Action contre la fermeture de 80 lits au Rouvray

La manifestation a été très bien couverte au niveau des médias, et ce dès l’action terminée, en voici quelques liens : 

https://actu.fr/normandie/rouen_76540/80-lits-bientot-fermes-a-l-hopital-du-rouvray- des-soignants-montent-au-creneau_36818383.html 

https://www.paris-normandie.fr/actualites/societe/les-soignants-de-l-hopital-de-saint- etienne-du-rouvray-manifesteront-contre-la-fermeture-de-lits-eb17341137 

https://www.ouest-france.fr/normandie/rouen-76000/rouen-manifestation-contre-la- suppression-de-lits-en-psychiatrie-7016393 

Les syndicats SUD et CGT n’accepteront aucune fermeture… ni de lit, ni de services!

Entretien avec Emmanuel Venet

Le psychiatre Emmanuel Venet, auteur du Manifeste pour une psychiatrie artisanale était l’invité de l’AG »zoom »du Printemps de la psychiatrie, le 17 octobre. Voici un entretien avec lui, réalisé par Johan Faerber sur DIACRITIK 

« L’abandon de la psychiatrie publique est le fruit d’une volonté plutôt que d’une impuissance politique »

Incisif, percutant et indispensable : tels sont les mots qui viennent à l’esprit à la lecture du Manifeste pour une psychiatrie artisanale d’Emmanuel Venet qui vient de paraître chez Verdier. Si on connaît Emmanuel Venet pour ses superbes Rien et Marcher droit, tourner en rond, on le sait aussi psychiatre et c’est à ce titre qu’il prend dans cet essai la parole pour dresser un impitoyable constat sur la politique publique de soins psychiatrique. Le pouvoir l’abandonne pour privilégier une psychiatrie industrielle, numérisable et inégalitaire. Diacritik est parti à la rencontre du psychiatre le temps d’un grand entretien autour de cet essai énergique, l’un des plus importants de cette année.

Ma première question voudrait porter sur la genèse de votre si juste et si percutant Manifeste pour une psychiatrie artisanale. Quelles circonstances exactes sont à l’origine de votre réflexion sur l’abandon de la psychiatrie publique par les autorités politiques ? On sait que vous êtes psychiatre et que vous exercez à Lyon : vos réflexions procèdent-elles ainsi d’un constat personnel de praticien devant une telle politique psychiatrique ou s’agit-il plus largement pour vous de rendre compte d’une situation partagée par l’ensemble de la profession dont vous vous feriez ici pour l’occasion le porte-parole ?

Ce manifeste procède avant tout d’un constat personnel dont la genèse mérite un petit détour. Je travaille au Vinatier, gros hôpital psychiatrique public proche de Lyon, depuis près de quarante ans. J’y ai été externe, interne, assistant chef de clinique puis, depuis 1991, praticien hospitalier, de sorte que j’en connais l’atmosphère depuis quatre décennies, et je suis en mesure d’affirmer qu’il s’y produit une rupture profonde et grave depuis quelques années. Je fais partie des psychiatres de terrain qui ont œuvré, sans tambour ni trompette mais avec obstination, pour une pratique où prime la logique de soin sur la logique de contrôle social. Je n’ai jamais contesté la dimension sécuritaire de la psychiatrie publique, mais j’ai toujours essayé de l’intégrer dans une démarche humaniste, c’est-à-dire de préférer l’alliance thérapeutique à la contrainte, le soin ambulatoire à l’hospitalisation, la personnalisation du soin à sa protocoli­sation. Depuis les années quatre-vingt-dix, j’ai été témoin des fermetures de lits et de l’érosion lente mais continue des moyens budgétaires ; puis, dans les années deux mille, de la catastrophique influence du sarkozysme sur la pratique psychiatrique (retour de l’innéisme, fantasme de prédiction de la délinquance, régression sécuritaire, disqualification de l’expertise des psychiatres au profit d’une supposée expertise des préfets et des magistrats) ; et enfin, depuis quelques années, j’observe un effondrement institutionnel et intellectuel dont la gravité fait craindre une disparition pure et simple de la psychiatrie en tant que médecine du psychisme. Sur le plan de l’offre de soins, notre dispositif à bout de souffle n’est plus en mesure de répondre à la demande : les centres médico-psychologiques ferment ou manquent si cruellement de moyens qu’ils proposent des délais absurdes ; les lits d’hospitalisation sont tellement saturés que les services d’urgences s’embouteillent et peinent à assurer leurs missions.

Tout le monde s’accorde sur ce constat, mais les avis divergent quant à la question d’y remédier. Un courant de pensée, à mon avis minoritaire mais hégémonique et arrogant, essaie d’imposer un outil conceptuel qui n’accorde guère de place à la complexité du psychisme humain, et se schématise d’une manière inquiétante : d’une part vers un neuro­scientisme confondant sans vergogne le psychisme et le cerveau, d’autre part vers des pratiques d’industrialisation ou de standardisation du soin censées permettre, dans un avenir proche et radieux, de remplacer les soignants (psychiatres et paramédicaux) par des algorithmes.

Les querelles théoriques entre psychiatres « psychistes » et biologistes sont aussi vieilles que la psychiatrie elle-même, et ont donné lieu à des joutes intellectuelles rudes mais fructueuses, comme par exemple celle qui a opposé Freud à Charcot sur l’étiologie des névroses. La nouveauté, dans la situation actuelle, c’est qu’il n’y a plus de place pour le débat d’idées : le neuroscientisme tient pour indiscutable que tous les troubles psychiques seraient le reflet de dysfonctionnements cérébraux ; que le cerveau, réduit à sa dimension cognitive, aurait pour seule fonction le traitement de l’information ; et qu’il est urgent de remplacer le soin psychothérapeutique – éminemment relationnel – par des procédures de type remédiation cognitive – pour lesquelles une application informatique remplacera vite les soignants humains. Toute allusion à l’intersubjectivité dans le soin psychique, toute évocation des interactions pourtant indiscutables entre la part génétique et la part environ­nementale des troubles psychiques, se voit taxée de passéisme et frappée d’un mépris sans fond. Au Vinatier, la simple discussion de ces positions sur l’intranet du groupe médical est muselée par les psychiatres universitaires et la direction.

C’est ce changement d’ambiance qui m’a amené à écrire en urgence, au mois de décembre 2019, mon Manifeste. Trois mois plus tard paraissait le livre de Mathieu et Loriane Bellhasen, La Révolte de la psychiatrie, qui développe les mêmes thèmes en les creusant beaucoup plus, et qui souligne que ce phénomène est national.

Je pense que mon texte porte la parole d’une partie de la profession et de nombreux paramédicaux qui ne sont pas (ou plus) en mesure de protester contre l’hégémonie neuro­scientiste, parce que leurs statuts professionnels ont été considérablement fragilisés depuis une ou deux décennies : les nombreux contractuels n’osent pas faire entendre de voix dissonante, et les titulaires sont dans la main des directeurs auxquels la loi HPST a donné les pleins pouvoirs. Mais il est aussi à craindre que les professionnels les plus jeunes, formés à la pensée opératoire et acquis à la virtualisation des relations, n’aient déjà basculé dans la néopsychiatrie numérique, industrielle et bon marché contre laquelle je m’insurge. Il est important de les sensibiliser au fait que la psychiatrie publique n’a pas toujours été l’institution sinistrée et sinistre qu’elle est devenue, et qu’ils peuvent exiger des outils de soin plus mobilisateurs que ceux dictés par le seul souci de gérer la pénurie.

Enfin, il n’est pas inutile de rappeler qu’à l’époque où j’ai écrit ce texte, les médias nous informaient d’une épidémie de pneumonie virale à Wuhan, phénomène qui nous semblait bien trop lointain pour que notre actualité s’en ressente. L’évolution pandémique de la maladie devait démentir cette première lecture, et entraîner, entre autres, la prise de conscience du mauvais état de l’hôpital public français. Il est encore trop tôt pour évaluer l’influence de cette prise de conscience sur notre politique sanitaire, mais à l’époque où j’ai écrit mon Manifeste, l’abandon de l’hôpital public par le pouvoir politique était beaucoup plus décomplexé qu’aujourd’hui.

Ce qui, d’emblée, se donne comme remarquable dans votre Manifeste pour une psychiatrie artisanale, est que cet abandon par les autorités de la psychiatrie publique s’organise selon vous selon une perspective managériale. Dans une très forte formule, vous dites combien les hôpitaux n’ont plus rien d’hospitalier tant seule la perspective d’économie drastique domine, logique d’austérité oblige. Ces économies ont, selon vous, une conséquence psychiatrique dramatique : on passe d’une psychiatrie du sujet à une psychiatrie du risque : pouvez-vous nous dire en quoi il s’agit d’un péril pour la relation de soin ?

J’ai longtemps cru que les difficultés de l’institution psychiatrique publique (intra et extra­hospitalière) relevaient d’une simple logique d’austérité économique. Aujourd’hui je subodore qu’elles relèvent aussi de causes plus troubles. Certes, les États occidentaux sont surendettés, économiquement fragiles et les politiques d’investissement public en souffrent. Mais j’ai de plus en plus l’impression que l’abandon de la psychiatrie publique est le fruit d’une volonté plutôt que d’une impuissance politique. Née en 1960, l’organisation actuelle de la psychiatrie publique incarne un projet de rupture avec les pratiques asilaires de jadis et de déstigmatisation de la maladie mentale. Elle fonctionne sur le principe d’un découpage du territoire en « secteurs » visant à donner à tous les citoyens un accès à des soins gratuits et de qualité – d’où l’adjectif sectoriel dont on la qualifie souvent. Sa logique égalitariste reflète la sensibilité politique de ses créateurs, pour la plupart venus de la gauche. Un tel système a ses défauts et ses qualités, mais il a prouvé qu’il pouvait rendre les services que la population attend de lui : soins majoritairement ambulatoires, diminution de l’hospitalisation au long cours par rapport aux pratiques antérieures, accessibilité, atténuation des conséquences dé-socialisantes de la maladie mentale.

