Nous sommes en grève des données informatiques

Communiqué du Collectif de la Pédopsychiatrie du 19ème en Lutte du 13 mai 2020

Communiqué du Collectif de la pédopsychiatrie du 19ème en lutte du 13 mai 2020

NOUS SOMMES EN GRÈVE DES DONNÉES INFORMATIQUES

Nous, soignantes et soignants du collectif de la pédopsychiatrie publique du 19éme arrondissement de Paris intégrée au Groupement Hospitalier Universitaire – Paris, Psychiatrie & Neurosciences (GHU), avons décidé, à compter de ce jour et pour une durée illimité, d’une grève des actes et des données. Cette décision nous la prenons alors que l’épidémie de COVID-19 bat son plein et que la direction nous impose de remplir des grilles d’actes pour coder le télétravail. Nous refusons de participer à la normalisation de ce recours au télétravail. Et plus généralement, nous refusons de continuer à participer au Recueil d’Informations Médicales en Psychiatrie (RIM-P) via le logiciel Cortexte qui est le bras armé des mesures d’austérité, du Lean Management et du contrôle gestionnaire de nos services qui pèsent depuis de nombreuses années sur la psychiatrie publique. Ce recueil de données prépare la réforme du financement de la psychiatrie qui se verra imposée un système de tarification standardisée pour janvier 2021 très proche du système de Tarification à l’acte à l’hôpital général (Médecine, Chirurgie et Obstétrique). Nous voyons bien, à l’heure qu’il est, le péril que représente ces politiques gestionnaires.

Nous sommes effectivement contraint d’utiliser le téléphone et certains outils numériques pour maintenir un lien avec les familles et les enfant que nous accueillons en temps normal. Nous inventons chaque jour et au cas par cas des pratiques pour répondre à certaines situations préoccupantes. Nous rendons visite à certains enfants et parents aux pieds des immeubles quand cela nous semble nécessaire. Nous essayons de maintenir des espaces d’élaboration collective via des applications mais nous sommes très loin de nous en satisfaire.

Tout le monde peux aisément comprendre que nous avons bien autre chose à faire et à penser en cette période inédite que de perdre du temps à remplir des actes.

Il y a un an, le 17 avril 2019, la pédopsychiatrie publique du 19éme arrondissement de Paris se mettait en grève pour dénoncer et faire connaître les graves attaques idéologiques et financières qu’elle subit. Par cette grève, nous avions aussi souhaité nous faire l’écho de l’immense majorité des secteurs de pédopsychiatrie qui ne peuvent plus effectuer leur mission de service public pour accueillir et soigner de façon inconditionnelle les enfants et familles de nos quartiers.  

Il aura fallut une crise sanitaire pour qu’une fois de plus la population découvre ce que bons nombres de soignants dénoncent depuis des années, un hôpital à bout de souffle, détruit par les régimes d’austérité et les reformes successives, élaborées méthodiquement depuis plus de 20 ans, par les politiques néolibérales de gauche comme de droite. Que l’on soit un agent dans les services de soins généraux ou en psychiatrie, les constats et les logiques de destruction sont les mêmes. Cette tendance touche les secteurs du social et du médico-social via ces même logiciels. Et ce sont les m^mes injonctions des directions à les remplir, même dans cette période de pandémie, qui font réagir de plus en plus de travailleurs sociaux en grande difficulté.

Pour gérer la pénurie, le GHU Paris Psychiatrie et Neuroscience a fait appel aux mécénats des grandes entreprises et groupes financiers et a ainsi lever des fonds pour le matériel de protection des soignants. Nous voyons ainsi la logique des partenariats public/privé se renforcer comme l’annonce une enquête récente sur la Caisse de Dépôts sur Médiapart. Les données que les soignants renseignent sur les logiciels que nous dénonçons servent déjà à affiner et valoriser les produits de start-up en e-santé mentale. L’enquête militante sur les logiciels de recueil de données en psychiatrie produite par la Commission contre les Outils gestionnaires du Printemps de la Psychiatrie montre que le GHU a inauguré une pépinière d’entreprise sur le site de Sainte-Anne. Cette pépinière pilotée par l’entreprise Paris BioTech Santé travaille main dans la main avec le laboratoire de recherche du GHU qui s’est doté d’un hangar de données pour traiter celles-ci par algorithmes. Et ce serait à nous de continuer à leur fournir ces données ? Ce serait aux patients d’accepter que les informations relatives à leur santé transitent vers des start-up ?

