Soins psychiques en voie d’exécution

Communiqué de l’USP du 27 septembre 2022 : Soins psychiques en voie d’exécution

Nous le constatons chaque jour sur le terrain : il devient de plus en plus difficile de soigner les personnes en souffrance psychique. Tout est fait pour les maintenir en dehors du soin psychique.
L’inaccessibilité aux consultations en centre médico-psychologique en raison de délais trop longs voire refus de prise en charge (manque de personnel), les consultations aux durées raccourcies, aux fréquences diminuées (manque de personnel), des hospitalisations trop courtes voire refusées (manque de lits) sans alternative qui tienne (manque de personnel), mais aussi l’impossibilité pour les personnels de se consacrer comme il le faudrait, par la présence et l’écoute, aux patients présents, faute de disponibilité psychique (manque de personnel), tout concourt à rendre les soins psychiques impossibles.
Si ces manques empêchent les soins dans le service public, c’est que d’autres choix ont été faits par le président Macron et le ministère de la santé depuis plus de 5 ans.
Le choix de nier la profondeur existentielle de chaque être humain et par là-même la nécessité de temps et de rencontres interhumaines à un sujet souffrant pour aller mieux.
Certes tout ceci coute beaucoup d’argent. Cela ne colle pas à « l’Euro près », qui a succédé au « quoi qu’il en coûte ».
Pourtant le gouvernement a parfaitement conscience de la situation mais n’en cherche de solution qu’économiquement rentable. Les catastrophes individuelles et collectives (sociales, écologiques, internationales) se multiplient, les enfants, adolescents, jeunes adultes vont très mal, se suicident, le niveau d’anxiété de chacun a fortement augmenté, les dépressions sont en forte hausse..
Le gouvernement a choisi sa cible depuis deux ans : les psychologues.
C’est avec eux majoritairement que le travail psychique peut se faire, de façon adaptée à la demande du patient, dans la durée et la profondeur s’il le faut (psychanalyse, psychodynamique, psychothérapie institutionnelle, thérapie familiale…) ou de façon plus pragmatique et courte (thérapies comportementales, EMDR, thérapies contextuelles…)
Au-delà des psychologues, la pluralité des approches proposées par le professionnels du soin psychique est une chance ! Pourquoi la refuser ??
Or depuis plusieurs années déjà, le gouvernement détermine par la loi les contours voire les contenus obligatoires des soins psychiques : de l’éducation thérapeutique de la loi HPST de 2009 aux modalités de prises en charge des enfants présentant des dits troubles neuro-développementaux dans l’arrêté du 10 mars 2021 faisant obligation aux psychologues d’utiliser des méthodes cognitivo-comportementales, jusqu’au forfait MonPsy (8 séances remboursées par la Sécurité sociale mais sous-payées aux psychologues agréés, c’est-à-dire entrant dans les clous des TCC). Sans compter la nouvelle tarification à l’activité introduite en psychiatrie le 1er janvier 2022 qui va forcément infléchir nos pratiques pour faire du chiffre. La pression se fait déjà sentir.
De tels « parcours des soins» pré-déterminés ne sont d’ailleurs plus appelés psychothérapie (quelle offense mais surtout quelle erreur sur ce qu’est une psychothérapie !) mais « accompagnement psychologique ».
Quelle arnaque de penser que les français vont aller mieux avec tout ça !
Alors aujourd’hui l’USP s’insurge contre ces décisions nuisibles.
Outre la défense d’un niveau de vie digne pour tous et contre le gouvernement accentuant la précarité de beaucoup, l’USP se mobilise auprès des psychologues le 29 septembre 2022. Car les psychologues, comme les psychiatres, témoignent et interrogent ce qu’il y a d’humain en chacun de nous. Les bâillonner voire les éliminer revient à considérer l’individu comme une machine à produire, efficace, rentable, au garde à vous et rien de plus.
L’USP appelle avec les psychologues à la manifestation du 29 septembre de défense de l’ensemble des soignants et du service public.

