Grève des données

« La commission action contre les outils gestionnaires informatisés du printemps de la psychiatrie s’est créée en septembre 2019. Pendant plusieurs mois, nous avons mené de nombreuses recherches et investigations sur ces logiciels avec différents professionnels de la santé, du social, de la recherche ainsi qu’avec le collectif Ecran Total.

Ce travail donnera lieu prochainement à des écrits détaillés et analysés.

Nous vous proposons de nous faire part de vos remarques, témoignages, réflexions et analyses de ces logiciels »

Pour les contacter, merci d’envoyer un mail en indiquant votre numéro de téléphone : commissionoutilgestionnaire@gmail.com

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conférence de Bellivier et Wonner le 25 novembre

Face à l’hiver néolibéral, préparons les printemps…

Le 25 novembre, le collège des Bernardins accueillera dans son cycle « Questions de médecine » une conférence dont le titre, Quels moyens pour quelle psychiatrie ? est presque mot pour mot celui du Printemps de la psychiatrie pour la Manifestation du 14 novembre : Il faut des moyens pour la psy ! Mais pour quoi faire ?. Ce lundi soir, les réponses seront apportées côté psychiatres par deux communicants du gouvernement : Martine Wonner, députée LREM – et auteure de mission flash et rapport parlementaire sur la psychiatrie, et Franck Bellivier, délégué ministériel issu de FondaMental. Ils auront à leurs côtés, Claude Finkelstein, présidente de la FNAPSY. Quelques jours plus tard, le vendredi 29 novembre, c’est avec l’ARS Île de France que Franck Bellivier poursuivra le plan de com d’ En marche par la « journée d’échange sur la feuille de route santé mentale et psychiatrie ».

Au prétexte d’une meilleure « organisation » – et sans moyens réels – ils préconisent que les services soient considérés et financés comme des entreprises concurrentielles de production de soins. Le cœur de ce projet, c’est la privatisation du marché de la santé.

Comment sans moyens humains supplémentaires le gouvernement entend-il diminuer les recours à la contrainte et lutter contre les conditions d’accueil indignes et les atteintes aux droits des patients ? Derrière les fausses promesses d’un «virage inclusif» ou de nouvelles stratégies (surtout numériques) pour la « prévention et la réhabilitation psycho-sociale », de quelles pratiques psychiatriques font-ils la promotion ? Quelle valeur peut accorder une psychiatrie exclusivement bio-médicale incarnée par FondaMental à la parole et à l’expérience des patients?

Face à l’entreprise de destruction de la psychiatrie publique menée par le gouvernement, le Printemps de la Psychiatrie tiendra son Assemblée Générale Nationale au théâtre de Gennevilliers le samedi 30 novembre 2019. Nous appelons à participer à ces échanges, débats et décisions d’actions, pour un réel accueil de la souffrance psychique et de la folie, à l’hôpital et en ambulatoire, dans le médico-social et la société dans son ensemble.

Nous voulons déterminer les moyens nécessaires pour une psychiatrie et une pédopsychiatrie ouvertes et citoyennes, considérant les patient.e.s dans leur singularité.

Pour soigner sans entrave

COMMUNIQUE DE PRESSE du 20 novembre 2019

Pour soigner sans entrave

Le printemps de la psychiatrie a été partie prenante de la manifestation, le jeudi 14 novembre 2019, de l’ensemble des acteurs du système public de santé. Si nous nous sommes réjouis de son ampleur, force est de constater qu’en regard, la « réponse » apportée ce jour par le gouvernement est inadmissible. La stratégie de communication déployée et les mesures proposées n’annoncent que la poursuite de la réorganisation néolibérale de l’hôpital public et sa destruction progressive. Même pas besoin d’en changer le nom, « Ma Santé 2022 » poursuit ses métastases.