 Maintenant, nous disons STOP ! Nous ne recommencerons pas demain comme avant ! Nous savons que cette crise va servir, une fois de plus, d’alibi à nos gouvernements pour accélérer les réformes vers un système de santé privatisé.

Il est urgent de préparer l’après confinement dès aujourd’hui en sortant de l’emprise de ces outils et procédures imposés par la machine gestionnaire et technocratique en arrêtant de les alimenter.

Il est urgent de refonder un financement aligné aux besoins que les acteurs de terrains font remonter à l’État et aux tutelles.

Nous appelons dès à présent, avec le Printemps de la Psychiatrie à une grève des actes et des données informatiques en psychiatrie et dans les secteurs sociaux et médico-sociaux comme cela est le cas à l’hôpital général.

Nous opposons au recueil de données informatiques le recueil de témoignages, de récits de vie en période de confinement, de déclaration d’actions ou toute autre forme qui permette de nous rendre visibles !

Le Collectif de la Pédopsy du 19ème en Lutte

Pour nous écrire, nous soutenir, nous rejoindre dans l’action : collectifpedopsy19@gmail.com

Mariotti : démission !

Communiqué de l’Union Syndicale de la Psychiatrie , le 12 mai 2020

MARIOTTI : DEMISSION !

Le 8 avril, Christophe Lannelongue, directeur de l’Agence régionale de santé du Grand Est a été démis de ses fonctions par Olivier Véran après avoir défrayé la chronique par ses propos indécents : « Il n’y a pas de raison de remettre en cause le Copermo (Comité interministériel de la performance et de la modernisation de l’offre de soins hospitaliers) pour le CHRU de Nancy » qui prévoyait la réorganisation totale de ses infrastructures, la suppression de 174 lits et 596 postes. Ceci au moment où la région Grand Est subissait de plein fouet l’épidémie de Covid-19.

Le 23 avril, Guy Collet et Gérard Vincent, directeurs d’hôpitaux, anciens de la FHF, dans un entretien avec Le Monde, affirment le « cadre de performance » de transformer l’hôpital public en établissement privé pour être rentable et performant sur le marché du soin.

Ce que les uns et les autres ont dit ou écrit, Pascal Mariotti le fait !

Directeur depuis 2017 de l’hôpital Le Vinatier à Bron (69), il illustre à lui tout seul les trois dérives qui détruisent l’hôpital public et plus particulièrement la psychiatrie.

Dérive financière, qui vise à faire de l’hôpital une entreprise rentable sur un marché du soin. Alors que la tarification à l’activité sévit et est dénoncée partout, elle guette la psychiatrie. Rien n’arrête Pascal Mariotti dans la politique de restructuration d’unités, en pleine crise sanitaire, sous couvert d’ouvertures d’unité Covid-19, décidées dans l’urgence et sans concertation avec le corps médico-infirmier, alors même que les lits libérés pour l’accueil de patients Covid-19 sont déjà largement suffisants. Il s’agit de non réouverture d’unités fermées à la hussarde !

Et pourtant, le 29 avril, Olivier Véran, au micro de l’Assemblée nationale, annonçait la suspension de tous les plans de restructuration, y compris au Vinatier.
Dérive managériale, dans la droite ligne de la gouvernance hospitalière de la loi HPST. Le directeur est seul maître à bord de son navire entreprise, décide, tranche. Les pôles sont mis en concurrence. Pascal Mariotti joue des rivalités entre médecins et favorise le clivage comme stratégie.

En pleine crise institutionnelle, il décide de ne plus recevoir les syndicats de personnels soignants, sauf celui qui soutient ses projets.
Dérive idéologique, qui voit se mettre en place l’hégémonie de l’approche neuronale dans la discipline.

Pascal Mariotti promeut les universitaires neuroscientifiques ! Il s’autorise à dire sa volonté d’interdiction professionnelle de la psychanalyse, laisse son directeur des soins mépriser les médecins défenseurs de la psychiatrie de secteur dans le bulletin quotidien de l’hôpital.