Delphine Glachant, présidente, et le Conseil national de l’USP

Appel à manifester le 29 septembre 2022 avec les psychologues

Communiqué de presse du Printemps de la psychiatrie du 20/09/2022 :

Les psychologues unis dans la lutte !

Le Printemps de la Psychiatrie apporte tout son soutien aux psychologues mobilisés pour défendre leur profession jeudi 29 septembre 2022.
Dès le début Le Printemps de la Psychiatrie s’est engagé à participer, organiser, soutenir tout débat, toute action ou mouvement cohérent avec son Manifeste, avec tous les professionnels, leurs syndicats, les collectifs, les associations de familles et d’usagers, et l’ensemble des citoyens qui souhaiteraient soutenir et développer une psychiatrie et des soins psychiques émancipateurs du sujet.
La Convergence des psychologues en lutte, réunissant près de 40 associations, collectifs ou collèges professionnels, et une intersyndicale large portent des revendications communes. Celles-ci se construisent depuis le 10 mars 2021 quand est paru l’arrêté relatif à la définition de l’expertise spécifique des psychologues exerçant auprès des Plateformes de coordination et orientation, qui réduisent leur intervention aux seules pratiques cognitivo-comportementales.
Il est nuisible et non éthique d’annuler le libre choix de l’approche clinique. L’attaque de cette profession est un des signes majeurs de la précarisation légitimée du soin psychique dans la cité. Elle acte la mise au rancart de l’accueil inconditionnel. Un fait insupportable.

Jeudi 29 septembre, les psychologues se mobilisent en régions et à Paris. Dans la capitale, c’est vers 12h30 aux abords de Denfert-Rochereau (boulevard Saint-Jacques), qu’ils se retrouveront. Ils défileront ensuite, ensemble, derrière une même banderole au sein du cortège interprofessionnel. La manifestation partira de Denfert-Rochereau à 14h. Le Printemps de la Psychiatrie y sera.

printempsdelapsychiatrie@gmail.com

Communiqué de soutien à la lettre des patients d’une UMD

Communiqué Printemps de la psychiatrie du 9/09/ 2022 : Soutien à la lettre écrite par les patients d’une Unité pour Malades Difficiles

