




Synthèse
Puisque la formation – transmission était l’objet même de cet atelier, un soin particulier a été réservé à ce que puisse s’inventer un espace favorable à la circulation de la parole, le jour J : un espace où des traces de nos pratiques plurielles puissent se transmettre, en somme. Trois-quatre interventions ont été essaimées sur chaque demi-journée, propos d’une durée maximum de 5 minutes destinés à ouvrir ensuite un temps de trente à quarante minutes fait de débats, de réactions, de discussions à bâtons rompus. S’est produite une sorte d’association libre collective. L’état des lieux initial, constat souvent déprimant voire mélancolisant, a pu tout doucement se transformer en autre chose.
Constat parmi d’autres : il arrive que les formations-déformations soient conceptualisées voire protocolisées pour « boucher les trous », ces « trous dans le savoir » incontournables dans la pratique et qui suscitent de l’angoisse… Pourtant, une « formation » au sens d’une transformation personnelle devrait pouvoir transmettre à celles et ceux qui les suivent les modes par lesquels, a minima, ces trous peuvent être supportés.
Lorsque les trous ne sont pas supportés, alors ce qui vient rassurer, ce sont les convictions, les certitudes, la protocolisation des gestes, le scientisme qui empêche la pensée et la capacité d’apprendre à apprendre, qui ne laisse pas la place au doute.
La question suivante est revenue plusieurs fois, à la manière d’une répétition qui, tant qu’elle n’est pas entendue dans sa fonction, se poursuite, s’alimente : le problème viendrait-il du fait que « la » formation (des éducateurs, des enseignants, des infirmiers, des psychologues, des psychiatres, etc.) n’est plus comme elle a pu être par « le passé » ? S’agirait-il là d’un conflit générationnel, entre « jeunes » et « anciens » ? Ce conflit bien répandu et cristallisé au-delà des Assises, est venu se rejouer et se répéter au sein même de l’atelier. Mais il a aussi commencé ici à se (nous) traiter, voire à s’interpréter, à travers les échanges in situ. (Dé)Former, c’est déconstruire, reconstruire, déconstruire, reconstruire, etc. Oui, les plus ancien·ne·s transmettent. Celles et ceux qui « débarquent » (mais d’où débarquent-ils donc ?), le font aussi. Toutes et tous le font en (se) surprenant.
Il a aussi été question, dans l’atelier, des évolutions de la société. D’une évolution de la société, et des imaginaires, aussi. Comment pouvons-nous former, déformer et reformer nos/des imaginaires, quels imaginaires pourraient encore permettre l’engagement, le faire-en-commun, le doute ?
La question de ce qui permet l’articulation des résistances locales et des actions trans-territoriales s’est aussi posée : pour nous battre ensemble au travers des meetings, des Assises, des rassemblements, des manifestations, des grèves de codages, il faut déjà se sentir solides. Et pour se sentir solides, il est important de ne pas être seul·e·s, d’être à quelques-un·e·s, d’aller chercher les allié·e·s là où ils sont. Il est important d’être tenus ensemble pas uniquement au travers de notre défense face à tout ce qui occupe la place d’un extérieur destructeur ; mais aussi au travers de ce qui nous lie ensemble à travers des pratiques qui se veulent créatrices et inventives. Et ceci à partir des patients, et non de protocoles uniformes.
Nos mondes professionnels ont à répondre à des processus d’individualisation actifs comme à une intensification du travail. Or, sur ce point, il ne s’agit pas d’une simple augmentation quantitative. Cette question quantitative a deux versants : le premier concerne la quantité d’un travail dans lequel on ne trouve pas de sens (cf. fonctions au sein desquelles le travail est essentiellement prescrit). Le second tient à la quantité du travail que nous sommes empêchés de faire. Il apparaît donc indispensable de créer des espaces à l’intérieur des institutions, qui soient des espaces d’élaboration où l’on parle de l’objet du travail réel, pour se déprendre ainsi de la logique imposée par la centration sur le travail prescrit.
Les résistances locales s’exercent notamment via des médias qui favorisent la rencontre et l’accueil : le très important café, loin d’être anecdotique, est l’un d’eux. D’autres espaces font aussi leurs preuves au quotidien : l’art, les associations culturelles, les espaces de délibération qui donnent des idées et de l’énergie pour la « ruse ». La ruse et la pluralité des choix stratégiques, qui rendent ce que nous proposons désirable et intéressant, là où le désir nous paraît être aux abonnés absents dans l’apprentissage et l’application de protocoles. Par exemple, le refus de reprendre certains mots et concepts qui tentent de s’imposer par la novlangue gestionnaire lorsqu’ils semblent dangereux, voire à les subvertir afin de leur accorder un sens propre à notre praxis. Mais pour cela nous devons assumer la responsabilité de reconceptualiser, traduire, reformuler, afin de mettre en valeur ce qui est central dans notre clinique.
Et, le plus important, ces espaces d’élaboration, de délibération et de subversion collectives, sont des espaces avec les patient·e·s. Parce que ce qui est venu et revenu tout au long de l’atelier est bien cela : là où nous nous formons le plus sûrement – et ce pour quoi nous avons à nous battre – c’est à la rencontre de nos patient·e·s, et avec elleux.
A Paris, 14 h 30 : départ de la manifestation de Bastille. Arrivée place de la République, rassemblement festif à partir de 17 h.
Autres initiatives en régions : Tours, RDV 14 h 30 : Place Jean Jaurès.
Mise à jour du 4 avril : Préavis de grève SUD Santé Sociaux pour le 6,7,8 avril et…
… nouvel appel avec plus de signataires :


