la Psychiatrie parisienne unifiée. Nous avons échangé avec eux longuement et intensément.

La veille, lors d’une réunion-débat, nous avions écouté Charles Piaget, celui qui fut le principal porte-parole de la longue lutte des « Lip », à Besançon, en 1973. Avant-hier comme aujourd’hui, une lutte antihiérarchique est nécessaire et s’impose. Comme Charles Piaget l’a dit de son ton doux en conclusion de nos échanges, nous avons « les mêmes ennemis ». L’auto-organisation est à nouveau à l’ordre du jour, avec l’émancipation sociale comme projet.

Au Rouvray, au Havre, à Amiens, à Niort, à Paris ou à Lyon, la situation qui est faite aux patients hospitalisés est devenue insupportable. Les grévistes de la faim du Rouvray en furent réduits à un engagement de leur corps. Corps qui, pour tous ces soignant.e.s, assignés à un rôle d’exécutant, est en jeu dans les soins du quotidien. Ce sont eux qui nursent, ce sont eux qui piquent, qui vont en « renfort », qui exercent les contentions.

Leur courage exige que nous parlions et agissions, nous aussi.

Nous, psychiatres, sommes ici interpellés quant à notre éthique professionnelle : nous non plus, nous n’acceptons plus que la maltraitance institutionnelle soit la norme dans les services psychiatriques, comme dans les autres lieux de travail.

Nous ne supporterons plus la déshumanisation des soins insidieusement à l’œuvre au travers de la quantité de protocoles à appliquer et d’une nuée de directives, lesquels réduisent nos capacités à penser. C’est l’aboutissement d’un management destructeur et consciemment organisé qui amène les uns et les autres à être sinon directement maltraitants, du moins complices de maltraitance ou indifférents aux maltraitances voisines.

Cela suffit !

Notre travail que nous savons utile, ce savoir-faire dont nous connaissons l’efficacité, sont mis en danger.

Nous, psychiatres, comme tous les autres soignants, nous sommes face à nos responsabilités, plus que jamais, différemment d’auparavant. Nous sommes en colère et déterminés à ne plus nous faire complices par notre silence de cette destruction orchestrée.

La reconquête d’une parole libre, collective, inventive, voilà ce dont les soignants en lutte ont témoigné. De même, dans les années 1970, les années 1968, les ouvriers de « Lip » portèrent cette subversion par la parole qui s’exprimait aussi dans des centaines d’usines, de bureaux, d’universités.

C’est cette parole inventive qui est au cœur même de notre travail, de notre éthique professionnelle, de nos choix de vie. Et nous savons que pour se déployer elle porte en elle une exigence de temps et d’espace. C’est au creux de cette exigence que nous décidons d’ancrer notre lutte.

Nous en appelons à nos consœurs et à nos confrères : si comme nous, vous décidez qu’il est plus que temps de vous engager pour que cessent ces scandales quotidiens que nous vivons, rencontrons-nous, partageons et agissons ensemble. Il nous faut rompre avec l’omerta, il nous faut nous adresser à la population, il nous faut rejoindre les actions du Printemps de la psychiatrie, il nous faut aller sur le chemin ouvert par ceux du Rouvray, du Havre, d’Amiens et tous les autres.

Pascal Boissel (Poitiers), Delphine Glachant (Les Murets), Fanny Rebuffat (Reims)
avec l’accord et le soutien du Conseil national de l’USP

Pour signer cet appel à votre tour : https://www.change.org/p/pascal-boissel-appel-nous-psychiatres-en-col%C3%A8re-rassemblons-nous

Texte lu le 21 mars (HumaPsy)

Pour une institution psychiatrique instituée par tous !

Lundi soir, dans la salle des fêtes de l’hôtel de ville de Reims à l’occasion des SISM, un professeur de psychiatrie est venu nous annoncer le futur : il nous a présenté un phoque robot, un avatar de psychologue, un robot pour autiste, une application smartphone pour collecter le « phénotype numérique » des patients – toutes ces nouveautés embarquant la fameuse intelligence artificielle qui sera la solution à tous nos maux et la fin de tous nos mots.

Il serait temps de faire appel à de l’intelligence dans la façon d’accueillir les plus faibles, et de refuser qu’on traite la souffrance par la violence !

Ceux qui ne se reconnaissent pas dans « les clochards, les mendiants, les taulards, les fous, les autistes, les déprimés etc.. », ceux pour qui d’autres « ne sont rien » et sont des parasites, transforment la souffrance en violence réactionnelle à l’agression subie lorsqu’on nous maltraite, nous regarde comme des cas, des numéros (qu’ils soient de chambre ou d’écrou), lorsqu’on nous méprise ou nous ignore.