Dans ce contexte, l’Assemblée Générale nationale du Printemps de la psychiatrie le samedi 30 novembre (dès 10h30 au Théâtre de Gennevilliers, 41 avenue de Grésillons à Gennevilliers, Métro Gabriel Péri) s’inscrit dans la mobilisation de grande ampleur du mouvement de toute la santé.

La journée sera diffusée en direct sur la plateforme de la radio associative Colifata France (www.alsolnet.com/stream/lacolifataenlace/) avec possibilité d’interventions en direct (Whats App : + 33 669 239 243  FaceBook )

Seront présents les Blouses noires de Rouen, les Perchés du Havre, les Pinel en Lutte d’Amiens, la pédopsychiatrie en lutte du 19ème arrondissement, la Psychiatrie Parisienne Unifiée, la Mili’tente de Toulouse, Le collectif Artaud de Reims, les asphyxiés de Lavaur, Humapsy, des membres du TRUC (terrain de rassemblement pour l’utilité des clubs), Serpsy, La Criée, Le collectif des 39, le Point de Capiton, des représentants des syndicats et des partis politiques ainsi que les collectifs de Caen, Lyon, Marseille, Niort, Besançon…

Plusieurs enjeux structureront cette assemblée générale :

– Faire un état des lieux des mobilisations de la pédo-psychiatrie et de la psychiatrie publique qui, depuis un an et demi, luttent pour un accueil digne et humain des personnes en souffrance psychique et de leurs familles.

– Poursuivre la construction collective du Printemps de la psychiatrie, penser son fonctionnement pour les temps à venir en lien avec les autres secteurs

– Lancer l’élaboration collective d’un programme alternatif pour l’ensemble de la Psychiatrie incluant la pédopsychiatrie et le travail social qui ne soit ni celui des lobbys (FondaMental, Institut Montaigne, laboratoires pharmaceutiques, groupes privés lucratifs, assurances privées) ni celui des représentants gouvernementaux qui leur sont serviles (Franck Bellivier – délégué ministériel à la psychiatrie, Martine Wonner – rapporteure de la mission flash et du rapport éponyme) et entendent détruire toute possibilité de soin psychiatrique sous couvert de « réorganisation »

Enfin, nous appelons également à la mobilisation nationale du jeudi 5 décembre pour rejeter l’ensemble de ces politiques destructrices du lien social.

Le Printemps de la Psychiatrie

Programme prévisionnel de l’AG

10h00 : Accueil Café

10h30 : Prises de parole en préambule à l’AG

11h00 : Début de l’AG

Auberge espagnole pour le déjeuner

17h00 : Clôture

Contact

Lettre ouverte : Pour ne plus subir

Moisselles, le 18 novembre 2019

Lettre ouverte de l’ensemble de l’équipe du secteur de psychiatrie d’Asnières-sur-Seine

POUR NE PLUS SUBIR

Jeudi 14 novembre, l’hôpital public s’est mobilisé car la situation quotidienne est devenue insupportable, invivable. Les soignants sont contraints de choisir – donc de trier- les personnes à soigner. La logique de pénurie atteint son comble. Après cette mobilisation historique et en guise de coïncidence malheureuse, nous avons fait l’expérience le soir même dans notre service de psychiatrie des conséquences de ce que nous dénoncions quelques heures plus tôt dans la rue.

La psychiatrie est souvent la grande oubliée de la médecine. Les services sont abandonnés par les pouvoirs publics. La psychiatrie continue de faire peur. Et pourtant, le cœur même de notre spécificité est le travail relationnel. Ici les soins se font avant tout avec des humains. Comment le quantifier ? En psychiatrie, les discours officiels nous abreuvent de la nécessité de nous « réorganiser » à défaut d’investir dans des postes, dans des moyens supplémentaires et dans des dispositifs en nombre suffisant.

Dans cette spécialité, demander des lits supplémentaires est toujours suspect d’hospitalo-centrisme et de pratiques asilaires. Pourtant, nous ne comptons plus les structures ambulatoires qui ferment ou qui restreignent leur activité au profit de l’activité intra-hospitalière… A croire que le virage ambulatoire promu par les tutelles est en réalité un virage vers le rien en repassant par la case hôpital.

