Toulouse : Hôpital Marchant en lutte, rassemblement le 11 juillet

« Le Printemps de la Psychiatrie s’associe à la lutte en cours au CHS G. Marchant menée par le collectif de la MILI’TENTE à Toulouse.
Il apporte son soutien total à la manifestation du jeudi 11 juillet qui regroupera les personnels, les patients et les familles dans une grande marche festive vers la direction des hôpitaux de Toulouse à l’Hôtel Dieu, afin de réclamer des moyens pour des soins dignes et humains. »Facebook de Marchant en lutte, la Mili’tente !

En 1926, Albert Londres, grand reporter et écrivain intransigeant qui provoqua la fermeture du bagne de Cayenne, lutta contre la traite d’êtres humains et dénonça l’exploitation coloniale écrivait : La maison de Braqueville (qui deviendra Hôpital G. Marchant) est une maison comme il n’en est pas une autre sur le territoire de la France républicaine. Si je suis dénoncé comme fou, je demande que l’on m’interne chez le docteur Maurice Dide.
L’histoire d’une institution de soins en psychiatrie est faite de périodes contrastée qui peuvent varier entre des moments sombres ou par défaut de moyens humains matériels et culturels l’institution devient maltraitante et d’autres, lumineux, au cours desquels toute une communauté s’unie pour exercer sa mission de protéger, accompagner, soigner, rendre la vie meilleure pour les personnes qui se confient à leurs soins ou leurs sont confiées.
Notre fierté de soignants, d’agents techniques ou administratifs et de concourir à l’existence de ces moments lumineux.
Aujourd’hui, la communauté hospitalière de l’hôpital Marchant se bat pour recouvrer ces moyens. Elle se bat au quotidien jusqu’à l’usure pour remplir au mieux sa mission, elle lutte pour sortir de la nasse financière dans laquelle elle est engluée, au risque de la santé des personnels et surtout des conséquences pour les personnes accueillis qui n’ont pas droit aux soins qui leur est dû.
C’est leur fierté.
Jeudi 11 juillet, ces personnels, avec les associations de patients et les familles, les élus et les personnes qui voudront bien les soutenir exprimeront dans les rues de Toulouse leur colère contre le sort qui leur est fait et exprimeront leur désir de moyens de soigner dignement, humainement à leur façon, déterminée, pacifique et ludique.

Facebook de Marchant en lutte, la Mili’tente !

 

 

 

 

Le vent se lève : émergences de nouvelles formes de liens et de luttes

Le collectif « le vent se lève » de La Roche-sur-Foron organisait un événement le 21 juin autour du Printemps de la psychiatrie. Lors de cette rencontre, comme dans beaucoup d’autres, de nouvelles formes de liens émergent, souvent en toute discrétion. Pourtant, ils instituent du nouveau pour le temps présent et à venir. Récit dans l’immédiat après coup avec quelques pistes pour la suite.

En mai 2019, s’est tenu sur le plateau des Glières le rassemblement annuel « Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui ». Zyplox d’Humapsy, citoyen résistant d’aujourd’hui a témoigné (vidéo ici). La veille, un débat autour du Printemps de la Psychiatrie avait eu lieu réunissant plus de deux cents personnes avec les Pinel en Lutte, la Psychiatrie Parisienne Unifiée, Humapsy et des participants au Printemps.

A l’issue de ce débat, une invitation a été lancée par des soignants locaux du collectif « le vent se lève » pour partager le 21 juin une soirée autour de la psychiatrie, de la catastrophe en cours et de l’émergence des formes nouvelles de mobilisations auxquelles nous assistons depuis plus d’un an partout dans l’Hexagone. Cette invitation faisait suite à un étonnement, le mien, devant la découverte de ce collectif qui s’était mobilisé dès janvier dernier avec un rassemblement local le jour du printemps de la psychiatrie le 21 mars à La Roche sur Foron réunissant plusieurs dizaines de personnes avec une chanson au titre de « sauvons la psy » et le désir de transformer la situation locale. Les soignants partent en masse des services à un rythme effréné, le manque de médecins est criant, les salaires attractifs de la suisse voisine n’arrangent rien. Et comme dans la majorité des hôpitaux publics actuellement, des resucées de « dialogues social » allié à un management marketing masquent l’autoritarisme du pouvoir en place (celui de l’hôpital, de l’ARS, du Ministère, du gouvernement…). Ce pouvoir sans contre-pouvoir dissémine la peur au quotidien, dans la société et dans nombre d’institutions. Ses représailles existent dans la réalité, financièrement, psychiquement, physiquement. A quand le collectif « des mutilés psychiques pour l’exemple » réunissant patients, soignants et familles pour mettre en visibilité ce qui est fait en termes de maltraitances institutionnelles dans tous ces lieux ?