L’intelligence artificielle fait du lien artificiel : on commence par confier le lien affectif des personnes âgées (« une population particulière » nous a dit le professeur) à des peluches robotisées et je ne préfère pas savoir où on finit. Les soignants seraient bornés à nourrir cette pseudo intelligence et à exécuter les tâches qu’elle a prévu pour eux.

Martine Wonner veut moins de psychiatres, elle veut surtout se passer de leur coût : en effet les émoluments des mercenaires comblant les postes vacants dans le public sont prohibitifs.

Elle veut détruire le service public et déléguer des missions de soin  au secteur privé auquel les plus isolés ou pauvres de nos concitoyens n’auront pas accès.

Nous nous battons pour un service public digne, où les responsabilités des soins sont partagées entre tous les professionnels (et non concentrées entre les mains d’un seul psychiatre absent du service), où la contention ne peut plus être mécanique, où l’isolement est réduit au maximum, où le port du pyjama n’est plus d’usage, où on peut se passer de blouse blanche. Nous nous battons pour que les patients soient associés seuls et collectivement à la conduite de leurs soins ainsi qu’à la vie quotidienne de l’institution les accueillants : nous voulons une institution, instituée par tous !

Le Fil conducteur Psy : texte lu le 21 mars

Le Fil conducteur psy réunit des familles, parents et fratries, des patients et des soignants, tous touchés à des places différentes par la maladie psychique et sa prise en charge.

Ce qui nous rassemble : l’expérience de vécus difficiles et douloureux sur les questions de l’accueil, du soin et de l’accompagnement des patients et de ses proches.

Nous faisons œuvre commune pour :

  • faire entendre la spécificité de la maladie psychique,
  • élaborer et formuler des propositions auprès des professionnels de santé et des institutions,
  • défendre une approche plurielle et humaniste de la folie.

La maladie mentale n’est pas une maladie comme les autres. C’est une maladie du lien qui doit être traitée comme telle : soigner, c’est prendre soin du lien.

Dès lors, la psychiatrie ne peut pas être une médecine comme les autres.

Solidaires des luttes engagées par les soignants, enfermés tout comme les patients, leurs familles et proches, dans le cercle d’une violence institutionnelle … Il est urgent de dénouer et déjouer ce cercle de la violence par :

– L’abolition des pratiques de contention et d’isolement

– Le refus de l’enfermement dans les familles

– Le refus de l’enfermement des familles assignées à un rôle d’unique recours en lieu et place des soignants pour le suivi et l’accompagnement tout au long de la maladie

– Le rejet de l’enfermement dans des logiques de réponse uniquement médica… MENTEUSES qui exproprient la parole des patients en tant que sujet, sujet de leur vie.

Texte lu le 21 Mars (U.S.P.)

Pourquoi l’USP s’est engagé dans le Printemps de la psychiatrie ?

Parce que depuis des décennies, ce sont des gestionnaires technocrates qui contrôlent les politiques de santé et nous ont amenés à des restrictions budgétaires qui ont complètement étouffé notre système de santé.

Les budgets de la psychiatrie sont sous-dotés depuis des années, comme si la psychiatrie était une sous-spécialité, comme si les personnes dont elle s’occupe étaient des sous-patients. Comme s’il était possible de prodiguer du soin psychique avec toujours moins de moyens.

Depuis des décennies, les lits d’hospitalisation ont baissé de 60%, ce dont on pourrait se réjouir si des moyens substantiels avaient été mis sur l’ambulatoire, les alternatives à l’hospitalisation,  car l’hôpital n’est pas une fin en soi, bien au contraire.

Oui, le soin psychique coûte cher. Notre outil de travail est la relation. Et pour cela, il faut du personnel et du personnel bien formé. Or ces formations sont bradées, année après année, chaque corps de métier étant petit à petit dépossédé de ses savoirs. Je ne parlerai pas du CES de Psychiatrie pour les médecins car je n’étais pour ainsi dire pas née quand il a été intégré au concours de l’internat. Le diplôme d’infirmier de secteur psychiatrique a disparu en 1992. Depuis quelques années, les cours et les stages de Psychiatrie sont réduits à leur portion congrue. Concernant les futurs psychiatres, plus récemment, la réforme de l’internat de Psychiatrie oblige les internes à faire au moins trois stages de leur cursus dans les CHU. Autrement dit les oblige à se tenir éloignés des centres hospitaliers spécialisés, des hôpitaux psychiatriques, du secteur, lesquels prennent en charge 80% des patients. Tout ça pour mieux leur formater le cerveau à la psychiatrie biologique et comportementaliste, si ce n’est pas les neurosciences.

