Communiqué de presse Assises citoyennes du soin psychique, le 16 mars : Atelier démocratie

Communiqué de presse ASSISES CITOYENNES DU SOIN PSYCHIQUE

16 mars 2022 : communiqué de L’ATELIER DEMOCRATIE

Nous sommes un collectif créé à la suite des Assises citoyennes du soin psychique, qui se sont tenues le vendredi 11 et samedi 12 Mars 2022, à Paris. Ces Assises ont réuni 500 personnes (200 personnes supplémentaires étaient en liste d’attente) et 400 connectés en visioconférence : usager.e.s de la psychiatrie et de la pédopsychiatrie, familles et proches, citoyen.ne.s concerné.e.s, professionnel.le.s du soin, du travail social, du travail éducatif, de l’Education Nationale, de la justice, de la protection de l’enfance.

Notre constat

Loin des déclarations d’intention du gouvernement et des décideurs sur « l’usager au centre du dispositif », à des rares exceptions près, nous vivons au quotidien la disqualification de la parole des usagers, l’atteinte à nos droits fondamentaux et à la dignité. Nous voulons mettre un coup d’arrêt au rabaissement systématisé de la parole des usagers-psychiatrisés-patients. Nous sommes des sujets de droits avant d’être des sujets de soins et en aucun cas nous ne sommes des objets de soins.

Nous existons en tant que sujets et à ce titre, la prise de parole des usager(e)s – patient(e)s psychiatrisé(e)s ne peut être considérée d’emblée comme « instrumentalisée » et « instrumentalisable ». Ces préjugés nous dénient le droit à porter notre parole. Ils sont infantilisants et indignes. D’ailleurs, nous remarquons que l’infantilisation touche aussi les professionnels. Nous devons faut lutter en permanence contre ce processus délétère.

Dans ce contexte, la démocratie sanitaire telle qu’elle est pratiquée est une mascarade et une imposture. Elle doit être repensée pour accorder une place réelle aux usagers réels. Quelques soient nos difficultés, nous devons être considérés comme des citoyens à part entière.

Nos propositions

1- L’urgence est de lutter pour l’effectivité des Droits des usagers. Que ces Droits effectifs deviennent l’organisateur des soins psychiques, quelques soient nos âges (enfants, adolescents, adultes, personnes âgées), nos statuts et nos problématiques psychiques.

2- Nous voulons rappeler fermement aux établissements de santé et d’accompagnement, du sanitaire, du médico-social et du social que la liberté est la norme. La liberté doit être l’usage le plus courant dans les pratiques. Quand elle est nécessaire, la privation de liberté doit être l’exception. Pour nous, toute privation de liberté indue et non proportionnée doit être signalée et dénoncée par le biais d’un collectif protégeant celles et ceux qui y sont confrontées et ce de façon solidaire.

3- Nous voulons rappeler aux professionnels soignants et administratifs qu’il n’est plus possible de céder sur le droit des patients pour des questions professionnelles, de droit du travail ou de défenses syndicales et corporatistes. Dans les cas où le droit des usagers s’oppose aux logiques (voire au confort) des tutelles, des directions et des professionnels, cela doit faire l’objet de débats et d’échanges sincères, authentiques et solidaires. L’auto-détermination des premiers concernés doit être supportée et soutenue par les professionnels et les politiques.

4- Par ailleurs, la formation des professionnels constitue un enjeu démocratique essentiel. Si chacun doit pouvoir avoir accès à une formation de son choix et non imposée, nous devons soutenir que les premiers concernés (usagers – patients – psychiatrisés) ont toute leur place pour former les professionnels afin de les rendre attentifs à ce qu’ils vivent au quotidien.

5- Nous ne pouvons plus supporter que les personnes qui tentent de faire valoir leurs droits (usagers ou professionnels) soient assignés à un statut pathologique de paranoïaque ou de quérulents. D’autant que même les paranoïaques ont des droits à défendre et à faire appliquer !

