Est-ce à l’État de prescrire le soin juste ?

Quand la HAS se veut tentaculaire…

Une scientificité à géométrie variable

Dans sa lettre ouverte du 17 avril 20261, la Haute Autorité de Santé tenait à rappeler quelques principes face aux pressions de certains industriels. Tout d’abord son « rôle précis », à savoir « évaluer, en toute indépendance […] à partir des données disponibles ». Nous pourrions nous en réjouir, mais nous en sommes surtout étonnés. Dans le champ de la psychiatrie et de la pédopsychiatrie, l’impartialité revendiquée semble écartée. Toutes les données disponibles ne semblent pas avoir été étudiées, ou alors différemment. Comment sont examinés les dossiers ? A partir de quelles études scientifiques et avec quelles vérifications ? Rappelons à ce titre le guide de pratique clinique sur le diagnostic et le traitement des troubles déficitaires de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) chez les enfants et les adolescents2, dont les biais et le manque d’objectivité ont été soulignés dans un article de la revue « Prescrire »3. Dans cet article, ces recommandations constituent un « guide à écarter ».

Une absence d’ouverture et un refus de la contradiction

Plus loin dans sa lettre, le collège de la HAS précise : « les usagers sont membres de toutes nos commissions et contribuent aux évaluations ». Nous serions très intéressé.es de connaître ces usagers et leurs nominations dans les commissions, quand nous connaissons les nominations de certains membres décisionnaires dont les conflits dintérêts ont été maintes fois soulevés.

Plus loin encore, il nous est expliqué le fonctionnement de la HAS : « Collégialement, nous analysons, nous débattons, nous entendons les points de vue dissonants, toujours guidés par l’exigence scientifique. Une fois publiés, nos avis peuvent légitimement être discutés. C’est le propre de la science. »

Là encore, nous nous étonnons de cette revendication de la HAS qui ne semble pas s’appliquer cette « recommandation de bonnes pratiques » dans tous ses champs d’exercice, et notamment pas en psychiatrie et pédopsychiatrie. Des décisions sont prises en lieu et place des professionnel.les qui se voient dépossédé.es de leurs compétences, avec maintenant le risque dune opposabilité des RBPP, en complète contradiction avec leur code de déontologie professionnelle. La HAS déclare entendre les points dissonants, mais quand a-t-elle entendu l’appel récurrent d’une grande partie des professionnel.les sur la question de l’autisme, des troubles de l’attention et de l’hyperactivité et des « troubles neuro-développementaux » ?

Ce problème du manque de contradictoire est clairement relevé dans le rapport annuel 20254 du déontologue de la HAS, M. Robert Gelli. Celui-ci pense en effet « utile de mettre en place un groupe de travail interne pour essayer de définir une doctrine » sur les potentiels liens intellectuels des experts auxquels la HAS fait appel. Il estime que le lien intellectuel « peut être susceptible de constituer un conflit d’intérêts lorsqu’il est de nature, par son intensité, sa rigidité ou son lien précis des travaux à compromettre l’impartialité réelle de la personne ».

Une neutralité poreuse aux intérêts idéologiques et financiers

La HAS récolte ce quelle sème: des lobbyings. En se voulant à toutes les places, elle ne peut qu’attiser les convoitises marchandes et perd sa place de tiers, son autonomie de pensée.

Dans notre secteur du soin psychique, elle pêche par son médico-centrisme, finalement loin des directives de l’OMS qui prônent la prise en compte de contexte de vie des populations dans les questions de santé publique. Même en santé somatique, les professionnel.les soignent des patient.es et non une maladie. Les médecins le savent bien, il y a des personnes dont le traitement ne pourra être que médical, et pour d’autres il ne sera que chirurgical, d’où la nécessité de leur autonomie, de leur liberté de prescrire. La HAS l’a elle-même écrit5 : « Les recommandations de bonne pratique sont des synthèses rigoureuses de l’état de l’art et des données de la science à un temps donné. Elles ne sauraient dispenser le professionnel de santé de faire preuve de discernement dans sa prise en charge du patient qui doit être celle qu’il estime la plus appropriée, en fonction de ses propres constatations. » Et le Conseil d’État dans une décision du 7 juillet 2021 (438712)6 rappelle : « une recommandation de bonne pratique […] ne dispense [pas] le professionnel de santé de rechercher pour chaque patient la prise en charge qui lui parait la plus appropriée ».