En dépit de notre appétence pour le sacrifice -position masochiste pourrait-on dire- les professionnels de santé ne veulent plus travailler dans des conditions dégradées où, tout en sachant ce qu’il faudrait faire pour soigner convenablement les personnes avec leur accord et leur avis, ces soignants sont contraints d’abandonner ce qui fait le vif même du travail psychiatrique : créer une relation là où la pathologie détricote le lien social de la personne avec sa famille, ses amis, ses proches, ses collègues, son milieu de vie.

Jeudi 14 novembre, une majorité de professionnels du secteur étaient en grève, assignés ou partie prenante de la manifestation parisienne. Grève ou pas, nous étions de toute façon en deçà de l’effectif minimum de sécurité, comme régulièrement depuis plusieurs mois au point qu’il est devenu l’effectif « normal ». Notre unité d’hospitalisation comprend 33 lits, 34 personnes y étaient hospitalisées sans compter les cinq patients hébergés sur les unités d’autres secteurs. Il n’y avait qu’un médecin présent sur l’unité et 4 soignants (3 infirmiers et une aide-soignante). Le même jour était prévu un rendez-vous à la MDPH du 92 pour un « Plan d’Accompagnement Global », nouvelle commission mise en place par la bureaucratie, se tenant deux à trois fois par an seulement et chargée de donner un accord pour des prises en charge de personnes hospitalisées « sans solution ». Sans notre présence à cette réunion, point de débouché possible pour des personnes hospitalisées depuis plusieurs années. Un soignant de l’unité s’y est donc rendu avec l’assistante sociale. D’ailleurs, à cette réunion, nous étions loin des discours officiels sur « le virage ambulatoire » et « les solutions alternatives à l’hospitalisation ». En gros, pas de solution pour ces patients car pas de places dans des structures d’aval suffisamment contenantes, donc : « débrouillez-vous ! ». Oui mais nous avons besoin de ce sésame pour faire des sorties… « Oui mais… Débrouillez-vous ». L’activisme de nos assistantes sociale et de notre réseau connaît des limites qui ne dépendent pas de nous.

Les trois infirmiers restés sur l’unité pendant que se déroulait cette scène à plusieurs dizaines de kilomètres de là ont trouvé l’aide, sur le terrain, de la cadre supérieure du service pour tenter d’approcher l’effectif minimum de sécurité, sans y parvenir.

Courant de demandes en demandes, devant assurer les tâches habituelles (repas, médicaments, accompagnement cigarettes des patients, transmissions informatiques, entretiens médicaux etc.) certaines d’entre elles sont, comme souvent, restées sans réponse. Depuis de longs mois, plusieurs postes sont vacants sur l’unité d’hospitalisation. La spirale infernale du sous-effectif, de l’épuisement, des arrêts maladies, de l’ambiance sous tension de l’unité aggravant la tension interne des patients s’accroît. Pour autant, nous essayons de tenir bon sur notre cohérence collective, nous parons au plus pressé. Des patients sortent car « il faut faire des sorties », d’autres ne peuvent pas car ils n’ont plus de lieu de vie, sont en attente de maison de retraite, n’ont plus d’hébergements. Plus aucun hôtel social ne veut d’eux, le 115 est saturé, le SIAO (la plateforme d’orientation pour les personnes sans domicile) n’a rien à proposer. Pour certains patients, ceux qui ne sont pas encore hospitalisés par le préfet (en SPDRE), nous devons nous résigner à les renvoyer à la rue en attendant qu’ils se remettent suffisamment en danger pour retournés contraints à l’hôpital.

Est-ce un projet de soin ? Où est la dignité des soins et de l’accompagnement humanisant quand nous sommes contraints à de tels extrêmes ? C’est honteux. Et comble de l’abject : c’est à nous d’endosser la honte de telles « solutions ». Mais que dire de ce que les patients vivent dans leurs psychés et dans leurs corps de ce rejet ? Cet abandon qui déchire un peu plus la confiance que nous essayons de tisser sur le temps nécessaire des soins. Cette situation déchaîne le mortifère et la déliaison.