Depuis des années nous sommes entravés dans notre travail clinique par l’empiètement de la bureaucratie dans le quotidien, les protocoles, les certifications….laissant les personnels de moins en moins disponibles à la relation avec les patients. Nous n’avons plus de temps pour rien. Surtout pas pour penser. Les psychiatres enchainent les entretiens, quand ils en font encore, les infirmiers préparent les médicaments quand ils ne sont pas devant leurs écrans d’ordinateur.

Plus récemment, nous sommes attaqués par des propos dégradants émanant d’organisations comme Fondamental, soutenues par les forces capitalistes qui, au nom de la « science », discréditent le travail effectué au quotidien et dans la durée, auprès des patients les plus vulnérables.

Fondamental, fondation qui œuvre à la remise au travail des personnes qui souffrent de troubles psychiques, car non seulement les soins psychiatriques coûtent cher à la sécurité sociale mais ils coûtent aussi aux entreprises par l’absence des personnes concernées à leur poste de travail ou leur manque de productivité.

Nous en avons assez qu’on nous dicte comment on doit prendre en charge les patients. Ras le bol des cellules qualité. Ras le bol des directives de la DGOS, la dernière en date expliquant comment doit se faire la réhabilitation, à coups de programmes d’éducation thérapeutique, d’entraînement des compétences et des habiletés sociales, etc. tout ça, dans des centres intersectoriels…. comme si les clubs thérapeutiques ne travaillaient pas déjà ces questions-là, sur le secteur, depuis des années. Autre directive, autre ambiance.

L’USP dénonce aussi l’instrumentalisation de la Psychiatrie publique pour servir la politique nationale du gouvernement pour contrôler l’ordre public. Certes, le psychiatre a toujours eu ce rôle ambigu de contrôle de l’ordre social en enfermant les malades « dangereux » pour leur prodiguer des soins, mais le gouvernement voudrait maintenant nous faire collaborer à la dénonciation aux autorités locales des personnes hospitalisées sous contrainte. Le gouvernement a voulu nous faire dénoncer aux autorités préfectorales les étrangers en situation irrégulière à la sortie d’hospitalisation. Et on le sait aussi, dans sa loi asile et immigration de 2018, le gouvernement a largement restreint l’accès aux cartes de séjour pour raison de santé aux étrangers, notamment ceux souffrant de troubles psychiques, et particulièrement les migrants souffrant de troubles post-traumatiques.

En plus de toutes les raisons que j’ai énumérées, L’USP a aussi été très touché par les grèves dures des collectifs soignants dans les hôpitaux, certains allant même jusqu’à mettre leur vie en jeu, pour dénoncer leurs conditions de travail insupportables et la perte de sens de leurs métiers.

Dès l’été dernier, l’USP a contacté un certain nombre de personnes que nous savions concernées par tout cela. Nous avons commencé à nous réunir à l’automne, animés de l’envie de réfléchir ensemble, patients, familles et professionnels, à la manière de sauver le soin psychique, de revaloriser et repenser le travail des collectifs soignants, retrouver la dignité de l’hospitalité.

Au fil des débats, c’est la nécessité d’un Printemps de la Psychiatrie qui a émergé, comme un mouvement de renouveau. Un mouvement pour changer le paysage de la psychiatrie pour ses acteurs : patients, familles et professionnels. Un mouvement qui ne durera pas qu’un Printemps mais va au contraire s’inscrire dans la durée. Parce que nous sommes déterminés à ce que cela change.

 

Politiques insensé(e)s…

Assemblée Nationale, mardi 19 mars 2019. Débat à l’issue de la projection du documentaire de Gérard Miller et Anaïs Feuillette : « La folie à l’abandon », diffusé ce mercredi 20 mars 2019 sur France 3 à 23h50. Propos étranges concernant la psychiatrie.

A l’issue de la projection du documentaire « la folie à l’abandon » faisant un état des lieux de l’abandon des usagers, des familles et des professionnels du soin psychique, Martine Wonner, députée LREM d’Alsace et psychiatre a pu énoncer clairement, distinctement, qu’elle était pour « qu’il y ait moins de psychiatres », pour en finir « avec la toute-puissance psychiatrique », pour réformer le financement de la psychiatrie sur la base de « projets innovants » ; qu’elle était aussi pour lancer une énième Mission parlementaire sur la psychiatrie… Rappelons tout de même que lors de la dernière Mission d’Information sur la Santé Mentale (décembre 2013) conduite par Denys Robiliard, une des propositions était d’en finir avec la somme toujours plus conséquente de rapports sur la psychiatrie… Nombre inversement proportionnel aux décisions cohérentes prises ces vingt dernières années dans le champ de la psychiatrie au sens large (à tous les âges de la vie, sous toutes ces formes de prise en charge : sanitaire, social, médico-social…).