Comment alors ces recommandations, rédigées pour aider le praticien à exercer son art, tendent-elles à la création d’un modèle unique, qui serait le seul reconnu par les autorités de contrôle et de tarification ?

Parce que la HAS, organe de l’État, fait surtout des choix politiques, et non des choix scientifiques. Elle le dit elle-même dans sa lettre ouverte : « L’impartialité de la HAS permet de concilier le « mieux soigner » et le « mieux dépenser », avec le souci permanent d’assurer la pérennité de notre système de santé ». Le « mieux dépenser » n’a rien à voir avec la science. En revanche le « mieux dépenser » pourrait clairement être contrôlé par les ARS à travers des recommandations devenues « opposables ».

Peu à peu, la HAS cherche à étendre son influence : après avoir récupéré les missions de l’ANESM, elle s’invente juriste avec l’opposabilité de ses recommandations, et voudrait maintenant récupérer les missions de formation « scientifique » des professionnels de santé7. Nous dénonçons cette centralisation des pouvoirs qui détruit la richesse du soin et va à l’encontre de pratiques éthiques.

Une éthique flexible

Pour rappel, la HAS écrit elle-même dans ses recommandations8 que la réflexion éthique est une « réflexion collective associant une pluralité de points de vue […] déclenchée pas des situations concrètes singulières ». « C’est un processus de va-et-vient du singulier au général […] qui requiert du temps », « implique l’ouverture » et « nécessite la recherche d’apports extérieurs ». Elle précise même : « La réflexion éthique ne dispense pas les professionnels de leur responsabilité. Les décisions en situation appartiennent aux acteurs de terrain, qui ont intégré les questions et conclusions de l’instance éthique dans leur réflexion ». Et pourtant elle s’obstine à vouloir imposer des protocoles uniformes et généralisés dans les établissements de soin ! Alors que les RBPP, faut-il le rappeler, se font sur « l’état actuel des connaissances scientifiques » qui par définition évoluent constamment.

La HAS, via ses recommandations éthiques, alerte sur un risque d’infantilisation de l’autre (« c’est pour son bien ») et un risque d’indifférence à son égard (« c’est son choix ») concernant les usagers. Qu’en est-il pour les professionnels de terrain qu’elle ne cesse de mépriser?

La psyché humaine est tellement complexe qu’elle n’obéit à aucune causalité, simple et univoque, et se moque des réductions idéologiques. Toute approche privilégiant une réponse unidimensionnelle est nécessairement à côté. La psychiatrie de précision, c’est la psychiatrie du singulier dans un environnement familial, social et sur un territoire donné ! Seul l’empirisme des praticiens détermine la validité des pratiques.

Nous dénonçons les positions doctrinales de la HAS qui, derrière un discours de neutralité et d’ouverture, a en réalité perdu son obligation de démocratie, son éthique et son exigence de pluralisme dans l’orientation des pratiques.

Le Printemps de la psychiatrie

Le 4 mai 2026

1 https://www.has-sante.fr/jcms/p_3947208/en/lettre-ouverte-du-college-de-la-has-defendre-l-independance-scientifique-face-aux-pressions

2 https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2024-09/tdah_enfant_recommandations_mel.pdf

3 https://www.prescrire.org/avis-sur-des-guides-de-la-has/505-troubles-deficitaires-de-l-attention-chez-les-enfants-et-adolescents-des-recommandations-biaisees

4 https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2026-04/dir1/rapport_annuel_du_deontologue_de_la_has_-_2025.pdf

5 https://www.has-sante.fr/jcms/c_418716/fr/methodes-d-elaboration-des-recommandations-de-bonne-pratique

6 https://www.legifrance.gouv.fr/ceta/id/CETATEXT000043799746

7 Proposition de loi de la droite et du centre en ce sens : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17b2186_proposition-loi

8 https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2018-03/reco_ethique_anesm.pdf

Invitation : Meeting le 28 mars 2026 !