Cette psychiatrie foncièrement sociale fait l’objet d’attaques et de dénigrements de plus en plus violents par des psychiatres et des politiques pour la plupart venus de la droite, qui prônent un autre modèle et plaident pour une autre économie de la santé. Cette alternative à la psychiatrie sectorisée trouve son illustration la plus claire dans le projet de la fondation FondaMental, dont les motivations profondes sont aussi ambitieuses qu’inquiétantes : instauration d’une démarche thérapeutique (ou se prétendant telle) reposant massivement sur le monde numérique et les nouvelles technologies de communication ; proposition d’une nouvelle conception, biologique, génétique et informationnelle, de la vie mentale et de ses troubles ; imposition d’un nouveau paradigme anthropo­logique plus global, dans lequel le citoyen n’est plus considéré comme un sujet dont il importe de respecter la liberté et l’intimité, mais comme un individu connecté appelé à fournir les données qui feront de lui la cible des interventions pilotées par l’intelligence artificielle qu’il aura contribué à nourrir.

J’appelle psychiatrie du sujet une démarche de soin reposant sur la rencontre véritable entre des sujets (le patient et éventuellement ses proches d’une part, un thérapeute ou une équipe soignante d’autre part) dans laquelle le principal moteur du processus thérapeutique est la compréhension de la subjectivité du patient, dont découlent des actions de soin personnalisées et pensées – au risque de se tromper, de tâtonner, de devoir réviser l’hypothèse de départ. Mise à mal dans les années 1980 par le diagnostic probabiliste nord-américain appelé DSM, cette approche a cédé la place à une psychiatrie du symptôme, qui fait l’économie de la subjectivité du patient et ne vise que l’atténuation dudit symptôme, via des protocoles médica­menteux ou psychothérapeutiques. Enfin, selon la perspective FondaMentaliste, l’intérêt pour le sujet disparaît, l’attention au symptôme s’estompe, et la focale se règle sur une psychiatrie du risque visant à prévenir tel ou tel comportement : suicide, rupture thérapeutique, violence, etc. Certes, cette approche de soin minimaliste semble obéir à une volonté de limitation de la dépense publique, mais cela ne suffirait pas à en faire une politique ultralibérale. J’ai l’impression que cette approche relève de l’ultralibéralisme en raison d’un projet plus vaste : disparition des institutions, renvoi de chaque malade à sa responsabilité individuelle et à son autonomie, remplacement de la guidance humaine par le pilotage numérique. Selon moi, il ne s’agit plus de prendre soin de personnes malades mais de gérer les parcours de clients captifs. À mes yeux le péril se trouve là.

Cette politique managériale néo-libérale opère ainsi ce que vous nommez un taylorisme du soin au cœur de laquelle chaque patient devient finalement un élément anonyme et interchangeable comme vous en décrivez la dystopie lors de votre saisissante visite chez un ophtalmologue. En quoi, dès lors, réclamer une psychiatrie artisanale comme vous le faites doit consister à toute force à refuser une industrialisation psychiatrique, une psychiatrie standardisée et désincarnée ? Quelle forme concrète peut ainsi prendre, selon vous, la psychiatrie artisanale prévenante de la personne et de sa singularité ?

La psychiatrie, et plus généralement la médecine, obéissent encore en grande partie à une logique artisanale, au sens où l’artisan conçoit et planifie son travail, puis le réalise lui-même, en corrigeant au fur et à mesure ses éventuelles erreurs d’appréciation et en s’adaptant à l’aléa inattendu. D’après Vladimir Jankélévitch « un ouvrage réussi exige de l’artisan […] quelque chose qui ne s’apprend pas et qu’en désespoir de cause nous appelons le tour de main », ce qui souligne la dimension singulière de la pratique, le caractère non inter­changeable des soignants en psychiatrie. Ce modèle est aujourd’hui concurrencé par le taylorisme des centres experts, activement promu par FondaMental et par de nombreux universitaires. Dans un centre expert spécialisé dans une pathologie (l’autisme, la schizophrénie, le trouble bipolaire, les addictions, etc.), le patient a affaire à des paramédicaux qui réalisent des examens psychométriques, puis à un psychiatre qui pose le diagnostic et fixe le cap thérapeutique sur la base de son impression clinique et des résultats de la psychométrie. Pas de place ici pour le tâtonnement, l’attentisme, le traitement d’épreuve, la révision d’une hypothèse erronée : une approche thérapeutique est préconisée, il faut s’y tenir. Mais, le centre expert se donne aussi pour objectif de collecter des données pour alimenter l’économie numérique destinée à prendre, demain, le relais des soignants humains.

Une telle approche repose sur l’assimilation abusive et aberrante du soin psychique aux traitements cancérologiques. La cancérologie a les moyens d’objectiver une grande partie des maladies qu’elle soigne : type de tumeur, taille, présence de ganglions, nombre de métastases, etc. Il est donc possible d’établir des « groupes homogènes de malades », de tester sur eux des traitements, et de sélectionner le schéma thérapeutique offrant les meilleures chances de guérison ou la plus longue survie. Mais en psychiatrie, d’une part il n’existe aucun marqueur biologique permettant d’objectiver un diagnostic, d’autre part il est illusoire de déterminer de vrais groupes homogènes de malades. Tout au plus peut-on établir des catégorisations rudimentaires à partir d’un score à une échelle de dépression ou de vulnérabilité schizo­phrénique par exemple. Il s’en déduit que l’objectif d’un diagnostic et d’un traitement précoces relève du fantasme et ouvre à tous les errements possibles. Pour avoir vu des psychiatres dits experts prendre des chagrins d’amour pour des troubles bipolaires ou des adolescences rebelles pour des schizophrénies – erreurs que tout praticien, au demeurant, peut commettre au début d’une prise en charge – je dis clairement que le modèle des centres experts apporte de fausses garanties et peut provoquer des dégâts irrémédiables.

Quitte à passer pour naïf, j’ajouterai que la plupart des personnes atteintes de maladies graves (mentales ou physiques) ont l’espoir de rencontrer quelqu’un, un ou des sujets soignants qui s’engage(nt) vis-à-vis d’elles et qui incarne(nt) la prévenance, la sollicitude, la disponibilité qu’elles attendent. La séparation des rôles de diagnosticien et de thérapeute revient à confier un temps fort du soin à un praticien qui n’aura pas à répondre du résultat thérapeutique. Ce tronçonnage de l’acte de soin ne peut pas aller dans le sens de la prévenance, quelles que soient les qualités humaines de ses protagonistes.

Cet économisme sanitaire répond, comme vous le démontrez avec vigueur, d’une politique plus large qui porte en soi une double conséquence. La première est celle d’un contresens médical total : pourquoi selon vous y a-t-il impossibilité à procéder à une évaluation du soin ? En quoi tout soin apparaît-il fondamentalement comme inquantifiable ? Enfin la seconde conséquence concerne le caractère inégalitaire d’une telle réduction de moyens accordés à la psychiatrie publique : en quoi aboutit-elle à une inégalité de traitement selon les territoires ?

Je ne pense pas que ces deux questions soient liées, mais cela n’ôte rien à leur pertinence. Sur la première, en effet, j’affirme que la pathologie psychiatrique échappe à toute quantifi­cation, même si je n’ignore pas les tentatives psychométriques visant à contourner cet écueil. Il est aussi illusoire d’assimiler entre elles cent personnes ayant le même score à une échelle d’anxiété ou d’autisme que de tenir pour homogène un groupe de cent personnes partageant le même groupe sanguin. Chaque symptôme ou chaque syndrome psychiatrique s’inscrit dans une histoire individuelle et unique, et jusqu’à présent la psychiatrie s’est surtout intéressée à cette dimension singulière du trouble. De plus, le soin psychiatrique obéit souvent à une logique mutative plus que strictement réparatrice : il ne s’agit pas de viser la restitution ad integrum d’un état antérieur à la maladie (comme dans le soin d’une fracture ou d’une infection aiguë par exemple), mais l’avènement d’un système défensif plus efficace contre la souffrance psychique ou les moyens de vivre au mieux avec un trouble mental chronique. Il en découle que l’évaluation d’un effet thérapeutique individuel échappe en grande partie à la quantification.

Bien entendu, il est toujours possible d’évaluer cet effet thérapeutique sur un grand groupe de malades, et c’est l’objectif que se donne l’Evidence based medicine (EBM), ou médecine basée sur des preuves. Ce courant de pensée, né au Canada dans les années quatre-vingt, compare les effets thérapeutiques de différentes approches – le plus souvent médicamen­teuses – sur une pathologie donnée, et en déduit une hiérarchie d’efficacité ou de pertinence entre elles. Elle débouche sur des conclusions statistiques, donc applicables à des groupes mais impossibles à transposer à des individus. Il devrait donc s’agir, en toute rigueur, du degré zéro de la démarche de soin, permettant surtout de distinguer la médecine du charlatanisme. Hélas, au lieu d’apparaître comme une base à partir de laquelle peut s’élaborer une médecine de qualité, l’EBM apparaît aujourd’hui comme un graal, et contribue à organiser une médecine industrielle répondant à chaque symptôme par une prescription, ce qui profite plus à l’industrie pharma­ceutique qu’aux patients.

