Première rencontre de l’atelier pour la refondation du service public hospitalier

Suite à l’appel  « Pour refonder le service public hospitalier », paru dans Mediapart le 7 juillet, signé par plusieurs collectifs de soignants et de patients, des associations citoyennes et des chercheurs et acteurs de terrains, voici le programme de la première rencontre de lancement de l’Atelier, le 10 octobre 2020 à Montreuil.

Ouvert à toutes et tous, sur inscription (dans la limite des places disponibles)

« La psychiatrie d’après », congrès de l’USP du 11 au 13 septembre

Le 35ème congrès annuel de l’USP, initialement prévu du 20 au 22 mars, annulé en raison de la crise sanitaire, se tiendra du 11 au 13 septembre 2020 sur le thème :

LA PSYCHIATRIE D’APRÈS

à l’Institut protestant de théologie, 83 Boulevard Arago, PARIS 14ème

(le vendredi à 20h, débat ouvert à tous en présence du Printemps de la psychiatrie)

Nous sortons tout juste de la crise sanitaire de la Covid, sans savoir de quoi sera fait l’avenir sur le plan sanitaire comme sur le plan social.
Cette crise a montré sans surprise que la psychiatrie n’était pas une priorité pour le gouvernement. Et pourtant, les professionnels de notre champ disciplinaire ont été présents pour faire en sorte que les soins continuent malgré les empêchements et les contraintes majorées. Cette crise a aussi montré que les droits des citoyens, y compris des personnes hospitalisées en psychiatrie, étaient attaqués, toujours plus.
La fin provisoire de crise ne nous laisse pas de répit, quels que soient les lieux de soins où nous exerçons – CMP, cabinets, hôpitaux. Ce gouvernement, dès juin, a décidé d’une concertation expresse avec les acteurs de la santé. Loin du nécessaire « plan massif d’investissements et de revalorisation des carrières », il ne s’agit manifestement, à l’heure où nous écrivons, que « d’accélérer la mise en place des réformes ». C’est la mise en place de la loi « Ma santé 2022 » avec la généralisation des partenariats publics/privés qui apparaît être la feuille de route réaffirmée du gouvernement et du ministre de la Santé.
Nous réaffirmons à l’inverse que la santé n’est pas et ne peut pas être une marchandise.
Les enjeux cruciaux pour notre discipline et pour la santé que nous voulons travailler lors de notre prochain congrès s’imposent donc :
Quel risque pour nos pratiques de voir le mode de financement de notre discipline évoluer ?
Quelle gouvernance peut être partagée avec les usagers, leurs familles, les personnels de tout statut ?
Quels sont les enjeux actuels en pédopsychiatrie ?
Quelle psychiatrie voulons-nous continuer à défendre ?

Vendredi 11 septembre

9 h – 12 h
Après une introduction par Delphine Glachant, discussion présidée par Philippe Gasser sur l’état actuel de la psychiatrie et les enjeux pour demain.
En présence de Danielle Simonnet, conseillère de Paris, Danièle Obono, députée de Paris et des représentants des syndicats SUD et CGT.

14 h – 16 h
Confinement, isolement, enfermement. Les avatars de la sécurité sanitaire en psychiatrie. Réunion présidée par Claire Gekiere.
En présence de Laurence Cohen, sénatrice, de Sarah Massoud, secrétaire nationale du Syndicat de la Magistrature, de Florian Borg du Syndicat des avocats de France, de Yves Gigou et Jean-Luc Landas, membre de la LDH, et de l’association d’usagers Humapsy.

20 h – 22 h 30
Réunion ouverte en présence du Printemps de la psychiatrie, présidée par Pierre Paresys.
Financement de la psychiatrie et gouvernance hospitalière.
En présence de Frédéric Pierru, sociologue ; de Bernard Odier du Syndicat des psychiatres des hôpitaux et de Jean Vignes, infirmier de secteur.