Cette soirée a fait émerger une discussion avec des familles de l’UNAFAM, des « GEMois » du GEM local « le lien qui fait du bien » et des professionnels autour de ce qu’il faut de liens entre les gens, de paroles, de compréhension, d’écoute, d’amitié. Des témoignages sensibles nous ont été offerts par les Gémois sur la fonction nécessaire de lieux où l’on prend le temps, où l’on écoute, on l’on va au-devant des personnes, où l’on rend visite aux copains qui s’isolent, qui ne vont pas bien voire où l’on va en bande saluer la copine ou le copain hospitalisé pour lui remonter le moral. Ces lieux où être attentif à l’autre est aussi prendre soin de soi, que l’on soit usagers, professionnels ou proches. Expression d’un réseau dense d’amitiés et de partages contrastant avec l’abandon régnant à l’hôpital faute de temps, faute de lien humanisant, faute de continuité psychique minimale.

Cette soirée, comme il s’en déroule partout sur le territoire depuis des mois (aux rencontres de psychothérapies institutionnelles de Saint Alban sur « l’institution efficace », Jean Pierre Martin, auteur du livre récent paru aux éditions Syllepse « l’émancipation de la psychiatrie » a raconté les nombreuses invitations qu’il avait reçu de collectifs et les soirées passionnantes passés à leurs côtés).

Dans l’après coup immédiat de cette soirée, plusieurs réflexions peuvent servir pour les temps à venir.

Premièrement, les mobilisations, aussi minimales soient-elles, ont une importance du fait de leur existence même. « Nous sommes responsables de ce qui dépend de nous » disait Castoriadis. Alors commencer par là où l’on se trouve, en tant que concerné par la psychiatrie, en tant que citoyen est un bon début.

Evénements de France et de Navarre, faites-vous connaître !

Partagez vos initiatives, aussi minimales soient-elles. Dépassons les barrières de pudeur et de retenue qui nous font dire que ce que l’on fait localement n’est « rien » ou n’est « pas grand-chose ». Pour les professionnels, rappelons-nous que l’efficace du soin gît dans les détails…Rappelons-nous aussi certaines expériences vécues dans le quotidien des pratiques : créer une réunion, instituer un espace de rencontre, d’échanges et de parole a parfois autant d’importance (voir plus) pour celles et ceux qui ne viennent pas. Cela fait consister un lieu potentiel où l’on pourrait y être, où l’on pourrait s’investir. Où l’on peut se projeter, en y étant ou pas. Il nous faut sortir de la mystification des chiffres, de la fascination pour le nombre de participants. L’enjeu n’est pas quantitatif, il est qualitatif. C’est-à-dire qu’il réside dans l’institution de l’espace de partage lui-même. Peu importe le nombre de personne.

A partir de ce premier support, des émergences peuvent éclore : un collectif peut se construire, des initiatives peuvent se prendre. A mon sens, ces formes de rassemblement sont radicalement nouvelles. Quelques années plus tôt, elles n’existaient pas. La nouveauté est leur institution depuis la base, depuis le terrain concret des pratiques. Les rassemblements réunissant soignants, patients et familles n’étaient que l’apanage de la pseudo « démocratie sanitaire » et de ses représentants officiels habitués de la langue de bois, des autocongratulations et autre autopromotion. Ici, c’est une autre forme qui se travaille et qui a des effets concrets pour toutes et tous, à commencer par l’importance de se trouver, de se retrouver, de partager. On ne s’adresse plus la parole de la même façon quand, sur une scène citoyenne donc distincte de la scène des soins, nous avons pu parler de notre vécu quotidien, de nos impasses à soigner, à se soigner, à accompagner, de nos trouvailles pour tenir, pour inventer pour « rexister[1] ».

Deuxièmement, à partir de l’institution en acte de tels lieux, il semble nécessaire de se brancher sur d’autres expériences plus ou moins proches pour partager au-delà de la stricte situation locale. Faire du lien avec d’autres lieux permet de se décaler mais aussi d’en apprendre sur nos propres lieux. Ce dont témoigne concrètement l’expérience du TRUC (terrain de rassemblement pour l’utilité des clubs thérapeutiques). Le récit de cette expérience est écoutable grâce à la formidable émission « la psychiatrie en couleurs » de Radiozef).