Quant à la répartition inégalitaire des moyens accordés à la psychiatrie publique, j’en reviens à mon interrogation précédente sur l’éventuelle volonté politique d’asphyxier le dispositif sectoriel, ou de le cantonner à une pratique ingrate à destination des patients les plus lourds. Un peu partout en France, on voit des cliniques privées s’installer à proximité des hôpitaux publics et attirer à elles la patientèle solvable ; la proportion du nombre de lits d’hospitalisation privée a considérablement augmenté depuis une trentaine d’années ; les moyens de la psychiatrie publique sectorielle sont par ailleurs détournés au profit des services de psychiatrie sécuritaire, des urgences et des services dits transversaux, spécialisés dans telle ou telle pathologie et autorisés à sélectionner leur patientèle. Il en découle, et on ne le dira jamais assez fort, que les territoires les plus en difficulté n’ont plus d’accès à des soins psychiatriques gratuits et de qualité. J’ai peur que cette disparition du service public là où il a le plus sa raison d’être ne crée des bombes à retardement, et je le déplore fortement.

Plus la psychiatrie publique est malade et moins elle est attractive : on observe actuellement une fuite des psychiatres hospitaliers vers le privé, ce qui entraîne une détérioration des conditions de travail de ceux qui restent dans le public, et donc un cercle vicieux. Tout laisse craindre qu’une fois le point d’effondrement atteint, la néopsychiatrie proposera son prêt-à-soigner algorithmique bon marché, et réussira le tour de force de passer pour salvatrice alors qu’elle finira de clouer le cercueil de la psychiatrie du sujet dont je parlais plus haut. Suis-je trop pessimiste ? C’est mon plus grand espoir…

Enfin ma dernière question voudrait porter sur la défense que vous faites, page après page, de l’héritage freudien en vous autorisant un droit d’inventaire, et plus largement de la psychanalyse. Vous visez notamment et plus largement les attaques que les neurosciences ne cessent de lancer contre la psychiatrie car en quoi, comme vous le suggérez, peut-on considérer que ces sciences de la cartographie neuronale sont une manière de management de la psyché, un outil managérial supplémentaire ?

Bien que n’étant nullement psychanalyste moi-même, je défends une part de l’héritage freudien qui me paraît importante. Il ne s’agit pas de fétichiser un corpus conceptuel en grande partie désuet et dépassé, mais de défendre une conception de la vie psychique accordant une large place aux motivations inconscientes et aux phénomènes transférentiels qui caractérisent la vie relation­nelle. Encore une fois, il me paraît terriblement court de réduire la vie psychique à sa dimension cérébrale, et le cerveau au traitement de l’information. Vie psychique et fonctionnement cérébral sont intimement liés, je n’en disconviens pas, mais aussi hétérogènes que la musique et l’instrument qui permet de la jouer. Il n’y a pas de nocturne de Chopin sans piano, mais on ne trouvera jamais de nocturne de Chopin dans un piano.

Certes, des psychanalystes ont commis des abus de divers ordres – techniques, théoriques, moraux – et je comprends les critiques de parents d’autistes injustement incriminés par des praticiens dogmatiques, ou celles d’analysants floués par des thérapeutes incompétents. Mais il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain : l’invention de la psychanalyse a permis un progrès anthropologique majeur, la « révolution freudienne » a eu autant d’effets sur notre représentation du monde que les révolutions darwinienne et copernicienne, et si elles sont mal comprises ou violemment contestées, c’est surtout par les dogmatismes réactionnaires qu’elles viennent heurter. N’oublions pas que l’antiévolutionnisme, aussi stupide et dénué de scientificité soit-il, est défendu par des intellectuels du calibre de Donald Trump ou George Bush…

Je n’oserais pas affirmer que les neurosciences apportent un outil managérial supplé­mentaire, car je sais qu’il existe des neuroscientifiques conscients du champ d’application de leur discipline et respectueux de la différence entre fonctionnement neuronal et vie psychique, mais je crois que nous avons intérêt à rester en alerte sur ce point. Car, je reviens à ce que j’évoquais en préambule, il est déjà inquiétant en soi de constater que les néopsychiatres plus ou moins FondaMentalistes musèlent tout débat dans un établissement hospitalier, mais il est important de souligner aussi qu’ils partagent beaucoup de points communs avec le transhumanisme le plus cauteleux : fascination pour l’intelligence artificielle, la robotisation, les big datas et les sciences cognitives, stratégies discursives tenant pour valides des hypothèses hautement discutables (comme, par exemple, les marqueurs biologiques de la maladie mentale, à peine plus crédibles à mes yeux que l’empêchement de la mort, et dont la caractéristique commune est que la recherche est sur le point de les découvrir, depuis des décennies). De même que le transhumanisme se réclame de l’humanisme pour promouvoir un monde inégalitaire et attaquer tous les cadres collectifs s’opposant à son élitisme impitoyable, j’ai l’impression que la néopsychiatrie se présente comme l’alternative à la psychiatrie qu’elle rêve de supplanter, après avoir largement contribué à priver nos concitoyens les plus démunis d’accès aux soins. Mais ce qu’elle propose vise plus la normalisation comportementale que la libération psychique, et je ne vois pas en quoi cela pourrait passer pour un progrès.

Pour refonder le service public hospitalier

Au moment où le « Ségur de la santé » s’achève, cinq collectifs se sont associés pour lancer un appel à la tenue d’un « Atelier de travail et de réflexion démocratique et populaire » pour la refondation du service public hospitalier. Chercheurs en science sociale et soignants s’unissent pour réinvestir les collectifs de soin et inventer une « gouvernance » démocratique.

Au moment où le « Ségur de la santé » s’achève sur une note amère et qu’il laisse sans réponses des questions essentielles sur le devenir du service public hospitalier, cinq collectifs se sont associés pour lancer un appel à la tenue d’un « Atelier de travail et de réflexion démocratique et populaire » pour la refondation du service public hospitalier. A l’origine de cet appel : le Collectif Inter-Hôpitaux, les Economistes Atterrés, le Collectif Inter-Urgences, le Printemps de la Psychiatrie et les Ateliers Travail et Démocratie  entendent s’atteler  à recueillir la parole de celles et ceux qui ont traversé la crise sanitaire, soignants comme soignés, et à travailler à la fois à concevoir et conforter des collectifs de soin plus autonomes et à œuvrer pour la mise en place d’une  autre gouvernance de l’hôpital public.

L’appel initial a reçu le soutien tant de collectifs de soignants ou de patients, que d’associations citoyennes engagées dans la défense ou la refondation du service public en santé.  Ainsi ont notamment rejoint l’initiative AIDES, La Coordination Nationale des Comités de Défense des Hôpitaux et Maternité de Proximité, l’Appel des appels, l’association HumaPsy. Ce sont aussi joints à l’appel la coordination nationale des Pas sans nous, l‘Institut de Psychodynamique du Travail.

Se sont également engagés dans cette initiative plus de deux cent signataires individuels venus d’horizons et métiers multiples dans le domaine de la santé : médecins, infirmiers, aides-soignants, patients, internes en médecine.

L’appel compte des voix fortes et des défenseurs de longue date de l’hôpital public, tels que les médecins André Grimaldi, Anne Gervais, Jean-Luc Jouve, Hugo Huon, infirmier, président du CIU, des personnalités de la psychiatrie publique comme Pierre Delion, professeur en pédopsychiatrie, Delphine Glachant, présidente de l’Union Syndicale de la Psychiatrie, Mathieu Bellahsen, psychiatre de secteur public , Michèle Leflon, présidente de la Coordination Nationale des Comités de Défense des Hôpitaux et Maternités de Proximité, Catherine Skiredj-Hahn, de l’association Le fil conducteur psy, Paule Bourret cadre infirmier et formatrice de cadres de santé, le psychanalyste Roland Gori président de l’Appel des Appels.  Participent aussi de cette initiative, ce qui contribue à son originalité, des chercheurs en sciences humaines et sociales, spécialistes ou non de l’hôpital mais travaillant aussi bien sur le travail, la santé au travail, le soin, la démocratie, la gouvernance, les communs, les biens communs et les services publics. Parmi eux, la psychosociologue Pascale Molinier, les économistes Thomas Coutrot, Benjamin Coriat, Fabienne Orsi, l’ergonome Béatrice Barthe, les sociologues Dominique Méda, Fanny Vincent, le politiste Loïc Blondaux ou encore le juriste de droit public Thomas Perroux.

La pandémie de SRAS COV2 est intervenue en pleine crise de l’hôpital public, stoppant net un mouvement social inédit des médecins, paramédicaux, cadres de santé et urgentistes en pleine action pour alerter sur la mise en danger des patients. Ce mouvement social venait s’agréger lui-même à ceux de la psychiatrie et du médico-social, dont en tout premier lieu les EHPAD. Les travaux, études, témoignages sont nombreux qui mettent en lumière un hôpital public exsangue, à bout de souffle après plusieurs années de politiques publiques néolibérales. Ces politiques ont contraint l’hôpital à s’endetter en empruntant sur les marchés financiers et à répondre à des logiques de rentabilité économique fondées sur une absurde tarification à l’activité déconnectée du soin. L’objectif étant de l’amener à refonder son organisation selon une logique gestionnaire basée sur les principes du « nouveau management public » pour satisfaire à une contrainte budgétaire toujours plus forte.