6- Dans cette perspective, il est nécessaire d’organiser un réseau d’auto-défense pour les droits et libertés en psychiatrie associé à un réseau contre la répression des usagers et des professionnels lanceurs d’alerte et défenseurs des droits

7- Il n’est plus tolérable que se développent les pratiques de contention et d’isolement. L’encadrement systématique par le Juge des Libertés et de la Détention de ces pratiques ne doit pas faire oublier l’enjeu premier : celui de la réduction voire de l’arrêt total de ces pratiques, notamment celle de la contention physique. Il est inacceptable qu’aucun débat national n’ait eu lieu sur ces pratiques. Nous appelons à l’organisation de journées « Parlons contention » à partir des témoignages et de la parole des premiers concernés en vue d’un débat public digne de ce nom qui n’aurait pas peur d’aborder l’abolition des pratiques de contention physique et des moyens psychiques, matériels et humains qui s’y substitueraient.

8- Nous voulons également créer un bréviaire regroupant les mots et les pratiques infantilisantes dans les soins et recensant les mots intolérables de la langue psychiatrique. A contrario, nous souhaitons faire des fiches d’événements, de pratiques et de mots désirables (par exemple insister sur l’importance de la démocratie concrète dans les soins comme avec les clubs thérapeutiques, les associations de personnes concernées…).

9- Nous voulons des instances de délibération conjointe au sein des services ou de toute structure entre usagers et résidents des lieux, familles et professionnels.

10- Nous remarquons que là où existent des clubs thérapeutiques, il existe des contre-pouvoirs effectifs et concrets dans la vie quotidienne. Ainsi, nous voulons que les clubs thérapeutiques et les associations locales d’usagers ne soient pas systématiquement rabroués au motif qu’elles ne sont pas « représentatives » dans les instances de la démocratie sanitaire. Nous voulons que les clubs thérapeutiques et les associations locales d’usagers, créés à partir des lieux de soin et d’accompagnement, soient invités de droit, voire qu’ils soient représentants de fait dans les Commissions Des Usagers (CDU), les Commissions de la Vie Sociale (CVS).

Ainsi, à l’occasion des Assises du soin psychique et de notre atelier sur la démocratie, il nous semble urgent d’insister sur les formes de soin et d’accompagnement qui font la place à la responsabilisation citoyenne des usagers, qui aident à les rendre actifs en tant que personnes et dans leur milieu de vie, qui lutte contre l’infantilisation et les postulats validistes de la société actuelle.

Pour les Assises citoyennes du soin psychique,

L’atelier Démocratie

Contacts presse : Humapsy par mail à humapsy@mailoo.org, qui transmettra aux autres contacts.

Pour retrouver la vidéo de la restitution de l’atelier en plénière: lien

Communiqué de presse du 15 mars 2022 : Assises citoyennes du soin psychique

Communiqué de l’atelier « Urgence de repenser l’Enfance en souffrance » adressé aux parlementaires

Nous sommes un collectif créé à la suite des Assises citoyennes du soin psychique, qui se sont tenues le vendredi 11 et samedi 12 Mars 2022, à Paris. Ces Assises ont réuni 500 personnes (200 personnes supplémentaires étaient en liste d’attente) et 400 connectés en visioconférence : usagers de la psychiatrie et de la pédopsychiatrie, familles et proches, citoyens concernés, professionnels du soin, du travail social, du travail éducatif, de l’Education Nationale, de la justice, de la protection de l’enfance.


A la suite de la tenue d’un groupe de travail, au sein de ces Assises, sur la condition des enfants, adolescents et jeunes adultes, nous demandons la tenue de débats parlementaires sur les sujets suivants :

– l’inclusion des enfants, adolescents et adultes en situation de handicap

-les pratiques de contention et de surmédication des enfants et adolescents.

En ce qui concerne l’inclusion, nous avons été informés des propos d’Eric Zemmour affirmant que de nombreux enfants en situation de handicap n’ont pas leur place en classe ordinaire et devraient être accueillis uniquement dans des lieux spécialisés. Nous avons constaté que ceux-ci ont été suivis d’une réaction quasi-unanime des différents partis politiques, glorifiant la politique des secrétariats d’Etat au handicap des trois derniers gouvernements successifs. Or, celle-ci prône la fermeture des lieux spécialisés de soin et d’accompagnement au nom d’une « désinstutionnalisation » pour se focaliser sur l’« inclusion » de ces enfants en école ordinaire.