Le Printemps de la psychiatrie a pris connaissance de la lettre faite par l’ensemble des patients du pavillon Moreau de l’Unité pour Malades Difficiles de Cadillac en date du 29 aout 2022 intitulée « manque de personnel soignant sur l’unité Moreau, altérant les libertés individuelles ainsi que la qualité des soins ».
Cet écrit adressé aux tutelles et au Contrôleur Général des Lieux de Privation de Liberté fait écho aux difficultés majeures et insoutenables que traversent les patients hospitalisés en psychiatrie du fait de manque de personnels et d’équipes instables.
Les dix-huit signataires de cette lettre expliquent l’importance d’un climat de confiance pour des soins portés sur la relation thérapeutique :
« les relations entre personnels et patients doivent être d’être impérativement harmonieuses. Cela se dégrade depuis un certain temps (…) Depuis plusieurs mois, voire des années, nous remarquons, en tant que patients, une diminution importante de notre liberté et d’une prise en charge des soins dégradée (…) Dans l’application des soins médicamenteux et thérapeutiques, nous les patients avons un besoin crucial de garder une équipe soignante stable, qui nous connait, pour une prise en charge de qualité. »
Partout, les discontinuités engendrées par les pénuries de la psychiatrie publique sont devenues la norme. Discontinuité des professionnels à laquelle répond la discontinuité des soins comme les activités et les sorties thérapeutiques, tous ces éléments fondamentaux pour les soins en psychiatrie et particulièrement en unité pour malades difficiles.
Les signataires témoignent que :
« Toutes ces diverses problématiques portent atteintes aux libertés individuelles, nous cloitrant dans un enfermement et avec une prise en charge thérapeutique minimale. »
Le constat des dix-huit patients de cette unité rejoint le vécu trop souvent silencié des dizaines de milliers de personnes hospitalisées en psychiatrie partout en France.
Dans tous les services, les patients se rendent parfaitement compte des conditions de travail exécrables des personnels, des conditions de soins lamentables pour eux. Cela donne souvent lieu à des échanges. Les patients n’osent parfois même plus demander quoi que ce soit, de peur de déranger. Et face à cela, les personnels se sentent coupables de ne plus pouvoir faire leur travail correctement.
Que cela se traduise par un enfermement renforcé ou par une errance dans des lieux inhabités, les psychiatrisés, patients, usagers, sont les premiers témoins et les premières victimes de l’effondrement de la psychiatrie publique.
Car sans mise en question des pénuries organisées et entretenues par les pouvoirs publiques, (pénurie du sens des soins en psychiatrie, pénurie de professionnels, pénurie des savoirs faire avec les troubles psychiques les plus graves) ne reste plus que l’enfermement, les contraintes et les diverses camisoles physiques et chimiques pour les patients les plus en souffrance, celles et ceux qui ne s’adaptent pas aux marchés des applications de la e-santé mentale.
Le Printemps de la psychiatrie donne son plein soutien aux patients de Cadillac et à tous les autres qui souffrent des mêmes situations.
Nous appelons les premiers concernés à faire entendre leur voix, à témoigner de ce qu’ils vivent réellement pour faire contre-point au discours de déni des tutelles et aux pratiques creuses des lobbys dominant de la santé mentale.
Le Printemps de la psychiatrie dénonce ce système de maltraitance généralisée et sa banalisation. Il exige des mesures d’urgence : remédier à la déliquescence de soins psychiatriques dignes et respectueux des psychiatrisés et traiter l’hémorragie des professionnels de la psychiatrie publique.
La prise en compte de la parole des premiers concernés, le renforcement d’équipes pluridisciplinaires formées sont les préalables afin de retrouver une capacité à soigner les personnes en souffrance psychique à partir de leurs besoins fondamentaux et non contre eux.

Communiqué de presse Assises citoyennes du soin psychique, le 16 mars : Atelier démocratie

Communiqué de presse ASSISES CITOYENNES DU SOIN PSYCHIQUE

16 mars 2022 : communiqué de L’ATELIER DEMOCRATIE

Nous sommes un collectif créé à la suite des Assises citoyennes du soin psychique, qui se sont tenues le vendredi 11 et samedi 12 Mars 2022, à Paris. Ces Assises ont réuni 500 personnes (200 personnes supplémentaires étaient en liste d’attente) et 400 connectés en visioconférence : usager.e.s de la psychiatrie et de la pédopsychiatrie, familles et proches, citoyen.ne.s concerné.e.s, professionnel.le.s du soin, du travail social, du travail éducatif, de l’Education Nationale, de la justice, de la protection de l’enfance.

Notre constat

Loin des déclarations d’intention du gouvernement et des décideurs sur « l’usager au centre du dispositif », à des rares exceptions près, nous vivons au quotidien la disqualification de la parole des usagers, l’atteinte à nos droits fondamentaux et à la dignité. Nous voulons mettre un coup d’arrêt au rabaissement systématisé de la parole des usagers-psychiatrisés-patients. Nous sommes des sujets de droits avant d’être des sujets de soins et en aucun cas nous ne sommes des objets de soins.

Nous existons en tant que sujets et à ce titre, la prise de parole des usager(e)s – patient(e)s psychiatrisé(e)s ne peut être considérée d’emblée comme « instrumentalisée » et « instrumentalisable ». Ces préjugés nous dénient le droit à porter notre parole. Ils sont infantilisants et indignes. D’ailleurs, nous remarquons que l’infantilisation touche aussi les professionnels. Nous devons faut lutter en permanence contre ce processus délétère.