Ainsi donc, cette nouvelle antipsychiatrie gestionnaire se montre à visage découvert et va trouver comme alliés de circonstance les intérêts de lobbys privés en tout genre : firmes, vendeurs de nouvelles panacées, think tank néolibéraux

Dans le même temps, à l’image de la maison de la solidarité des gilets jaunes de Commercy, sont détruits les liens de solidarité qui unissent les citoyens dans les lieux de soin et dans les lieux publics.

C’est contre cette antipsychiatrie gestionnaire que nous nous lèverons demain pour le printemps de la psychiatrie. Contre les psychiatries sécuritaires et normalisantes soumettant toujours plus les psychiatrisés à des pratiques indignes.

Contre le silence entourant les délocalisations toujours plus forcées de populations malades en Belgique. Population malade rebaptisée « handicapées » pour que le scandale soit mieux étouffé. Nous plaçons les personnes malades loin de chez elles, coupées de tout lien de proximité. Les conseils généraux, la sécurité sociale financent ces structures des milliers d’euros par mois pour chaque personne délocalisée, dans l’indifférence…

Depuis de nombreuses années, la mode n’est plus à la construction de structures pouvant accueillir dignement les personnes dans l’Hexagone. La mode est à les mettre à la rue en créant des « équipes mobiles précarité » pour aller vers les personnes malades à la rue. La mode est à créer des services psychiatriques au sein des prisons plutôt que d’empêcher que les personnes malades aillent en prison et qu’elles soient prises en charge plus tôt. La mode est à placer les personnes sans solution dans des hôtels miteux où les marchands de sommeil touchent une grande partie des AAH et des APL des personnes malades. La mode est à tenir des discours anti institution et pro inclusion pour ne pas créer de structures pour les personnes qui en ont réellement besoin.

Toutes ces modes sont à vomir. Elles sont une honte quotidienne. Mais la honte n’est pas endossée par celles et ceux qui la crée. Elle est endossée par les soutiers du quotidien.

Nous n’en pouvons plus de devoir compter, de devoir prioriser, de devoir choisir qui nous pouvons abandonner sans soin, qui nous pouvons laisser crever dehors faute de place, faute de temps, faute de disponibilité, faute de fric.

Cette honte est décuplée, elle se mue en colère, elle se transforme en révolte quand nous entendons, comme hier, autant de bêtises de la part d’élus de la nation… Autant de mots renversés, de concepts retournés qui font toujours plus la part belle aux logiques financières déshumanisantes.

C’est cette haine feutrée, sourde n’acceptant pas de parole contraire, n’acceptant pas d’être contrariée par le réel, cette haine hautaine qui provoque la violence et la colère. Colère pour être du côté de la vie et non de la haine mortifère qui se fait projet politique.

Dernier exemple en date, la ministre de la santé n’est pas contre l’idée d’augmenter encore l’âge du départ en retraite… Dans quel monde vit-elle ? Rencontre-t-elle souvent des gens en recherche d’emploi qui, à 55 ans se font jeter car trop vieux, trop chers, trop peu disruptifs ?

On nous prend vraiment pour des idiots.

Ce que nous vivons est violent. Nous ne nous laisserons pas détruire par les marchands de sommeil politique, par cette antipolitique qui s’exprime partout dans la société, dans le champ de la psychiatrie et ailleurs.

Soulevons-nous collectivement pour mettre un terme au saccage de la société et à ce système qui nous balance des pavés de condescendance dans la gueule tous les jours.

Soulevons-nous pour nos enfants, pour nos vieux, pour tout le monde pour que la honte se retourne et change de camp.

Soulevons-nous pour ne pas, pour ne plus rester à terre.

RDV ce jeudi 21 mars pour le printemps de la psychiatrie

 

Pourquoi le printemps de la psychiatrie ?

L’objectif est de lancer un mouvement large dans le temps sous une forme inédite : usagers, familles, professionnels citoyens intéressés. L’enjeu est d’ouvrir de nouveaux possibles pour le soin, l’accompagnement des personnes ayant des troubles psychiques, à tous les âges de leur vie, dans toutes les structures qu’elles pratiquent : que ce soit des lieux de vie, des structures ambulatoires, qu’elles soient des enfants, des adultes, des personnes âgées.

Le constat est une aggravation progressive et intense des conditions d’accueil, de soins et d’accompagnement des publics concernés depuis une vingtaine d’année avec des effets délétères accélérés depuis dix ans. L’insupportable a germé tout au long de ces années, dans les pratiques de plus en plus contraignantes et sécuritaires.

Pour se passer de la psychiatrie et de la psychiatrisation accrue de la société, encore faudrait-il mettre le paquet sur tous les échelons précédents : créer des liens sociaux forts dans la société, avoir une politique de prévention majeure, accessible et disponible rapidement et facilement. Traiter les problèmes sur les scènes où elles émergent et ne pas rendre les individus responsables de ces problèmes comme ce qu’il se passe actuellement dans le monde du travail.