Ces expériences de circulations, plus ou moins lointaines, où l’on rencontre le plus proche sont légions. Ces déplacements ouvrent à la rencontre de personnes « du cru » dont nous n’avions pas fait la connaissance dans le lieu lui-même[2] ! Ces circulations instituent elles aussi d’autres liens, d’autres possibilités de se fédérer à partir du partage et de la rencontre et pas seulement à partir des idéologies, de la contestation ou des formations réactionnelles.

Ainsi, le bilan très partiel et très provisoire de soirées comme celle-là est la nécessité de tenter une mise en dialogue permanente des gens et des lieux pour que de nouveaux liens se créent.

Enfin, depuis plusieurs semaines, le sud de la Loire connaît son lot de soulèvements.

A Toulouse, une « mili-tente » s’est construite devant l’hôpital Gérard Marchant car « De la tente naît le désir » disent-ils ! Il est possible de les encourager, de participer à leur caisse de grève.

A Lavaur, une tente des asphyxiés avec blocage de l’hôpital a permis de mettre en visibilité les conditions d’accueil déplorables dans certaines unités avec des avancées pour les droits des patients.

A Lyon, c’est un mouvement contre la vision carcérale et sécuritaire du plan de sécurisation de l’hôpital du Vinatier, allié aux réductions d’effectifs, qui mobilise.

A Chalon sur Saône, c’est aussi suite à une note de la direction des soins infirmiers imposant « le port de la tenue professionnelle obligatoire » sous peine de signalement à la direction des ressources humaines, qu’une mobilisation se crée. A chacun son uniforme : les soignants en blouses, les patients en pyjama et les directeurs en tailleurs et costards. Le pouvoir psychiatrique du moment voudrait-il transformer l’hôpital en monde digne de « la servante écarlate » ? Est-ce que l’on pense vraiment que le port de la blouse aide à mieux soigner les patients, à les « déstigmatiser » comme on dit dans les rapports officiels ?

Le clivage actuel qui traverse la psychiatrie n’est pas tant celui des techniques et des méthodes employés que celui du partage ou non du vécu de la personne souffrante. Est-ce que l’on institue les soins à partir de la relation, d’une identification de ce qu’il arrive à la personne ou est-ce que l’on considère qu’il faut être le plus objectif possible et que partager le vécu est au minimum à risque de contamination psychique délétère pour les soins au pire une faute professionnelle ? Comme disait le président d’un Groupe d’Entraide Mutuelle (GEM) au TRUC : « les soignants parlent souvent de la bonne distance qu’il convient d’avoir mais il faudrait aussi parler de la bonne proximité… ».

Alors combien de personnes et de lieux n’osent pas partager ce qu’elles « tentent » ? Que ces tentatives soit un succès ou un échec, là n’est pas la question. Ce qui compte, c’est de créer un autre possible, un autre imaginaire fondé sur ces liens, ces circulations, ce partage et cette fonction politique de l’amitié. Ce qui, en somme, est l’efficace réel des lieux accueillants la souffrance humaine.

En conclusion, le rassemblement des Glières a eu un autre effet. Dans toute l’effervescence joyeuse et obstinée de ce rassemblement, nous avons également rencontrer des soignants d’autres champ de la médecine et notamment du collectif « Nos vies d’abord » en lien avec la mobilisation en cours du collectif inter-urgence. Une pétition vient d’être rédigée avec l’objectif d’intensifier la mobilisation pour les urgences, pour l’hôpital public et plus largement pour la santé de nous toutes et tous loin des propositions incongrues de « Ma Santé 2022 ».

« Masse hantée 2022 » ?

Signez et diffusez la pétition : ici

 

Mathieu Bellahsen, 22 juin 2019

 

[1] Néologisme par un des participants du journal « Et Tout et Tout », association issue d’un collectif de soin dont l’objet inscrit dans les statuts est « l’humanisation de la psychiatrie et de la société » !

[2] Collectif Encore Heureux

printempsdelapsychiatrie@gmail.com

page Facebook

 

Communiqué de soutien au collectif de la Mili’tente du CHS G. Marchant à Toulouse

Réunis en assemblée générale à Paris le 22 juin 2019, les membres du Printemps de la Psychiatrie saluent la lutte en cours menée par le collectif de la mili’tente au CHS G. Marchant à Toulouse. Ils leurs apportent leur total soutien et resteront attentifs aux suites données à cette lutte. Par là-même, ils dénoncent la casse de la politique de secteur et l’érosion des moyens du soin en psychiatrie.

page Facebook de l’hôpital Marchant en lutte

Collectif Pédopsychiatrie du 19ème en lutte

Appel du Collectif Pédopsychiatrie du 19ème en Lutte !