MARS
MARSEILLE/ LUNDI 21 : Théâtre de l’Astronef, « Suppression du diplôme d’ISP, trente ans après quelle transmission ? » Programme : SERPSY .

Festival SONIC PROTEST , les rencontres internationales des pratiques brutes de la musique, du 15 mars au 3 avril, suivre la page facebook : https://www.facebook.com/SonicProtest
JEUDI 25, 11 h 30 : Projection à la fac Paris VII du documentaire NOUS, les intranquilles de Nicolas Contant et le groupe cinéma du centre Artaud.
VEN-SAM-DIM du 25 au 27 : Congrès annuel de l’USP « COLLECTIF(S) »
SAMEDI 26 mars, 10 h – 18 h : Rencontres sociales anti-fascistes à la Bourse du Travail.`
du 28 mars au …

AVRIL
… 3 avril : la Semaine De La Folie Ordinaire francilienne (toutes les infos dans le lien).
SAMEDI 2 avril 14 h – 18 h : par le C.R.P.A, Cercle de Réflexion et de Proposition d’Actions sur la psychiatrie, Conférence – débat » Réforme de l’isolement – contention en psychiatrie, où en sommes – nous ? Entrée gratuite, inscription obligatoire (Clôture des inscriptions le 30 mars, 17 h). AGECA, 177, rue de Charonne, 75011 PARIS.
SAMEDI 2 avril h – h : Atelier pour la refondation du service public hospitalier /réunion de travail enquête sociale
Festival Sonic Protest jusqu’au 3 avril… voir plus haut en mars.
JEUDI 7 : appel signé par le Printemps pour la Journée Mondiale de la Santé. Paris, 14 h 30 départ de la manif de Bastille, vers République, rassemblement festif à 17h.

DIMANCHE 10 avril : Réunion pour formuler ensemble des conclusions d’étape des Assises 2022. A.E.R.I., 57 Rue Etienne Marcel, 93100 Montreuil, Métro : Croix de Chavaux, ligne 9.

SAMEDI 30 avril : Convergence des psychologues en lutte, « FORUM 1.5 » à la Mairie de Montreuil et en ligne. Pour s’inscrire, voir le programme :
Mise à jour du 5 mai, les journées seront diffusées en visio ! Toutes les infos, après le programme ci-dessous.


Pour le bulletin d’inscription voir le PDF :


pour info : joel.bouderlique@gmail.com
Plus d’infos à propos des Semaines De La Folie Ordinaire en région parisienne sur le blog : https://sdlfoparis2018.wordpress.com/