Ces deux discours reposent sur la fiction selon laquelle :

-la politique actuelle de l’Education Nationale permettrait un accueil harmonieux des enfants en situation de handicap en école ordinaire
-la politique actuelle de la Santé permettrait qu’existent de nombreux lieux spécialisés de soin et d’accompagnement.

Cela est faux. 

Nos expériences sont les suivantes : la réalité de très nombreux enfants et de leurs familles, c’est tout simplement l’attente désespérée d’une place dans un lieu spécialisé et l’accueil nulle part. Exemple parmi tant d’autres abordé lors des Assises, une enfant attend depuis plus de 919 jours une place en IME et sa mère écrit chaque jour au Président de la République.

La réalité des lieux spécialisés de soin et d’accompagnement, c’est l’ensevelissement sous un nombre de demandes tel que le temps d’attente avant d’être reçu, pour un enfant ou un adolescent, atteint parfois plusieurs années, et le détournement du travail des professionnels vers des tâches de gestion purement technique de dossiers.

Et loin d’une « désinstitutionnalisation », lorsqu’un enfant ou un adolescent est en crise, faute de possibilités de soin et d’accompagnement de proximité, réguliers et relationnels, ce que nous voyons apparaître, c’est le retour de pratiques asilaires honteuses, intolérables et illégales dans certains lieux ou certains services d’urgences : contentions et surprescriptions de psychotropes n’épargnent désormais plus les enfants.

Nous connaissons la cause de cela : le « Nouveau management public » qui régit le soin, l’enseignement, la protection de l’enfance, la justice, vise la rentabilité, parle de « flux » et déteste les « stocks ». Or un hôpital de jour, un IME, un CMPP ou un CMP qui suit des enfants au long cours, un lieu d’accueil de la protection de l’enfance, c’est un « stock » qui semble pour certaines femmes et hommes politiques bien gênants et coûteux. Le modèle prôné est de définancer ces lieux à l’aide de la réforme du financement de la psychiatrie qui s’applique depuis le 1er Janvier 2022 pour, à terme, justifier leur fermeture ou leur transformation en « plateformes » de consultation ponctuelles, productrices de « bilans » divers et variés. Il s’agit de convertir l’argent économisé en allocations destinées aux familles, « libres » alors de payer des cabinets privés de prestations à domicile, d’aide à la personne, de formation, de nouveaux bilans. Mais alors, dans ce modèle de société, quid de la sociabilisation, des rencontres, des amitiés, des projets de vie, que les enfants et adolescents peuvent créer dans les collectifs de soin et d’accompagnement quand ceux-ci ont des pratiques vivantes et anti-validistes, et à l’école quand la scolarisation est bien accompagnée en partenariat avec ces collectifs de soin ? Quid des familles qui ne souhaitent pas être le soignant de leur enfant ? Quid de la notion de service public égalitaire et sans condition de revenu ?

Nous, ce que nous observons souvent, c’est l’envers du décor : ni stock (puisque les lieux ferment ou se transforment en dispositifs de bilans) ni flux d’enfants : ils sont tout simplement abandonnés avec leurs familles. Par contre un flux, il en existe bel et bien un : le flux de dossiers MDPH et le flux de bilans, qui circulent de mains en mains et de dispositifs « innovants » en dispositifs « innovants ». Les enfants et les adolescents sont toujours, eux, accueillis nulle part.

Par ailleurs, nombreux sont ceux d’entre nous qui ont vécu, à l’école ordinaire, une inclusion sous forme d’injonction à se comporter comme un élève ordinaire, sous peine d’être exclu, ou une inclusion de façade avec une Unité d’Enseignement à part et des récréations séparées. Nombreux sont les élèves sans accompagnants (AVS, AESH) malgré les demandes de collectifs de parents et des équipes pédagogiques. Et nombreux sont les professeurs qui avouent leur grande difficulté à accueillir ces élèves dans les classes ordinaires en l’état actuel de fonctionnement de l’Education Nationale : en termes de moyens humains, de formation, de travail d’équipe et du nombre d’élèves par classe. Effet direct, de plus en plus nombreux sont les enseignants qui déclarent auprès de leur CHSCT des situations à risque pour la santé des enfants sans que rien ne soit mis en place pour résoudre ces situations.