Le Printemps de la psychiatrie organise un meeting le samedi 28 mars 2026 sous le titre : « Expertiser » n’est pas soigner – Quelle(s) psychiatrie(s) pour demain ? afin de mobiliser contre le vote de la Proposition de Loi N° 2249, déjà passée au Sénat.

Il se tiendra à la Bourse du travail de Paris, en accès libre. Save the date !

Le meeting a été annoncé hier aux députés, avec le message suivant : 

« Mesdames et messieurs les députés,

En décembre 2025, la proposition de loi N°385 visant à intégrer les centres experts dans le code de la santé publique a été votée au sénat. Elle est maintenant en attente de débats à la commission des affaires sociales de l’assemblée nationale, sous le N°2249.

Cette PPL, si elle devait être votée à l’assemblée nationale, entraînerait d’importants remaniements dans l’organisation des soins psychiatriques.

Elle instaure notamment trois niveaux d’accès aux soins.

Un premier niveau avec les médecins généralistes, les psychiatres, psychologues et infirmiers libéraux ; un deuxième niveau avec les structures publiques généralistes (Centres médico-psychologiques, hôpitaux de jour, centres d’accueil et de crise) ; un troisième niveau avec les centres universitaires, les centres experts et centres spécialisés (traumatisme par exemple).

Cette nouvelle organisation des soins psychiatriques suscite un certain nombre de questions et d’inquiétudes auprès des professionnels du soin psychique et de plus en plus de personnes concernées, patients et familles.

Le Printemps de la psychiatrie organise une journée d’échanges et de débats à ce sujet le samedi 28 mars 2026 à la bourse du travail, 3 rue du château d’eau, Paris 10e, de 9h à 17h.

Nous comptons vivement sur votre présence afin de vous sensibiliser aux questions que pose cette proposition de loi et afin d’échanger avec vous qui allez voter prochainement pour ou contre cette PPL.

Delphine Glachant, pour Le Printemps de la psychiatrie »

Plusieurs tables rondes seront au programme (encore en cours d’élaboration), autour des thématiques « Scientificité », « Soins », « Financement » et « Démocratie ».

Pour avoir le choix du visuel dans vos partages, voici une deuxième version de L’INVITATION !

Les lieux novateurs de la psychiatrie : symboles à détruire

En 2026, la grande cause nationale redouble. Faute de ne pas avoir suffisamment détruit la psychiatrie, la santé mentale doit poursuivre son travail opiniâtre. « Parlons santé mentale » pour étouffer ce qui reste de la psychiatrie qui soigne.

Après les cliniques de La Borde et la Chesnaie, lieux de pratiques de psychothérapie institutionnelle, c’est au tour du Centre d’Accueil et de Crise (CAC) Garancière créé par Ginette Amado et l’équipe du secteur des arrondissements du centre de Paris.

Aujourd’hui, les restructurations hospitalières sont plus intéressées par créer des vitrines qui engagent peu (soins de courte durée, thérapies brèves) que d’entretenir des véritables lieux collectifs de soins psychiques ayant démontré leur efficacité.

Jusqu’à son transfert pour cause de travaux, le CAC Garancière était situé au centre du secteur dans un local appartenant au Sénat et à la Mairie de Paris. Il était ouvert 24h sur 24, 7 jours sur 7. En termes d’accès aux soins, de continuité des soins, de psychiatrie communautaire et de proximité, on pouvait difficilement mieux faire. Ce qu’ont d’ailleurs écrit les parlementaires Dubré-Chirat et Rousseau dans leur rapport sur les urgences psychiatriques : le CAC est une solution éprouvée pour accueillir et soigner sans passer par les urgences, il peut démarrer et poursuivre des soins de proximité sur un temps adaptable aux besoins des personnes souffrantes psychiquement.