Samedi 12 septembre

10 h– 12 h 30
Transmission aux internes et place des neurosciences dans la formation et les pratiques actuelles, présidée par Delphine Glachant.
En présence de plusieurs représentants d’internes et Patrick Landman (STOP DSM)

14 h – 17 h
Réunion ouverte sur la pédopsychiatrie : crise ou effondrement, présidée par Pascale Rosenberg.
En présence des pédopsychiatres :
Bernard Golse, psychanalyste
Pierre Delion, psychanalyste
Patrick Belamich, psychanalyste, directeur du CMPP de Fontainebleau et président de la FDCMPP
Anne Délègue, Annecy
Mounia Terki, Essonne (USP)

17 h – 19 h
Conférence gesticulée par Fethi Brétel : « Je ne suis pas là pour vous écouter ou la démission de la psychiatrie face au capitalisme »
Suite au mouvement désaliéniste d’après-guerre émerge en France une pratique psychiatrique humaniste, vite menacée par le virage libéral des politiques publiques. Suivez le parcours d’un psychiatre de l’an 2000 qui, à travers sa pratique hospitalière, s’est retrouvé à naviguer à contre-courant du tout-cerveau, du tout-médicament et du tout-sécuritaire…

Dimanche 13 septembre

10 h – 13 h
Vote des motions

 

 

Pour refonder le service public hospitalier

Au moment où le « Ségur de la santé » s’achève, cinq collectifs se sont associés pour lancer un appel à la tenue d’un « Atelier de travail et de réflexion démocratique et populaire » pour la refondation du service public hospitalier. Chercheurs en science sociale et soignants s’unissent pour réinvestir les collectifs de soin et inventer une « gouvernance » démocratique.

Au moment où le « Ségur de la santé » s’achève sur une note amère et qu’il laisse sans réponses des questions essentielles sur le devenir du service public hospitalier, cinq collectifs se sont associés pour lancer un appel à la tenue d’un « Atelier de travail et de réflexion démocratique et populaire » pour la refondation du service public hospitalier. A l’origine de cet appel : le Collectif Inter-Hôpitaux, les Economistes Atterrés, le Collectif Inter-Urgences, le Printemps de la Psychiatrie et les Ateliers Travail et Démocratie  entendent s’atteler  à recueillir la parole de celles et ceux qui ont traversé la crise sanitaire, soignants comme soignés, et à travailler à la fois à concevoir et conforter des collectifs de soin plus autonomes et à œuvrer pour la mise en place d’une  autre gouvernance de l’hôpital public.

L’appel initial a reçu le soutien tant de collectifs de soignants ou de patients, que d’associations citoyennes engagées dans la défense ou la refondation du service public en santé.  Ainsi ont notamment rejoint l’initiative AIDES, La Coordination Nationale des Comités de Défense des Hôpitaux et Maternité de Proximité, l’Appel des appels, l’association HumaPsy. Ce sont aussi joints à l’appel la coordination nationale des Pas sans nous, l‘Institut de Psychodynamique du Travail.

Se sont également engagés dans cette initiative plus de deux cent signataires individuels venus d’horizons et métiers multiples dans le domaine de la santé : médecins, infirmiers, aides-soignants, patients, internes en médecine.

L’appel compte des voix fortes et des défenseurs de longue date de l’hôpital public, tels que les médecins André Grimaldi, Anne Gervais, Jean-Luc Jouve, Hugo Huon, infirmier, président du CIU, des personnalités de la psychiatrie publique comme Pierre Delion, professeur en pédopsychiatrie, Delphine Glachant, présidente de l’Union Syndicale de la Psychiatrie, Mathieu Bellahsen, psychiatre de secteur public , Michèle Leflon, présidente de la Coordination Nationale des Comités de Défense des Hôpitaux et Maternités de Proximité, Catherine Skiredj-Hahn, de l’association Le fil conducteur psy, Paule Bourret cadre infirmier et formatrice de cadres de santé, le psychanalyste Roland Gori président de l’Appel des Appels.  Participent aussi de cette initiative, ce qui contribue à son originalité, des chercheurs en sciences humaines et sociales, spécialistes ou non de l’hôpital mais travaillant aussi bien sur le travail, la santé au travail, le soin, la démocratie, la gouvernance, les communs, les biens communs et les services publics. Parmi eux, la psychosociologue Pascale Molinier, les économistes Thomas Coutrot, Benjamin Coriat, Fabienne Orsi, l’ergonome Béatrice Barthe, les sociologues Dominique Méda, Fanny Vincent, le politiste Loïc Blondaux ou encore le juriste de droit public Thomas Perroux.

