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Manifeste

Ce Manifeste a été été diffusé à la veille de la Manifestation du 22 janvier « Journée nationale de la psychiatrie ». Il est proposé à la signature de chacune et chacun. Il est un appel à réinventer une psychiatrie émancipatrice du sujet.

Pour un renouveau des soins psychiques

La psychiatrie et la pédopsychiatrie n’en peuvent plus. Depuis déjà plusieurs décennies, ceux qui les font vivre ne cessent de dénoncer leur désagrégation et de lutter contre le déclin dramatique des façons d’accueillir et de soigner les personnes qui vivent au cours de leur existence une précarité psychique douloureuse. En vain le plus souvent. Ce qui est en crise, c’est notre hospitalité, l’attention primordiale accordée à chacun et à un soin psychique cousu-main, à rebours du traitement prêt-à-porter standardisé qui se veut toujours plus actuel. Les mouvements des hôpitaux du Rouvray, Le Havre, Amiens, Niort, Moisselles, Paris… ont su bousculer l’indifférence médiatique et rendre visible au plus grand nombre le chaos qui guette la psychiatrie. Pour percer le mur du silence, il n’aura fallu rien de moins qu’une grève de la faim …
Devant cette régression organisée, nous nous engageons tous ensemble à soigner les institutions psychiatriques et à lutter contre ce qui perturbe leur fonctionnement. Patients, soignants, parents, personnes concernées de près ou de loin par la psychiatrie et la pédopsychiatrie, tous citoyens, nous sommes révoltés par cette régression de la psychiatrie qui doit cesser. Il s’agit pour nous de refonder et construire une discipline qui associe soin et respect des libertés individuelles et collectives.
Contrairement à la tendance actuelle qui voudrait que la maladie mentale soit une maladie comme les autres, nous affirmons que la psychiatrie est une discipline qui n’est médicale qu’en partie. Elle peut et doit utiliser les ressources non seulement des sciences cognitives, mais également des sciences humaines, de la philosophie et de la psychanalyse, pour contribuer à un renouveau des soins axés sur la reconnaissance de la primauté du soin relationnel. Notre critique de ce qu’est devenue la psychiatrie ne peut faire l’impasse sur la responsabilité de ses gestionnaires.
Les avancées de la recherche scientifique ne peuvent durablement être confisquées par des experts auto-proclamés dont les liens avec l’industrie pharmaceutique sont parfois suspects. Les savoirs scientifiques ne doivent pas servir d’alibi à des choix politiques qui réduisent les sujets à un flux à réguler pour une meilleure rentabilité économique. Nous sommes face à une véritable négation du sujet et de sa singularité, au profit de méthodes éducatives, sécuritaires ou exclusivement symptomatiques. Les interdits de pensée sont devenus la règle d’une discipline où l’on débat de moins en moins. La psyché humaine est tellement complexe qu’elle n’obéit à aucune causalité, simple et univoque, et se moque des réductions idéologiques. Toute approche privilégiant une réponse unidimensionnelle est nécessairement à côté. Nous récusons, dès lors, toute politique d’homogénéisation des pratiques. Une politique qui détruit la cohérence des équipes et instrumentalise la parole des patients fige la capacité d’inventer à force d’injonctions paradoxales, dans la nasse de discours sans épaisseur et mortifères.
Aussi, si les budgets de la psychiatrie et de la pédopsychiatrie, sans cesse rognés depuis des années, doivent être largement revalorisés, comme l’exigent toutes les mobilisations actuelles, c’est l’appauvrissement des relations au sein des lieux de soins qui est notre souci premier. La standardisation des pratiques protocolisées déshumanise les sujets, patients et soignants. Le recours massif aux CDD courts, le tarissement organisé de la formation continue, l’inadéquation des formations initiales qui privilégient cours magistraux et visionnages de DVD sans interactions entre les étudiants et leur formateur, contribuent à la désagrégation des équipes au sein desquelles le turn-over est de plus en plus important. La continuité des soins et la cohésion des équipes en sont durablement compromises. Nous devons opposer à cet état de fait la spécificité de la maladie psychique, qui sous-tend la nécessité d’une approche singulière et d’un travail spécifique d’équipes pluridisciplinaires en institution psychiatrique ainsi que dans le médico-social, et la co-construction d’alliances thérapeutiques fécondes avec les personnes accueillies. C’est tout le monde de la psy et des psys, en institution ou pas, qui est concerné.
Nous voulons en finir avec l’augmentation continuelle du recours à l’isolement et à la contention, la contrainte doit cesser d’être la norme. Le droit des patients, hospitalisés ou non, est régulièrement ignoré, volontairement bafoué. Cette violence institutionnelle, régulièrement condamnée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme, touche en premier lieu les soignés, mais affecte aussi les soignants. La psychiatrie et le secteur médico-social doivent pouvoir s’appuyer sur des équipes stables avec des personnels non interchangeables quel que soit leur statut. Ils doivent pouvoir bénéficier d’un assise solide qui autorise la parole et propose de véritables évolutions de carrière.
Au-delà du soin, nous voulons travailler à des accompagnements alternatifs, nouer des liens équilibrés avec les différentes associations qui œuvrent dans la cité. Nous voulons multiplier les lieux qui cultivent le sens de l’hospitalité avec un accueil digne et attentif aux singularités de chacun.
Nous nous engageons à participer, organiser, soutenir tout débat, toute action ou mouvement cohérent avec ce manifeste, avec tous les professionnels, leurs syndicats, les collectifs, les associations de familles et d’usagers, et l’ensemble des citoyens qui souhaiteraient soutenir et développer une psychiatrie émancipatrice du sujet.
Debout pour le Printemps de la psychiatrie !