Mais revenons à la soirée du jeudi 14 novembre. Car ce soir-là, comme tous les soirs depuis plusieurs semaines, les professionnels présents ont fait ce qu’ils ont pu. Et quand un visiteur, proche d’une personne hospitalisée, rentre dans le bureau infirmier et agresse sans raison apparente l’un des professionnels présents, tout vole en éclat. Il s’en faut de très peu pour que l’irréparable ne soit commis.

Après avoir encaissé la folie et l’absurdité du système voilà qu’il nous faut encaisser les coups, l’étranglement, la violence d’une personne en visite mécontente d’on ne sait quoi. Et ce « on ne sait quoi » en dit tout autant de ce qui se passe dans la tête de cette personne qui agresse que de notre indisponibilité physique et psychique. En quelques secondes la situation dégénère d’une violence verbale brute à la violence physique. Un infirmier tente de prendre la défense de son collègue en s’interposant mais il n’y parvient pas. Le sang coule. Il faut attendre l’aide de patients de l’unité alertés par les cris pour séparer l’agresseur de sa victime. Les deux autres soignantes sont à l’autre bout du service, dans une chambre en train de gérer la crise convulsive d’une autre patiente. Après cet événement grave, tout le monde est sidéré. La pièce est recouverte de sang. L’agresseur s’enfuit. Il faut porter secours au collègue, rassurer les personnes présentes alors que l’on est soi-même dans un état de choc et que l’on a cru voir mourir la personne avec qui nous travaillons tous les jours…

Rappelons que dans les déclarations d’accidents du travail, le traumatisme psychique n’est même pas notifié, comme si ça n’existait pas. Et pourtant, le lendemain, les personnes présentes reviennent travailler. Nous nous réunissons avec l’équipe pour parler, pour se réconforter, pour partager l’horreur qui est trop souvent banalisée. Nous nous réunissons également avec les patients pour une réunion exceptionnelle afin de mettre des mots sur ce qui a été vécu et entendu ce soir-là.

Qu’est-ce que cela vient dire de notre service ? De notre hôpital ? De nos tutelles ? De la politique de la psychiatrie ? De la politique de santé ? Du monde dans lequel nous sommes ? Et qu’est-ce que l’on va faire de tout cela ? Se taire encore ? Accepter ? Garder la colère, la culpabilité, la honte pour nous ? Faut-il que nous attendions passivement le prochain drame ?

Cela suffit de s’accommoder de politiques de santé criminelles qui mettent tout le monde en danger : usagers, professionnels et citoyens. Il est de notre devoir de les dénoncer et de renvoyer la responsabilité à celles et ceux qui sont comptables de la dégénérescence de nos lieux de soins.

Depuis ce vendredi 15 novembre, un droit d’alerte du CHSCT a été fait avec un droit de retrait de l’équipe de l’unité d’hospitalisation. La sécurité des patients et des soignants n’est plus assurée. Mais là aussi, le droit de retrait n’est qu’une fiction qui se heurte à notre conscience professionnelle.

Ce que cela dit de notre service c’est le danger qui pèse sur les soignants de faire toujours plus avec toujours moins. Cela raconte aussi le danger pour les patients de devoir rogner en permanence sur les exigences minimales de soins (avoir le temps de parler, soutenir les activités thérapeutiques, le lien avec la cité au travers des accompagnements, les visites à domicile, les réunions extérieures avec les partenaires pour apaiser des situations, trouver des débouchés cohérents pour les personnes hospitalisées etc.).  