Cet hôpital public exsangue fut pourtant en première ligne dans cette crise sanitaire inédite et la société dans son ensemble a soudainement pu mesurer son importance décisive. Rien ne fut épargné aux patients et aux personnels hospitaliers pendant cette « vague épidémique », comme en témoignent le manque de masques et d’équipements de protection, de tests, de respirateurs ainsi que le risque de pénurie de médicaments vitaux qui conduisirent d’ailleurs des associations de soignants et d’usagers à déposer une demande par référé au Conseil d’Etat pour la réquisition des moyens de production de ces médicaments et matériels.

Malgré cela, l’hôpital a fait front, au prix d’un épuisement sans égal.

Les succès rencontrés en dépit de l’adversité s’expliquent par un fait déterminant. Plusieurs témoignages indiquent qu’au sein de l’hôpital public la pression de l’urgence sanitaire a fait sauter pour un temps le carcan du « New Public management » et son arsenal de procédures bureaucratiques, de contrôle et de quantification de l’activité. La conséquence fut, dans beaucoup de cas, de libérer la capacité auto-organisatrice des équipes soignantes et administratives dont nul ne peut contester la remarquable efficacité tant dans la réorganisation complète de l’hôpital que dans la prise en charge médicale qu’elle a permis des malades du Covid 19. L’intelligence individuelle et collective, le professionnalisme, la solidarité, la coopération entre équipes et au sein des équipes, le travail repensé au sein de collectifs de soin reconstitués, ont ainsi pu se déployer et montrer ce que pouvait être leur puissance et leur fonction au service du public.

Alors que les managers néolibéraux tentent déjà de restaurer l’emprise des procédures bureaucratiques sur l’activité à l’hôpital en même temps que le « Ségur de la santé » s’achève sur une note amère, il nous apparaît indispensable de ne pas laisser s’effacer cet épisode. Ce « retour du collectif » au sein de l’hôpital public est un événement sur lequel il faut prendre appui.

Aussi, nous paraît-il indispensable de documenter ce moment, de l’interroger et, à partir de lui, de lancer une grande réflexion démocratique et populaire sur la manière de refonder le service public hospitalier.

Il s’agira tout d’abord de revenir sur ce moment en prenant un temps pour que s’expriment les témoignages de ceux qui l’ont vécu. Sur cette base, et dans l’objectif d’aller au-delà de l’expérience inédite de la lutte contre le Covid 19, nous débattrons de la manière de créer des collectifs de soin pérennes au sein de l’hôpital ainsi qu’au-delà de ses murs, en lien avec la cité, les territoires de ville et de campagne, de réfléchir à la nature et à la composition de ces collectifs, et de travailler aux conditions de leur institutionnalisation.

Une autre question, au demeurant largement reliée à celle de la fonction et du pouvoir à attribuer aux collectifs de soin, est celle du changement de « gouvernance » de l’hôpital. Elle constitue à juste titre l’une des revendications centrales du collectif inter-hôpitaux, mais elle fait aussi l’objet de revendications de plusieurs collectifs de soignants hospitaliers et non-hospitaliers, d’usagers, de patients, de citoyens, en même temps qu’elle est au cœur de travaux et d’initiatives dans le domaine de la psychiatrie mobilisée elle aussi contre l’emprise des logiques gestionnaires. Nous proposons de mettre en commun nos idées et nos compétences pour penser le changement de gouvernance sur la base de principes démocratiques. Ceci avec pour objectif de conduire à des propositions concrètes obligeant à repenser aussi bien « les pratiques » et l’organisation du travail que la redistribution des pouvoirs entre professionnell.es de la santé et administrations, mais aussi de réinvestir et d’interroger la catégorie « d’usager » pour ouvrir sur la question de la création de contre-pouvoirs nouveaux garants d’une véritable démocratie sanitaire.

Le patient, cet « usager » qui fut, pendant la crise sanitaire du Covid 19, interdit de parole jusque dans sa mort, doit trouver une place et un pouvoir véritables aussi bien dans le collectif de soin lui-même que dans la gouvernance de l’hôpital.

Cet atelier de réflexion démocratique et populaire se tiendra au cours du dernier trimestre 2020. Il s’attachera tout spécialement à ces deux questions liées entre elles : celle de l’invention et de l’institutionnalisation des collectifs de soin, et celle de repenser et redéfinir la gouvernance de l’hôpital.  En faisant appel à toutes les compétences, expériences et initiatives, nouvelles comme plus anciennes, il s’agit de rendre possible une réelle appropriation citoyenne du service public hospitalier, de le rénover, de le refonder et de contribuer ainsi à faire de la santé un bien commun.

Signataires :

 Collectifs

Collectif Inter-Hopitaux
Economistes Attérrés
Collectifs Inter-Urgences
Le Printemps de la psychiatrie
Les Ateliers Travail et Démocratie
AIDES
L’Appel des appels
Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternité de proximité
HumaPsy
La Criée (Reims)
SoignonsEnsemble
Collectif Intersyndical CMPP86
Institut de Psychodynamique du Travail (IPDT)
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Coordination nationale Pas sans Nous
Collectif du CMP Poullain de pédopsychiatrie de Saint Denis
Pratiques, les cahiers de la médecine utopique
Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs (AITEC)
Collectif Infirmiers Toulousains (Collectif ITT)
ATEMIS – Laboratoire d’analyse du travail et des mutations dans l’industrie et les services
ANCIC : association nationale des centres d’IVG et de contraception
NSED : Notre Santé En Danger

Pour lire la suite sur Mediapart (signatures individuelles)

 

Un nouveau blog pour lutter contre la réforme du financement de la psychiatrie

Un blog à découvrir et partager pour que tout le monde comprenne les conséquences de la réforme …

Réforme du financement de la psychiatrie : ne soignez plus, faites du chiffre !

Pour les gouvernements successifs depuis 1995, l’hôpital doit être « géré » comme une clinique privée à but lucratif. Il doit produire des « actes », des « séjours », des « durée moyenne de séjour ». Il ne soigne plus des patients mais des « files actives », nombre total de patients soignés au moins une fois dans l’année. Les diagnostics sont codés et correspondent eux-mêmes à des sommes d’argent. Tous les éléments chiffrés se traduisent dans une somme d’argent. Le « codage », rentrée des données dans l’ordinateur par les soignants, permet d’évaluer la « rentabilité » de celui-ci.

Cette dynamique a entraîné une destruction insensée des services hospitaliers: fermeture de lits, fermetures de structures de proximité, mutualisation ravageuse des moyens. Elle a entraîné une mutation insupportable des métiers du soin: augmentation du temps passé sur l’ordinateur pour des protocoles technocratiques au détriment du temps passé auprès des patients, baisse drastique du nombre de travailleurs du soin, burn out généralisé des travailleurs. Elle a entraîné un tri et une maltraitance des patients, des dérives graves dénoncées tant par les soignants que par les patients.

Pour lire la suite

Non à la fermeture de l’hôpital de nuit … Senlis

Non à la fermeture de l’hôpital de nuit, outil soignant indispensable rattaché au CPR !

Le lundi 18 mai à l’occasion de la réunion hebdomadaire de l’hôpital de nuit du CPR de Senlis, le directeur de pôle annonce brutalement la fermeture immédiate et définitive de cette unité…. pour signer et lire la suite de la pétition.

ARTICLE dans Le Parisien

TEXTE du Collectif Hôpital de Nuit, à l’initiative de la pétition  :

Tous les acteurs qui travaillent dans l’éducation spécialisée, s’expriment rarement, quelle que soit leur profession : éducateurs(trices), infirmières psychologues, maîtresses de maison, hommes d’entretien, secrétaires… Ils sont très engagés, passionnés et communiquent peu sur leurs pratiques car ils estiment que le cœur de leur métier est la relation d’aide auprès d’enfants ou d’adultes en souffrance, en perte de repères. Ils soutiennent également les familles.

Pourtant aujourd’hui, nous voulons prendre la parole pour vous faire savoir ce que nous sommes en train de vivre dans notre institution.

Nous travaillons dans le secteur pédopsychiatrique, au sein de l’Association de santé mentale La Nouvelle Forge. L’institution concernée est le CPR (Centre de Psychothérapie et de Rééducation) de Senlis (60) et plus spécifiquement un outil institutionnel de soin qui lui est rattaché : l’hôpital de nuit.

Ce lieu, dont la création remonte à plus de 40 ans, a connu des aménagements au fil des ans, mais reste un lieu fidèle à ses valeurs et solide sur ses fondations.

C’est un lieu unique, historique et ses différences lui permettent de se démarquer des autres propositions de soin offertes par l’association.
Il peut accueillir et accompagner 7 enfants et adolescents présentant différentes problématiques : problèmes d’endormissement, troubles du comportement, soucis d’apprentissages scolaires, problèmes de séparation, troubles du spectre autistique… Nous avons des coléreux, des explosifs, des bruyants, des introvertis, des violents, des agités, des abandonnés, des phobiques…. A cela peut s’ajouter une huitième place pour un enfant ayant besoin de travailler une rupture sur trois semaines (projet d’orientation en internat…)
Ainsi, du lundi au vendredi, 7 enfants par nuit sont accueillis par une équipe composée de 3 professionnels ( 2 éducateurs et/ou infirmier et une maîtresse de maison).