Vos signatures sont à envoyer à l’adresse mail : printempsdelapsychiatrie@gmail.com

Agenda Mars

14 mars : appel national de la CGT  à  manifester localement.

19 mars :  Manifestation à Paris, mobilisation interpro

21 mars :  « Printemps de la psychiatrie » à Paris

23 mars, 14 H :  Réunion de la FedExc, Fédération des pratiques altératrices en psychiatrie, et du Printemps de la Psychiatrie, à la Parole errante, 9 rue François Debergue – M° Croix de Chavaux, Montreuil.

à Reims en mars : les SDLFO, 9ème édition !

Le 21 mars à 17 H 30 : soirée-débat Connexions… en présence des cinéastes Philippe Borrel et Nicolas Contant, à la Maison commune du Chemin Vert.

Plus d’info ici.

30 et 31 mars : journées de débats en clôture des SDLFO franciliennes, 2ème édition,  à la Parole errante, 9 rue François Debergue – M° Croix de Chavaux, Montreuil.

Plus d’info ici

 

 

 

 

Appel du Fil Conducteur Psy

Le Fil conducteur réunit des familles, parents et fratries, des patients et des soignants, tous touchés à des places différentes par la maladie psychique et sa prise en charge.

Appel du Fil Conducteur Psy

Cet appel est le fruit de nos réflexions et d’un travail collectif. Il constitue notre Charte, notre Manifeste auprès des acteurs institutionnels en matière de Politique de Santé Publique.

LA MALADIE PSYCHIQUE N’EST PAS UNE MALADIE COMME LES AUTRES

En considérant la maladie psychique comme les autres maladies, en la réduisant à un diagnostic et à un traitement, en réduisant le soin, on assiste à un changement de « l’esprit » du soin psychiatrique.

L’accueil d’une personne en souffrance devient trop souvent aujourd’hui maîtrise d’une personne agitée. Et par maîtrise, il faut entendre pratiques de contention, d’isolement qui se généralisent. Une violence institutionnelle s’abat sur la personne en souffrance.

La psychiatrie ne peut être une médecine comme les autres. Une conception purement organique revient à nier que le lien et la relation nous constituent en tant qu’être humain. Les familles qui côtoient au quotidien la souffrance de leur(s) proche(s) savent que cette souffrance altère le lien. Soigner consiste à prendre soin des liens.

La personne en souffrance et son histoire singulière disparaissent derrière des conceptions qui réduisent le malade à son symptôme. Cette visée réductrice apparait dans un contexte de restrictions budgétaires.

La maladie psychique n’étant pas une maladie comme les autres, la psychiatrie ne saurait être une médecine comme les autres : les diagnostics et traitements ne doivent pas être les seuls critères pour orienter le soin. Une psychiatrie humaine est nécessaire, avec attention, écoute et parole.