Nous constatons également la focalisation validiste de la MDPH sur les capacités des personnes en situation de handicap à travailler, notamment en ESAT, alors même qu’une enquête récente montre enfin la réalité de ces lieux qui bien souvent exploitent les travailleurs handicapés : sous-payés et interdits de se syndiquer ; certains directeurs sont même fiers de vanter une main d’œuvre supposée docile peu chère et qui rapporte des primes à l’entreprise.

Nous savons que certains usagers, certaines familles et certains professionnels sont satisfaits de l’ensemble de ce système ; leurs intérêts de classe, leurs intérêts personnels sont convergents avec ceux d’une société inégalitaire, utilitariste et privatisée. 

Ce n’est pas notre cas. Nous nous opposons radicalement aux propos d’Eric Zemmour car nous faisons l’hypothèse que ses motivations sont eugénistes. Nous nous opposons radicalement à la fausse inclusion du gouvernement actuel car nous faisons l’hypothèse que ses motivations sont validistes et s’inscrivent dans la rationalité néolibérale. A propos de validisme nous constatons d’ailleurs que la secrétaire d’Etat actuel au handicap s’oppose à la déconjugalisation de l’Allocation  Adulte Handicapé. 

Prenons les choses au sérieux :

On nous parle de la réussite de l’inclusion scolaire en Italie. Alors nous voulons pour l’école française des conditions proches de celles de l’Italie : classes à petits effectifs, co-enseignement par un enseignant spécialisé et un enseignant ordinaire, professeurs pouvant exercer une réelle pédagogie différenciée, accompagnants formés et titularisés.
On nous dépeint des « institutions » de soin et d’accompagnement (comme si les écoles n’étaient pas également des institutions), comme des lieux fermés, de relégation, ségrégatifs, infantilisants. Nous sommes fatigués de ces calomnies. Nous affirmons qu’un certain nombre de lieux pratiquent au contraire un accueil chaleureux, ouvert et vivant, que les enfants et adolescents qui y sont reçus sont pris au sérieux, sont des interlocuteurs valables, qui peuvent influer sur le fonctionnement même de ces lieux. Aussi, lorsque des pratiques intolérables apparaissent quelque part : isolement, contention, médication inadaptée ou excessive, d’enfants et d’adolescents, nous exigeons qu’elles soient dénoncées radicalement, que leurs auteurs soient poursuivis. Quant aux pratiques validistes, c’est toute la société qui est concernée. Les lieux de soin et d’accompagnement, comme tous les autres, doivent combattre toute forme de domination des personnes valides sur les personnes porteuses de maladie et/ou de handicap.

Or, ce que nous constatons, c’est plutôt que les professionnels osant lancer l’alerte sur l’abandon des patients et des familles, sur la perte de sens du travail, et sur les pratiques maltraitantes d’enfermement, de contention et de surmédication, subissent souvent en retour harcèlement et représailles, au point que la plupart préfèrent se taire. Nous demandons la protection de ces personnes.

En ce qui concerne la contention, nous demandons l’abolition de cette pratique dont nous affirmons qu’elle n’est jamais thérapeutique mais toujours traumatisante.

Nous demandons un meilleur encadrement de la prescription de psychotropes aux enfants et adolescents, notamment des dérivés amphétaminiques et des neuroleptiques qui sont actuellement sur-prescrits par certains praticiens et certains services alors même que le bénéfice thérapeutique n’est pas prouvé.

Nous vous demandons de vous positionner, Madame, Monsieur, sur ces points et la tenue d’un débat parlementaire.

Pour les Assises citoyennes du soin psychique,
Le groupe de travail enfants, adolescents et jeunes adultes.

printempsdelapsychiatrie@gmail.com

Contacts presse : Loriane Bellahsen 06.84.51.73.77 ; Martin Pavelka : 06.29.91.19.28

Pour adresser le communiqué aux parlementaires, le PDF peut être téléchargé ici :

Communiqué du 2 mars 2022

COMMUNIQUE DU PRINTEMPS DE LA PSYCHIATRIE du 2 mars 2022

Le contrôleur général des Lieux de privation de Libertés a publié mardi 1er mars 2022 une nouvelle recommandation en urgence au Journal Officiel. Après l’hôpital psychiatrique de Moisselles (Val d’Oise) en juin 2020, cette cinquième recommandation sur un établissement psychiatrique concerne cette fois le centre de santé mentale de Lens (Pas de Calais).