Nous proposons aux jeunes, ce rendez-vous hebdomadaire régulier avec les mêmes enfants et la même équipe thérapeutique. Ensemble nous formons le collectif hôpital de nuit, connu et nommé comme la nuit du lundi, la nuit du mardi…

L’amplitude horaire de ces nuits (de 16h à 9h le lendemain) permet de prendre le temps, de s’approcher des autres à son rythme, de prendre soin de soi, de se réinvestir, se rassurer, gagner en autonomie, bref d’être bien accompagné pour choisir de grandir !
C’est une première expérience d’accompagnement réussie en société, une sorte de « contrat indéterminé » pour apprécier et se rassurer sur le quotidien et goûter à l’imprévu, aux surprises et aux sorties…
Ici on peut dans la même soirée faire une partie de jeu de société ou de baby-foot avec les copains, avoir un temps pour apprendre à cuisiner avec la maîtresse de maison, jouer de la guitare avec un éducateur, parler de son corps qui change avec l’infirmière, sortir en forêt ou au cinéma…
À « la nuit », chacun a un rôle, sa place, son lit. Il y a une vraie vie de groupe, nous formons une tribu où chacun s’entraide, est présent pour l’autre et cela fonctionne. Les échecs sont minces, quasi nuls. Cela est constaté par le personnel soignant, les enfants et leurs familles, les psychologues du CMPP qui nous adressent ces enfants.

Cet hôpital est une maison familiale, au cœur d’un petit village proche de Senlis. À chaque 1ère visite, la surprise s’observe dans le regard des parents et des enfants qui y pénètrent. En passant la grille d’entrée, leurs inquiétudes d’une visite à l’hôpital s’effacent. Car oui, ce lieu de soin est différent, apaisant. Ici pas de blouse blanche, une odeur de gâteau sorti du four pour le goûter vous accueille. Ce n’est pas un internat ni une famille d’accueil. Nous proposons notre aide pour la fin de journée avec repas, nuit, petit déjeuner. Cet espace tiers est proposé une fois par semaine pour avoir un temps repéré, partiel mais continu, pour une séparation courte comme un souffle, un répit pour les enfants, la fratrie, les parents.

Mais mi mai, le bureau de l’association, à la sortie du confinement de la crise sanitaire du Covid, a décidé la fermeture immédiate et définitive de ce lieu, sous couvert de remaniements, d’obsolescences et de coûts élevés du dispositif. Resterons-nous dupes de ces sombres et fallacieuses manœuvres de rentabilité ?

Ce type de décision œuvre-t-il véritablement en faveur des patients et de leur famille ?

L’intelligence de l’être humain est sa faculté d’adaptation à son environnement. C’est sentir, comprendre et accepter la différence chez l’autre. C’est œuvrer ensemble pour offrir un avenir meilleur et équitable à tous.

Nous avons tous foi en l’intérêt de l’existence de l’hôpital de nuit, en son organisation et aux bénéfices de notre travail pour les enfants qui constitueront la société de demain.

Cette fermeture brutale dépossède les familles et les enfants d’un apport positif dans leur accompagnement thérapeutique et les professionnels d’un outil efficace et irremplaçable.

Depuis plus de 40 ans, nombre d’enfants et de parents ont pu vérifier le bien fondé et l’efficacité de cet outil thérapeutique.

Les enfants et les familles qui ont eu l’opportunité de bénéficier de cet accompagnement spécifique, celles dont les enfants utilisent cette structure de soin autant que les familles qui attendaient une inscription de leur enfant dans le dispositif sont dépitées, déçues et parfois en plein désarroi…

C’est pourquoi au nom du Collectif Hôpital de Nuit, nous avons crée une pétition pour soutenir l’ensemble famille/professionnels et peut-être, faire revenir sur leur décision nos administrateurs.

Lien vers la pétition

 

Facs et Labos en Lutte, communiqué du 6/06

Convergence : Les Facs et Labos en lutte, sur le site Université Ouverte, appellent à rejoindre la manifestation pour le service public de la santé le 16 juin 2020.

« La LPPR* est de retour, nous aussi ! » Communiqué du 6 juin.

*LPPR : Loi de Programmation Pluriannuelle de la Recherche

 

Ce 6 juin, la rencontre numérique des Facs et Labos en Lutte a réuni jusqu’à 150 personnes, représentant 41 établissements de toute la France. Si le confinement a brutalement interrompu notre mobilisation menée depuis décembre contre la précarité, la réforme des retraites et le projet de Loi de Programmation Pluriannuelle de la Recherche, quelques jours après que nous avons été des dizaines de milliers en grève et dans les rues en France le 5 mars, notre action a néanmoins perduré et pris d’autres formes. La crise sanitaire a en effet fait exploser les inégalités et précarités préexistantes, qui étaient les axes principaux de nos luttes avant le confinement et a fait émerger des problèmes spécifiques auxquels nous avons dû répondre en urgence. Nationalement et localement, et en dépit des nombreuses difficultés, nous avons continué à nous battre pour imposer des modes de validation des examens qui évitent aux étudiant·es de payer le prix de la crise, contre la spoliation des congés des travailleur·ses, pour des conditions sûres de reprise du travail, pour le paiement des vacataires, etc. Partout, nous avons du faire face à l’aggravation dramatique des situations de précarité des étudiant·es – particulièrement violente pour les étranger·es – et des travailleur·ses,  et avons organisé des caisses de solidarité, des distributions alimentaires, etc.

Depuis les dernières semaines, c’est l’annonce que la rentrée universitaire pourrait s’effectuer à distance qui a focalisé toutes nos inquiétudes. Le ministère refuse de tirer un bilan de ce passage catastrophique au tout à distance sans préparation et sans moyens spécifiques dédiés, alors que les études menées par les collègues durant le confinement ont toutes souligné l’accentuation dramatique des inégalités entre les étudiant·es et les taux élevés de décrochage.

Dans ce contexte, la mise à l’ordre du jour de la LPPR lors de plusieurs instances nationales du CNESER (Conseil nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche) le 12 juin et  du CTMESR ( ) le 17 juin et du conseil des ministres du 8 juillet est un réel scandale : comment oser poursuivre un agenda politique qui a été contesté durant tout l’hiver par l’ensemble de la communauté universitaire alors même que les Universités et laboratoires sont fermés depuis 4 mois ?!

Alors que la crise sanitaire a montré dans les facs et les labos, comme à l’hôpital public, les effets délétères des politiques de casse du service public menées par les derniers gouvernements, notre ministre veut nous imposer une loi qui nous promet encore une plus grande précarisation et le développement de la recherche sur projet. Or, ce dernier dispositif – en entravant la recherche sur le long terme – est l’une des causes de de notre impossibilité à fournir des solutions face à l’épidémie.

Alors qu’il est désormais possible de se rendre au Puy du Fou ou de s’entasser à 100 dans un avion, nos facs sont maintenues fermées depuis la mi-mars, nous empêchant de nous rencontrer et de nous mobiliser, ce qui permet à notre ministre de tenter ce passage en force, contre la volonté de celles et ceux qui font l’université et la recherche publiques, étudiant·es et travailleur·ses.

Nous réaffirmons donc que seules les revendications votées lors de notre dernière coordination nationale, exigeant une hausse drastique des financements pérennes et un plan massif de titularisation au sein de nos facs et de nos labos, permettront de développer un enseignement supérieur et une recherche de qualité pour toutes et tous. 

Nous exigeons le retrait du projet de loi de la LPPR et nous refusons la généralisation de l’enseignement à distance.

A l’hôpital, dès la fin du confinement, des soignant·es ont manifesté pour dénoncer le manque de moyens. De même, plusieurs milliers de personnes ont bravé l’interdiction édictée par Didier Lallement et ont manifesté contre les violences policières et le racisme systémique le mardi 2 et le samedi 6 juin. Beaucoup parmi nous étaient présent·es à ces rendez-vous et nous participons pleinement, individuellement et collectivement, à ces luttes.

Nous, les Facs et Labos en Lutte, appelons également à des mobilisations partout en France les 12 et 17 juin, dates des examens de la LPPR par le CNESER et le CTMESR.

Nous appelons aussi à rejoindre la manifestation pour le service public de la santé le 16 juin, dans un cortège des Facs et Labos en Lutte.

 

Bas les masques! : un appel de soignant.e.s à construire un mouvement populaire

« Bas les masques ! » est un appel de professionnels de la santé à poser dès maintenant les bases d’un mouvement populaire, sans attendre un « après-crise ». Parmi les objectifs prioritaires : que les aides financières octroyées avec l’argent public aillent en priorité aux services publics. Plusieurs médias indépendants ont relayé cet appel et leurs modes d’actions, dont Bastamag.net

Nous sommes des soignant.e.s et professionnel.le.s de la santé d’horizons divers. Bouleversé.e.s et en colère, nous décidons de nous lever et de crier haut et fort « Bas les masques ! » Nous disons stop aux mensonges, à l’hypocrisie et au cynisme du gouvernement !

Nous lançons un appel à tous nos collègues professionnel.le.s de santé et du médico-social qui partent travailler la boule au ventre.
Un appel aux « travailleurs et travailleuses essentiel.le.s », aux « premier.e.s de corvée », qui sont exposé.e.s pour faire tourner la machine.
Un appel à toutes les personnes qui n’en peuvent plus de cette gestion de crise calamiteuse, de ce qu’elles endurent depuis des années, d’un système économique, politique et social désastreux.

Retrouvons-nous dès maintenant pour construire un mouvement populaire. Partout, nous devons nous organiser sans attendre un « après-crise » illusoire. Sans cela, les perspectives sont sombres.