37e congrès de l’Union Syndicale de la Psychiatrie à Paris
À l’heure où la tentation du repli gagne certains, voire en a déjà poussés au renoncement, seule la mise en pensée collective pourra nous permettre de lutter contre les effets du néolibéralisme qu’incarnent nos dirigeants.
La mise en exergue de l’individu, sommé de s’accomplir tout en étant nié dans sa vie psychique, marque notre époque autant qu’elle signe la perte de notre société.
Sans prise en compte de ce qui nous rassemble et nous complète, les citoyens ne peuvent que se heurter les uns aux autres et la violence s’exacerber, les clivages étant alimentés depuis le sommet de l’Etat.
Pointer l’individu comme responsable de ses propres malheurs, incompétent, en burn-out quand les exigences qui pèsent sur lui sont trop fortes, permet de détourner le regard des graves désorganisations du travail et des questions sociales. Pour ce qui nous concerne aussi, de la faillite de notre système public de santé, démantelé depuis des années.
En psychiatrie, les soignants dans leur ensemble, réduits à des agents, alimentent la chaîne de production des soins et ont de plus en plus de mal à s’engager dans la relation thérapeutique, se réfugiant dans les actes techniques et protocolisés.
Pourtant çà et là, des initiatives nouvelles viennent repeupler notre imaginaire. Nous entendrons certains raconter leur expérience.
Et, de plus en plus nombreux, les collectifs se forment et tentent de résister, se détournant parfois des syndicats, corps intermédiaires niés par les pouvoirs publics depuis 15 ans. Souhaitons qu’ils finissent par allier leurs forces !
L’avenir sera collectif ou ne sera pas.

Lieu du congrès : AGECA, 177 rue de Charonne,75011 PARIS, Métro Alexandre Dumas.
Toutes les infos dans la plaquette :