Dans ce contexte, la démocratie sanitaire telle qu’elle est pratiquée est une mascarade et une imposture. Elle doit être repensée pour accorder une place réelle aux usagers réels. Quelques soient nos difficultés, nous devons être considérés comme des citoyens à part entière.

Nos propositions

1- L’urgence est de lutter pour l’effectivité des Droits des usagers. Que ces Droits effectifs deviennent l’organisateur des soins psychiques, quelques soient nos âges (enfants, adolescents, adultes, personnes âgées), nos statuts et nos problématiques psychiques.

2- Nous voulons rappeler fermement aux établissements de santé et d’accompagnement, du sanitaire, du médico-social et du social que la liberté est la norme. La liberté doit être l’usage le plus courant dans les pratiques. Quand elle est nécessaire, la privation de liberté doit être l’exception. Pour nous, toute privation de liberté indue et non proportionnée doit être signalée et dénoncée par le biais d’un collectif protégeant celles et ceux qui y sont confrontées et ce de façon solidaire.

3- Nous voulons rappeler aux professionnels soignants et administratifs qu’il n’est plus possible de céder sur le droit des patients pour des questions professionnelles, de droit du travail ou de défenses syndicales et corporatistes. Dans les cas où le droit des usagers s’oppose aux logiques (voire au confort) des tutelles, des directions et des professionnels, cela doit faire l’objet de débats et d’échanges sincères, authentiques et solidaires. L’auto-détermination des premiers concernés doit être supportée et soutenue par les professionnels et les politiques.

4- Par ailleurs, la formation des professionnels constitue un enjeu démocratique essentiel. Si chacun doit pouvoir avoir accès à une formation de son choix et non imposée, nous devons soutenir que les premiers concernés (usagers – patients – psychiatrisés) ont toute leur place pour former les professionnels afin de les rendre attentifs à ce qu’ils vivent au quotidien.

5- Nous ne pouvons plus supporter que les personnes qui tentent de faire valoir leurs droits (usagers ou professionnels) soient assignés à un statut pathologique de paranoïaque ou de quérulents. D’autant que même les paranoïaques ont des droits à défendre et à faire appliquer !

6- Dans cette perspective, il est nécessaire d’organiser un réseau d’auto-défense pour les droits et libertés en psychiatrie associé à un réseau contre la répression des usagers et des professionnels lanceurs d’alerte et défenseurs des droits

7- Il n’est plus tolérable que se développent les pratiques de contention et d’isolement. L’encadrement systématique par le Juge des Libertés et de la Détention de ces pratiques ne doit pas faire oublier l’enjeu premier : celui de la réduction voire de l’arrêt total de ces pratiques, notamment celle de la contention physique. Il est inacceptable qu’aucun débat national n’ait eu lieu sur ces pratiques. Nous appelons à l’organisation de journées « Parlons contention » à partir des témoignages et de la parole des premiers concernés en vue d’un débat public digne de ce nom qui n’aurait pas peur d’aborder l’abolition des pratiques de contention physique et des moyens psychiques, matériels et humains qui s’y substitueraient.

8- Nous voulons également créer un bréviaire regroupant les mots et les pratiques infantilisantes dans les soins et recensant les mots intolérables de la langue psychiatrique. A contrario, nous souhaitons faire des fiches d’événements, de pratiques et de mots désirables (par exemple insister sur l’importance de la démocratie concrète dans les soins comme avec les clubs thérapeutiques, les associations de personnes concernées…).

9- Nous voulons des instances de délibération conjointe au sein des services ou de toute structure entre usagers et résidents des lieux, familles et professionnels.