Venez nous soutenir le 17 avril 2019, au 114 avenue de Flandre

Nous sommes des soignants du secteur de pédopsychiatrie du 19ème arrondissement de Paris en lutte contre les politiques anti-sociale et la casse de nos services publics.
En 2016, nous nous sommes constitués en collectif, portés par les mouvements sociaux contre la loi travail du gouvernement Hollande et la nécessité de réagir aux regroupements (qui ont eu lieu au sein) de nos hôpitaux Parisiens dans une indifférence quasi générale imposés par à la loi HPST de 2009 dites « Loi Bachelot » et renforcés par la loi Santé « Tourraine » en 2016. 

Au sein de notre secteur nous avons organisé de nombreuses manifestations en lien également avec d’autres collectifs du secteur social et médico-social (19ème côté adulte et 10ème côté pédopsychiatrie, la commission « action travail social », la commission « psy-soins-accueil », etc.).
Nous sommes en lutte localement pour la défense de nos budgets de formation et notamment pour le droit à la formation individuelle. Nous nous sommes également opposés au contrat de pôle (délégation de gestion) qui consiste à faire de nous des gestionnaires soumis aux dictats de la toute-puissante administration. Nous luttons également pour la défense de nos associations de secteur que l’administration incite outrageusement à transformer en caisses de gestion des budgets de secteur ou à faire disparaître comme dans de nombreux secteurs de psychiatrie et de pédopsychiatrie. 

Une attaque au long cours 

Cela fait plusieurs années que la pédopsychiatrie publique connaît de graves attaques idéologiques et financières de la part des gouvernements successifs, mettant à mal notre capacité à répondre à nos missions. Nous sommes au quotidien auprès d’enfants ayant besoin de soins psychiques nécessitant du temps, de la disponibilité psychique des soignants, ce qui se traduit par la possibilité de les recevoir régulièrement ainsi que leurs parents, mais aussi par le fait de travailler le lien avec les partenaires que sont l’Education Nationale, l’Aide Sociale à l’Enfance, mais également les institutions médico-sociales et les associations de quartier. Grâce à ce travail, nous pouvons tisser autour de l’enfant un maillage sur-mesure à même de le soutenir dans ses potentialités. 

Nos outils de travail sont l’accueil, l’écoute, le jeu, la parole, des sorties, des séjours, mais surtout du temps pour penser en équipe les enfants que l’on accueille et la liberté de pouvoir modifier le cadre institutionnel en fonction de chacun d’eux. En effet, nous accueillons bien des enfants et leur famille et non pas des pathologies ou des troubles. Des enfants qui viennent avec leur histoire singulière et qu’aucun cadre préexistant, aucun protocole ou classification diagnostique ne peut saisir dans sa globalité. Nous nous appuyons sur des concepts théorico-cliniques qui empruntent à différentes approches : psychodynamiques, psychanalytiques, développementales, éducatives et cognitivo-comportementales. On peut appeler cela de la psychothérapie institutionnelle, de la sociothérapie ou encore des pratiques intégratives, après tout peu importe. Il s’agit de pouvoir être- là, créatifs chaque jour auprès des enfants, de tenter de comprendre quelque chose de leurs aliénations psycho-sociales, de leur « être-empêché » et de leur permettre ainsi de s’appuyer sur la relation thérapeutique pour s’apaiser, changer, et de poursuivre leur vie dans les meilleures conditions. 

Ce travail, lorsqu’il est possible, permet à beaucoup d’enfants de pouvoir entrer en relation, c’est-à- dire de pouvoir dire, de leur place, ce qui se passe pour eux mais aussi d’entendre ce que les autres ont à leur dire. Lorsque nous en avons les moyens, ce travail permet aux enfants de se libérer de leurs angoisses et donc des souffrances multiples qu’elles engendrent. Autrement dit, nous pensons simplement les aider, avec leur environnement proche, à être sujet d’eux-mêmes et à être le plus épanouis et heureux possible. 