Métaboliser la colère, le désespoir en luttes micropolitiques dans les pratiques et macropolitique dans la société française.

Il nous faut donc tout penser et tout faire en même temps. La tâche est énorme mais nécessaire : penser à partir des pratiques pour instituer du nouveau. Penser à partir des impasses de la société présente et notamment le premier qui nous concerne tous : le manque de temps.

Le temps est devenu un outil de discipline pour empêcher de penser, pour être dans une urgence permanente, dans une accélération destinée à rattraper les supposés « retards ». Ne sommes-nous pas en avance sur l’absence de sens donné individuellement et collectivement à l’existence ?

Ne sommes-nous pas en avance sur la saturation du temps pris pour ne pas vivre correctement ?

Nos revendications portent sur :

  • Les DROITS INALIENABLES de tout citoyen : à l’égalité, au respect, à la dignité quelque soit la situation sociale, sanitaire, psychique ou politique des personnes.
  • Le TEMPS : avoir le temps de travailler, de bien travailler, de se soigner, de soigner et prendre soin, du souci accordé à autrui. Nous sommes en retard sur le temps à prendre pour vivre et exister sereinement, décemment.
  • Le SENS de ce que sont devenus les soins psychiques, de ce que sont devenus les métiers accueillant la détresse, la souffrance et la maladie. Pour les problèmes humains il faut d’abord et avant tout des humains à qui parler et pas uniquement des techniques.
  • L’IMAGINATION nécessaire qu’il faut mobiliser dans les métiers s’occupant des humains à contrario de l’imaginaire étriqué d’aujourd’hui.
  • Le MODELE DE SOCIETE que nous voulons : une société qui inclut réellement et non pas qui exclut sous prétexte de « politiques inclusives ». Inclusion dans la société ordinaire quand cela est possible, inclusion dans un milieu protégé et dans des institutions réellement accueillantes quand cela est nécessaire.
  • La TRANSPARENCE face aux conflits d’intérêt des lobbys de la santé mentale, des laboratoires pharmaceutiques, des vendeurs de « nouvelles méthodes »
  • La mise en question des INSTITUTIONS, de ce qu’elles deviennent dans ce climat d’étouffement économique, financier, autoritaire, maltraitant.
  • La LANGUE et sa nécessaire adéquation entre les discours et les actes : contre les éléments de langage, pour une pensée complexe qui avance au fur et à mesure des problèmes qui se posent.
  • Les MOYENS nécessaire pour que la relation humaine soit ce qui compte le plus dans les soins.

A poursuivre…

Mathieu Bellahsen

Préavis de grève le 21 mars (SUD)

entête sudMme Agnès BUZYN

Ministre des Solidarités et de la Santé

14 avenue Duquesne 75350 PARIS 07 SP

Objet : préavis de grève

Madame la Ministre,

La Fédération Nationale des syndicats SUD Santé Sociaux dépose un préavis de grève national le 21 mars 2019 (En ce qui concerne les agent-es et salarié-es soumis-es à des services continus et dont les horaires d’embauche et de débauche débordent les jours et horaires précités, ce préavis couvre ces personnes en amont et en aval de cette journée.)

Ce préavis concerne l’ensemble des personnels médicaux et non médicaux pour :

– les hôpitaux, cliniques, maisons de santé, maisons de retraite, de cure, des soins de suite, les laboratoires, officines pharmaceutiques, cabinets paramédicaux, Ehpad, services d’aide et de soins à la personne, – l’ensemble des structures relevant du médico-social et social, – l’ensemble des structures de l’animation, de l’éducation populaire, de la prévention spécialisée, de l’accueil d’urgence, des services à la personne, travail au domicile, de la petite enfance, des foyers de jeunes travailleur-se-s, auberges de jeunesse, maisons de jeunes et de la culture, organismes de formation, centres sociaux, crèches, du tourisme social et familial, du logement social et d’une manière générale toutes les structures en lien avec un public… – aux salarié-es des OPCA des branches et activités sanitaires, médico-sociales et sociales. Ce champ s’étend à l’ensemble des personnels d’une structure dès lors que cette structure assume une des activités au moins ci-dessus, ainsi qu’aux travailleuses et travailleurs en formation, aux étudiant-es des métiers sanitaires et sociaux, aux retraité-es, aux privé-es d’emploi des secteurs ci-dessus.