Les médecins ayant encore une affinité avec le champ psychanalytique ou la psychothérapie institutionnelle sont au mieux priés de partir, au pire terrorisés et bloqués dans leur parcours, et aussi, non recrutés.

Combien de temps les professionnels de la psychiatrie subiront-ils ce pouvoir gestionnaire technocratique ?

L’USP en appelle à la reprise d’un dialogue social démocratique avec tous les personnels du Vinatier.

L’USP demande la réouverture des unités actuellement fermées du Vinatier pour accueillir les nouveaux patients qui arrivent nombreux dans ce 2e temps de la crise sanitaire dans le cadre d’une politique de secteur et dans une vraie concertation avec les équipes.

L’USP demande à ce que toutes les approches de notre discipline gardent leur place au Vinatier, sans exclusivité pour les approches neurocomportementales.

L’USP demande à ce que Pascal Mariotti et tous les directeurs qui suivent sa voie soient remis à disposition du ministère.

Pour le conseil national
Delphine Glachant, Présidente
Jean-Pierre Martin, Membre du CN

Entre le 15 Mars et le 9 Mai 2020

par Pierre Delion, le 9 Mai 2020

Entre le 15 Mars et le 9 Mai 2020, un confinement pour nous protéger du coronavirus…

Entre le 15 Mars 1960 et le 9 Mai 1974, un déconfinement progressif de la psychiatrie asilaire pour aller vers une psychiatrie de secteur en devenir, mais qui s’est reconfinée depuis…

Notre confinement aura duré le temps de fêter l’anniversaire de deux dates importantes de la psychiatrie de secteur, entre le 15 mars et le 9 mai 2020. Ces dates, beaucoup l’ont oublié, sont fondatrices d’une pratique révolutionnaire de la psychiatrie du vingtième siècle.

Tout d’abord, le 15 mars 1960, la circulaire relative au programme d’organisation et d’équipement des départements en matière de lutte contre les maladies mentales, instaure une nouvelle manière d’envisager l’exercice de la psychiatrie, non plus tournée vers l’asile et ce que la deuxième guerre mondiale en avait fait, résumant ainsi cent vingt huit années d’errements, mais résolument orientée vers une psychiatrie dans la cité, et même plus précisément, avec les citoyens et leurs représentants. Ses objectifs sont de prévenir et de traiter précocement les troubles psychiques, de séparer le moins possible le malade de sa famille et de son insertion sociale ordinaire, et d’assurer une post-cure afin d’éviter les réhospitalisations inutiles. Ses moyens sont la mise en place de Dispensaires d’Hygiène Mentale dans la cité (devenus les Centres Médico-Psychologiques), l’installation de structures extra-hospitalières telles que les hôpitaux de jour, les foyers de post-cure et les ateliers protégés, et l’hospitalisation devient une possibilité parmi d’autres dans le panel des outils du secteur. Enfin, l’équipe de chaque secteur est chargée d’assurer la continuité des soins entre l’hospitalier et l’extra-hospitalier.

Il ne faut pas oublier la circulaire du 14 mars 1972, qui a vraiment permis la mise en œuvre de la sectorisation, qui précise les modalités de lutte contre les maladies mentales, l’alcoolisme et la toxicomanie, et celle du 16 mars 1972, précisant l’organisation des « intersecteurs de psychiatrie infanto-juvénile », dont Misès a été le principal inspirateur. Ce texte met l’accent sur le diagnostic et le traitement précoce, sur les modalités de cures ambulatoires ou à temps partiel qui deviennent prioritaires afin de maintenir l’enfant dans son milieu familial et scolaire dans la mesure du possible. Pour ce faire, la circulaire précise l’importance de liens avec la famille, le pédagogique et l’éducatif.

Puis la circulaire du 9 mai 1974 fixe les normes minimales des personnels et leurs missions afin de favoriser la permanence et la continuité des soins.