Communiqué de presse ASSISES CITOYENNES DU SOIN PSYCHIQUE
16 mars 2022 : communiqué de L’ATELIER DEMOCRATIE
Nous sommes un collectif créé à la suite des Assises citoyennes du soin psychique, qui se sont tenues le vendredi 11 et samedi 12 Mars 2022, à Paris. Ces Assises ont réuni 500 personnes (200 personnes supplémentaires étaient en liste d’attente) et 400 connectés en visioconférence : usager.e.s de la psychiatrie et de la pédopsychiatrie, familles et proches, citoyen.ne.s concerné.e.s, professionnel.le.s du soin, du travail social, du travail éducatif, de l’Education Nationale, de la justice, de la protection de l’enfance.
Notre constat
Loin des déclarations d’intention du gouvernement et des décideurs sur « l’usager au centre du dispositif », à des rares exceptions près, nous vivons au quotidien la disqualification de la parole des usagers, l’atteinte à nos droits fondamentaux et à la dignité. Nous voulons mettre un coup d’arrêt au rabaissement systématisé de la parole des usagers-psychiatrisés-patients. Nous sommes des sujets de droits avant d’être des sujets de soins et en aucun cas nous ne sommes des objets de soins.
Nous existons en tant que sujets et à ce titre, la prise de parole des usager(e)s – patient(e)s psychiatrisé(e)s ne peut être considérée d’emblée comme « instrumentalisée » et « instrumentalisable ». Ces préjugés nous dénient le droit à porter notre parole. Ils sont infantilisants et indignes. D’ailleurs, nous remarquons que l’infantilisation touche aussi les professionnels. Nous devons faut lutter en permanence contre ce processus délétère.
Dans ce contexte, la démocratie sanitaire telle qu’elle est pratiquée est une mascarade et une imposture. Elle doit être repensée pour accorder une place réelle aux usagers réels. Quelques soient nos difficultés, nous devons être considérés comme des citoyens à part entière.
Nos propositions
1- L’urgence est de lutter pour l’effectivité des Droits des usagers. Que ces Droits effectifs deviennent l’organisateur des soins psychiques, quelques soient nos âges (enfants, adolescents, adultes, personnes âgées), nos statuts et nos problématiques psychiques.
2- Nous voulons rappeler fermement aux établissements de santé et d’accompagnement, du sanitaire, du médico-social et du social que la liberté est la norme. La liberté doit être l’usage le plus courant dans les pratiques. Quand elle est nécessaire, la privation de liberté doit être l’exception. Pour nous, toute privation de liberté indue et non proportionnée doit être signalée et dénoncée par le biais d’un collectif protégeant celles et ceux qui y sont confrontées et ce de façon solidaire.
3- Nous voulons rappeler aux professionnels soignants et administratifs qu’il n’est plus possible de céder sur le droit des patients pour des questions professionnelles, de droit du travail ou de défenses syndicales et corporatistes. Dans les cas où le droit des usagers s’oppose aux logiques (voire au confort) des tutelles, des directions et des professionnels, cela doit faire l’objet de débats et d’échanges sincères, authentiques et solidaires. L’auto-détermination des premiers concernés doit être supportée et soutenue par les professionnels et les politiques.
4- Par ailleurs, la formation des professionnels constitue un enjeu démocratique essentiel. Si chacun doit pouvoir avoir accès à une formation de son choix et non imposée, nous devons soutenir que les premiers concernés (usagers – patients – psychiatrisés) ont toute leur place pour former les professionnels afin de les rendre attentifs à ce qu’ils vivent au quotidien.
5- Nous ne pouvons plus supporter que les personnes qui tentent de faire valoir leurs droits (usagers ou professionnels) soient assignés à un statut pathologique de paranoïaque ou de quérulents. D’autant que même les paranoïaques ont des droits à défendre et à faire appliquer !
6- Dans cette perspective, il est nécessaire d’organiser un réseau d’auto-défense pour les droits et libertés en psychiatrie associé à un réseau contre la répression des usagers et des professionnels lanceurs d’alerte et défenseurs des droits.
7- Il n’est plus tolérable que se développent les pratiques de contention et d’isolement. L’encadrement systématique par le Juge des Libertés et de la Détention de ces pratiques ne doit pas faire oublier l’enjeu premier : celui de la réduction voire de l’arrêt total de ces pratiques, notamment celle de la contention physique. Il est inacceptable qu’aucun débat national n’ait eu lieu sur ces pratiques. Nous appelons à l’organisation de journées « Parlons contention » à partir des témoignages et de la parole des premiers concernés en vue d’un débat public digne de ce nom qui n’aurait pas peur d’aborder l’abolition des pratiques de contention physique et des moyens psychiques, matériels et humains qui s’y substitueraient.
8- Nous voulons également créer un bréviaire regroupant les mots et les pratiques infantilisantes dans les soins et recensant les mots intolérables de la langue psychiatrique. A contrario, nous souhaitons faire des fiches d’événements, de pratiques et de mots désirables (par exemple insister sur l’importance de la démocratie concrète dans les soins comme avec les clubs thérapeutiques, les associations de personnes concernées…).
9- Nous voulons des instances de délibération conjointe au sein des services ou de toute structure entre usagers et résidents des lieux, familles et professionnels.
10- Nous remarquons que là où existent des clubs thérapeutiques, il existe des contre-pouvoirs effectifs et concrets dans la vie quotidienne. Ainsi, nous voulons que les clubs thérapeutiques et les associations locales d’usagers ne soient pas systématiquement rabroués au motif qu’elles ne sont pas « représentatives » dans les instances de la démocratie sanitaire. Nous voulons que les clubs thérapeutiques et les associations locales d’usagers, créés à partir des lieux de soin et d’accompagnement, soient invités de droit, voire qu’ils soient représentants de fait dans les Commissions Des Usagers (CDU), les Commissions de la Vie Sociale (CVS).
Ainsi, à l’occasion des Assises du soin psychique et de notre atelier sur la démocratie, il nous semble urgent d’insister sur les formes de soin et d’accompagnement qui font la place à la responsabilisation citoyenne des usagers, qui aident à les rendre actifs en tant que personnes et dans leur milieu de vie, qui lutte contre l’infantilisation et les postulats validistes de la société actuelle.
Pour les Assises citoyennes du soin psychique,
L’atelier Démocratie
Contacts presse : Humapsy par mail à humapsy@mailoo.org, qui transmettra aux autres contacts.
Pour retrouver la vidéo de la restitution de l’atelier en plénière: lien