L’endettement des États aujourd’hui servira de justification aux politiques d’austérité de demain. Ces mêmes politiques qui ont déjà broyé nos services publics et nos systèmes de santé, d’éducation et de justice. Au prétexte de l’état d’urgence sanitaire, des mesures seront mises en œuvre au service de la surveillance généralisée, du tout sécuritaire faisant infuser dans les esprits la peur, le repli et la stigmatisation.

Alors construisons ensemble dès aujourd’hui, des lendemains heureux. L’avenir sera ce que nous déciderons d’en faire ! Le « monde d’après » nous le voulons juste, centré sur l’intérêt du plus grand nombre et non sur la recherche du profit au bénéfice de quelques uns.

Face à la crise actuelle, nos objectifs prioritaires sont clairs :
- Nous exigeons que des moyens urgents soient immédiatement réunis pour faire cesser la pénurie d’équipements de protection.
- Nous exigeons des mesures d’urgence pour une vie digne pour les plus vulnérables.
- Nous exigeons que les aides financières octroyées avec l’argent public aillent en priorité à nos services publics et que tous les professionnels essentiels à notre société soient enfin rémunérés à leur juste valeur
- Nous voulons mettre fin à ce système qui broie les vies au nom du profit, et construire ensemble une société plus juste, plus équitable, un monde où le soin et la solidarité seront enfin des fondamentaux.

Les actions que nous proposons, pour le moment, sont simples :
- À tous les professionnel.le.s de santé, du médico-social et du social qui se reconnaissent dans cet appel : rejoignez-nous, partagez vos témoignages.
- À tou.te.s les travailleurs.euses « essentiel.le.s », aux « premier.e.s de corvée » qui font tourner la machine : rejoignez-nous également, partagez vos témoignages, construisons un mouvement large au-delà de nos secteurs.
- À toutes et tous : faisons de chaque mardi une journée de mobilisation à nos fenêtres pour la défense d’un système de santé plus juste, et l’avènement d’un « monde d’après » égalitaire (concert de casseroles, banderoles, etc). Et continuons de déposer des plaintes en justice (plaintecovid.fr).

Sortons de l’isolement et retrouvons-nous (sur les réseaux sociaux dans un premier temps). Partageons nos témoignages, nos idées, nos actions. Organisons-nous pour construire un grand mouvement populaire !

« Bas les masques ! » n’est affilié à aucun parti, aucun syndicat, aucune organisation préexistante. Ça n’est pas un collectif figé et délimité, mais une initiative plurielle ouverte à tous et toutes. N’hésitez pas à la diffuser partout autour de vous !

Pour rejoindre l’initiative « Bas les masques ! » :

SITE : www.baslesmasques.co
FACEBOOK : https://www.facebook.com/BaslesMasques2020
TELEGRAM : https://t.me/joinchat/I-4Qt07Bg3MzJZB0qG3_Bg
TWITTER : https://twitter.com/BMasques
YOUTUBE : https://www.youtube.com/channel/UCUsUjdVzFBsXE2YTbMFOOTQ
INSTAGRAM : @mbasles https://www.instagram.com/mbasles/?hl=en
DIASPORA : baslesmasques@framasphere.org
MASTODON : baslesmasques@framapiaf.org

Contact : baslesmasques2020@riseup.net

L’appel est encore ouvert à signature :


Pour les individus, signez l’appel ici : https://baslesmasques.co/index.php/je-signe-lappel/
Pour les collectifs/organisations, signez l’appel ici : https://framaforms.org/signature-de-lappel-bas-les-masques-1587756545

 

Psychiatrie confinée et nouvelle anti psychiatrie Covidienne

Psychiatrie confinée et nouvelle anti psychiatrie Covidienne

29 mars 2020 Par Mathieu Bellahsen

Depuis bientôt quinze jours, nous avons du nous adapter à la situation nouvelle qu’impose le confinement de la population. La transmission possible du virus impose des règles strictes dans les lieux de soins allant à rebours de ce qui permet habituellement le soin psychique. Depuis deux semaines, un genre nouveau d’anti-psychiatrie dicte les règles de la psychiatrie confinée.

Depuis bientôt quinze jours, les équipes de psychiatrie, les patients et leurs familles ont du s’adapter à la situation nouvelle qu’impose le confinement de la population. La transmission possible du virus impose des règles strictes dans les lieux de soins allant à rebours de ce qui permet habituellement le soin psychique.

Depuis deux semaines, un genre nouveau d’anti-psychiatrie dicte les règles de la psychiatrie confinée. Cette anti-psychiatrie covidienne rend difficile la possibilité même de soins psychiatriques et psychiques. Pour autant, tenter un décryptage sur le vif de ce qui se passe et partager quelques initiatives est nécessaire pour que ce confinement ne rime pas avec de nouveaux cloisonnements.

 

Evolution des antipsychiatries

Comme nous l’avons développé ailleurs1, la notion d’anti-psychiatrie fluctue au grès du fond de l’air de la société.

Dans les années soixante, la première anti-psychiatrie porte une critique radicale de la psychiatrie asilaire et disciplinaire telle qu’elle s’est construite au XIXème siècle et développée dans la première partie du XXème siècle. Cette critique politique s’inscrit dans un lien à des pratiques d’émancipation générale de la société. Elle met en question le modèle médical de la première neuropsychiatrie, celle qui ne distingue pas encore la neurologie de la psychiatrie.

Dans les années 1980, ce discours antipsychiatrique se lie à de nouvelles pratiques gestionnaires de groupes homogènes de malades, de rationalisation (et donc diminution) du coût des prises en charges. L’antipsychiatrie gestionnaire reprend les discours critiques de la séquence précédente mais ce ne sont plus les pratiques de soin qui comptent le plus mais les pratiques de bonne gestion et donc de diminution des coût sous prétexte de désaliénation.

A partir des années 2000, la santé mentale s’impose comme la notion réorganisatrice du champ de la psychiatrie. Les pratiques de déstigmatisation lient l’émancipation de la psychiatrie à son analogie au modèle médical classique. La maladie mentale doit devenir « une maladie comme les autres ».Puis viendra la notion d’inclusion qui, en se présentant comme un terme positif, retourne le stigmate de l’exclusion et se substitue à la déstigmatisation. L’inclusion est une notion piège et dans la société néolibérale concoure une « l’exclusion de l’intérieur ».

En 2014, à partir du champ de l’autisme, Loriane Bellahsen décrypte une nouvelle antipsychiatrie2 qui prend appui sur le modèle médical et plus précisément le cerveau. Le psy s’efface au profit du neuro par l’intermédiaire des sciences « neuros » alors en vogue dans le champ social. L’assomption des troubles du « neuro-développement » légitime un certain type de pratique qui s’appuie sur une hégémonie politique que nous qualifierons de neuropolitique avec Pierre Dardot, Christian Laval, Ferhat Taylan et Jean François Bissonnette.

Poursuivant ces travaux, Pierre Dardot caractérise l’antipsychiatrie contemporaine comme « une médecine totale et exclusive, une médecine éliminativiste . Il ne s’agit pas non plus d’un simple retour de balancier qui verrait une « anti-antipsychiatrie » des usagers succéder à l’« antipsychiatrie » des psychiatres. Avec la nouvelle antipsychiatrie, nous avons affaire, à la lettre, à une véritable « psychophobie » qui procède d’un véritable fanatisme de lobjectivation scientifique. »3

Dans « la révolte de la psychiatrie », paru début mars 2020, nous reprenons ces travaux avec Rachel Knaebel et Loriane Bellahsen en faisant l’hypothèse que la nouvelle antipsychiatrie 2.0 est un alliage entre :

– l’antipsychiatrie gestionnaire précédente qui s’accommode de la société néolibérale,

– l’antipsychiatrie psychophobe qui s’émancipe de la psychiatrie à partir du modèle médical de diagnostic et de tri (et non contre lui)

– la nouvelle neuropsychiatrie qui s’origine dans les sciences du cerveau, le big data et les technologies numériques.

A l’intérieur de ces strates de la nouvelle antipsychiatrie peuvent toutefois émerger des pratiques et des luttes plus ou moins radicales comme en témoigne les courants au sein de la neurodiversité : celle-ci pouvant servir tantôt à mettre en question l’ensemble de l’institution de la société (CLE autisme), tantôt à s’accommoder de « compensations » pour rejoindre les normes sociales dominantes.

 

La psychiatrie confinée

Dans le même temps, les politiques d’austérité et de destruction du système de santé se poursuivent. Des luttes se disséminent dans tous les secteurs du soin : en psychiatrie,4 dans les EHPAD, aux urgences puis dans l’ensemble de l’hôpital public.

Deuxième semaine de mars, les pouvoirs publics commencent à prendre des mesures face à la pandémie de COVID 19. Sur fond de pénurie organisée par les politiques publiques et renforcée par le lean managment, les discours guerriers des gouvernants se marient aux promesses sans lendemain. Quelques jours plus tard et pour parer au risque mortel que propage le virus sur un système de soin détruit par des politiques abusives et criminelles depuis des années, la psychiatrie se confine.

Dans les pratiques quotidiennes de la psychiatrie confinée, la séquence COVID réactive des strates enfouies des psychiatries et des anti-psychiatries puisqu’il s’agit de faire l’inverse de ce que l’on fait d’habitude. Une série de renversement coronaviriens se font dans l’urgence de la situation. Ils sont nécessaires mais ils posent question pour le présent et pour la suite.