Il aura fallu encore vingt cinq années pour que cette révolution psychiatrique soit reconnue par la loi, notamment celle du 25 juillet 1985. Les expériences ont été nombreuses, souvent fécondes et ont instauré de véritables pratiques humaines de la psychiatrie, rendant à cette spécialité médicale toute son importance dans le monde contemporain. Malheureusement, de trop nombreux services n’ont pas joué le jeu de la sectorisation et il était devenu habituel d’entendre parler de cette doctrine de façon péjorative. Des spécialisations se sont de plus en plus orientées vers des symptômes tels que l’hyperactivité, le trouble neuro-développemental, la bipolarité, l’anxiété, le suicide, l’anorexie, l’addiction, laissant l’accueil généraliste de côté. Cela a contribué à désinvestir l’importance d’un cadre sectorisé permettant de recevoir un être humain, potentiellement porteur d’une souffrance psychique, symptomatique d’une pathologie psychiatrique, et dont la prise en charge, si nécessaire, allait se construire au fur et à mesure des rencontres entre lui et les soignants de sa constellation transférentielle. La psychiatrie est devenue une spécialité médicale comme les autres, mais sans en avoir les moyens comparables, tout le monde le reconnaît, et les nécessités épistémologiques de sa singularité ont progressivement disparu sous la doxa neuroscientifique. Les bons esprits s’accordent à dire que cette prétention est bien loin d’apporter les résultats escomptés, et qu’il y a encore un long chemin à parcourir avant de disposer de chaînes causales permettant de prescrire le seul traitement efficace et scientifiquement validé pour telle pathologie. Si bien que la psychiatrie publique est devenue trop souvent un conglomérat de marquisats hyperspécialisés de symptômes apparents. Et la psychiatrie de secteur a été progressivement ramenée à l’état de vieille lune romantique voire gauchisante.

Mais depuis longtemps déjà, les équipes de psychiatrie publique se plaignaient du désengagement de l’Etat dans les moyens alloués à ces pratiques innovantes, et la psychiatrie, après ce sursaut salvateur de la mise en place des secteurs, reste cette branche abandonnée de la médecine et des tutelles.

Ces dernières années, nous avons même vu le nombre de services libres, fermés à clé, et celui des contentions, s’accroître, tandis que les équipes de secteur étaient priées de se soumettre à des techniques manageriales aussi imbéciles que nocives pour le développement de soins dignes de ce nom. Les restrictions budgétaires alliées à ces formes d’organisations du travail issues de l’industrie et de ses modèles de hiérarchies dictatoriales ont facilité la perte de sens du travail pour la plupart des soignants et entraîné un découragement accéléré dans les métiers de la psychiatrie publique. « La casse du siècle » (Juven, Pierru, Vincent) visant l’hôpital en général est venue couronner la casse de la psychiatrie publique par des projets de privatisation obscènes, qui ont vu le jour lors des trois derniers mandats présidentiels. Les alertes lancées par les soignants n’ont pas été entendues par les pouvoirs publics et les ARS, sauf exceptions, se sont montrées à la hauteur de la mission qui leur avait été confiée par les promoteurs de la loi HPST : faire fonctionner un hôpital au plus bas coût sans être « emmerdé par les médecins ». Pour arranger cette situation catastrophique, des lobbies puissants, proches du pouvoir, ont commencé à distiller des menées disqualifiantes sur les pratiques inspirées de la psychopathologie transférentielle, prônant les méthodes « validées scientifiquement » et s’appuyant sur les seules neurosciences, excluant toute autre approche des prises en charge des pathologies psychiatriques. Cela a contribué à ruiner la confiance de trop nombreux patients et de leurs familles dans les soignants, pourtant très engagés malgré les manques énormes de moyens humains et matériels.

Bref, la psychiatrie publique actuelle est dans le coma, elle a absolument besoin d’être réanimée par des interventions roboratives qui pourraient lui redonner sens et efficacité.

Ce n’est pas en opposant les clans des neuroscientifiques contre les psychopathologues transférentiels que la psychiatrie va trouver la voie de sa réanimation.

Ce n’est pas en opposant les parents des enfants autistes aux soignants formés de façon plurielle que la pédopsychiatrie va retrouver la force d’accueillir et de soigner tous les enfants et adolescents qui en ont besoin.

Ce n’est pas en opposant la psychiatrie avec le reste de la médecine que la santé des citoyens, petits et grands va s’en trouver améliorée.