Communiqué de l’atelier « Urgence de repenser l’Enfance en souffrance » adressé aux parlementaires
Nous sommes un collectif créé à la suite des Assises citoyennes du soin psychique, qui se sont tenues le vendredi 11 et samedi 12 Mars 2022, à Paris. Ces Assises ont réuni 500 personnes (200 personnes supplémentaires étaient en liste d’attente) et 400 connectés en visioconférence : usagers de la psychiatrie et de la pédopsychiatrie, familles et proches, citoyens concernés, professionnels du soin, du travail social, du travail éducatif, de l’Education Nationale, de la justice, de la protection de l’enfance.
A la suite de la tenue d’un groupe de travail, au sein de ces Assises, sur la condition des enfants, adolescents et jeunes adultes, nous demandons la tenue de débats parlementaires sur les sujets suivants :
– l’inclusion des enfants, adolescents et adultes en situation de handicap
-les pratiques de contention et de surmédication des enfants et adolescents.
En ce qui concerne l’inclusion, nous avons été informés des propos d’Eric Zemmour affirmant que de nombreux enfants en situation de handicap n’ont pas leur place en classe ordinaire et devraient être accueillis uniquement dans des lieux spécialisés. Nous avons constaté que ceux-ci ont été suivis d’une réaction quasi-unanime des différents partis politiques, glorifiant la politique des secrétariats d’Etat au handicap des trois derniers gouvernements successifs. Or, celle-ci prône la fermeture des lieux spécialisés de soin et d’accompagnement au nom d’une « désinstutionnalisation » pour se focaliser sur l’« inclusion » de ces enfants en école ordinaire.
Ces deux discours reposent sur la fiction selon laquelle :
-la politique actuelle de l’Education Nationale permettrait un accueil harmonieux des enfants en situation de handicap en école ordinaire
-la politique actuelle de la Santé permettrait qu’existent de nombreux lieux spécialisés de soin et d’accompagnement.
Cela est faux.
Nos expériences sont les suivantes : la réalité de très nombreux enfants et de leurs familles, c’est tout simplement l’attente désespérée d’une place dans un lieu spécialisé et l’accueil nulle part. Exemple parmi tant d’autres abordé lors des Assises, une enfant attend depuis plus de 919 jours une place en IME et sa mère écrit chaque jour au Président de la République.
La réalité des lieux spécialisés de soin et d’accompagnement, c’est l’ensevelissement sous un nombre de demandes tel que le temps d’attente avant d’être reçu, pour un enfant ou un adolescent, atteint parfois plusieurs années, et le détournement du travail des professionnels vers des tâches de gestion purement technique de dossiers.
Et loin d’une « désinstitutionnalisation », lorsqu’un enfant ou un adolescent est en crise, faute de possibilités de soin et d’accompagnement de proximité, réguliers et relationnels, ce que nous voyons apparaître, c’est le retour de pratiques asilaires honteuses, intolérables et illégales dans certains lieux ou certains services d’urgences : contentions et surprescriptions de psychotropes n’épargnent désormais plus les enfants.
Nous connaissons la cause de cela : le « Nouveau management public » qui régit le soin, l’enseignement, la protection de l’enfance, la justice, vise la rentabilité, parle de « flux » et déteste les « stocks ». Or un hôpital de jour, un IME, un CMPP ou un CMP qui suit des enfants au long cours, un lieu d’accueil de la protection de l’enfance, c’est un « stock » qui semble pour certaines femmes et hommes politiques bien gênants et coûteux. Le modèle prôné est de définancer ces lieux à l’aide de la réforme du financement de la psychiatrie qui s’applique depuis le 1er Janvier 2022 pour, à terme, justifier leur fermeture ou leur transformation en « plateformes » de consultation ponctuelles, productrices de « bilans » divers et variés. Il s’agit de convertir l’argent économisé en allocations destinées aux familles, « libres » alors de payer des cabinets privés de prestations à domicile, d’aide à la personne, de formation, de nouveaux bilans. Mais alors, dans ce modèle de société, quid de la sociabilisation, des rencontres, des amitiés, des projets de vie, que les enfants et adolescents peuvent créer dans les collectifs de soin et d’accompagnement quand ceux-ci ont des pratiques vivantes et anti-validistes, et à l’école quand la scolarisation est bien accompagnée en partenariat avec ces collectifs de soin ? Quid des familles qui ne souhaitent pas être le soignant de leur enfant ? Quid de la notion de service public égalitaire et sans condition de revenu ?
Nous, ce que nous observons souvent, c’est l’envers du décor : ni stock (puisque les lieux ferment ou se transforment en dispositifs de bilans) ni flux d’enfants : ils sont tout simplement abandonnés avec leurs familles. Par contre un flux, il en existe bel et bien un : le flux de dossiers MDPH et le flux de bilans, qui circulent de mains en mains et de dispositifs « innovants » en dispositifs « innovants ». Les enfants et les adolescents sont toujours, eux, accueillis nulle part.