Il s’étend également :  aux salarié-es des entreprises sous-traitantes intervenant dans les établissements des secteurs ci-dessus

Pour cette journée de grève, nos revendications portent sur :

– une augmentation des budgets et des dotations globales pour répondre aux besoins sanitaires, sociaux et médico-sociaux de la population, dont la psychiatrie adulte et infanto-juvénile, la protection de l’enfance, la dépendance, le handicap, les dispositifs d’insertion, – une véritable formation pour les professionnels de la psychiatrie, – un seuil minimum de 150 soignant-es pour un secteur de psychiatrie de 60 000 habitant-es, – un recrutement dans tous les secteurs à la hauteur des besoins,

– La prise en compte de la souffrance éthique des professionnel-les face à l’inadaptation des réponses du fait des politiques d’austérité (manque de moyens, absence de place dans les structures qu’elles soient thérapeutiques où éducatives …). – la résorption effective des emplois précaires dans tous les secteurs, avec l’embauche immédiate des contrats aidés, – l’amélioration des conditions de travail, – L’arrêt des politiques de restriction budgétaires, – des moyens pour l’accès aux soins, l’action sociale et médico-sociale, – l’abrogation du décret sur les GHT, – l’abrogation de la T2A, de la loi HPST – Bachelot, de la loi santé – Touraine, de la loi travail 1 – El Khomri, loi travail 2 – Pénicaud ; l’abandon des politiques d’austérité : de la loi NOTRe ainsi que du pacte de responsabilité… – création conséquente de dispositif extrahospitalier, l’arrêt des fermetures et ré-ouverture d’unités d’hospitalisation, – l’arrêt des fusions-absorptions, des suppressions de postes, et des processus de mise en concurrence entre les associations, les établissements publics et le secteur privé lucratif, – un moratoire sur les restructurations et/ou fusion d’établissement, – l’arrêt des attaques faites aux plus démuni-es, comme la remise en cause des contrats jeunes majeurs, de l’assistance aux mineur-es isolé-es non accompagné-es, du soutien à la parentalité… – le respect de l’article L112-3 du CASF par l’Etat et les Départements afin de garantir la prise en compte des besoins fondamentaux de l’Enfance, – l’accès aux droits fondamentaux sur l’ensemble du territoire national, – l’abrogation de la loi 2002-2, l’arrêt des appels à projets, des CPOM, ainsi que toutes ces stratégies de mise en concurrence, de restructuration, de concentration et de marchandisation du secteur, – retrait des lois travail 2016 et 2017

Plus généralement, nos revendications portent sur : – l’augmentation générale des salaires avec un SMIC à 1700€ net, – l’égalité salariale femme/homme, – Une carrière avec évolution linéaire et sans barrage pour tous-tes les salarié-es, – la réalisation d’une étude sur la morbidité des professionnels dont le ministère des Solidarités et de la Santé a la charge, – la réduction du temps de travail, 32h en 4 jours et 30h en 3 nuits par semaine, – le maintien du décret sur la prime d’installation dans les régions et zones tendues qui en bénéficient, – un système de protection sociale unique, uniforme et universel, assuré à 100% par la Sécurité sociale, avec une gestion démocratique par les représentant-es des travailleuses et travailleurs. – la suppression de tous les ordres professionnels, – une loi sanitaire et sociale décidée en tenant compte des attentes des professionnel-les et des usager-ères. – la consolidation et le développement du droit à l’IVG et de son accès – l’arrêt immédiat de la répression envers les militant-es syndicaux-ales, ainsi que de toutes et tous les militant-es qui luttent pour la défense des droits humains ainsi que les militant-es impliqué-es dans des luttes rejoignant nos revendications.

En vous en souhaitant bonne réception, acceptez Madame la Ministre, nos sincères salutations.

Pour la Fédération SUD Santé Sociaux,

Corinne LORAINE

Paris, le 21 février 2019

Fédération SUD Santé Sociaux – 70 rue Philippe de Girard – 75 018 PARIS Téléphone : 01 40 33 85 00 FAX : 01 43 49 28 67 – contact@sudsantesociaux.orghttp://www.sudsantesociaux.org

Appel à la grève le 21 mars (USP)

Levons-nous, ils sont devenus fous !

Parce que notre métier consiste à observer, écouter, laisser du temps à la relation, laisser du temps au silence,
Parce que notre métier consiste à donner du sens aux symptômes plutôt que chercher à les anéantir au plus vite,
Parce que notre métier consiste à échanger avec les soignants, psychologues et tout autre personnel qui entoure le patient, à débattre, à se disputer,
Parce que les protocoles, « prêts à penser défensifs » (Oury), nous entravent dans notre créativité et notre humanité,
Parce que nous ne voulons plus nous laisser engloutir par toutes les tâches administratives,
Parce que nous ne voulons pas être les bras armés d’une société sécuritaire et de moins en moins respectueuse du sujet,
Parce que la rentabilité économique est devenue la règle et nous tue,
Parce que nous voulons continuer à travailler à l’émancipation des patients,
Parce que nous croyons en un Printemps de la Psychiatrie,
Parce que nous souhaitons un renouveau du soin psychique (Manifeste « Printemps de la psychiatrie » )
Nous appelons tous les psychiatres, psychologues et tous les autres personnels soignants, sociaux-éducatifs et administratifs à la grève le jeudi 21 mars et à participer à la manifestation nationale qui se tiendra à Paris et aux rassemblements qui se tiendront partout en France.
Pour une Psychiatrie faite et défaite par tou.te.s. (Gentis)