Non, cette crise nous montre à l’envi que comme pour toutes les autres branches de la médecine, la psychiatrie doit être pensée et organisée par les soignants qui la pratiquent, psychiatres, psychologues, infirmiers, éducateurs, secrétaires, instituteurs spécialisés, psychomotriciens, orthophonistes, assistants sociaux en lien avec des administratifs qui les aident à résoudre les problèmes qui les concernent directement.

Nous ne voulons plus de ces managers vengeurs qui règlent leurs comptes en influençant une ARS pour parvenir à supprimer les CMPP de toute une région pour des raisons qui n’ont rien à voir avec les projets affichés.

Nous ne voulons plus de diktats d’une soi-disant Haute Autorité de Santé (il faut oser se prétendre telle) qui règlemente les soins à partir des opinions de lobbies orientés dans une seule direction.

Nous ne voulons plus de ces critiques permanentes portant sur nos organisations de soins pensées en fonction des personnes accueillies et non en vertu du budget octroyé parcimonieusement par des comptables aussi zélés qu’ignorants des tenants et des aboutissants du soin en psychiatrie.

Nous ne voulons plus de ces leçons de morale ridicules portant sur les formations des soignants et se permettant de désigner des listes noires de formations estampillées.

L’éthique et les pratiques des soignants en temps de crise a montré que les considérations antérieures qui avaient ruiné l’exercice de la médecine publique, et notamment de la psychiatrie, sont désormais inacceptables en l’état. Il va falloir procéder à des réformes profondes en rupture avec tout ce que ce néo-libéralisme a de détestable, parce qu’il se fiche de l’humain et poursuit le seul but du profit pour quelques uns. Il est temps de prendre date pour de tels changements, car nous ne saurions supporter le retour de ce qui a conduit à ce traumatisme sociétal mondial.

Communiqué de l’USP du 30 avril 2020

Communiqué de soutien de l’USP à l’appel du Printemps de la psychiatrie « Opération déconnexion, halte au codage du soin », le jeudi 30 avril 2020

Si le projet de loi de financement de la psychiatrie, applicable au 1er janvier 2021, prévoit une dotation majoritairement populationnelle, il prévoit également des dotations complémentaires qui verront récompensées l’exhaustivité et la qualité du codage, jugées insuffisantes, particulièrement dans les CMP (Dépêche APM du 25/10/19).
Ce codage, selon Didier Guidoni, membre de la Task force Réforme du financement du système de santé au ministère des Solidarités et de la Santé, servira à « réfléchir aux futurs modes de financement dans 10 ans ».
L’USP refuse le codage des soins qui serait la porte ouverte à la T2A en psychiatrie.
L’USP réclame une dotation globale calculée en euros par habitant, c’est-à-dire selon la démographie du secteur (contribution de l’USP pour la table ronde du 17 janvier 2020 à l’Assemblée nationale).

L’USP exige un re-basage de la dotation annuelle par rapport aux déficits actuels, notamment que soient pris en compte le GVT, l’augmentation du point d’indice, les nouvelles primes… dans les DAF allouées chaque année, ce qui n’est pas le cas actuellement !
L’USP et les professionnels de la psychiatrie sont prêts à rendre compte de leur travail, particulièrement dans cette période de crise sanitaire où les nombreuses expériences menées montrent la vitalité et la créativité des équipes de soins mais l’USP refuse de compter, toujours compter, rien que compter…
Les professionnels de la psychiatrie en ont assez de ces recueils de données informatisées chronophages et veulent reprendre en main leur temps passé auprès des patients.

à propos de l’appel « Halte au codage du soin »

Dans la continuité de l’Assemblée Générale du 30 novembre 2019 au T2G (Théâtre de Gennevilliers) qui a réuni de nombreux patients, soignants, familles, organisations et collectifs inscrits dans la défense d’une psychiatrie à visage humain, et suite à la publication de l’enquête militante de la Commission contre les outils gestionnaires, le Printemps de la psychiatrie  lance l’Opération « déconnexion », halte au codage du soin !