Au plus près de la population, l’engagement de l’équipe soignante contribue à la prévention de plus longues et de plus nombreuses hospitalisations avec les risques d’isolement et de contention.

L’ensemble des élus parisiens, toutes tendances politiques confondues, s’est prononcé contre cette fermeture. Tous les syndicats du si bizarrement nommé « GHU psychiatrie et neurosciences » sont également contre. Ils appellent avec le collectif de défense du CAC à un rassemblement le Mardi 6 janvier 2026 à 14 H (17 rue Garancière, Paris 6ème).

A l’heure où les soins psychiques de proximité tant géographiques que relationnels sont sommés de laisser la place à une cérébrologie de la distance, de l’expertise et du hors-sol comme modèles de soins (voir nos communiqués sur les centres experts ici et ), nous appelons à la mobilisation contre les décisions des directions hospitalières et de leurs complices qui se font contre les soins réels, au détriment des besoins de la population, décisions autoritaires sacrifiant des pratiques qui devraient plutôt inspirer la reconstruction de la psychiatrie et de la pédopsychiatrie publiques pour les années à venir.

Le Printemps de la psychiatrie, le 20 décembre 2025

Contre l’intégration des Centres Experts en santé mentale dans le Code de la Santé Publique

(Proposition de Loi sénatoriale 385 « bis »)

Alors même que nous dénoncions1, avec d’autres, la proposition de loi 385 du Sénat cherchant à intégrer les centres experts de la fondation FondaMental dans le Code de la santé publique, les sénatrices et sénateurs ont revu entre temps leur copie, à quelques jours du débat du texte en hémicycle.

Cependant, loin de résoudre la problématique soulevée, cette nouvelle version ne fait qu’entériner la transformation de l’offre de soins en psychiatrie publique, venant élargir la logique de recours à l’expertise (dite de « troisième recours ») à d’autres structures (CHU), sans en exclure pour autant les centres de FondaMental.

Rappelons que la lutte contre l’inscription des centres experts dans le Code de la santé publique est très différente de celle menée il y a quelques semaines avec un succès au moins temporaire contre la marginalisation institutionnalisée de la psychanalyse. Celle-ci était une lutte contre un « en moins », ici c’est une lutte contre un « en plus ». En effet pourquoi s’opposer à une intégration plus formelle et plus officielle dans l’appareil de santé de centres de diagnostics protocolisés au développement récent ?

L’argumentaire les soutenant comporte d’une part une profonde modification du schéma national de soins et traitements psychiatriques qu’est dans son principe la psychiatrie de secteur, et fait d’autre part des promesses fallacieuses voire dangereuses, le tout couvert des oripeaux de la science.

La pédopsychiatrie et notamment les CMPP ont déjà traversé pareille supercherie avec le développement des plateformes de coordination et d’orientation (PCO), venant segmenter les prises en charge, au détriment d’un accueil primordial par une équipe cohérente.

Alors que le pays est confronté à des crises variées, de croissances économique, démographique, écologique et de son système de santé, l’époque voit malheureusement se développer un populisme scientifique qui expose une partie de la population à des simplifications optimistes et des fables scientistes.

Rappelons que le populisme scientifique a été décrit par Brown aux États-Unis avec l’infiltration politique partisane d’un débat scientifique délicat : le réchauffement climatique est-il d’origine humaine ou pas ? Bien que la réponse scientifique à cette question ne fasse plus de doute, on a vu les États-Unis se couper en deux : les Républicains déniant l’origine humaine du réchauffement climatique, tandis que les Démocrates acceptaient le verdict de la science. Le monde scientifique, loin d’être à l’abri de ce schisme, est profondément perturbé par cette immixtion de la politique.

Le même processus dissèque aujourd’hui la psychiatrie en France. Aux origines, la psychiatrie de secteur s’est développée là où psychiatres et pouvoirs politiques locaux étaient de la même couleur politique. En Vendée c’était démocratie chrétienne ; en petite couronne, c’était le parti communiste. Puis les lois de 1985 en ont fait l’affaire de l’État, et la psychiatrie de secteur s’est développée partout jusqu’au coup d’arrêt en 2001 avec la régionalisation de l’organisation des soins (ARH puis ARS). En 2008, Sarkozy a saboté les soins psychiatriques en imposant le tournant sécuritaire ; la loi HPST2 a fini le travail.