Intervention SUD Santé Sociaux le 22 janvier

Texte de SUD Santé Sociaux, lu le 22 janvier 2019, place de la République

La Fédération SUD Santé Sociaux remercie les personnels de l’hôpital psychiatrique d’Amiens, les « Pinel », d’avoir pris l’initiative de cet appel.

Elle tient également à saluer les luttes des nombreux collègues qui ont fait parler d’eux ces derniers temps : à Bourges, Allonnes, Rennes, Montfavet, Cadillac, Aix, Uzès, Morlaix, Quimper, Caen, Toulouse, Le Havre, St Etienne du Rouvray… La liste n’en finit plus…

Partout le même constat… ça ne peut plus durer !

L’offre de soins d’hospitalisation est saturée, au point que la pénurie de lits est devenue le critère déterminant la durée de séjour des personnes malades. Les délais de consultation dans les CMP s’allongent. Des structures ambulatoires ferment ici et là, faute de personnels. C’est autant de « perte de chances » pour les usagers de la psychiatrie publique, qui sont par ailleurs de plus en plus nombreux. Les patients et leurs familles se sentent abandonnés, sans recours. Des centaines de personnes en souffrance sont laissées pour compte, à la rue, dans les prisons ou hébergées sans soin dans des structures médico-sociales…

C’est le résultat de 30 ans d’attaques tout azimut : réduction des budgets, suppression de milliers de postes de soignants, d’administratifs, de techniques et d’ouvriers, réduction de 70 % de la capacité d’hospitalisation lits sans compensations alternatives, anéantissement progressif des espaces pluri professionnels de réflexion pour penser les soins…

La disparition des formations spécialisées de psychiatres et d’infirmiers, les lois liberticides, l’influence des lobbies pharmaceutiques et la montée en puissance de la psychiatrie biologiste ont méthodiquement détricoté les pratiques de secteur et désarticulé l’organisation globale des soins.

C’est au cœur de nos pratiques que nous soignants sommes touchés, nous dénonçons le recours toujours plus fréquent à l’isolement et à la contention. Près de 100 000 personnes sont traitées sans leur consentement et pas moins de 8,3 % des patients hospitalisés sont placés en isolement, c’est inacceptable !

Les patients en souffrent, nous aussi soignants.

Nous avons honte des conditions dans lesquelles nous sommes contraints d’exercer nos métiers aujourd’hui. C’est au nom de l’éthique que nous occupons des toits, entrons en grève de la faim, et que parfois certains d’entre nous se suicident…

Tous les signaux sont en rouge.

Malgré les alertes et parfois les drames, le secteur est confronté à la surdité et à l’aveuglement des puissances tutélaires. Plans de retour à l’équilibre, mise en GHT, télé consultation et bientôt e-neuroleptiques sont les seules réponses à nos revendications !

C’est d’un véritable plan d’urgence dont la psychiatrie a besoin !

Les psy sont venus dire aujourd’hui qu’ils n’étaient pas des gardiens de prisons, que leur rôle est d’accueillir la souffrance psychique, d’aider ceux qui la subisse à l’identifier, à la nommer, à rompre l’isolement et lutter contre la stigmatisation, à retrouver des conditions de vie décentes.

Nous ne sommes pas résignés au naufrage de la psychiatrie publique. Nous sommes en colère et déterminés. Après les longues luttes de ces derniers mois, ce 22 janvier, premier grand rendez-vous du secteur depuis des lustres, est l’Acte 1 de la mobilisation nationale de la Psy !

A la Ministre de la mauvaise santé qui doit présenter « sa stratégie » jeudi 24 janvier nous disons, il n’y a qu’une stratégie possible : l’arrêt de l’étranglement budgétaire, des travaux pour rendre décents nos hostos, la titularisation de tous nos collègues aux statuts précaires, la création de dizaines de milliers d’emplois, les formations qui vont avec, les salaires qui vont avec…

IL Y A URGENCE à retrouver de la dignité pour les personnes soignées et celles qui soignent ! Oui, ce 22 janvier est une réussite. Il rassemble professionnels, usagers, collectifs, associations, syndicats, élus et simples citoyens. C’est tous ensemble que nous allons construire les conditions d’un mouvement d’ampleur de la psychiatrie. Sous ces flocons doit fleurir le printemps de la psychiatrie !