Cet appel à la grève des actes a pour vocation d’engager un mouvement de réflexion et d’analyse critique sur les outils de gestion informatisée en psychiatrie et les politiques d’austérité dont ils sont le bras armé depuis les années 90. Il a aussi pour but de soutenir les équipes soignantes d’ores et déjà investies dans la grève des actes et d’être rejoint par le plus grand nombre. Nous le publions avec les premières signatures auxquelles s’ajouteront celles des collectifs, organisations et personnes souhaitant soutenir ce mouvement.

Le débat au sein du Printemps continue son chemin. En ces temps difficiles de crise sanitaire et de restrictions des moyens soignants depuis deux mois, certaines équipes souhaitent poursuivre l’activité de codage pour valoriser leur intense activité et des dispositifs nouveaux.

La réforme du financement de la psychiatrie, qui prévoit de valoriser un meilleur codage afin que les données soient mieux utilisées, est le premier pas vers la Tarification à l’activité en psychiatrie. Elle prendra effet en janvier 2021. Elle ne doit pas rester sans réponse. Aujourd’hui, l’ADESM, la Fédération Hospitalière de France et d’autres organisations sont en train de battre campagne pour accélérer la mise en place d’une tarification standardisée en psychiatrie et soutenir la logique des partenariat publics/privés. Ce sont ces mêmes organisations qui ont impulsé le Programme de Médicalisation des Système d’Information en Psychiatrie dès 1995 ouvrant sur plusieurs décennies de gestion désastreuse de la psychiatrie publique. Pour rappel, Frank Bellivier, délégué ministériel de la santé mentale en charge de cette réforme est un membre très actif de la Fondation FondaMental dont nous avons déjà parlé à de nombreuses reprises.

S’informer, débattre, c’est construire ensemble ce que nous souhaitons.

Toutes les forces progressistes dont les organisations syndicales sont interpellées pour soutenir cet appel :

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Opération déconnexion, halte au codage du soin!

Depuis une vingtaine d’années, les ordinateurs sont entrés dans le quotidien des soignants en psychiatrie et plus largement dans tous les domaines de la santé. Cela dans un contexte de dégradation continue de la qualité de l’accueil des patients et des conditions de travail des soignants. Cet accroissement exponentiel des outils numériques est vanté comme un signe de « progrès, technologique» qui promet une « amélioration de la qualité des soins » (Agnès Buzyn, 2018).

Loin d’être un progrès, l’informatisation est utilisée comme le vecteur d’une gestion comptable de la santé avec la mise en place de la Tarification à l’Acte (T2a) entraînant des dommages que nous constatons pour les hôpitaux généraux. La pandémie du COVID-19 a révélé l’ampleur de la dégradation du système public de santé résultant des politiques d’austérité.Depuis le début des mesures de confinement liées au COVID-19, les directions des établissements de santé, du social et du médico-social invoquent une remise en cause des financements si les services ne saisissaient plus d’actes pendant cette période.

Pour pallier ce risque, certaines directions se sont empressées d’ajouter la case « télétravail » sur le logiciel de Recueil d’Information Médicale en Psychiatrie (Cortexte, Cariatides, etc.)

Le Gouvernement se félicite à longueur de temps de la généralisation du télétravail qui permettrait de sauver l’économie du pays pendant et après la crise du COVID-19. Ce faisant, on banalise le recours aux nouvelles technologies induisant en santé une dématérialisation de la relation soignant-patient et renforçant la surveillance. La généralisation du télétravail, accentue en fait l’isolement des soignants alors que rien ne peut remplacer « une présence en chair et en os » (Pascale Molinier, 2020) dans les métiers du soin comme dans bien d’autres domaines centrés sur l’humain.

L’enquête militante sur les logiciels de recueil de données en Psychiatrie, conduite par la Commission contre les Outils Gestionnaires du Printemps de la Psychiatrie en avril 2020, a montré comment ces données permettent de renforcer et d’accélérer le processus de marchandisation de la santé y compris de la santé mentale, en passant par une multiplication des partenariats public/privés qui œuvrent notamment à la création de nouveaux produits d’e-santé mentale.