Par ailleurs, nombreux sont ceux d’entre nous qui ont vécu, à l’école ordinaire, une inclusion sous forme d’injonction à se comporter comme un élève ordinaire, sous peine d’être exclu, ou une inclusion de façade avec une Unité d’Enseignement à part et des récréations séparées. Nombreux sont les élèves sans accompagnants (AVS, AESH) malgré les demandes de collectifs de parents et des équipes pédagogiques. Et nombreux sont les professeurs qui avouent leur grande difficulté à accueillir ces élèves dans les classes ordinaires en l’état actuel de fonctionnement de l’Education Nationale : en termes de moyens humains, de formation, de travail d’équipe et du nombre d’élèves par classe. Effet direct, de plus en plus nombreux sont les enseignants qui déclarent auprès de leur CHSCT des situations à risque pour la santé des enfants sans que rien ne soit mis en place pour résoudre ces situations.
Nous constatons également la focalisation validiste de la MDPH sur les capacités des personnes en situation de handicap à travailler, notamment en ESAT, alors même qu’une enquête récente montre enfin la réalité de ces lieux qui bien souvent exploitent les travailleurs handicapés : sous-payés et interdits de se syndiquer ; certains directeurs sont même fiers de vanter une main d’œuvre supposée docile peu chère et qui rapporte des primes à l’entreprise.
Nous savons que certains usagers, certaines familles et certains professionnels sont satisfaits de l’ensemble de ce système ; leurs intérêts de classe, leurs intérêts personnels sont convergents avec ceux d’une société inégalitaire, utilitariste et privatisée.
Ce n’est pas notre cas. Nous nous opposons radicalement aux propos d’Eric Zemmour car nous faisons l’hypothèse que ses motivations sont eugénistes. Nous nous opposons radicalement à la fausse inclusion du gouvernement actuel car nous faisons l’hypothèse que ses motivations sont validistes et s’inscrivent dans la rationalité néolibérale. A propos de validisme nous constatons d’ailleurs que la secrétaire d’Etat actuel au handicap s’oppose à la déconjugalisation de l’Allocation Adulte Handicapé.
Prenons les choses au sérieux :
On nous parle de la réussite de l’inclusion scolaire en Italie. Alors nous voulons pour l’école française des conditions proches de celles de l’Italie : classes à petits effectifs, co-enseignement par un enseignant spécialisé et un enseignant ordinaire, professeurs pouvant exercer une réelle pédagogie différenciée, accompagnants formés et titularisés.
On nous dépeint des « institutions » de soin et d’accompagnement (comme si les écoles n’étaient pas également des institutions), comme des lieux fermés, de relégation, ségrégatifs, infantilisants. Nous sommes fatigués de ces calomnies. Nous affirmons qu’un certain nombre de lieux pratiquent au contraire un accueil chaleureux, ouvert et vivant, que les enfants et adolescents qui y sont reçus sont pris au sérieux, sont des interlocuteurs valables, qui peuvent influer sur le fonctionnement même de ces lieux. Aussi, lorsque des pratiques intolérables apparaissent quelque part : isolement, contention, médication inadaptée ou excessive, d’enfants et d’adolescents, nous exigeons qu’elles soient dénoncées radicalement, que leurs auteurs soient poursuivis. Quant aux pratiques validistes, c’est toute la société qui est concernée. Les lieux de soin et d’accompagnement, comme tous les autres, doivent combattre toute forme de domination des personnes valides sur les personnes porteuses de maladie et/ou de handicap.
Or, ce que nous constatons, c’est plutôt que les professionnels osant lancer l’alerte sur l’abandon des patients et des familles, sur la perte de sens du travail, et sur les pratiques maltraitantes d’enfermement, de contention et de surmédication, subissent souvent en retour harcèlement et représailles, au point que la plupart préfèrent se taire. Nous demandons la protection de ces personnes.
En ce qui concerne la contention, nous demandons l’abolition de cette pratique dont nous affirmons qu’elle n’est jamais thérapeutique mais toujours traumatisante.
Nous demandons un meilleur encadrement de la prescription de psychotropes aux enfants et adolescents, notamment des dérivés amphétaminiques et des neuroleptiques qui sont actuellement sur-prescrits par certains praticiens et certains services alors même que le bénéfice thérapeutique n’est pas prouvé.
Nous vous demandons de vous positionner, Madame, Monsieur, sur ces points et la tenue d’un débat parlementaire.
Pour les Assises citoyennes du soin psychique,
Le groupe de travail enfants, adolescents et jeunes adultes.

Contacts presse : Loriane Bellahsen 06.84.51.73.77 ; Martin Pavelka : 06.29.91.19.28
Pour adresser le communiqué aux parlementaires, le PDF peut être téléchargé ici :