Pour de nombreuses familles, le travail psychothérapeutique effectué en CMP permet à l’enfant de reprendre une vie de famille apaisée, une scolarité qui était devenue impossible, une vie sociale qui était entravée, etc. Dans d’autres situations, cela se traduit parfois par « des petits riens » plus difficiles à objectiver : un regard, la possibilité de jouer, de partager un jeu avec un autre enfant, ou encore la possibilité pour certains parents de sortir dans la rue avec leur enfant ou de prendre les transports lorsque ce n’était pas possible avant. Mais « ces petits riens » sont en fait les signes d’importants changements subjectifs.
Et c’est ce travail, de rencontre et de lien, qui est attaqué par les mesures autoritaires et liberticides que nous combattons aujourd’hui ! 

La mise en place des Groupement Hospitalier Universitaire, énorme fusion qui vise à réduire les coûts, apporte un lot de mesures incompatibles avec le cœur de notre activité: 

Nous subissons le passage en force d’une Organisation du Temps de Travail (OTT) imposée par la direction du nouveau GHU Psychiatrie-Neuroscience. De nombreuses protestations se sont faîtes entendre, une grève a eu lieu, mais la direction a gardé le même cap, à l’instar de nos gouvernants autoritaires. Cette OTT inadaptée nous pousse à recevoir les enfants moins longtemps et moins souvent sous le prétexte fallacieux de pouvoir recevoir plus de familles et ainsi de tenir la cadence des demandes.
Mais nous n’y arrivons plus depuis longtemps déjà ! Sur notre secteur, il y a aujourd’hui des centaines d’enfants qui attendent une première consultation depuis plus de six mois à un an. Nous sommes en flux tendu permanent et nous perdons des jours de congés. L’épuisement général se fait sentir. De plus en plus de soignants partent en arrêt maladie ou bien quittent tout simplement le service public. La qualité des soins s’en trouve gravement atteinte. Alors que dans le même temps, le 19ème arrondissement a vu sa population augmenter de 10 000 habitants en 10 ans et 20 000 en 20 ans, sans augmentation des effectifs soignants.
Nous réclamons au moins le double de nos effectifs actuels pour mener à bien notre mission de service public. Et nous réclamons la liberté de choix des équipes dans leur Organisation du Temps de Travail. 

Nous subissons également une baisse de moyens en matière de formation. Nous avons perdu l’équivalent de 11000 euros de budget formation en 2016 soit 50% de notre budget initial. C’est pourtant le poumon de nos métiers qui alimente notre pratique clinique au quotidien auprès des enfants. Elle nous permet d’enrichir nos pratiques, de les questionner, bref de remettre de la pensée là où parfois elle s’épuise…
Nous avions créé une commission formation (la loi HPST de 2009 instaurait la création de ces instances décisionnelles sans en définir un mode particulier de fonctionnement). Cette commission était un véritable outil de démocratie autogestionnaire où chaque profession et chaque unité fonctionnelle du secteur était représentée. Ce mode d’organisation avait ouvert des espaces de réappropriation1 de nos outils de travail où étaient liées pratique clinique et formation. Nous avions pu construire ainsi des formations plus adaptées à la réalisation de nos projets cliniques. Aujourd’hui par exemple nous peinons à suivre des formations d’orientation analytique, qui sont pratiquement absentes des nouveaux plans de formation. A l’inverse, apparaissent de plus en plus de formations aux méthodes comportementales.
Nous exigeons donc le maintien d’un budget de formation à hauteur de 22000€, ainsi que la possibilité de travailler démocratiquement le choix de nos formations en commission. 

Nous subissons la dotation des activités quotidiennes et du matériel (c’est à dire l’enveloppe de secteur qui concerne l’achat de jeux, jouets etc.) en fonction de la file active (nombre de nouveaux patients pris en charge par an). Cet alignement a été entériné par la signature du contrat de pôle qui lie la cheffe de pôle avec l’administration. C’est une des raisons pour laquelle nous nous étions battus en 2016 afin d’empêcher cette signature de passer en silence comme dans de nombreux services. Mais en vain.
Comme la quasi-totalité des services de psychiatrie et pédopsychiatrie, nous sommes ainsi soumis à la VAP (Valorisation de l’Activité en Psychiatrie) qui n’est rien d’autre qu’une Tarification à l’Acte (T2A) amenuisée (car elle n’influe pas sur la masse salariale). Cette organisation gestionnaire vise uniquement une logique de rentabilité. Cette dernière s’accompagne de moyens informatiques de contrôle qui nous oblige à saisir des actes pour alimenter des données en ce qui concerne la file active ce qui nous fait perdre de l’énergie et un temps soignant conséquent. Chez nous, ce logiciel s’appelle Cortexte, et les données saisies permettent en retour de mettre en compétition les unités fonctionnelles du secteur. 