En saisissant des informations dans les logiciels tels que Cortexte, Cariatide, Osiris, les soignants contribuent au Recueil d’Informations Médicales en Psychiatrie (RIM-P) qui fonctionne sur le même mécanisme que la Tarification à l’acte. Dans les faits, ces outils numériques constituent le bras armé des politiques à l’origine des mesures d’austérité, de valorisation marchande et de réduction du sujet à ses neurones ou à sa chimie. Cette déshumanisation progressive du secteur conduit à l’uniformisation et à l’appauvrissement des pratiques avec la remise en cause de la singularité de l’exercice de chaque professionnel. La saisie de ces actes imposés est clairement au service d’une gouvernance par les chiffres préparant la transition vers un système de tarification standardisée en psychiatrie qui devrait être mis en place à partir de janvier 2021.

Cette gouvernance a des effets directs et délétères depuis de nombreuses années dans tous les secteurs. Ainsi, à l’instar des logiciels de recueil de données en Psychiatrie, les logiciels des secteurs du social et du médico-social (Solis, Simez, PEPS+, Seraphin-PH ou encore COSMOS…) balayent tout questionnement éthique et conduisent également à une uniformisation des pratiques individuelles et singulières de chaque professionnel.

Nous appelons toutes les forces progressistes et humanistes, et plus largement toute la société, à soutenir l’appel que nous lançons dès à présent pour combattre les dangers que représente la prolifération des outils informatisés pour les libertés individuelles et la qualité des soins et de l’accompagnement social. Le soutien des organisations syndicales et politiques, des associations professionnelles, des collectifs militants est déterminant pour amplifier notre action et nous permettre de reconstruire ensemble un futur différent dans le champ du soin et de l’accompagnement social, en rupture avec les politiques menées par le désordre néolibéral.

Le collectif du Printemps de la Psychiatrie et les signataires de ce communiqué appellent les secteurs de la santé, du social et du médico-social à :

▶ Cesser dès à présent de coter les actes comme cela est déjà le cas lhôpital général avec le Collectif inter-hôpitaux (CIH) : la santé na pas de prix, le temps accordé aux soins et à laccompagnement social non plus.

Tout le monde peut comprendre que passer un pourcentage important de temps à rendre des comptes via un logiciel informatique est « une perte de temps » au détriment de l’accès aux soins et à un accompagnement social.

▶ Informer massivement les patients et les familles de leur droit à refuser le Dossier Patient ou social Informatisé.

Tout patient ou toute personne accompagnée a le droit de refuser la création de son Dossier Patient ou Social Informatisé et la saisie de ses données dans le cadre du respect de l’anonymat conformément à la loi.

▶ Redonner de la liberté et de la puissance dagir aux collectifs de soins et daccompagnement dans les lieux de prise en charge de la santé, du social et du médico-social (patients, familles, soignants et citoyens).

La logique du soin et de l’accompagnement social doit l’emporter sur les logiques gestionnaires. Le pouvoir administratif et gestionnaire doit être subordonné à cette logique et non l’inverse.

▶ Se mobiliser massivement afin dempêcher que la crise du COVID-19 serve d’alibi pour le renforcement et l’accélération des réformes gouvernementales.

L’accentuation des pratiques qu’impose la gestion de la crise du COVID-19 ne doit pas déboucher sur le renforcement du contrôle social et des populations et à la dématérialisation du soin et de l’accompagnement social, légitimant les politiques de restrictions budgétaires qui conduisent inévitablement au formatage et à l’appauvrissement des pratiques.

Au lieu d’une célébration hypocrite de l’héroïsme des “premières lignes” et d’un appel à la résilience des français, nous exigeons la “résiliation“ de toutes les politiques publiques à caractère anti social, gestionnaire et financier.

Construisons dès maintenant la « grève » des données informatisées en psychiatrie, en social et médico-social et engageons l’opération « déconnexion » de la mise en œuvre des politiques néolibérales qui dégradent la qualité des soins et des accompagnements.

Premiers signataires de l’appel :

  • Collectif des 39

  • Rencontres Nationales du Travail Social en lutte

  • Collectif de la pédospy du 19ème

  • Union Syndicale de La Psychiatrie

  • Le Fil Conducteur Psy

  • Collectif des Semaines de La Folie Ordinaire Francilienne

  • Collectif Ecran Total Paris

  • CGT CEPFI

  • Collectif ACTION SOCIALE CGT 91

  • Délégation France insoumise au Parlement européen

  • NPA

  • Collectif « La Psy Cause » du CHU de St-Étienne