10- Nous remarquons que là où existent des clubs thérapeutiques, il existe des contre-pouvoirs effectifs et concrets dans la vie quotidienne. Ainsi, nous voulons que les clubs thérapeutiques et les associations locales d’usagers ne soient pas systématiquement rabroués au motif qu’elles ne sont pas « représentatives » dans les instances de la démocratie sanitaire. Nous voulons que les clubs thérapeutiques et les associations locales d’usagers, créés à partir des lieux de soin et d’accompagnement, soient invités de droit, voire qu’ils soient représentants de fait dans les Commissions Des Usagers (CDU), les Commissions de la Vie Sociale (CVS).

Ainsi, à l’occasion des Assises du soin psychique et de notre atelier sur la démocratie, il nous semble urgent d’insister sur les formes de soin et d’accompagnement qui font la place à la responsabilisation citoyenne des usagers, qui aident à les rendre actifs en tant que personnes et dans leur milieu de vie, qui lutte contre l’infantilisation et les postulats validistes de la société actuelle.

Pour les Assises citoyennes du soin psychique,

L’atelier Démocratie

Contacts presse : Humapsy par mail à humapsy@mailoo.org, qui transmettra aux autres contacts.

Pour retrouver la vidéo de la restitution de l’atelier en plénière: lien

Communiqué de presse du 15 mars 2022 : Assises citoyennes du soin psychique

Communiqué de l’atelier « Urgence de repenser l’Enfance en souffrance » adressé aux parlementaires

Nous sommes un collectif créé à la suite des Assises citoyennes du soin psychique, qui se sont tenues le vendredi 11 et samedi 12 Mars 2022, à Paris. Ces Assises ont réuni 500 personnes (200 personnes supplémentaires étaient en liste d’attente) et 400 connectés en visioconférence : usagers de la psychiatrie et de la pédopsychiatrie, familles et proches, citoyens concernés, professionnels du soin, du travail social, du travail éducatif, de l’Education Nationale, de la justice, de la protection de l’enfance.


A la suite de la tenue d’un groupe de travail, au sein de ces Assises, sur la condition des enfants, adolescents et jeunes adultes, nous demandons la tenue de débats parlementaires sur les sujets suivants :

– l’inclusion des enfants, adolescents et adultes en situation de handicap

-les pratiques de contention et de surmédication des enfants et adolescents.

En ce qui concerne l’inclusion, nous avons été informés des propos d’Eric Zemmour affirmant que de nombreux enfants en situation de handicap n’ont pas leur place en classe ordinaire et devraient être accueillis uniquement dans des lieux spécialisés. Nous avons constaté que ceux-ci ont été suivis d’une réaction quasi-unanime des différents partis politiques, glorifiant la politique des secrétariats d’Etat au handicap des trois derniers gouvernements successifs. Or, celle-ci prône la fermeture des lieux spécialisés de soin et d’accompagnement au nom d’une « désinstutionnalisation » pour se focaliser sur l’« inclusion » de ces enfants en école ordinaire.

Ces deux discours reposent sur la fiction selon laquelle :

-la politique actuelle de l’Education Nationale permettrait un accueil harmonieux des enfants en situation de handicap en école ordinaire
-la politique actuelle de la Santé permettrait qu’existent de nombreux lieux spécialisés de soin et d’accompagnement.

Cela est faux. 

Nos expériences sont les suivantes : la réalité de très nombreux enfants et de leurs familles, c’est tout simplement l’attente désespérée d’une place dans un lieu spécialisé et l’accueil nulle part. Exemple parmi tant d’autres abordé lors des Assises, une enfant attend depuis plus de 919 jours une place en IME et sa mère écrit chaque jour au Président de la République.

La réalité des lieux spécialisés de soin et d’accompagnement, c’est l’ensevelissement sous un nombre de demandes tel que le temps d’attente avant d’être reçu, pour un enfant ou un adolescent, atteint parfois plusieurs années, et le détournement du travail des professionnels vers des tâches de gestion purement technique de dossiers.