Ces exigences qui sont de ne pas se contenter des seuls médicaments, de solutions de court terme sur le mode du « reculer pour mieux sauter » ; de ne pas se contenter de l’enfermement d’un côté, de l’abandon de l’autre. Mais plutôt d’être actif pour proposer des prises en charge au plus près de la singularité de chacun, quelle que soit sa pathologie, son trouble, sa difficulté existentielle. Nos prises en charge se pensent collectivement, elles nécessitent des temps d’échanges, de réunion en équipe, avec le patient, avec sa famille et ses proches.  

Alors oui, nous devons faire de la moins bonne psychiatrie voire de la mauvaise psychiatrie car nous n’avons plus le temps, le personnel et les moyens de faire autrement. Nous devons prendre des décisions en urgence, en y associant moins les patients, les collègues, les familles et les partenaires. Cela créera du ressentiment, des difficultés à travailler ensemble ensuite… Nous le savons et nous ne pouvons faire autrement. Est-ce que cela va nous rendre attractif pour combler les postes vacants ? Nous en doutons collectivement.

Ce que cela dit de notre hôpital : une ambiance délétère qui dure depuis plusieurs mois. Les médecins et les personnels de l’hôpital ont suspendu leur participation à toutes les instances de l’établissement pour prendre acte de la vacuité de toutes ces réunions, de l’absence d’écoute et de dialogue réel. Dans l’urgence de cette situation nous avons tout de même réussi à avancer ensemble (en parole mais pas encore en acte) : respecter l’effectif de sécurité, tenter d’accélérer les embauches avec une politiques plus attractive de recrutement… Pour autant l’hémorragie des paramédicaux se poursuit quand celle des médecins commence. L’ensemble de l’équipe médicale d’un secteur va partir d’ici juillet (sur les cinq secteurs adultes de l’établissement) aggravant encore plus le manque de disponibilité des autres médecins (plus de gardes, plus de permanences, plus d’astreintes, plus de saturation des lits à l’hôpital etc.).

Nous avons donc décidé de ne plus prendre sur nous cette pénurie. De ne plus accepter d’être responsable de l’irresponsabilité de la politique de destruction en cours de la psychiatrie et de la santé. Il est nécessaire, urgent et structurant pour le lien social de mettre un point d’arrêt à ce processus. Nous commençons donc par notre lieu de travail effectif.

Lors de la réunion soignants-soignés du vendredi 15 novembre, les patients ont pu témoigner des difficultés à se soigner en ce moment. Ils nous ont également témoigné leur soutien. Nous les avons remerciés de nous avoir aidés lors de cette agression. Mais nous avons également dû reconnaître que ce n’est pas dans l’ordre des choses. Ce n’est pas dans l’ordre des choses d’aider des professionnels à faire leur travail alors que l’on vient soi-même pour se soigner. Ce n’est pas dans l’ordre des choses de ne pas bénéficier d’attention, de soutien et d’aide alors même que c’est ce dont nous avons besoin en premier lieu quand nous sommes traversés par des troubles psychiques suffisamment graves pour qu’une hospitalisation soit nécessaire.

Lors de cette réunion, des patients ont pu également dire qu’ils étaient étonnés d’apprendre le mal-être des soignants, le sous-effectif chronique, les conditions de travail etc. car ces derniers n’en disent rien. Par pudeur.

Et pour cause, il n’est pas dans l’ordre des choses de faire peser sur les personnes qui viennent se soigner notre incapacité à faire notre travail convenablement. Nous serions dans une situation équivalente à celle de parents qui demanderaient à leurs jeunes enfants de prendre soin d’eux. Ce n’est pas dans l’ordre des choses et la moindre des choses est de le reconnaître. Mais il faut également reconnaître qu’une grande partie de la situation ne dépend pas de nous.

Les gens vont de plus en plus mal. Les problèmes sociaux sont de plus en plus nombreux et graves. Les personnes et les structures permettant de les accompagner sont toutes saturées et connaissent aussi des situations de pénurie.

