La lutte continue pour sauver le CAC AMADO

Suite à l’intervention dans le Meeting du 28 mars de Benjamin Gravois, infirmier, membre du collectif de défense du CAC Amado, le Printemps de la psychiatrie appelle à signer et faire signer la pétition :

https://www.change.org/p/sauver-le-centre-d-accueil-et-de-crise-ginette-amado

Manifestation du 6 janvier place Saint-Sulpice.

Lire sur ce blog l’ Appel à rassemblement pour cette date,

et le Communiqué du Printemps du 20 décembre 2025, en soutien à ce lieu novateur de la psychiatrie.

Programme du meeting « Expertiser n’est pas soigner » le 28 mars 2026

Continuons à signer et faire signer la pétition contre la Proposition de Loi (adoptée par le Sénat en décembre 2025) !

Elle a été réactualisé à la suite de la réécriture de cette PPL 385, en PPL 2249 et comptabilise aujourd’hui plus de 27 000 signatures :

https://www.change.org/p/contre-le-démantèlement-de-la-psychiatrie-publique-contre-la-ppl-2249

Cette affiche est proposée au format PDF pour impression !

Invitation : Meeting le 28 mars 2026 !

Le Printemps de la psychiatrie organise un meeting le samedi 28 mars 2026 sous le titre : « Expertiser » n’est pas soigner – Quelle(s) psychiatrie(s) pour demain ? afin de mobiliser contre le vote de la Proposition de Loi N° 2249, déjà passée au Sénat.

Il se tiendra à la Bourse du travail de Paris, en accès libre. Save the date !

Le meeting a été annoncé hier aux députés, avec le message suivant : 

« Mesdames et messieurs les députés,

En décembre 2025, la proposition de loi N°385 visant à intégrer les centres experts dans le code de la santé publique a été votée au sénat. Elle est maintenant en attente de débats à la commission des affaires sociales de l’assemblée nationale, sous le N°2249.

Cette PPL, si elle devait être votée à l’assemblée nationale, entraînerait d’importants remaniements dans l’organisation des soins psychiatriques.

Elle instaure notamment trois niveaux d’accès aux soins.

Un premier niveau avec les médecins généralistes, les psychiatres, psychologues et infirmiers libéraux ; un deuxième niveau avec les structures publiques généralistes (Centres médico-psychologiques, hôpitaux de jour, centres d’accueil et de crise) ; un troisième niveau avec les centres universitaires, les centres experts et centres spécialisés (traumatisme par exemple).

Cette nouvelle organisation des soins psychiatriques suscite un certain nombre de questions et d’inquiétudes auprès des professionnels du soin psychique et de plus en plus de personnes concernées, patients et familles.

Le Printemps de la psychiatrie organise une journée d’échanges et de débats à ce sujet le samedi 28 mars 2026 à la bourse du travail, 3 rue du château d’eau, Paris 10e, de 9h à 17h.

Nous comptons vivement sur votre présence afin de vous sensibiliser aux questions que pose cette proposition de loi et afin d’échanger avec vous qui allez voter prochainement pour ou contre cette PPL.

Delphine Glachant, pour Le Printemps de la psychiatrie »

Plusieurs tables rondes seront au programme (encore en cours d’élaboration), autour des thématiques « Scientificité », « Soins », « Financement » et « Démocratie ».

Pour avoir le choix du visuel dans vos partages, voici une deuxième version de L’INVITATION !

Les lieux novateurs de la psychiatrie : symboles à détruire

En 2026, la grande cause nationale redouble. Faute de ne pas avoir suffisamment détruit la psychiatrie, la santé mentale doit poursuivre son travail opiniâtre. « Parlons santé mentale » pour étouffer ce qui reste de la psychiatrie qui soigne.

Après les cliniques de La Borde et la Chesnaie, lieux de pratiques de psychothérapie institutionnelle, c’est au tour du Centre d’Accueil et de Crise (CAC) Garancière créé par Ginette Amado et l’équipe du secteur des arrondissements du centre de Paris.

Aujourd’hui, les restructurations hospitalières sont plus intéressées par créer des vitrines qui engagent peu (soins de courte durée, thérapies brèves) que d’entretenir des véritables lieux collectifs de soins psychiques ayant démontré leur efficacité.