Ces pratiques de rationalisation du travail digne des grandes entreprises nous mettent en grande souffrance éthique. Il y a de moins en moins de place faite à la confiance et à l’intelligence collective.
Nous souhaitons mettre un terme à ces outils de contrôle gestionnaire ! Organisons la grève des outils de gestion numérique, (cortexte(s) et cie !!) 

Nous subissons les recommandations de bonnes pratiques (traduire «directives ministériels ») de la HAS (Haute Autorité de Santé) s’appuyant sur une prétendue « scientificité » qui n’est souvent que du scientisme au bénéfice de lobbies cherchant à vendre des méthodes « toutes faites » qui promeuvent la prescription de médicaments. Ces directives font pression pour que les équipes adoptent de façon systématique des méthodes qui ne conviennent pas à tous les enfants.
Nous n’avons pas besoin de méthode. Encore une fois, nous avons besoin de liberté et surtout de temps pour accueillir les enfants et leurs familles. Nous avons besoin de confiance pour élaborer collectivement des soins adaptées à chacun d’eux. Les lobbies, la secrétaire d’état, certaines associations de parents d’enfants, nous attaquent, alors que nous sommes déjà à terre. Il s’agit d’une véritable instrumentalisation de la souffrance des patients et de leurs parents.
A l’heure où la place est donnée aux start-up en santé mentale et à la financiarisation de ce secteur (le concept de « décloisonnement » dans le projet de loi « ma santé 2022 »), où l’on parle de désinstitutionnalisation des enfants handicapés, de la dé-psychiatrisation des enfants autistes, de plus en plus de parents sont laissés pour compte. Ils doivent s’arrêter de travailler parce que les enfants sont déscolarisés et sans aucune solution de prise en charge institutionnelle. Ces parents ont bénéficié de « l’excellence » des CHU en matière de diagnostic et d’orientation…
Bravo l’inclusion ! Mais quelles solutions sur le long terme ?
Nous exigeons l’arrêt des recommandations de « bonnes pratiques », véritable usine à gaz qui cache la campagne de désinvestissement de l’Etat en matière de soin gratuit pour les enfants. 

En 2017, la direction a demandé aux associations de secteurs (notamment les clubs thérapeutiques) de se mettre en conformité avec la loi de 2016, dite de modernisation de notre système de santé, qui oblige ces associations à signer une convention avec l’établissement. Ce type de convention est censée permettre aux associations de secteur de continuer à fonctionner avec des soignants salariés, dans les locaux de l’hôpital et en recevant une subvention du service financier de l’établissement (environ 4000 à 8000€). L’association de secteur est un outils de soin en ce qu’il tend à la fabrication du collectif au sein de l’hôpital psychiatrique, en permettant aux patients et aux soignants d’avoir un espace de vie démocratique, en se projetant ensemble dans des activités diverses ayant trait à la culture, la vie de quartier, les loisirs, bref, tout ce qui permet de modifier un peu le contexte social, même localement, pour le rendre plus vivable ou en tout cas moins pathogène. La loi change simplement les missions générales de l’association pour en faire « une association en santé mentale » devant mettre en œuvre un projet thérapeutique visant les soins, la prévention, la réadaptation et la réhabilitation des patients. Le problème est que la direction profite de cette mise en conformité pour introduire une règle ne relevant pas du texte de loi. Par exemple, elle impose par le biais d’une convention-type que notre associations de secteur (l’AUSA 19) gère la globalité de l’enveloppes de secteurs allouée aux activités thérapeutiques, achat de matériel, courses quotidiennes etc. (soit 20 000 à 40 000€). Si nous refusons, elle menace tout simplement de ne pas passer de convention, ce qui entraînerait in fine sa dissolution. Or, nous savons qu’il s’agit pour la direction de pouvoir se décharger d’une tâche de gestion qu’elle ne parvient plus à remplir pour que ce soit les soignants qui s’en chargent via l’association.
La Coordination des Associations de Maison-Blanche s’est constituée en réaction à cette campagne et œuvre depuis plus d’un an à défendre la spécificité des associations de secteur. 

Nous nous battons actuellement pour que nos associations (conventionnées) puissent continuer à être subventionnée avec la possibilité pour les soignants d’œuvrer à la vie de l’association avec les patients et les familles sur du temps salarié et dans les locaux de l’établissement, comme cela est encore le cas aujourd’hui. 