Je souhaite donc faire état, de façon nécessairement subjective, de ce qui se passe au quotidien dans le secteur de psychiatrie générale où j’exerce.

1- De la banalisation aux premières mesures

Les semaines précédents le confinements, avec la majorité de l’équipe nous sommes encore dans la banalisation de ce qui se passe à quelques kilomètres de notre hôpital, dans le département voisin de l’Oise. Depuis une quinzaine de jours, un patient délirant porte un masque au motif qu’il ne veut pas être contaminé par nous. Nous mettons ça sur le compte de ses angoisses délirantes… Nous avons tort. Il est juste en avance sur nous.

Puis quelques collègues ne reviennent pas après les vacances scolaires, leurs enfants scolarisés dans l’Oise ne retournent pas à l’école du fait de ce premier confinement. Les témoignages dramatiques venus d’Italie puis de l’Oise se diffuse progressivement et concourent à lever le voile du déni. Le chef des armées parle le jeudi 12 mars. Ses collègues ensuite.

Dès le lundi 16 mars à 9h, nous faisons notre première réunion d’équipe en plein air avec les gestes barrières. Nous réorganisons l’ensemble du secteur, les unités ambulatoires (hôpital de jour, centre d’accueil thérapeutique à temps partiel, centre médico-psychologique) et l’unité d’hospitalisation.

Sur Asnières, nous décidons de privilégier les accueils physiques nécessaires, les entretiens téléphoniques sans rendez-vous, des visites à domicile régulières et toute initiative pour désamorcer l’angoisse, les crises et les risques d’hospitalisation. L’enjeu est de maintenir une continuité du lien sous quelque forme que ce soit. Tous les matins, pendant une heure, nous passons en revue tout ce qui a été fait la veille, tout ce qu’il y a à faire pour les patients de toutes les unités. Des initiatives émergent sur proposition du collectif de soin (patients et soignants) dont des groupes dématérialisés, une astreinte téléphonique de soir et de week end, le soutien aux collègues des EHPAD, aux sans abris confinés dans une structure d’accueil… Les liens téléphoniques plusieurs fois par jours entre les soignants de l’unité d’hospitalisation et de l’ambulatoire se font d’une façon beaucoup plus intense et plus facile. Personne ne rechigne à la tâche étant donné l’enjeu de vie et de mort, physique et psychique.

Du côté de l’unité d’hospitalisation, alors que la pratique des réunions « soignants-soignés » est un organisateur de la vie collective pour parler de l’ambiance et la traiter, nous informons les patients que nous allons prendre des mesures radicalement différentes de nos habitudes. En une semaine, tous les acquis des années précédentes sont remis en cause puis arrêter pour respecter les règles de l’antipsychiatrie covidienne : fermeture de la porte du service (l’unité a sa porte ouverte depuis plus de sept ans), arrêt des temps collectifs, arrêt des activités thérapeutiques dans l’établissement, arrêt du self commun entre les professionnels de l’établissement, patients et étudiants infirmiers. Tout ce qui concoure à faire lien et à traiter l’aliénation du lieu de soin est mis en suspend. Nous organisons quelques sorties accompagnées dans le parc pour garder un minimum de circulation avant que celle-ci soit rendue impossible par le confinement général de l’unité.

Comme beaucoup, nous pensons que nous allons passer à travers les gouttes du virus. Et puis le premier cas arrive dans notre unité. Et puis trois autres très peu de temps après. Non seulement la porte est fermée mais chaque personne doit rester confinée dans sa chambre. Des personnes dont le repli est pathologique n’ont pas de problème pour s’y accommoder (il est fort à parier que nous en subirons les conséquences psychiques dans quelques temps). D’autres, qui sont submergées d’angoisse habituellement les mettent en sommeil, prennent soin des soignants, demandent comment nous allons.

Les permissions sont arrêtées, les visites des proches sont suspendues. L’hôpital psychiatrique se replie. Heureusement les associations loi 1901 sont encore présentes dans notre établissement. Le club thérapeutique prend le relais pour les achats du quotidien alors que plus personne ne peut sortir de l’établissement pour retirer de l’argent, pour acheter quelques vivres. Une solidarité confinée s’organise. La wifi devient en libre accès, les entorses à la loi Evin sont officialisées : les patients peuvent fumer en chambre accompagnés d’un soignant. Une patiente peut même dire : « c’est bien ce confinement, c’est comme à l’hôtel : on nous apporte notre petit déjeuner en chambre ainsi que nos repas. Les soignants sont très bien, on peut même fumer en chambre… Accompagner hein! »

Et certaines prises de position vont nous soutenir dans ces choix comme celle du contrôleur général des lieux de privation de libertés. Dans cette séquence, nous n’avons que très peu de matériel, beaucoup d’inconnues, peu de connaissance et beaucoup d’angoisses.

2- Le COVID arrive : rhabillez-vous !

A l’hôpital, en fonction de la forme et de la couleur du vêtement, vous pouvez de avoir une idée du grade hiérarchique de la personne. En psychiatrie, la contestation du pouvoir psychiatrique disciplinaire s’est aussi fait par une révolution vestimentaire. Il aura fallu des années pour que « tombent des blouses », que ce soit les blouses des soignants ou les pyjamas des patients. Des années pour défaire cette matérialisation des barrières que l’on peut revêtir physiquement pour mieux les mettre psychiquement entre soi et l’autre afin de parer à la rencontre avec des existences fracturées voire brisées. Peur consciente ou inconsciente de la contamination psychique.

Ces formes de l’ancien pouvoir psychiatrique (qui n’avaient pas attendues le COVID pour revenir dans un nombre croissant d’endroit) ressurgissent avec le cortège de tout ce que nous dénoncions juste avant : le refus du contact humain. Cela se traduit dans certaines pratiques par le refus des mains serrées, des sourires, des gestes d’affection, du partage de la vie quotidienne lors des repas, des activités, des temps informels.

Le coronavirus fait refleurir les blouses blanches, puis les charlottes, les masques et les surblouses. Et nous commençons à nous plaindre de leur nombre insuffisant. Inimaginable quelques jours plus tôt.

Les mesures de distanciations sociales, habituellement mesures défensives des soignants pour empêcher la rencontre avec le patient, sont désormais une absolue nécessité. Nous les respectons scrupuleusement avec le peu de matériel que nous avons. Il y a encore quelques mois, lors de l’assemblée générale du printemps de la psychiatrie5, une équipe du sud de la France racontait comment certains de leurs collègues refusaient de serrer les mains des patients pour des motifs d’hygiène, masque de leur mépris. Et maintenant nous demandons du gel hydro-alcoolique. Inimaginable quelques semaine plus tôt.

Nous mangions avec les mêmes couverts que les patients lors des repas thérapeutiques, nous partagions les mêmes repas dans les mêmes plats même si la cuisine de l’hôpital n’était que peu ragoutante. Désormais, le renversement coronavirien nous dicte les mesures inverses, pour préserver la santé. Inimaginable quelques mois plus tôt.

Mais avec le coronavirus, c’est aussi la peur de la contamination qui change de camp. Habituellement, les soignants peuvent avoir peur d’être contaminés psychiquement par la maladie mentale, par la folie et les décompensations psychiques graves. S’ils ont choisi de travailler à son contact, ce n’est généralement pas pour rien et certains peuvent avoir besoin de se rassurer sur le fait qu’ils sont du bon côté de la barrière. En fonction de leurs histoires et de leurs propres mécanismes de défenses, les soignants peuvent avoir une peur de la rencontre avec la personne en proie à ces angoisses intenses. Car ces angoisses se répercutent sur leur appareil psychique du soignant, elles se diffractent sur l’appareil psychique de l’équipe et de l’institution. Et cela peut perturber voire c’est à partir de ces perturbations qu’un réel travail va se créer.

Mais tout cela, c’est quand il y a encore un appareil psychique et que les machines n’ont pas pris les commandes des soins psychiatriques, que la psychophobie ne s’est pas mariée à la technophilie. C’est encore quand il y a du psychique et pas uniquement du mécanique. C’est à dire quand il y a du sens à penser, à comprendre, à inscrire pour tout le monde. Les machines peuvent-elles avoir peur de la contamination ?

3- Quand la peur de la contamination change de camp

Dans cet autre renversement coronavirien, ce sont désormais les soignants qui ont peur de contaminer les patients dont certains sont fragiles voire très fragiles. La contamination est ici physique, celle du virus. Mais elle vient mettre en lumière, physiquement, une des bases du travail psychique dans l’institution psychiatrique, à savoir que les soignants et l’établissement peuvent contaminer les patients de leur pathologie de groupe. C’est ce que Jean Oury a appelé la pathoplastie : l’établissement de soin secrète sa propre pathologie.

En psychiatrie, l’adage« il faut soigner les soignants pour soigner les patients » est l’un des préceptes de la psychothérapie institutionnelle. Phrase troublante à l’heure où beaucoup de soignants ont propagé le virus faute de protection et faute de dépistage.

Et pour que les services de soins psychiatriques deviennent réellement thérapeutiques, pour qu’ils soignent vraiment les malades, il faut traiter ces pathologies nosocomiales qui prennent des masques particuliers en psychiatrie : les masques du pouvoir, des hiérarchies aliénantes, des processus de désubjectivation, de la ségrégation et du déni de partage d’une même humanité avec les personnes malades.

Ce renversement de l’angoisse de contamination travaillent tout le temps les soignants en ce moment. En psychiatrie, dans les EHPAD, à l’hôpital. Nous savons que les plus vulnérables, les personnes avec des co-morbidités sont plus touchées par les formes graves du COVID.