Jusqu’à son transfert pour cause de travaux, le CAC Garancière était situé au centre du secteur dans un local appartenant au Sénat et à la Mairie de Paris. Il était ouvert 24h sur 24, 7 jours sur 7. En termes d’accès aux soins, de continuité des soins, de psychiatrie communautaire et de proximité, on pouvait difficilement mieux faire. Ce qu’ont d’ailleurs écrit les parlementaires Dubré-Chirat et Rousseau dans leur rapport sur les urgences psychiatriques : le CAC est une solution éprouvée pour accueillir et soigner sans passer par les urgences, il peut démarrer et poursuivre des soins de proximité sur un temps adaptable aux besoins des personnes souffrantes psychiquement.

Au plus près de la population, l’engagement de l’équipe soignante contribue à la prévention de plus longues et de plus nombreuses hospitalisations avec les risques d’isolement et de contention.

L’ensemble des élus parisiens, toutes tendances politiques confondues, s’est prononcé contre cette fermeture. Tous les syndicats du si bizarrement nommé « GHU psychiatrie et neurosciences » sont également contre. Ils appellent avec le collectif de défense du CAC à un rassemblement le Mardi 6 janvier 2026 à 14 H (17 rue Garancière, Paris 6ème).

A l’heure où les soins psychiques de proximité tant géographiques que relationnels sont sommés de laisser la place à une cérébrologie de la distance, de l’expertise et du hors-sol comme modèles de soins (voir nos communiqués sur les centres experts ici et ), nous appelons à la mobilisation contre les décisions des directions hospitalières et de leurs complices qui se font contre les soins réels, au détriment des besoins de la population, décisions autoritaires sacrifiant des pratiques qui devraient plutôt inspirer la reconstruction de la psychiatrie et de la pédopsychiatrie publiques pour les années à venir.

Le Printemps de la psychiatrie, le 20 décembre 2025

Contre l’intégration des Centres Experts en santé mentale dans le Code de la Santé Publique

(Proposition de Loi sénatoriale 385 « bis »)

Alors même que nous dénoncions1, avec d’autres, la proposition de loi 385 du Sénat cherchant à intégrer les centres experts de la fondation FondaMental dans le Code de la santé publique, les sénatrices et sénateurs ont revu entre temps leur copie, à quelques jours du débat du texte en hémicycle.

Cependant, loin de résoudre la problématique soulevée, cette nouvelle version ne fait qu’entériner la transformation de l’offre de soins en psychiatrie publique, venant élargir la logique de recours à l’expertise (dite de « troisième recours ») à d’autres structures (CHU), sans en exclure pour autant les centres de FondaMental.

Rappelons que la lutte contre l’inscription des centres experts dans le Code de la santé publique est très différente de celle menée il y a quelques semaines avec un succès au moins temporaire contre la marginalisation institutionnalisée de la psychanalyse. Celle-ci était une lutte contre un « en moins », ici c’est une lutte contre un « en plus ». En effet pourquoi s’opposer à une intégration plus formelle et plus officielle dans l’appareil de santé de centres de diagnostics protocolisés au développement récent ?

L’argumentaire les soutenant comporte d’une part une profonde modification du schéma national de soins et traitements psychiatriques qu’est dans son principe la psychiatrie de secteur, et fait d’autre part des promesses fallacieuses voire dangereuses, le tout couvert des oripeaux de la science.

La pédopsychiatrie et notamment les CMPP ont déjà traversé pareille supercherie avec le développement des plateformes de coordination et d’orientation (PCO), venant segmenter les prises en charge, au détriment d’un accueil primordial par une équipe cohérente.

Alors que le pays est confronté à des crises variées, de croissances économique, démographique, écologique et de son système de santé, l’époque voit malheureusement se développer un populisme scientifique qui expose une partie de la population à des simplifications optimistes et des fables scientistes.

Rappelons que le populisme scientifique a été décrit par Brown aux États-Unis avec l’infiltration politique partisane d’un débat scientifique délicat : le réchauffement climatique est-il d’origine humaine ou pas ? Bien que la réponse scientifique à cette question ne fasse plus de doute, on a vu les États-Unis se couper en deux : les Républicains déniant l’origine humaine du réchauffement climatique, tandis que les Démocrates acceptaient le verdict de la science. Le monde scientifique, loin d’être à l’abri de ce schisme, est profondément perturbé par cette immixtion de la politique.

Le même processus dissèque aujourd’hui la psychiatrie en France. Aux origines, la psychiatrie de secteur s’est développée là où psychiatres et pouvoirs politiques locaux étaient de la même couleur politique. En Vendée c’était démocratie chrétienne ; en petite couronne, c’était le parti communiste. Puis les lois de 1985 en ont fait l’affaire de l’État, et la psychiatrie de secteur s’est développée partout jusqu’au coup d’arrêt en 2001 avec la régionalisation de l’organisation des soins (ARH puis ARS). En 2008, Sarkozy a saboté les soins psychiatriques en imposant le tournant sécuritaire ; la loi HPST2 a fini le travail.