La pandémie de SRAS COV2 est intervenue en pleine crise de l’hôpital public, stoppant net un mouvement social inédit des médecins, paramédicaux, cadres de santé et urgentistes en pleine action pour alerter sur la mise en danger des patients. Ce mouvement social venait s’agréger lui-même à ceux de la psychiatrie et du médico-social, dont en tout premier lieu les EHPAD. Les travaux, études, témoignages sont nombreux qui mettent en lumière un hôpital public exsangue, à bout de souffle après plusieurs années de politiques publiques néolibérales. Ces politiques ont contraint l’hôpital à s’endetter en empruntant sur les marchés financiers et à répondre à des logiques de rentabilité économique fondées sur une absurde tarification à l’activité déconnectée du soin. L’objectif étant de l’amener à refonder son organisation selon une logique gestionnaire basée sur les principes du « nouveau management public » pour satisfaire à une contrainte budgétaire toujours plus forte.

Cet hôpital public exsangue fut pourtant en première ligne dans cette crise sanitaire inédite et la société dans son ensemble a soudainement pu mesurer son importance décisive. Rien ne fut épargné aux patients et aux personnels hospitaliers pendant cette « vague épidémique », comme en témoignent le manque de masques et d’équipements de protection, de tests, de respirateurs ainsi que le risque de pénurie de médicaments vitaux qui conduisirent d’ailleurs des associations de soignants et d’usagers à déposer une demande par référé au Conseil d’Etat pour la réquisition des moyens de production de ces médicaments et matériels.

Malgré cela, l’hôpital a fait front, au prix d’un épuisement sans égal.

Les succès rencontrés en dépit de l’adversité s’expliquent par un fait déterminant. Plusieurs témoignages indiquent qu’au sein de l’hôpital public la pression de l’urgence sanitaire a fait sauter pour un temps le carcan du « New Public management » et son arsenal de procédures bureaucratiques, de contrôle et de quantification de l’activité. La conséquence fut, dans beaucoup de cas, de libérer la capacité auto-organisatrice des équipes soignantes et administratives dont nul ne peut contester la remarquable efficacité tant dans la réorganisation complète de l’hôpital que dans la prise en charge médicale qu’elle a permis des malades du Covid 19. L’intelligence individuelle et collective, le professionnalisme, la solidarité, la coopération entre équipes et au sein des équipes, le travail repensé au sein de collectifs de soin reconstitués, ont ainsi pu se déployer et montrer ce que pouvait être leur puissance et leur fonction au service du public.

Alors que les managers néolibéraux tentent déjà de restaurer l’emprise des procédures bureaucratiques sur l’activité à l’hôpital en même temps que le « Ségur de la santé » s’achève sur une note amère, il nous apparaît indispensable de ne pas laisser s’effacer cet épisode. Ce « retour du collectif » au sein de l’hôpital public est un événement sur lequel il faut prendre appui.

Aussi, nous paraît-il indispensable de documenter ce moment, de l’interroger et, à partir de lui, de lancer une grande réflexion démocratique et populaire sur la manière de refonder le service public hospitalier.

Il s’agira tout d’abord de revenir sur ce moment en prenant un temps pour que s’expriment les témoignages de ceux qui l’ont vécu. Sur cette base, et dans l’objectif d’aller au-delà de l’expérience inédite de la lutte contre le Covid 19, nous débattrons de la manière de créer des collectifs de soin pérennes au sein de l’hôpital ainsi qu’au-delà de ses murs, en lien avec la cité, les territoires de ville et de campagne, de réfléchir à la nature et à la composition de ces collectifs, et de travailler aux conditions de leur institutionnalisation.

Une autre question, au demeurant largement reliée à celle de la fonction et du pouvoir à attribuer aux collectifs de soin, est celle du changement de « gouvernance » de l’hôpital. Elle constitue à juste titre l’une des revendications centrales du collectif inter-hôpitaux, mais elle fait aussi l’objet de revendications de plusieurs collectifs de soignants hospitaliers et non-hospitaliers, d’usagers, de patients, de citoyens, en même temps qu’elle est au cœur de travaux et d’initiatives dans le domaine de la psychiatrie mobilisée elle aussi contre l’emprise des logiques gestionnaires. Nous proposons de mettre en commun nos idées et nos compétences pour penser le changement de gouvernance sur la base de principes démocratiques. Ceci avec pour objectif de conduire à des propositions concrètes obligeant à repenser aussi bien « les pratiques » et l’organisation du travail que la redistribution des pouvoirs entre professionnell.es de la santé et administrations, mais aussi de réinvestir et d’interroger la catégorie « d’usager » pour ouvrir sur la question de la création de contre-pouvoirs nouveaux garants d’une véritable démocratie sanitaire.

Le patient, cet « usager » qui fut, pendant la crise sanitaire du Covid 19, interdit de parole jusque dans sa mort, doit trouver une place et un pouvoir véritables aussi bien dans le collectif de soin lui-même que dans la gouvernance de l’hôpital.