Et loin d’une « désinstitutionnalisation », lorsqu’un enfant ou un adolescent est en crise, faute de possibilités de soin et d’accompagnement de proximité, réguliers et relationnels, ce que nous voyons apparaître, c’est le retour de pratiques asilaires honteuses, intolérables et illégales dans certains lieux ou certains services d’urgences : contentions et surprescriptions de psychotropes n’épargnent désormais plus les enfants.

Nous connaissons la cause de cela : le « Nouveau management public » qui régit le soin, l’enseignement, la protection de l’enfance, la justice, vise la rentabilité, parle de « flux » et déteste les « stocks ». Or un hôpital de jour, un IME, un CMPP ou un CMP qui suit des enfants au long cours, un lieu d’accueil de la protection de l’enfance, c’est un « stock » qui semble pour certaines femmes et hommes politiques bien gênants et coûteux. Le modèle prôné est de définancer ces lieux à l’aide de la réforme du financement de la psychiatrie qui s’applique depuis le 1er Janvier 2022 pour, à terme, justifier leur fermeture ou leur transformation en « plateformes » de consultation ponctuelles, productrices de « bilans » divers et variés. Il s’agit de convertir l’argent économisé en allocations destinées aux familles, « libres » alors de payer des cabinets privés de prestations à domicile, d’aide à la personne, de formation, de nouveaux bilans. Mais alors, dans ce modèle de société, quid de la sociabilisation, des rencontres, des amitiés, des projets de vie, que les enfants et adolescents peuvent créer dans les collectifs de soin et d’accompagnement quand ceux-ci ont des pratiques vivantes et anti-validistes, et à l’école quand la scolarisation est bien accompagnée en partenariat avec ces collectifs de soin ? Quid des familles qui ne souhaitent pas être le soignant de leur enfant ? Quid de la notion de service public égalitaire et sans condition de revenu ?

Nous, ce que nous observons souvent, c’est l’envers du décor : ni stock (puisque les lieux ferment ou se transforment en dispositifs de bilans) ni flux d’enfants : ils sont tout simplement abandonnés avec leurs familles. Par contre un flux, il en existe bel et bien un : le flux de dossiers MDPH et le flux de bilans, qui circulent de mains en mains et de dispositifs « innovants » en dispositifs « innovants ». Les enfants et les adolescents sont toujours, eux, accueillis nulle part.

Par ailleurs, nombreux sont ceux d’entre nous qui ont vécu, à l’école ordinaire, une inclusion sous forme d’injonction à se comporter comme un élève ordinaire, sous peine d’être exclu, ou une inclusion de façade avec une Unité d’Enseignement à part et des récréations séparées. Nombreux sont les élèves sans accompagnants (AVS, AESH) malgré les demandes de collectifs de parents et des équipes pédagogiques. Et nombreux sont les professeurs qui avouent leur grande difficulté à accueillir ces élèves dans les classes ordinaires en l’état actuel de fonctionnement de l’Education Nationale : en termes de moyens humains, de formation, de travail d’équipe et du nombre d’élèves par classe. Effet direct, de plus en plus nombreux sont les enseignants qui déclarent auprès de leur CHSCT des situations à risque pour la santé des enfants sans que rien ne soit mis en place pour résoudre ces situations.

Nous constatons également la focalisation validiste de la MDPH sur les capacités des personnes en situation de handicap à travailler, notamment en ESAT, alors même qu’une enquête récente montre enfin la réalité de ces lieux qui bien souvent exploitent les travailleurs handicapés : sous-payés et interdits de se syndiquer ; certains directeurs sont même fiers de vanter une main d’œuvre supposée docile peu chère et qui rapporte des primes à l’entreprise.

Nous savons que certains usagers, certaines familles et certains professionnels sont satisfaits de l’ensemble de ce système ; leurs intérêts de classe, leurs intérêts personnels sont convergents avec ceux d’une société inégalitaire, utilitariste et privatisée. 