Le secteur psychiatrique est construit pour répondre aux besoins en soins psychiatriques de la population. Il est prépositionné, à bas seuil, avec sa gratuité (soins totalement pris en charge par la Sécurité sociale), sa proximité et l’accès direct. Il anticipe la demande de soins et la favorise. Sa structuration est antérieure aux définitions successives des soins primaires, de proximité, de « première ligne », de « premier recours », vocabulaire déjà instable pour les généralistes, et qui l’est encore davantage si l’on s’aventure dans les deuxièmes et troisièmes lignes. Faut-il rappeler aux sénateurs que pour le Haut conseil pour l’avenir de l’assurance maladie (HCAAM, 2020), la psychiatrie est une spécialité de premier recours en accès direct ?

L’utilité en psychiatrie de plusieurs portes d’entrée dans les soins n’est plus à démontrer. C’est qu’à la différence d’autres disciplines, le cheminement de la demande de soins y est plus compliquée. L’OMS a renoncé pour cette raison à préconiser une structuration en psychiatrie d’une gradation des soins3. Invoquer celle-ci comme un modèle dans les soins somatiques à dupliquer en psychiatrie est d’un simplisme et d’un scientisme affligeant. La patientèle d’un CMP est de provenance très variée : patient venu de lui-même, venu accompagné par des proches, orienté par un généraliste, adressé par un SAS ou un SAU, au décours d’une hospitalisation parfois sans consentement, …

En soixante ans, le périmètre de l’action psychiatrique a changé. Moitié par diminution des autres recours (religions, etc…), moitié par acculturation à la chose psy (et sur ce point la psychanalyse a fait beaucoup), moitié par durcissement des conditions de vie (précarité, durée du trajet domicile-travail, management néo-libéral), une souffrance existentielle s’est développée et généralisée et une demande de soins psychiques s’est développée rapidement, saturant les CMP et les psychiatres libéraux.

Inscrire les centres experts de FondaMental n’est pas la bonne réponse à cette inadéquation du système de soins actuel. D’une part, leur volume d’activité (20.000 consultations depuis 2006) est sans rapport avec la desserte en soins psychiatriques réalisée par les CMP (380.000 enfants et 2 millions d’adultes consultants dans la seule année 2023) et les CMPP (230 000 enfants et familles suivis et 2 millions de consultations par an, en plus des CMP). D’autre part, leur spécialisation dans les maladies graves les rend inaptes à répondre à la part de la demande qui est en augmentation. Rappelons qu’ils ne dispensent pas de soins.

Il faut une adaptation intelligente de la psychiatrie de secteur à l’émergence d’une demande croissante de soins psycho – et sociothérapiques, à côté de la nécessité toujours actuelle de répondre aux besoins en soins et traitements psychiatriques de la population, tout en promouvant l’auto-détermination des premiers concernés et en respectant les droits fondamentaux : droit à la santé et droit au respect des libertés fondamentales.

L’exploitation politique de la collusion entre l’adhésion populiste aux promesses d’une pseudo-science et l’opportunisme de quelques psychiatres fait miroiter une fausse solution à un vrai problème. La quête d’un diagnostic rapide par une lignée d’experts est une mascarade. Le diagnostic n’est pas à réaliser hors sol en quelques heures : il doit être réalisé par l’équipe qui prend en charge les patients par la suite, plus à même d’évaluer les dimensions bio-psycho-sociales de la personne. Ajouter une segmentation des soins, sous des prétextes scientifiques et de recherche, n’aura comme conséquence que la perte de moyens pour les équipes de secteur (aucune augmentation d’enveloppe n’étant envisagée), ainsi que la fuite de soignants vers ces centres diagnostics, soignants qui ne pratiqueront plus dès lors leur cœur de métier : le soin.

Pour améliorer les soins psychiques de la population, nous refusons cette tentative de segmentation des soins et affirmons la nécessité de renforcer les moyens des secteurs de psychiatrie, de pédopsychiatrie et du médico-social.

Le Printemps de la psychiatrie, le 15 décembre 2025

1 https://printempsdelapsychiatrie.org/2025/12/11/pour-une-democratie-du-soin-psychique/

2 dont le sénateur Milon avait été le rapporteur, avant d’être aujourd’hui le promoteur des centres experts Fondamental.

3https://www.who.int/publications/i/item/guidance-and-technical-packages-on-community-mental-health-services