Cet atelier de réflexion démocratique et populaire se tiendra au cours du dernier trimestre 2020. Il s’attachera tout spécialement à ces deux questions liées entre elles : celle de l’invention et de l’institutionnalisation des collectifs de soin, et celle de repenser et redéfinir la gouvernance de l’hôpital.  En faisant appel à toutes les compétences, expériences et initiatives, nouvelles comme plus anciennes, il s’agit de rendre possible une réelle appropriation citoyenne du service public hospitalier, de le rénover, de le refonder et de contribuer ainsi à faire de la santé un bien commun.

Signataires :

 Collectifs

Collectif Inter-Hopitaux
Economistes Attérrés
Collectifs Inter-Urgences
Le Printemps de la psychiatrie
Les Ateliers Travail et Démocratie
AIDES
L’Appel des appels
Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternité de proximité
HumaPsy
La Criée (Reims)
SoignonsEnsemble
Collectif Intersyndical CMPP86
Institut de Psychodynamique du Travail (IPDT)
Collectif des 39
Association des amis de la génération Thunberg – Ars Industrialis
Le point de Capiton
Collectif National des Inter-Collèges psychologues hospitaliers
Coordination nationale Pas sans Nous
Collectif du CMP Poullain de pédopsychiatrie de Saint Denis
Pratiques, les cahiers de la médecine utopique
Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs (AITEC)
Collectif Infirmiers Toulousains (Collectif ITT)
ATEMIS – Laboratoire d’analyse du travail et des mutations dans l’industrie et les services
ANCIC : association nationale des centres d’IVG et de contraception
NSED : Notre Santé En Danger

Pour lire la suite sur Mediapart (signatures individuelles)

 

Soignants taisez-vous!

Soignants taisez-vous !

C’est l’été. Les petits et grands chefaillons émigrés chez eux au péril de leur vie abandonnent le télétravail et déferrent les soignants en Conseil de discipline. Au Rouvray, c’est même le dernier endroit à la mode. Le Tout Paris s’y bouscule. Le Javert local s’en prend aux Jean Valjean qui ont eu l’outrecuidance de révéler, sur Facebook, la vérité sur les masques jetables lavables. Il ne faut pas faire de publicité aux notes de service de la direction des soins. Quand elles sont à ce niveau de stupidité, il faut les déchirer, n’en pas tenir compte. Demain 30 juin, les pintadeaux récidivent. En psychiatrie, les entrées se multiplient. Les dépressions liées au confinement sont légions. Même FondaMental se rend compte que ça ne va pas. Que fait-on au Rouvray ? On sévit, on punit, on pourchasse, on persécute. Ils n’ont rien d’autre à faire ? Le printemps de la psychiatrie sera aux côtés des soignants comme il l’a été le 24 juin. Nous ne nous tairons pas !

L’Ehpad Emile Gérard de Livry-Gargan (93) s’y met aussi. Anissa Amini, aide-soignante, élue au CTE, représentante du personnel au Conseil d’Administration et au CHSCT, animatrice de la section Sud d’un des plus gros Ehpad du 93 est convoquée le 6 juillet pour un entretien préliminaire à une sanction disciplinaire. Qu’a-t-elle fait pour recevoir une telle prime ? Qu’a-t-elle fait pour risquer d’être privée de tour d’honneur sur les Champs Elysée le 14 juillet ?   

Elle a alerté quelques médias (Le Parisien, etc.) sur la gestion dangereuse de l’épidémie par l’équipe de direction, longtemps aux abonnés absents (directrice intérimaire + DRH). Faut dire que la Mme Tape-dur locale a traversé toute la Crise Covid 19 en congés maternité. Ça lui donne une vraie légitimité pour distribuer les sucettes et les coups de bâton. Bref, notre collègue, a fait des déclarations à la presse. Ces déclarations sont « susceptibles de constituer un manquement au droit de réserve, de neutralité, de respect hiérarchique, de discrétion professionnelle et de dignité que doivent respecter tout agent public » sans oublier qu’elle n’a peut-être pas dit bonjour à la dame. C’est toujours la même histoire : on tripatouille, on gère la pénurie qu’on a soigneusement organisé mais il ne faut pas que ça se sache. Soignants de tous les pays : taisez-vous ! Et dites merci !