Nous refusons la délégation de gestion des activités thérapeutiques via les associations pour des raisons pratiques, éthiques et idéologiques. Nous ne pouvons pas gérer, nous soignants et patients, des budgets s’élevant de 20 000 à 40 000€. Nous ne pouvons pas prétendre à un fonctionnement démocratique en gérant les activités thérapeutiques qui serait inféodées au Chef de Pôle qui a le pouvoir de décider seul des orientations de soin. 

Nous y voyons aussi et surtout le glissement vers un mouvement plus global de privatisation des soins en santé mentale en amenant les soignants à intérioriser des préoccupations gestionnaires et à s’habituer à fonctionner à partir d’appels à projets et de partenariats publics/privés. 

Ces mesures abjectes sont appuyées par une véritable campagne communicationnelle. Nous recevons chaque semaine des dizaines de mails du GHU-communication relayant tel article sur l’excellence de notre hôpital ou telle proposition de start-ups en innovation sanitaire (E-santé mentale).
Nous réclamons l’arrêt des financement des campagnes de communication pro-GHU par l’établissement, dépenses à nos yeux inutiles ! 

Et nous aurions encore à témoigner de tant de choses … 

Les perspectives de notre combat 

Il est temps de s’organiser et de construire des stratégies politiques sur le long terme qui soient partagées par le plus grand nombre. Si chaque hôpital est touché par ces politiques de façon spécifique et en fonction des arrangements ou des luttes locales, il est aujourd’hui plus que nécessaire de construire un rapport de force large et rassembleur. 

Nous, soignants de la pédopsychiatrie du 19ème, pensons que les logiques à l’œuvre ne sont pas le fruit d’erreurs de parcours ou d’incompréhension en ce qui concerne notre travail. Toutes ces attaques servent un plan élaboré. Le projet futur des technocrates pour notre secteur peut se résumer ainsi : réduire nos missions afin de les limiter à effectuer des bilans et à poser des diagnostics sur les enfants. Cela a déjà commencé dans de nombreux CHU. Dans ce cadre, les soins seraient assurés par le milieu associatif et le libéral. Ce sera donc une « pédopsy guichet » ou «low-cost » qui n’accompagne plus, ni ne soigne, les enfants et leur famille, même les plus démunies, au quotidien et sur le long terme, et qui ne travaille plus avec ses partenaires (l’école, l’Aide Sociale à l’Enfance, la PMI etc.), qui souffrent déjà par ailleurs eux-mêmes de coupes budgétaires et d’attaques en tout genre (La dernière « Loi Blanquer » pour citer un exemple)… 

Nous sommes déterminés à nous opposer à cette désagrégation programmée de la pédopsychiatrie publique, ici comme partout ailleurs !
Ces politiques s’attaquent en effet également aux secteurs du social, du medico-social, de l’éducation nationale et à tous les métiers de l’humain et de l’éducation de nos enfants. Il est impératif de construire un front large, déjà amorcé par de nombreux mouvements, notamment celui des gilets jaunes, pour nous rendre visible et rendre visible les populations les plus précaires avec lesquelles nous travaillons ! Il nous faut travailler aux bases d’une solidarité populaire capable de repenser le bien fondé de nos secteurs. « On juge du degré de civilisation d’une société à la façon dont elle traite ses fous » disait Lucien Bonnafé. Si la psychiatrie est la loupe grossissante de notre société alors n’attendons plus pour élargir et structurer nos luttes ! 

Nous nous battons pour construire une pédopsychiatrie humaine et respectueuse des enfants, de leur famille et des personnels soignants. Nous nous battons pour une meilleure répartition des richesses et un service public en bonne santé. Nous nous battons contre ce gouvernement autoritaire au service des lobbies, de la finance et du patronat ! 

C’est pourquoi nous démarrerons une grève sur notre service le 17 avril prochain. Rendez- vous au 114 avenue de Flandre dès 9h30 pour une journée de mobilisation festive ! 

9H30 ACCUEIL
10H00 POINT INFORMATIONS
10H30 GROUPE DE MUSIQUE ‘‘binObin’’
11H00 SPECTACLE DE CLOWN ‘‘La Chouquette’’ 

11H30 DISCUSSIONS ET ÉCHANGES 

12h30 REPAS PARTICIPATIF / PARTAGEZ VOS PETITS PLATS !! 