Le secteur psychiatrique est construit pour répondre aux besoins en soins psychiatriques de la population. Il est prépositionné, à bas seuil, avec sa gratuité (soins totalement pris en charge par la Sécurité sociale), sa proximité et l’accès direct. Il anticipe la demande de soins et la favorise. Sa structuration est antérieure aux définitions successives des soins primaires, de proximité, de « première ligne », de « premier recours », vocabulaire déjà instable pour les généralistes, et qui l’est encore davantage si l’on s’aventure dans les deuxièmes et troisièmes lignes. Faut-il rappeler aux sénateurs que pour le Haut conseil pour l’avenir de l’assurance maladie (HCAAM, 2020), la psychiatrie est une spécialité de premier recours en accès direct ?

L’utilité en psychiatrie de plusieurs portes d’entrée dans les soins n’est plus à démontrer. C’est qu’à la différence d’autres disciplines, le cheminement de la demande de soins y est plus compliquée. L’OMS a renoncé pour cette raison à préconiser une structuration en psychiatrie d’une gradation des soins3. Invoquer celle-ci comme un modèle dans les soins somatiques à dupliquer en psychiatrie est d’un simplisme et d’un scientisme affligeant. La patientèle d’un CMP est de provenance très variée : patient venu de lui-même, venu accompagné par des proches, orienté par un généraliste, adressé par un SAS ou un SAU, au décours d’une hospitalisation parfois sans consentement, …

En soixante ans, le périmètre de l’action psychiatrique a changé. Moitié par diminution des autres recours (religions, etc…), moitié par acculturation à la chose psy (et sur ce point la psychanalyse a fait beaucoup), moitié par durcissement des conditions de vie (précarité, durée du trajet domicile-travail, management néo-libéral), une souffrance existentielle s’est développée et généralisée et une demande de soins psychiques s’est développée rapidement, saturant les CMP et les psychiatres libéraux.

Inscrire les centres experts de FondaMental n’est pas la bonne réponse à cette inadéquation du système de soins actuel. D’une part, leur volume d’activité (20.000 consultations depuis 2006) est sans rapport avec la desserte en soins psychiatriques réalisée par les CMP (380.000 enfants et 2 millions d’adultes consultants dans la seule année 2023) et les CMPP (230 000 enfants et familles suivis et 2 millions de consultations par an, en plus des CMP). D’autre part, leur spécialisation dans les maladies graves les rend inaptes à répondre à la part de la demande qui est en augmentation. Rappelons qu’ils ne dispensent pas de soins.

Il faut une adaptation intelligente de la psychiatrie de secteur à l’émergence d’une demande croissante de soins psycho – et sociothérapiques, à côté de la nécessité toujours actuelle de répondre aux besoins en soins et traitements psychiatriques de la population, tout en promouvant l’auto-détermination des premiers concernés et en respectant les droits fondamentaux : droit à la santé et droit au respect des libertés fondamentales.

L’exploitation politique de la collusion entre l’adhésion populiste aux promesses d’une pseudo-science et l’opportunisme de quelques psychiatres fait miroiter une fausse solution à un vrai problème. La quête d’un diagnostic rapide par une lignée d’experts est une mascarade. Le diagnostic n’est pas à réaliser hors sol en quelques heures : il doit être réalisé par l’équipe qui prend en charge les patients par la suite, plus à même d’évaluer les dimensions bio-psycho-sociales de la personne. Ajouter une segmentation des soins, sous des prétextes scientifiques et de recherche, n’aura comme conséquence que la perte de moyens pour les équipes de secteur (aucune augmentation d’enveloppe n’étant envisagée), ainsi que la fuite de soignants vers ces centres diagnostics, soignants qui ne pratiqueront plus dès lors leur cœur de métier : le soin.