La formation spécifique en psychiatrie pour les infirmiers n’existe plus depuis 1992. Ce manque de formation et d’expérience partagée en équipe contribue à la peur des patients en crise et à la généralisation des pratiques de contention. 

Une formation spécialisée pour les professionnels de la psychiatrie est nécessaire. Ils  sont le pivot dans le soin au quotidien. Il faut un savoir spécifique pour appréhender la maladie psychique afin de ne pas recourir à la contention par peur et par méconnaissance de la maladie.

LA DISCONTINUITÉ ET LE MORCELLEMENT DES SOINS

Le manque de coordination dans le suivi des patients les soumet à un parcours de soins chaotique au risque de rechutes de plus en plus fréquentes et profondes de nature à chroniciser l’état de maladie.

Une réelle coordination du suivi du patient par une seule équipe qui assurerait la continuité des soins et la coordination entre les différents intervenants successifs, et ce dans toutes les structures accompagnant le patient, quelles que soient ces structures : hôpitaux de jour, foyers, appartements thérapeutiques, CMP…

L’INSUFFISANCE DES STRUCTURES D’ACCUEIL ET DE SUIVI

L’insuffisance des structures et des capacités d’accueil favorisent les décompensations et renforcent les souffrances des patients et de leurs familles.

Les structures d’accueil du secteur sont essentielles dans la prise en charge des malades. Elles doivent pouvoir être jointes 24 heures sur 24. Elles doivent être en mesure d’envoyer une équipe auprès des patients en cas d’urgence ou à leur demande et/ou celles des proches

En cas de crise, depuis quelques années, on assiste souvent au passage obligatoire par le service des urgences d’un autre hôpital que celui où le patient est suivi et connu.

Lorsqu’une personne en souffrance est suivie dans un hôpital, en cas de crise, elle doit être emmenée directement dans cet hôpital. Et non passer par un circuit de secteur qui répond à une logique administrative du circuit des urgences hospitalières.

Il y a un manque criant de structures d’accueil et de soin, de logements thérapeutiques,  pour les malades au long cours..

L’accompagnement social est nécessaire mais ne peut se substituer au soin psychiatrique au long cours

Les patients atteints de maladie au long cours ont besoin de structures de soin et d’accueil dédiées. Il est nécessaire et urgent de développer des structures d’accueil dans la durée et des alternatives qui soient pérennes et réparties équitablement sur les territoires. 

Les sorties après hospitalisation sont peu ou mal préparées, voire inexistantes, souvent sans suivi.. Un protocole administratif ne suffit pas pour assurer une nécessaire continuité des soins.

La préparation de la sortie de l’hôpital doit faire partie du soin. Cette sortie du patient doit être préparée, en concertation avec le patient, son entourage et l’équipe qui le suivra.

Des hospitalisations qui se succèdent ne peuvent qu’aggraver la maladie.

L’articulation du sanitaire et du médicosocial ne peut pas se faire au détriment du soin.

L’aspect positif de la reconnaissance du statut de « handicapé psychique » qui ouvre des droits sociaux ne doit pas pour autant occulter la nécessité d’un travail psychothérapeutique aussi longtemps que nécessaire. Travail qui relève du champ sanitaire et non du seul champ médicosocial.

SOUTENIR LE LIEN, ACCOMPAGNER L’ENTOURAGE

Autrefois exclues, les familles sont aujourd’hui de plus en plus sollicitées pour pallier les multiples manques des services de soins tant hospitaliers que de suivi en matière d’accueil et d’accompagnement. Elles deviennent « aidants familiaux ».

Un adulte qui bascule dans la maladie psychique, doit être pris en charge par un ensemble diversifié de services et structures en fonction de la singularité de sa maladie et de ses aspirations.

L’accueil de l’entourage du patient est un moment du soin qui devrait être considéré comme une étape méritant toute l’attention de l’équipe soignante qui va prendre la situation en charge. 

Prendre du temps pour instaurer un dialogue apaisant avec les uns et les autres. Respecter les limites psychiques de l’entourage est indispensable.

Dans la maladie psychique,  le malade n’est pas le seul concerné, tout l’entourage est entraîné dans le maelström.

Apporter de l’attention, de l’écoute et du soutien aux personnes proches ou vivant avec une personne malade psychiquement. L’accompagnement des familles et des fratries ne peut se limiter à des programmes de formation.