14H30 POINT PRESSE + ÉCHANGES ET DÉBAT INTERVENTION DES ACTEURS DU QUARTIER 17H00 ASSEMBLÉE GÉNÉRALE 

Contact : collectifpedopsy19@gmail.com 

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La pedopsy du 19ème en grève : RDV le 17 avril

 

pédopsychiatrie 19eme affiche(1)

APPEL DU COLLECTIF PEDOPSYCHIATRIE DU 19ème EN LUTTE :

Grève et manifestation festive le 17 avril

Rendez-vous à 9 h 30 au 114 avenue de Flandre, 75019 PARIS

Nous, soignantes et soignants de la pédopsychiatrie publique du 19ème arrondissement de Paris, sommes de nouveau en grève.

Cela fait plusieurs années que la pédopsychiatrie connaît de graves attaques idéologiques et financières de la part des pouvoirs politiques en matière de Santé Publique, mettant à mal notre capacité à répondre à nos missions.

Nous avons décidé de nous mettre en grève et d’organiser une manifestation festive pour défendre notre secteur, notre éthique de travail et notre attachement au service public.

Cette journée se construit également en lien avec les Semaines De La Folie Ordinaire et le Printemps pour la psychiatrie.

Ce que nous dénonçons :

  • Un hôpital-entreprise débouchant sur une fusion des hôpitaux psychiatriques parisiens1 dans des logiques purement gestionnaires.

  • Du temps soignant perdu à remplir des actes sur un logiciel de traçage conçu par des gestionnaires dans un but comptable.

  • Une nouvelle organisation du temps de travail incompatible avec les réalités du terrain passée en force (diminution du nombre de consultations, suppression de temps de réflexion, travail avec les partenaires institutionnels rendu difficile, suppression de RTT, …).

  • L’explosion des demandes de soins sans moyen supplémentaire, 22% en 15 ans avec une augmentation des situations complexes (voir le rapport de l’IGAS 2).

  • Les listes d’attente qui augmentent avec des enfants et adolescents qui attendent depuis plus de 12 mois pour être suivis sur le service (de 100 à 300 demandes)

  • Une baisse des budgets de formation de 50% soit 11000 euros supprimés en 2016.

  • Des techniques de management brutales qui mettent à mal le personnel et la dimension collective de notre travail.

  • Une pression de la direction pour nous imposer la gestion de notre budget de secteur via notre association de santé mentale, opérant ainsi un glissement certain vers la privatisation de nos activités thérapeutiques.

Ce que nous défendons et revendiquons :

  • Des moyens humains et matériels à la hauteur des besoins de la population en doublant les effectifs médicaux et non médicaux (éducateur, infirmier, orthophoniste, secrétaire, …)

  • Des locaux adaptés pour un accueil digne des patients.

  • Une hausse des budgets des activités thérapeutiques et des séjours thérapeutiques pour soigner enfants et adolescents dans de bonnes conditions de l’ordre de 20000€ supplémentaires.

  • Des moyens de formations à hauteur des besoins des professionnels soit 25000€ / an.

  • Un temps de réflexion clinique indispensable qui garantit un travail thérapeutique de qualité et du temps pour le travail de réseau avec les partenaires de l’enfance (école, collège, ASE, PMI, etc., …)

  • L’arrêt de la nouvelle organisation du temps de travail.

  • Une liberté dans le choix de nos références théorico-cliniques et de nos pratiques sans qu’elles soient dictées par des politiques gestionnaires ainsi que par la Haute Autorité de Santé.

  • Une garantie du maintien et du fonctionnement des associations de santé mentale qui financent des actions auprès des enfants et des familles avec du personnel soignant.

  • Une politique de secteur de proximité (un secteur pour 200.000 habitants au maximum).

Cette journée de grève nous permettra de rencontrer les parents des enfants et adolescents que nous suivons, les habitants du quartier, les associations, les écoles et collèges, les partenaires sociaux, les syndicats, les élus et toute personne concernée par la dégradation de nos conditions de travail et d’accueil des enfants ayant besoin de soins psychiques et psychiatriques dans le 19ème arrondissement de Paris.

1 Intégré au Groupement Hospitalier Universitaire Sainte Anne psychiatrie et neuroscience depuis janvier 2019 sans aucune réelle concertation avec le personnel. Regroupement de 5 hôpitaux : Perray Vaucluse, Saint Anne, Maison Blanche, ASM13, Saint Maurice. Ces groupements hospitaliers naissent partout sur le territoire. Cette politique de la sante devrai permettre à l’état d’effectuer 22 milliards d’économies.

 

Tract Pédopsychiatrie 19eme(1)