Pour améliorer les soins psychiques de la population, nous refusons cette tentative de segmentation des soins et affirmons la nécessité de renforcer les moyens des secteurs de psychiatrie, de pédopsychiatrie et du médico-social.

Le Printemps de la psychiatrie, le 15 décembre 2025

1 https://printempsdelapsychiatrie.org/2025/12/11/pour-une-democratie-du-soin-psychique/

2 dont le sénateur Milon avait été le rapporteur, avant d’être aujourd’hui le promoteur des centres experts Fondamental.

3https://www.who.int/publications/i/item/guidance-and-technical-packages-on-community-mental-health-services

Pour une démocratie du soin psychique!


A la suite de son précédent communiqué « Choisir ses soins », le Printemps de la Psychiatrie s’insurge contre les récentes attaques à l’égard d’une psychiatrie et d’une pédopsychiatrie humanistes, ainsi qu’à l’égard de la liberté de choix de leurs soins, pour les soignants comme pour les patients.

Depuis plusieurs mois maintenant, des communiqués de collectifs et de syndicats se multiplient pour dénoncer une forme de « police des soins psychiques », qui va à l’encontre d’une pratique soignante qui a besoin de pluralité et d’une compréhension élargie de problématiques complexes. Car le ton se durcit : M. Lionel Collet, président de la Haute Autorité de Santé (HAS), déclare ainsi souhaiter rendre opposables certaines recommandations afin de « s’assurer que les prescripteurs fassent ce qu’on recommande » (1) M. Étienne Pot, délégué interministériel à la stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement (TND) exprime même ouvertement : « Le non-respect des recommandations n’est pas entendable ».

Cette tentative de standardisation du soin, cherchant à transformer les recommandations de bonnes pratiques professionnelles (RBPP) en obligations, ne rentre pourtant pas dans les prérogatives de la HAS. Comme le disait Agnès Buzyn, alors présidente de la HAS en 2017 : « Les recommandations de bonnes pratiques de la HAS n’ont pas à être opposables, car la médecine est un art évolutif. » (2) En réalité, ces préconisations, même si elles ne sont pas encore opposables légalement, imprègnent déjà les formations, la démarche qualité et les organismes de certification des établissements de santé. Peu à peu, la liberté de choix de leurs soins, pour les soignants comme pour les patients, est rognée.

Ainsi, une levée de boucliers a répondu à une nouvelle tentative de contrôle, contre l’amendement 159 présenté au Sénat « proposant d’interdire, tout financement public des soins, actes et prestations se réclamant de la psychanalyse ou reposant sur des fondements théoriques psychanalytiques » et ce quel que soit le dispositif : CMP, Mon soutien psy, établissements médico-sociaux, exercice libéral… Une pétition a récolté en deux semaines 101470 signatures. (3)

Alors « Bas les Masques ! »

Alors qu’en 2017, la HAS souhaitait conserver la pluralité des approches cliniques, huit ans après en 2025, il est question d’uniformiser les prises en charge. Dans cette logique, au Sénat, la proposition de loi 385 voudrait intégrer les centres experts dans le code de la santé publique, centres experts promoteurs de diagnostics, avides de données pour faire « avancer la science » : recommandations de traitement médicamenteux ou rééducatifs soutenus par les progrès numériques.

Le texte justifie cette orientation en avançant la promesse d’une économie annuelle de 18 milliards d’euros, fondée sur la promesse fallacieuse d’une réduction de 50% des jours d’hospitalisation. Cette promesse a été jugée bien fragile, comme en atteste un article du Monde de Stéphane Foucart le 4 juin 2025 (4). Cette proposition de loi procède d’une analyse minimaliste et faussée des besoins en soins psychiatriques en France. Elle ne tient aucunement compte des difficultés pour la population d’accéder à des services publics de soins psychiques largement encombrés et en manque criant de moyens humains.