Le  recours au domicile familial comme lieu de soin est banalisé : cette banalisation entraine des conséquences morbides pour l’entourage, en particulier les mineurs.

Dans un contexte de basculement des prises en charge vers les familles, la prise en compte de la situation de l’ensemble des personnes impliquées est une nécessité. La psychiatrie contemporaine ne s’intéresse qu’aux personnes adultes identifiées dans un rôle d’aidant. Il est pourtant impératif de prendre en compte les besoins spécifiques de l’entourage immédiat : les fratries ou les enfants des patients.

La pression budgétaire de plus en plus prégnante transforme insidieusement les parents voire les proches en « aidants », chargés de prendre en charge et d’assumer le glissement progressif des soins  vers le domicile.

La réduction drastique des lits, des moyens en personnel hospitalier, en structures d’accueil et de suivi, contribue à ce que le système de soins de la maladie psychique qui prend forme, soit de plus en plus dégradé, inégalitaire et inhumain, hormis quelques lieux singuliers qui se battent pour maintenir dignité et humanité dans le soin et le respect des personnes en situation de maladie psychique.

Comment traiter les troubles psychiatriques ? ARTE (07/02/2019)

 

Enfermement, soins : comment traiter les troubles psychiatriques ? 
Déjà connue de la justice et du milieu médical, la principale suspecte dans l’incendie d’un immeuble du 16e arrondissement de Paris présente des troubles psychiatriques. Son profil interpelle : était-elle suivie ? Des médecins tirent la sonnette d’alarme au sujet de ces personnes souffrantes délaissées et le personnel médical se mobilise, partout en France, contre le manque de moyens et les sous-effectifs dans les hôpitaux psychiatriques. Malgré 50 millions d’euros alloués à ce secteur cette année, la situation semble délétère. Comment se passe la prise en charge de la folie en France ? La psychiatrie est-elle le parent pauvre de la médecine ? Pour en débattre, nous recevons Mathieu Bellahsen, psychiatre, médecin-chef d’un secteur de psychiatrie publique, Marie-Jeanne Richard, présidente de l’Union des familles de personnes malades psychiques et Daniel Zagury, expert psychiatre auprès des tribunaux.


Présentation : Elisabeth Quin

Pays : France

Année : 2019

à partir de 13Min40

https://tinyurl.com/yc7buhvl

46 min
Disponible du 07/02/2019 au 08/04/2019

Lettre ouverte du 22 janvier

par les collectifs : Pinel en Lutte, P.P.U., et les Blouses Noires

Lettre ouverte à Madame Buzyn, Ministre de la santé

Madame la Ministre,

Le mépris est le fait de considérer une personne ou un groupe de personnes comme indigne d’attention. La communauté psychiatrique souffre du mépris des dirigeants depuis des dizaines d’années et ce gouvernement dont vous faites partie est tout aussi méprisant que les autres. La psychiatrie est la grande oubliée des différentes politiques de santé et, à trop tirer sur la corde, elle craque… vous ne pourrez pas dire qu’on ne vous avait pas prévenue.

25% de la population est touchée par la maladie mentale au cours de sa vie, c’est donc la 3ème cause de maladie après les cancers et les maladies cardio –vasculaires. Mais seul 4,1% du budget de la recherche en santé est consacrée à la psychiatrie alors que 14% est consacré à la recherche contre le cancer. Pourtant, les patient.es atteint.es de cancer nécessiteront le plus souvent un soutien psychologique et pourront avoir besoin de se tourner vers des professionnel.les de la santé mentale. Mais qui pourra les recevoir ? Et surtout, dans quelles conditions ?

Continuez à diminuer nos moyens, à dégrader nos conditions de travail, à isoler les familles et à fermer les lieux de soins de proximités qui font le maillage indispensable de notre territoire. Continuez à cacher derrière des murs ceux que vous jugez comme indésirables : le nombre de personnes hospitalisé.es sous contraintes et de détenu.es a explosé ces dernières années.
Votre obsession de la rentabilité ne fait qu’empirer la situation.

100 milliards d’évasion fiscale par an pour 1.5 milliards de déficit des hôpitaux publics ? Il n’y a rien qui vous choque ? Continuez à nous prendre pour des idiots, mais on récolte ce que l’on sème et notre colère ne fait qu’amplifier.