Rien que pour l’hébergement : il n’est plus possible de se loger décemment et rapidement en Ile de France. L’attribution de logements sociaux prend plusieurs années (jusqu’à dix ans dans notre secteur), les hôtels sociaux sont hors de prix avec des conditions défavorables voire infâmes (cafards, insalubrité, nuisances diverses). Les APL sont diminuées.

Pour louer dans le privé, les conditions d’accès pour des personnes qui travaillent et qui sont en bonne santé se restreignent. Alors pour des personnes hospitalisées ayant l’Allocation Adulte Handicapée (AAH) avec une pathologie psychiatrique ?

L’ensemble des lieux de vie (MAS, FAM, foyer de vie) sont saturés en France. Ce ne sont pas les « plateformes » mises en place « pour fluidifier les dispositifs » qui vont arranger les choses. Souvenons-nous de notre réunion de l’après-midi à la MDPH. Bien au contraire, elles servent de levier pour rationner toujours plus l’offre disponible. Pour les plus âgés, les maisons de retraites sont devenues des lieux de relégations où les personnels comptent leur temps pour les toilettes, pour les repas, pour tout ce qui fait la vie quotidienne.

Ce que cela dit de nos tutelles c’est la perte de contact avec la réalité quotidienne. C’est une passion pour les chiffres qui confine au délire, incurable celui-là. Il suffit de réécouter les déclarations de la ministre de la santé, du premier ministre, du président de la République. Pantomimes de politique qui n’ont rien à voir avec la santé du public. Et toute crise renforce la crise. Nous n’en pouvons plus de cette logique infernale.

Nous ne pouvons pas continuer comme cela. Il en va de la décence minimale que nous nous devons.

En mars dernier, c’est un événement violent aux urgences de Saint Antoine à Paris qui a déclenché la mobilisation des urgences puis de l’hôpital public. Depuis un an et demi, les équipes de soin des hôpitaux psychiatriques hurlent ce que les tutelles ne veulent ni entendre ni reconnaître : « Ici on crève ! » disent les blouses noires du Rouvray.

Nous ne nous laisserons pas crever.

Nous ne nous laisserons pas crever sans que soit dénoncée la réalité concrète des politiques en cours.

Nous ne nous laisserons pas crever sans lutter localement, collectivement, décemment.

L’équipe du secteur de psychiatrie d’Asnières sur Seine

Pôle 92G02 EPS Roger Prévot, 52 Rue de Paris 95570 MOISSELLES 

 

« Hôpital de rue » dans la manif du 14/11

COMMUNIQUE DE PRESSE : Mobilisation du 14 novembre

L’hôpital de rue éphémère du Printemps de la Psychiatrie

Le printemps de la psychiatrie est partie prenante de la mobilisation du jeudi 14 novembre 2019 de l’ensemble des acteurs du système public de santé. L’hôpital public est en cours de destruction tout comme les dispositifs ambulatoires alternatifs proposés par le service public.

En psychiatrie, quand ils ne sont pas enfermés et camisolés physiquement et chimiquement, les usagers sont de plus en plus abandonnés, souvent mis à la rue : faute de place, faute d’aide et faute d’une conception des soins accueillante et humaniste. Les familles sont abandonnées, les équipes se sentent maltraitantes.

En pédopsychiatrie, les enfants et les familles sont abandonnés à l’évolution des troubles, souvent graves, sans soins réels et sans un travail d’accompagnement social et éducatif qui s’adapte à leurs besoins.

Dans ce contexte, nous proposons la création d’un hôpital de rue éphémère sur le lieu de départ de la manifestation parisienne de 12h à 14h où nous accueillerons toutes et tous pour soigner les soins et le lien social. Ce sera l’occasion d’actions et d’une conférence de presse à 13h00.

Nous appellerons à l’assemblée générale nationale du Printemps de la psychiatrie le samedi 30 novembre de 11h à 17h au Théâtre de Gennevilliers (41 avenue de Grésillons à Gennevilliers, Métro Gabriel Péri).

Le Printemps de la Psychiatrie

10 novembre 2019

printempsdelapsychiatrie@gmail.com