Notre angoisse de contamination pour les psychiatrisés est double : individuelle et sociétale. Individuellement car beaucoup sont en mauvaise santé physique. La catastrophe psychique se vit aussi dans le rapport au corps d’où l’importance d’en prendre soin au quotidien des soins psychiatriques.

Puis il y a la crainte de ce qu’Aby Warburg nomme « les formes survivantes6 » qui ressurgiraient. Ces formes qui sont inscrites dans notre histoire collective et souvent retranchées de nos histoires officielles : la peur d’une nouvelle hécatombe des malades psychiatriques par les pulsions eugénistes, plus ou moins conscientes, de notre société.

La peur que la vie d’une personne psychotique, délirante, suicidaire, soit mise en concurrence avec une vie qui serait considérée comme valant plus. Peur de ce qui s’est déjà passé en Europe il y a plusieurs décennies. Peur également de ce que pourraient produire les discours contemporains sur ce qu’est « une vie réussie7 », sur « le coût de la mauvaise santé mentale », le coût de celles et ceux qui n’arrivent pas à atteindre l’objectif ultime de la réhabilitation utilitariste : la réinsertion dans le monde du travail concurrentiel8. Angoisse que le piège de la déstigmatisation ne se referme violemment contre les déstigmatisés : la maladie mentale n’est-elle pas une maladie chronique comme une autre dans le bréviaire de la psychiatrie santé-mentaliste  ? Donc qui dit maladie chronique devient synonyme de co-morbidité… Et les co-morbidités peuvent devenir un facteur d’exclusion pour la réanimation. Espérons que cela restera au stade de la crainte infondée.

4- Préparer la catastrophe à venir

Pour faire face à la vague à venir, dans l’hôpital nous réorganisons nos unités de secteur avec des unités par degré de pathologie, somatique celle là (suspect COVID, COVID confirmé…). Le tri revient. Et son imaginaire ?

Concrètement, nous avons mis en place dans l’urgence une première unité COVID dans notre hôpital psychiatrique de campagne, loin de tout, sans plateau technique. Et l’image mentale de voir mourir les personnes qui vont y être admises, les yeux dans les yeux, faute de matériel, faute de compétences médicales non psychiatriques suffisamment avancées, commence à nous hanter. Très vite, quatre de nos patients sont dans cette unité dont l’un d’eux en mauvaise forme physique. Alors que certaines de ses constantes ne sont pas bonnes, les secours refusent de le transférer dans un hôpital général. Il n’y a quasiment plus de lits en unité COVID dans les hôpitaux généraux alentours, plus de place en réanimation. Finalement, il va mieux. Mais si l’un des nôtres en a besoin ?

Devant cette situation de la catastrophe en cours et à venir, la directrice et les soignants de l’hôpital général avec qui nous sommes en « direction commune » acceptent immédiatement de transférer cette unité COVID pour les patients psys au sein de leur hôpital général à 40 kilomètres de là, dans un autre département. Cette solidarité concrète tempère les peurs de reviviscences eugénistes. Et dans ce moment, ce n’est pas rien. C’est même tout à fait essentiel.

Pour autant les discours sur la saturation à venir dans tous les services, le tri de ceux qui vivront et ceux qui mourront se fait de plus en plus pressant.

Rappelons que ces choix impossibles ne sont pas les nôtres en tant que soignants même si en bout de course ce sont les soignants qui les assument. Ce cadre de choix, nous en sommes collectivement responsables en tant que citoyens quand on s’accommode toujours plus à l’idée que l’organisateur suprême de la société c’est la concurrence, l’argent et la finance.

Ce qui a présidé à ce genre de choix définitif (qui va vivre qui va-t-on laisser mourir), est le cadre néolibéral mûri depuis des années avec toutes ces réformes. Voilà le réel des éléments de langage, de la communication et de la langue positive de ces réformes promouvant l’égalité, l’universalité, la santé… Le réel de ces mots ce sont les morts consécutifs à ces choix enrobés de novlangue managériale. Qui est responsable de ces choix impossibles, délétères, cruels, si ce n’est l’évolution néolibérale de la société et ceux qui ont endossé ses habits de luxe et de mépris ?

5- Quelques enseignements

Au côté des enseignements généraux que nous tirerons de cette crise (la nécessité de repenser intégralement l’institution de la société, le rapport à l’espace et au temps, au travail, à l’argent etc.), d’ores et déjà des pistes pour les pratiques s’ouvrent, à nous de soutenir leurs émergences collectivement.

Si le règne de l’homogénéisation des soins est de retour pour préserver la santé publique collective et la santé individuelle, le maintien de l’hétérogénéité des pratiques et des milieux à partir desquelles se fondent ces pratiques est toujours là..

1) Le virtuel n’existe pas sans support réel

Dans l’un des renversements « coronarovirien », alors que l’on ne vit justement plus rien (ou presque plus rien dans la proximité immédiate des corps et des psychés), il nous faut trouver d’autres modalités de liens pour ne pas s’abandonner, soi et les autres.

En psychiatrie, vivre cette épreuve à l’ère du numérique et de la e-medecine est enseignante : les technologies ne servent à pas grand-chose si un lien humain réel, physique, ne pré-existe pas. C’est ce que nous pouvons voir dans tous les nouveaux espaces de liens sociaux virtuels et radiophoniques que nous avons créé.

La supposée « dématérialisation » du numérique n’existe pas sans une surmatérialisation cachée dans les entrepôts gigantesques des data-centers. Tout comme les données, l’invisible du lien humain se matérialise bien quelque part.

2) Obligation du confinement physique et liberté de circulation de l’imagination

Depuis deux semaines, le temps de nos rendez-vous collectif sont à peu près les mêmes mais ils ne se font plus dans le partage d’un même espace physique. Dans notre secteur de psychiatrie, la radio sans nom fait lien et décloisonne des lieux qui étaient cloisonnés dans nos têtes. En période de confinement, ce décloisonnement se fait sur fond de tous les liens sociaux précédents qui se sont tissés, tous les liens d’amitiés, de partage et d’échange. Ce n’est pas une dématéralisation des liens mais bien une autre matérialités des liens, une matérialité altérée9.

Le TRUC (terrain de rassemblement pour l’utilité des Clubs) propose aussi de faire lien avec le téléTRUC qui est un outil de travail inter-clubs

Dans l’urgence de l’écriture et du fait du manque de temps, cette rubrique s’enrichira au fur et à mesure des jours des initiatives qui émergeront ici et ailleurs… Contactez nous à l’adresse du journal Et Tout et Tout pour nous faire part des vôtres : laboitedujournal@gmail.com

 

 

 

 

 

 

 

Conclusion provisoire : l’anti-psychiatrie Covidienne est une anti psychiatrie subie

A la différence des autres, cette anti-psychiatrie n’est pas choisie. Elle est subie par toutes et tous. Les règles de distanciation sociale et de confinement s’imposant à nous . L’anti-psychiatrie covidienne nous impose de revenir en arrière sur tout ce que nous considérons comme possiblement thérapeutique en psychiatrie.

Elle crée des renversements dans un moment où nous partageons tous la catastrophe. Et peut être que de ce partage et des solidarités nouvelles qui émergent pouvons nous dès à présent, au coeur même de la tourmente, inventer des liens nouveaux. La psychiatrie est sensible aux catastrophes. S’y côtoient le pire et le meilleur. A nous collectivement de faire pencher la balance pour les second terme.

 

 

1Mathieu Bellahsen, La santé mentale. Vers un bonheur sous contrôle. La Fabrique (2014)

Mathieu Bellahsen et Rachel Knaebel, avec la collaboration avec Loriane Bellahsen, La révolte de la psychiatrie. Les ripostes à la catastrophe gestionnaire. La Découverte (2020)

2https://revueinstitutions.blogspot.com/2015/01/reims-la-criee-programme-1er-trimestre.html

3 Pierre Dardot, Une nouvelle « antipsychiatrie », VST – Vie sociale et traitements 2020/1 (N° 145), pages 75 à 80

4La révolte de la psychiatrie, op.cit, chapitre 7 : De la honte à la lutte : la révolte de soignants, p149-174

5L’AG nationale du printemps de la psychiatrie s’est tenue au Théâtre de Gennevilliers le 30 novembre 2019

6 https://www.cairn.info/eclats-de-temps–9782842924294-page-113.htm

7La santé mentale, op.cit

8 https://www.mediapart.fr/journal/france/031018/psychiatrie-francaise-la-honte-est-quotidienne

9Beaucoup d’infos sur le blog Mediapart de Benjamin Royer

 

 

Revue de presse mars 2020

Quelques articles pour aider à penser la crise actuelle :

Un article de Pierre Dardot et Christian Laval dans Mediapart « L’épreuve politique de la pandémie »

Un article de Frédéric Lordon dans le blog du Monde Diplo:

Un article de Frédéric Keck dans Mediapart « Les chauves souris et les pangolins se révoltent »

Un article de Sonia Shaw, dans le Monde diplomatique : « Contre les pandémies : l’écologie » :

Une tribune dans le Monde par Jacques Toubon, Adeline Hazan et Jean-Marie Burguburu « Coronavirus : “Sauvegardons les droits fondamentaux pendant la crise sanitaire” »

Un article faisant état de la dégradation des soins en psychiatrie et des grandes inquiétudes concernant la possibilité de tri des patient.

Dans le Nouvel Obs : L’insoutenable légèreté du capitalisme vis-à-vis de notre santé, par Eva Illouz.

 

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