AMIENS, PARIS, ROUEN, CAEN, NIORT, SAINT-ETIENNE, NANTES, ALLONNES, TOULOUSE… Ceci n’est pas une leçon de géographie, mais une liste non exhaustive d’hôpitaux psychiatriques qui se démènent pour redonner sa dimension humaine aux soins et qui n’ont jamais eu l’honneur de votre visite.

C’est pourquoi nous venons à vous aujourd’hui, notre détermination est inaliénable. Nous en appelons aux citoyens, aux familles et aux patients mais à vous aussi, Représentants de l’état et médias.
Le temps de la résignation est révolu depuis longtemps, nous multiplions les appels et les actions depuis des mois pour réanimer ce système de santé dont nous voudrions à nouveau être fiers.

Comment pouvez-vous rester insensible à notre engagement ? Comment pouvez-vous nous laisser nous battre à votre place ? Nous qui sommes mal payés et jamais augmentés et pourtant , qui sommes toujours dévoués et jamais résignés ! Prenez vos responsabilités, et vite.

Pas vraiment cordialement,

Les usagers et soignants du service public de la psychiatrie française.

Collectif des 39 et le Fil conducteur, texte lu le 22 janvier

Félicitations à tous pour cette formidable mobilisation !

Le collectif des 39 et le Fil conducteur s’associent à tous ces mouvements soutenant un désir puissant de transformation des conditions d’accueil et de soins des patients pour une psychiatrie respectueuse de la restauration du sujet.

Selon la fondation Fondamental, et les ministères de la Santé successifs, la folie, ainsi que toutes les difficultés d’accès aux soins seront résolues par le retour de la psychiatrie dans le giron de la médecine dite scientifique.

Ils reprochent à la psychiatrie de s’être éloignée de la science, alors que c’est précisément parce qu’elle s’est ouverte aux sciences sociales et à la psychanalyse, que la psychiatrie s’est humanisée et distinguée de la neurologie.

La régression de la psychiatrie est voulue et soutenue de longue date par une lignée de psychiatres qui s’appuient sur une vision mécaniste de l’homme et de la folie, réduisant ces pathologies à des maladies du cerveau. 

Cela fait plus de trente ans que ce courant de pensée, soutenu par nos politiques gouvernementales et les lobbys pharmaceutiques, participe d’un écrasement du sujet au profit d’une logique de tri des malades afin d’écarter du soin les plus difficiles à soigner.

Dans les années 80-90, la moitié des lits sont supprimés. Une partie des malades les plus touchés sont orientés vers des établissements médico-sociaux, mais bon nombre, sans place se retrouvent dans leur famille et beaucoup glissent dans la rue ou en prison.

Dans les années 2000, la poursuite de la diminution des moyens humains et des capacités d’hospitalisation, associée à  cette même rationalité scientifique, attaque fortement la disponibilité, les initiatives et la créativité dans les relations avec les patients et les familles.

Dans ce contexte de contraintes, les professionnels sont de plus en plus démunis face à la souffrance psychique, ce qui entraîne alors les pratiques d’isolement et de contention généralisée pour faire taire les symptômes.

Cette violence exclue la parole en tant que lieu possible d’une restauration du lien.

« Psychiatrie, l’état d’urgence » le livre propagande de Fondamental, hyper médiatisé, est une imposture : les auteurs ignorent totalement la possibilité d’un soin psychique. Et les professionnels formés à cette conception des maladies mentales considérées comme « des maladies comme les autres », sont pris dans une logique qui détruit le lien thérapeutique.

Les « centres experts », ne sont pas là pour soigner, mais pour conférer aux  «diagnostics DSM» une irréfutabilité scientifique, puis trier, et orienter. Le patient n’a qu’à obéir à l’autorité des experts, car comme le déclarait le Dr Marion Leboyer sur France culture « ce n’est pas son métier de savoir comment se soigner ! »

Au prétendu bénéfice d’une « meilleure inclusion du patient dans la cité », les soins au domicile deviendront la norme, et accentueront l’abandon des soins relationnels.

Réduire encore et toujours plus les lieux d’accueil, et les structures de suivi, est encore possible…

Les patients les plus touchés seront, encore plus tôt, laissés au bord de la route.

On continue à déplacer la prise en charge au long cours vers des familles, livrées à elles-mêmes, de plus en plus démunies, mais considérées comme des « aidants ».