Ce n’est pas notre cas. Nous nous opposons radicalement aux propos d’Eric Zemmour car nous faisons l’hypothèse que ses motivations sont eugénistes. Nous nous opposons radicalement à la fausse inclusion du gouvernement actuel car nous faisons l’hypothèse que ses motivations sont validistes et s’inscrivent dans la rationalité néolibérale. A propos de validisme nous constatons d’ailleurs que la secrétaire d’Etat actuel au handicap s’oppose à la déconjugalisation de l’Allocation  Adulte Handicapé. 

Prenons les choses au sérieux :

On nous parle de la réussite de l’inclusion scolaire en Italie. Alors nous voulons pour l’école française des conditions proches de celles de l’Italie : classes à petits effectifs, co-enseignement par un enseignant spécialisé et un enseignant ordinaire, professeurs pouvant exercer une réelle pédagogie différenciée, accompagnants formés et titularisés.
On nous dépeint des « institutions » de soin et d’accompagnement (comme si les écoles n’étaient pas également des institutions), comme des lieux fermés, de relégation, ségrégatifs, infantilisants. Nous sommes fatigués de ces calomnies. Nous affirmons qu’un certain nombre de lieux pratiquent au contraire un accueil chaleureux, ouvert et vivant, que les enfants et adolescents qui y sont reçus sont pris au sérieux, sont des interlocuteurs valables, qui peuvent influer sur le fonctionnement même de ces lieux. Aussi, lorsque des pratiques intolérables apparaissent quelque part : isolement, contention, médication inadaptée ou excessive, d’enfants et d’adolescents, nous exigeons qu’elles soient dénoncées radicalement, que leurs auteurs soient poursuivis. Quant aux pratiques validistes, c’est toute la société qui est concernée. Les lieux de soin et d’accompagnement, comme tous les autres, doivent combattre toute forme de domination des personnes valides sur les personnes porteuses de maladie et/ou de handicap.

Or, ce que nous constatons, c’est plutôt que les professionnels osant lancer l’alerte sur l’abandon des patients et des familles, sur la perte de sens du travail, et sur les pratiques maltraitantes d’enfermement, de contention et de surmédication, subissent souvent en retour harcèlement et représailles, au point que la plupart préfèrent se taire. Nous demandons la protection de ces personnes.

En ce qui concerne la contention, nous demandons l’abolition de cette pratique dont nous affirmons qu’elle n’est jamais thérapeutique mais toujours traumatisante.

Nous demandons un meilleur encadrement de la prescription de psychotropes aux enfants et adolescents, notamment des dérivés amphétaminiques et des neuroleptiques qui sont actuellement sur-prescrits par certains praticiens et certains services alors même que le bénéfice thérapeutique n’est pas prouvé.

Nous vous demandons de vous positionner, Madame, Monsieur, sur ces points et la tenue d’un débat parlementaire.

Pour les Assises citoyennes du soin psychique,
Le groupe de travail enfants, adolescents et jeunes adultes.

printempsdelapsychiatrie@gmail.com

Contacts presse : Loriane Bellahsen 06.84.51.73.77 ; Martin Pavelka : 06.29.91.19.28

Pour adresser le communiqué aux parlementaires, le PDF peut être téléchargé ici :

Communiqué du 2 mars 2022

COMMUNIQUE DU PRINTEMPS DE LA PSYCHIATRIE du 2 mars 2022

Le contrôleur général des Lieux de privation de Libertés a publié mardi 1er mars 2022 une nouvelle recommandation en urgence au Journal Officiel. Après l’hôpital psychiatrique de Moisselles (Val d’Oise) en juin 2020, cette cinquième recommandation sur un établissement psychiatrique concerne cette fois le centre de santé mentale de Lens (Pas de Calais).