Ces centres experts se présentent comme des centres d’excellence qui font des diagnostics, comme si le geste diagnostique était l’essentiel du travail d’une psychiatrie dite « de précision ». Le soin, la temporalité du soin, le soin singulier sont niés de fait : une fois la batterie diagnostique réalisée (le plus souvent par des internes plutôt que par les professeurs à la tête de ces centres), les patients sont renvoyés à des soins hyper-spécifiques, inexistants ou inaccessibles sur le territoire, et donc à leur solitude déçue, avec des prescriptions médicamenteuses qui n’innovent en rien sur celles déjà proposées par leur psychiatre référent, dépouillés de leurs données de santé entre temps algorithmisées.

L’approche strictement bio-médicale et rééducative de ces centres, ne prenant en compte ni l’histoire de vie ni l’environnement, s’avère réductionniste : nous savons que les personnes vivant dans la précarité risquent statistiquement de développer plus de troubles psychiques que les autres (F.Gonon) (5). Prendre en compte la vie psychique, c’est considérer la singularité du patient dans son environnement familial et social. Cet aspect du travail des équipes pluridisciplinaires est écrasé par le diagnostic devenu l’unique stratégie en santé mentale !

Nous rejetons cette proposition de loi fomentée sans débat démocratique avec la population, sans consultation des usagers, soignants et chercheurs, et appelons les sénatrices et sénateurs à la rejeter lors de sa mise au débat le 16 décembre prochain.

Elle présente d’importants risques pour la santé publique. Les centres experts, actuellement au nombre de 54, sont loin du terrain et sont des émanations de la fondation FondaMental, dont les mécènes sont entre autres Dassault, Sanofi, BNP Paribas, fondation Bettencourt… et dont certains professionnels pourraient être soupçonnés de conflit d’intérêt, à être à toutes les places.

Pour une éthique respectée

La psychiatrie et la pédopsychiatrie de secteur, qui proposent un accueil à tous publics, ont besoin de moyens pour soigner dans les meilleures conditions possibles. Elles sont en souffrance depuis de longues années et les alertes n’ont aucunement été prises en compte, au point que beaucoup de structures ferment. Ce sont des personnes en souffrance psychique que l’on abandonne, ce qui n’est pas sans conséquences sur la vie sociale de chacun.

Mais il est politiquement aisé de s’en servir pour défendre une politique sécuritaire au lieu de s’interroger sur ce qui a mis en carence les institutions et services d’accueil des personnes en difficultés psychiques.

Les équipes de psychiatrie et de pédopsychiatrie de secteur travaillent à une clinique de proximité. Elles sont amenées à développer le plus de créativité possible pour mener à bien des soins sur mesure et en lien avec les partenaires sociaux et médico-sociaux. Protocoles et injonctions vont à l’encontre de la réflexion nécessaire pour réaliser ce travail minutieux : médiations thérapeutiques, entretiens avec les familles concernées, accompagnement du patient dans la quotidienneté…, pour rechercher un équilibre toujours fragile lorsque la souffrance psychique est intense.

Les missions du service public et des établissements médico-sociaux sont sans cesse mises à mal et ce dénigrement systématique devient insupportable. Cette attaque de la liberté de choix des soignants et des premiers concernés de leurs soins est une attaque en règle de l’état de droit, état sans lequel ne peuvent se faire une psychiatrie et une pédopsychiatrie respectueuses des droits fondamentaux des premiers concernés.

Ainsi, la mise en avant des centres experts comme solution unique est violente, tant vis-à-vis des populations concernées que des soignants, surtout quand l’enjeu apparaît être plutôt celui du gain financier pour les assurances privées, start-up et autres entreprises lucratives…

Comme l’a souligné Mathieu Bellahsen lors du forum de l’Évolution Psychiatrique (6), les centres experts sont les pointes avancées du santé-mentalisme au croisement de la cérébrologie (discours et pratiques centrés sur le cerveau) et du capitalisme algorithmique : produire des données, les valoriser, créer des marchés. L’enjeu, on l’aura compris, est la diminution des coûts des services publics, voire leur démantèlement et l’augmentation des profits des acteurs privés.

Voter cette loi serait participer à la privatisation du service public et le vendre à la découpe aux start-up de la Mental Tech.