Patients, soignants, parents, et tout citoyen concerné par la psychiatrie et la pédopsychiatrie, débattons et soutenons collectivement des soins psychiques émancipateur du sujet.

En s’appuyant sur les expériences de chacun, et pas sur des experts assujettis aux labos, réinventons une hospitalité pour la folie.

Debout, pour le Printemps de la psychiatrie !

Communiqué de presse de l’U.S.P.

Le 28 janvier janvier 2019 :

Laissons à Agnès Buzyn l’austérité hivernale, et mettons le cap vers un Printemps de la psychiatrie !

Agnès Buzyn a pour la deuxième fois présenté ses orientations lors du Congrès de l’Encéphale, un des temples des neurosciences et des laboratoires pharmaceutiques.

Les mesures qu’elle y a annoncées visent à réduire la psychiatrie à ses dimensions éducatives, sécuritaires ou de traitement de symptômes (communiqué Buzyn, feuille de déroute de la psychiatrie). Le budget annoncé, 50 millions, c’est une paille (un poste par secteur et inter-secteur). La destruction en cours de la psychiatrie de secteur reste dans le logiciel du ministère.

Au contraire de la ministre, avec les autres signataires du Manifeste « Printemps de la psychiatrie », nous affirmons que la psyché humaine est tellement complexe qu’elle n’obéit à aucune causalité, simple et univoque, qu’elle se moque des réductions idéologiques. Nous nous opposons donc à toute politique d’homogénéisation des pratiques. La diversité des pratiques et des modèles doit être respectée et la formation des soignants, médecins ou non, doit la garantir.

Nous affirmons que la politique de secteur (quand elle existe), représente un exemple qui, selon nous, devrait être suivi par les autres spécialités, notamment pour ce qui concerne la continuité des soins, l’articulation temps plein temps partiel, l’ambulatoire, les pratiques en réseau, la liaison entre divers intervenants. Cela implique comme condition indispensable que les agents, médicaux ou autres, ne sont pas interchangeables. Il s’agit là d’une nécessité impérieuse pour pouvoir mettre en œuvre un dispositif permettant de proposer des soins à toute la population sans discrimination tout en apportant une réponse singulière et évolutive dans le temps.

La manifestation nationale du 22 janvier 2019 qui a réuni à Paris des centaines de soignants, familles et patients, a fait entendre des voix que Madame Buzyn continue à ignorer, à mépriser.

La politique que nous voulons, que nous exigeons, avec ces manifestants et avec bien d’autres, est celle qui laisse la possibilité à la créativité, à l’artisanat au quotidien de fleurir. Il faut comme condition à cette possibilité en finir avec l’instrumentalisation sécuritaire de notre discipline. Il faut en finir avec la modélisation et de la standardisation à l’œuvre, avec la dictature comptable (communiqué Non à la dictature comptable !).

Les migacs, les ordonnances d’Etat, les budgets fléchés (outre l’appauvrissement des pratiques) ont un coût : ils sont source de gaspillages, ils cassent des dispositifs pertinents et ainsi génèrent un surcoût. Cette logique d’un financement sur la base d’indicateurs quels qu’ils soient – qualité, parcours – présente toujours les mêmes travers (communiqué Le monde de la santé selon Macron est un monde en ruine). Elle favorise la discrimination entre les patients, ceux qui sont adaptables au dispositif et les autres. Elle favorise le privé lucratif au détriment du public et de ses impératifs d’accès pour tous.

Il faut un mode de financement stable, lisible sur la durée permettant aux équipes d’adapter le dispositif en fonction des besoins et des moyens réels et permettant l’accès à des soins psychiques de qualité pour toutes et tous sur l’ensemble du territoire (Contribution de l’USP pour la table ronde du 17 janvier 2019)

L’USP renouvelle son appel à soutenir toute lutte ou mouvement non violent et non fascisant permettant de mettre fin à cette politique (communiqué Redonnez-nous un(e) ministre de la Santé !). C’était pourquoi nous étions dans la rue le 22 janvier, c’est pourquoi nous nous préparons à y retourner. …
L’« urgence psychiatrique » c’est d’inventer partout mille printemps de la psychiatrie !

Pascal Boissel, président
Pierre Paresys et Philippe Gasser, vice-présidents