Des patients hospitalisés en soins libres ont été enfermés au mépris de leurs droits les plus élémentaires. Les mesures privatives de libertés telles que les contentions physiques et les isolements psychiatriques ont été, là encore, décidés dans un contexte dépassant l’entendement, en contradiction avec la dignité la plus élémentaire qui est due à toute personne : Le CGLPL porte « (le) constat d’un nombre important de dysfonctionnements graves portant atteinte à la dignité des patients et à leurs droits fondamentaux. Les patients, y compris en soins libres, sont cloîtrés, souffrent de conditions d’hospitalisation médiocres, de placements à l’isolement indignes. Les droits, aussi peu connus des patients que du personnel, sont d’autant plus rarement mis en œuvre que les juges ne se déplacent pas dans l’établissement et s’accommodent des absences répétées des patients à leurs audiences. Ces dysfonctionnements, qui concernent l’ensemble de l’établissement, résultent d’une absence de pilotage global. Les intervenants reconnaissent leur désorganisation, les privations de liberté irrégulières, les mesures d’isolement et de contention sans décision médicale, notamment pour des patients en soins libres, et d’une façon plus générale, un insuffisant respect du droit. »

Cette recommandation en urgence vient à la suite de l’enfermement de tous les patients de l’hôpital Gérard Marchant à Toulouse après un passage à l’acte dans un contexte de sorties non autorisées de personnes hospitalisées dénommées à tort tantôt comme des « fugues », tantôt comme des « évasions » par certaines personnalités politiques, médias et professionnels.

Cette recommandation vient aussi après que des comédiens professionnels aient été engagés par l’établissement de Brive La Gaillarde pour mimer des usagers violents.

Elle vient aussi après « les assises » organisés par le pouvoir en place qui a activement laissé de côté la réforme du financement de la psychiatrie mettant en place l’équivalent d’une tarification de l’activité (T2A), la réforme de la loi sur l’isolement et la contention, la réforme de l’irresponsabilité pénale, la fuite massive des professionnels travaillant à l’hôpital public, la destruction de la pédo-psychiatrie… Dans le même temps, les participants se sont gaussés des plateformes, des innovations et de quelques mesures de saupoudrage psychologique ne répondant en rien aux enjeux pour les soins, l’accompagnement, le respect des libertés fondamentale et du Droit à la Santé. Comme nous le voyons avec cette nouvelle recommandation en urgence, le choix d’une santé mentale connectée privilégiant les plateformes au détriment des liens humains s’articule dans les faits à une psychiatrie sécuritaire renfermante et nauséabonde. Et il n’est pas étonnant que tous les échelons de la psychiatrie française ont tendance à se comporter comme le pouvoir en place, ce dont témoigne le CGLPL :

« Aucune mesure n’a été prise malgré les alertes répétées de la commission départementale des soins psychiatriques (CDSP). La direction banalise ces dysfonctionnements multiples et les documents remis aux contrôleurs pour clarifier les pratiques se sont révélés être en parfaite contradiction avec diverses dispositions législatives et réglementaires. »

Pourtant, le respect des libertés fondamentales des usagers sont des garanties pour la sécurité des soins et de tous. Transformer les lieux de soins psychiatriques en des lieux de non-droit ne peut que provoquer des catastrophes pour les usagers de la psychiatries, pour les professionnels et pour l’ensemble des citoyens.

Nous ne manquerons pas de développer ces questions lors des Assises citoyennes des soins psychiques qui se tiendront à Paris les 11 et 12 mars prochains.

Répondant à une attente forte comme en témoigne leur affichage « complet » malgré les cinq cents places disponibles, ces Assises se construisent à partir des acteurs de terrain, usagers, familles, professionnels, citoyens engagés. Elles proposent de construire un mouvement permanent de soutien et promotion des soins psychiques dans une ouverture à la cité.

Elles seront composées de tables rondes et de six ateliers :

– Quel accès aux soins ?

– Formation et transmission

– Quelle démocratie ?

– Urgence à repenser l’enfance en souffrance

– Quel accueil pour la souffrance psychique ?