Des patients hospitalisés en soins libres ont été enfermés au mépris de leurs droits les plus élémentaires. Les mesures privatives de libertés telles que les contentions physiques et les isolements psychiatriques ont été, là encore, décidés dans un contexte dépassant l’entendement, en contradiction avec la dignité la plus élémentaire qui est due à toute personne : Le CGLPL porte « (le) constat d’un nombre important de dysfonctionnements graves portant atteinte à la dignité des patients et à leurs droits fondamentaux. Les patients, y compris en soins libres, sont cloîtrés, souffrent de conditions d’hospitalisation médiocres, de placements à l’isolement indignes. Les droits, aussi peu connus des patients que du personnel, sont d’autant plus rarement mis en œuvre que les juges ne se déplacent pas dans l’établissement et s’accommodent des absences répétées des patients à leurs audiences. Ces dysfonctionnements, qui concernent l’ensemble de l’établissement, résultent d’une absence de pilotage global. Les intervenants reconnaissent leur désorganisation, les privations de liberté irrégulières, les mesures d’isolement et de contention sans décision médicale, notamment pour des patients en soins libres, et d’une façon plus générale, un insuffisant respect du droit. »

Cette recommandation en urgence vient à la suite de l’enfermement de tous les patients de l’hôpital Gérard Marchant à Toulouse après un passage à l’acte dans un contexte de sorties non autorisées de personnes hospitalisées dénommées à tort tantôt comme des « fugues », tantôt comme des « évasions » par certaines personnalités politiques, médias et professionnels.

Cette recommandation vient aussi après que des comédiens professionnels aient été engagés par l’établissement de Brive La Gaillarde pour mimer des usagers violents.

Elle vient aussi après « les assises » organisés par le pouvoir en place qui a activement laissé de côté la réforme du financement de la psychiatrie mettant en place l’équivalent d’une tarification de l’activité (T2A), la réforme de la loi sur l’isolement et la contention, la réforme de l’irresponsabilité pénale, la fuite massive des professionnels travaillant à l’hôpital public, la destruction de la pédo-psychiatrie… Dans le même temps, les participants se sont gaussés des plateformes, des innovations et de quelques mesures de saupoudrage psychologique ne répondant en rien aux enjeux pour les soins, l’accompagnement, le respect des libertés fondamentale et du Droit à la Santé. Comme nous le voyons avec cette nouvelle recommandation en urgence, le choix d’une santé mentale connectée privilégiant les plateformes au détriment des liens humains s’articule dans les faits à une psychiatrie sécuritaire renfermante et nauséabonde. Et il n’est pas étonnant que tous les échelons de la psychiatrie française ont tendance à se comporter comme le pouvoir en place, ce dont témoigne le CGLPL :

« Aucune mesure n’a été prise malgré les alertes répétées de la commission départementale des soins psychiatriques (CDSP). La direction banalise ces dysfonctionnements multiples et les documents remis aux contrôleurs pour clarifier les pratiques se sont révélés être en parfaite contradiction avec diverses dispositions législatives et réglementaires. »

Pourtant, le respect des libertés fondamentales des usagers sont des garanties pour la sécurité des soins et de tous. Transformer les lieux de soins psychiatriques en des lieux de non-droit ne peut que provoquer des catastrophes pour les usagers de la psychiatries, pour les professionnels et pour l’ensemble des citoyens.

Nous ne manquerons pas de développer ces questions lors des Assises citoyennes des soins psychiques qui se tiendront à Paris les 11 et 12 mars prochains.

Répondant à une attente forte comme en témoigne leur affichage « complet » malgré les cinq cents places disponibles, ces Assises se construisent à partir des acteurs de terrain, usagers, familles, professionnels, citoyens engagés. Elles proposent de construire un mouvement permanent de soutien et promotion des soins psychiques dans une ouverture à la cité.

Elles seront composées de tables rondes et de six ateliers :

– Quel accès aux soins ?

– Formation et transmission

– Quelle démocratie ?

– Urgence à repenser l’enfance en souffrance

– Quel accueil pour la souffrance psychique ?

– Quelle approche de l’humain ?

printempsdelapsychiatrie@gmail.com