Le Printemps de la Psychiatrie appelle toutes les organisations professionnelles, syndicales, associatives, mais aussi toutes les personnes concernées, professionnels, patients et proches, à signer la pétition Contre la PPL 385 avant le 16 décembre, et à lutter ainsi contre l’abandon de la clinique et du service public de proximité déjà bien attaqués en psychiatrie, en pédopsychiatrie comme dans les établissements et services sociaux et médico-sociaux.

Nous les appelons à rester mobilisées et à participer à toutes les actions collectives et unitaires en train de se développer pour soutenir nos valeurs d’accueil et de solidarité sanitaire.

Le Printemps de la Psychiatrie, le 10/12/2025

Notes de bas de page

1) Dans une interview de l’APM News.

2) Interview d’Agnès Buzin : https://www.lequotidiendumedecin.fr/actus-medicales/sante-publique/les-recommandations-de-la-has-nont-pas-etre-opposables-assure-sa-presidente

3) Pétition « Non à l’amendement 159, oui à la pluralité des approches ! »

4) https://www.lemonde.fr/sciences/article/2025/06/03/la-communication-de-la-fondation-fondamental-epinglee-pour-embellissement-de-resultats-scientifiques_6610297_1650684.html

5) Interview de François Gonon : https://carnetpsy.fr/le-discours-des-neurosciences-a-des-effets-politiques/

6) version texte de l’intervention de Mathieu Bellashen sur son blog Mediapart , toutes les vidéos du forum Contre le démantèlement de la psychiatrie publique sur la chaîne d’Evolution psychiatrique.

Communiqué de soutien au CH de Lavaur, 17 juillet 2025

Non à la maltraitance psychique de la population du Tarn !

Pour une psychiatrie publique de Secteur répondant à ses besoins de Santé Mentale !

Le Printemps de la psychiatrie dénonce la situation qui est faite au CH de Lavaur entrainant en quelques mois, la fermeture de lits, d’un service de post cure, d’un hôpital de jour, la fusion des CMP, la réduction des moyens humains des équipes pluridisciplinaires…

Ce qui a conduit récemment à jeter à la rue des patients hospitalisés, soi-disant faute de solution d’accueil adaptées. Et maintenant la transformation d’un service d’accompagnement et de resocialisation dans lequel il n’y avait pas de limite de durée d’accueil, en 2ème service d’admission. Une des raisons invoquées est de permettre de désengorger les services Toulousain, eux même victimes de fermetures de services, qui permettent entre autres de faire des économies sur la masse salariale à Purpan ! Pire ils envisagent d’y mettre une chambre d’isolement et sont en train de réfléchir comment fermer le service d’admission actuel resté ouvert pendant plus de 50 ans !!

Tout cela en mettant en avant le droit des patients, la désinstitutionalisation, le décloisonnement, l’ouverture sur la cité, le travail communautaire, le rétablissement… 

Continuer à lire … « Communiqué de soutien au CH de Lavaur, 17 juillet 2025 »

Colloque à l’Assemblée nationale le 18 juin 2025

Intitulé La psychiatrie d’aujourd’hui et de demain : répondre à l’urgence, répondre aux besoins et porté par Elise Leboucher de LFI, ce colloque faisait suite à plusieurs rencontres entre le Printemps de la psychiatrie et les parlementaires du Nouveau Front Populaire depuis le mois de septembre 2024.

Au programme, un exposé du neurobiologiste François Gonon ouvrait la discussion de la table ronde « Quelles politiques de santé mentale en partant des besoins? » avec Bruno Fallissard, Sonia Charapoff, et Martin Pavelka pour le Printemps de la psychiatrie. La députée Anne Stambach Terrenoir de LFI présentait ensuite son rapport sur la santé mentale des mineurs.

Entre un projet de loi transpartisane qui a beaucoup déçu le Printemps pour ses nombreuses concessions et l’hypothèse d’une « Loi cadre » pour la psychiatrie, quelques contradictions ont été discutées en conclusion.

Voici le tract distribué aux participants :