– Quelle approche de l’humain ?

printempsdelapsychiatrie@gmail.com

Conférence de presse du 10 janvier 2022, intervention de Serge Klopp

Les conséquences sociales du Covid (isolement, menaces sur l’emploi,…) ont provoqué une explosion de décompensations psychiques.
Face à, cette situation le ministre Véran sur France Inter à reconnu le 29 septembre que cela fait 40 ans que l’on appauvri la psychiatrie de Secteur.

Ce dispositif a été conçu comme un parcours de soins allant de la prévention à la cure et la postcure, prenant en compte toutes les souffrances psychiques des plus bénignes aux plus sévères, fondé sur la continuité des soins relationnels.
Cet appauvrissement a obligé le secteur à faire sans cesse des tris
On a commencé par renoncer à la prévention et aujourd’hui seuls les situations les plus sévères sont suivies en secteur.
Les autres sont renvoyées vers le libéral, le plus souvent le généraliste, voir ont du renoncer aux soins.
Alors on aurait pu croire que le gouvernement allait enfin redonner au secteur les moyens de ses missions.
Il n’en est rien !
On se contente uniquement pour les ados suicidaires, de rembourser 6 séances de psychologues libéral à condition qu’ils n’utilisent que des techniques comportementales, interdisant les psychothérapies.
Et au lieu de redynamiser le secteur on va finir de le dynamiter
Depuis la Loi Touraine le secteur est censé ne s’occuper que de la crise les patients stabilisés relevant du généraliste et non plus du CMP ou du CATTP, alors que l’on sait que s’ils sont stabilisés c’est parce qu’ils bénéficie de ce suivi.
Vu la pénurie de généralistes je ne sais comment va pouvoir se faire ce suivi, si ce n’est au travers d’une consultation tous les 3 ou 6 mois pour un renouvellement de traitement comme pour les patients présentant des troubles cardiaques
Si tout ça c’est prévu dans la loi depuis 5 ans ça a du mal à se mettre en place.
Mais au travers de la loi de finances on va mettre en place des structures dites de réhabilitation psychosociale chargée de faire ce tri et d’exclure du secteur les patients stabilisés
Ces structures vont soumettre les patients à une évaluation préalable puis à différents programme comportementaux et à une évaluation finales sur la base de la quelle on va décider d’un parcours de soins associant ou pas une prise en charge médicosociale au suivi du généraliste
On est la dans une conception déshumanisante normalisatrice de la psychiatrie qui vient se substituer aux soins. Il ne s’agit plus de soigner des personnes mais de les programmer comme s’il s’agissait de machines

Pourtant la réhabilitation peut être tout a fait positive si elle s’inscrit dans une prise en charge singulière du patient et à côté d’autres modalités de soins du secteur (sociothérapie, psychothérapie …).
Et non dans une logique d’exclusion des soins

Nous ne sommes pas des machines !
Nous avons besoins d’être soignés pas programmés !

Nous exigeons le retour à une psychiatrie respectueuse de l’humain.

Serge Klopp pour le Printemps de la psychiatrie. Conférence de presse unitaire, précédant la Manifestation du 11 janvier 2022.

Mobilisation mardi 11 janvier 2022

Concernant l’Île de France, la manifestation partira de l’hôpital Cochin (métro Port Royal) à 13h30 pour se diriger vers Matignon (métro Varenne), où un rdv a été demandé. Une conférence de presse est organisée le lundi 10 janvier. Le Printemps de la Psychiatrie est signataire de cet appel :

Communiqué de presse du 28 septembre 2021

La psychiatrie humaniste étouffée par la santé mentale de laboratoires

Alors que se clôturent les Assises de la santé mentale, la psychiatrie se voit refoulée de ce « moment historique ».

Résumons.

1) Aucune concertation des acteurs de terrain ne se sera tenu en dehors du questionnaire orientant les réponses dans le sens attendu par le gouvernement. Les grands débats d’ampleur n’auront pas vu le jour à part quelques remarques compatissantes et condescendantes du Ministre de la Santé sur les professionnels qui attachent et enferment les usagers de la psychiatrie publique. A l’image de toutes les pseudos concertations des dernières années, ces Assises présentent une parodie de construction démocratique pour un exercice de communication calibré.