[Plus largement, la Fédération SUD Santé Sociaux appelle l’ensemble du secteur sanitaire, social et médico-social à s’organiser et coordonner ses luttes. Les soins dans les EHPAD, maternités, services d’urgences médicales, l’accueil dans les foyers de l’enfance, de migrants, dans les CHRS (…) sont attaqués par les mêmes politiques austéritaires au détriment des publics les plus vulnérables et des professionnels.

Collectif La Psy Cause, texte lu le 22 janvier

Je voudrais tout d’abord, au nom de notre collectif, remercier toutes celles et ceux qui ont rendu cette journée possible.

Le collectif LA PSY CAUSE s’est formé suite au passage des CGLPL en janvier 2018 sur le CHU de Saint-Étienne.

Notre but commun est d’œuvrer pour une psychiatrie Humaniste en opposition aux politiques budgétaires qui réduisent nos métiers à des lignes comptables et autres tableurs Excel. Face à ces politiques qui nient le sens de nos métiers, nous cherchons à nous réapproprier nos pratiques.

Depuis de nombreuses années, malgré nos alertes, le nombre de personnel diminue. La précarisation des soignants, le turn-over des agents, la désertification des postes de psychiatres, la qualité de la formation initiale, altèrent la qualité de la prise en soins des patients.

Cela se traduit par des personnes laissées seules à l’abandon par notre système sanitaire et social.

Sans remonter trop loin dans le temps, il nous paraît important de pointer le fait que, 6 mois avant le contrôle des CGLPL, 17 lits d’hospitalisation complète adulte ont été fermés (30 entre juin 2015 et juin 2017).

A partir de là, les lits surnuméraires (activés en temps de crise) étaient constamment activés mais cela ne trompait personne, et les Contrôleurs Généraux de Lieux de Privation de Liberté ont constatés l’horreur normée, protocolisée :  « Conditions d’accueil indignes », « Traitement inhumain ou dégradant » …

Depuis la stratégie semble être de cacher la misère plutôt que de se questionner sur comment et pourquoi nous en sommes arrivés là… Oui, parce que sinon cela revient à faire un constat d’échec des politiques de santé de ces dernières décennies.

Pire ! Il faudrait mettre, ou plutôt remettre, des moyens humains là où le soin s’appuie en premier lieu sur la relation à l’autre. Là où le soin doit se penser de manière pluridisciplinaire et en fonction de la singularité de la personne souffrante.

Et ça, ça coûte de l’argent… Trop ? Un pognon de dingue ?

Alors très bien, parlons coût.

Expliquez nous à nous qui sommes de piètres gestionnaires :

– Qu’est ce que ça coûte l’hospitalisation dans un bureau au lieu d’une chambre?

– Qu’est-ce que ça coûte le sous-effectif ?

– Qu’est-ce que ça coûte de laisser des usagers et leurs familles seuls face à la souffrance?

– Qu’est-ce que ça coûte la pression au travail ?

– Qu’est-ce que ça coûte les chambres sur-occupées ?

– Qu’est-ce que ça coûte la restriction des espaces de pensée ?

– Qu’est-ce que ça coûte d’attendre des heures aux urgences ?

– Qu’est-ce que ça coûte le mépris de la souffrance ?

– Qu’est-ce que ça coûte de traiter l’hôpital comme une entreprise ?

– Qu’est-ce que ça coûte de travailler à l’encontre de ses valeurs soignantes ?

– Qu’est-ce que ça coûte les conditions d’accueil déplorables ?

– Qu’est-ce que ça coûte le manque de temps auprès de ses patients ?

– Qu’est-ce que ça coûte de rester dans ses urines pendant des heures ?

– Qu’est-ce que ça coûte d’avoir honte de son métier ?

-Qu’est-ce que ça coûte de laisser une personne des jours contenue sur un brancard ?

Pour nous, tout les jours ça coûte aux patients, leurs familles et aux soignants :  L’isolement, la peur, la douleur, l’insécurité.

Ça coûte la relation, le soin, notre métier

Ça coûte le respect de la vie Humaine

Si nous sommes ici aujourd’hui c’est pour affirmer que nous ne nous résignons pas aux économies et à l’austérité.

Nous n’accepterons jamais de faire payer à nos patients les politiques de santé qui mènent à la déshumanisation de l’hôpital.

Nous dénonçons la politique irresponsable et criminelle du gouvernement et de la ministre de la santé qui mettent en danger les usagers et les hospitaliers.

Nos revendications sont justes et légitimes.

Pour une psychiatrie, et même, tout un service sanitaire et social, Humaniste !