Or, la démocratie aurait besoin que les droits fondamentaux et la Constitution soient respectés et fassent l’objet de discussion. Or, les Droits fondamentaux sont bafoués au quotidien dans les services de psychiatrie, faute de formation, faute d’une société accueillante pour les plus en difficulté, faute de moyens humains et matériels. Ces errements servent au gouvernement pour expliquer qu’il faut arrêter d’investir dans les institutions et notamment dans les dispositifs de psychiatrie publiques.

2) Pire, le gouvernement repassera un article de loi réformant la contention isolement dans le projet de loi de finance de la Sécurité Sociale 2022 (PLFSS). Les mêmes maux engendrant les mêmes remèdes, nous appelons les parlementaires à se saisir de la question sous la forme d’une saisine au Conseil Constitutionnel pour cavalier législatif. Rappelons que l’an passé, l’article 84 du PLFSS 2021 avait été déclaré inconstitutionnel par les sages quelques mois plus tard car le contrôle du juge était aléatoire. Les patientes et patients pourront continuer à rester enfermés et attachés, du moment que les procédures sont respectées, pas besoin de remettre en question ces pratiques, ce qu’elles disent du degré d’abandon des personnes les plus fragiles et du degré d’irresponsabilité du gouvernement. Plus la psychiatrie se détache des des problématiques relationnelles, plus elle attache les corps et contraint les personnes.

3) Le décret d’application réformant le financement de la psychiatrie doit paraître en fin de semaine. Il met en place une tarification de l’activité (T2A) psychiatrique avec une mesure d’égalité territoriale à la discrétion des Agences Régionales de Santé et du Ministère. Ce scandale sanitaire et financier aura les même effets destructeurs que la T2A sur la santé publique telles qu’elles ont été révélées lors de la crise covid faisant passer la psychiatrie d’une logique de soin à une gestion de flux.

4) La réforme de l’irresponsabilité pénale n’aura pas été discutée alors qu’elle est une rupture majeure dans les rapports entre justice et psychiatrie

5) Les promoteurs de « la santé mentale » remportent le marché avec la création de plateformes, d’applications numériques tandis que se meurent les pratiques humanistes mettant au coeur de la psychiatrie les liens thérapeutiques de confiance, la relation inter-individuelle (le temps qu’il faut), les droits des patients…

Plus de virtuel, moins de réel. Plus d’écran, moins de soignants et d’accompagnants sont les slogans conclusifs de ces Assises. Des start-up de la santé mentale pour remédier au crash down de la psychiatrie.

6) L’attractivité de la psychiatrie ne sera pas résolue par les appels séducteurs du Ministre. Si la psychiatrie et la pédo-psychiatrie connaissent une crise de vocation c’est précisément du fait de la disparition de l’interdisciplinarité avec les sciences humaines, de la déperdition du sens de l’accueil, et de la nécessité de l’écoute.

Pour celles et ceux qui sont trop malades pour se conformer au modèle de la santé mentale, cette nouvelle psychiatrie remet au goût du jour la place des soignants comme bras droit de la sécurité publique. Nouvelle forme de stigmatisation se faisant au nom de la déstigmatisation.

Ainsi, la psychiatrie se dissout d’une part dans la santé mentale positive et son bien-être de façade et d’autre part dans une cérébrologie où ce ne sont pas les interrelations humaines qui organisent les soins mais l’objectivation des cerveaux dysfonctionnels permettant de traiter des flux plutôt que des personnes.

La santé mentale telle que promue depuis dix ans par l’Institut Montaigne et FondaMental ont raflé la mise en détournant l’attention des grandes questions de société.

A l’issue de ces Assises anesthésiantes vendant du rêve pour nous condamner à un cauchemar, le Printemps de la Psychiatrie en appelle au réveil des forces réellement progressistes pour donner vie à une psychiatrie et une pédopsychiatrie dignes d’une société de droit, humaine et démocratique.

Nous voulons :

– l’abolition de la contention physique

– l’arrêt de la mise en place de la tarification de l’activité en psychiatrie

– l’arrêt de la criminalisation de la maladie mentale (réforme de l’irresponsabilité pénale, fichier Hopsyweb, croisement avec les fichiers S)

– l’arrêt de la vente à la découpe du service public au profit du privé lucratif et de start-up de la santé mentale

– le recrutement de professionnels pour répondre au besoin de soins relationnels

– un investissement dans le pluralisme des formations et des approches

Le Printemps de la Psychiatrie