Au fait quel est le rôle d’une représentante du personnel au CHSCT ? Ah oui : « contribuer à la protection de la santé physique et mentale et à la sécurité des agents dans leur travail ». C’est aussi la mission de la direction. Nos Bozos ont-ils communiqué ? Sont-ils allés voir les soignants sur le terrain pour les rassurer, leur expliquer ? Euh, c’est-à-dire. Rien pendant les premières semaines du pic épidémique.

Anissa Amini a alerté très tôt la direction sur une potentielle chaîne de contamination liée à des décisions de mesures d’hygiène et d’isolement trop tardives, elle a réclamé du matériel de protection, des tests pour tous les personnels. Il manquait de tout ; des personnels, des masques, des sur-blouses, etc.  A de nombreuses reprises, elle a demandé (en mars et en avril) la tenue d’un CHSCT extraordinaire. Ses demandes sont restées sans réponses. Il aura fallu attendre le 17 avril pour qu’un CHSCT soit enfin organisé.

Anissa a donc été contrainte, en désespoir de cause, de contacter les medias, comme chacun de nous l’aurait fait. Curieusement, à partir de la simple information que les médias allaient être contactés, la direction de l’EHPAD et le Maire (Président du conseil d’Administration, absent jusque-là) ont commencé à prendre la réelle mesure des difficultés et des drames qui se jouaient dans l’établissement.

Une fois de plus, ce sont les soignant(e)s qui prennent leurs responsabilités qui sont traîné(e)s dans la boue administrative. C’est le souci de l’autre qu’on assassine dans un hallucinant renversement des valeurs. L’association Serpsy (Soin Etudes et Recherches en Psychiatrie) soutient et soutiendra ces soignants courageux qui vont jusqu’au bout, qui prennent tous les risques, pour une idée du soin que nous partageons viscéralement. Ces directeurs fantoches qui tentent de faire oublier leur médiocrité, leur incapacité à anticiper les événements en nous sanctionnant nous trouveront toujours face à eux.  Ils ne nous feront pas taire !

Association Serpsy 

(Soins, études et recherches en Psychiatrie)

Des héros passent en conseil de guerre

Déconfinement : Des héros passent en conseil de guerre

« Les promesses n’engagent que ceux qui y croient … »

« Et tant qu’il y aura dans une institution psychiatrique un être humain attaché, brimé, frappé, je protesterai par tous les moyens possibles. » Ces mots de notre collègue Jean-Pierre Vérot, prononcés en 1974, lors de la préparation du congrès d’Auxerre, n’ont rien perdu de leur actualité. Bien au contraire. Nous sommes nombreux à les faire nôtres, à les faire vivre chaque fois que nécessaire, et ça l’est malheureusement de plus en plus.

Il faudrait donc se taire pour complaire aux managers qui administrent les hôpitaux comme s’il s’agissait d’entreprises du CAC 40. Il faudrait accepter de considérer les usagers comme un flux de voitures qui se succèdent sur une chaîne. Il faudrait accepter ces économies de bouts de chandelle réalisées sur le dos des soignés et des soignants. Il faudrait accepter les isolements et les contentions sans cesse plus nombreux comme des pis-aller, des « on ne peut pas faire autrement ». Accepter et se taire. Garder pour nous les conséquences de cette gestion folle. Surtout que le public n’en sache rien. Garder le secret « industriel » sur ces méthodes modernes qui emprisonnent les personnes en souffrance psychique puis les abandonnent à la rue.

Nos collègues du Rouvray passent en Conseil de discipline pour avoir simplement tenté d’alerter la population sur ce qui se commettait à l’ombre des murs de ce qui reste un asile managé par de sinistres incompétents qui ont sciemment mis en danger les soignants et les patients qu’ils soignent. Nos collègues ont protesté par tous les moyens possibles. Et nous protestons avec eux. Et nous continuerons à protester. Avec eux, avec tous ceux qui dénoncent les pratiques d’un autre âge que banalisent ces gestionnaires à la petite semaine.

Ils n’ont peur de rien. Leur gestion du Covid 19 a été tellement calamiteuse qu’ils devraient se faire oublier, prier pour que personne ne porte plainte contre eux pour mise en danger de la vie d’autrui. Leur morgue est telle ; ils sont tellement convaincus d’agir en toute impunité qu’ils traînent nos collègues en Conseil de Guerre, pardon en Conseil de discipline. Vous trouvez ça normal ? Qu’ont-ils donc fait pour se retrouver sur le banc d’infamie que l’on devrait réserver à leurs accusateurs ?

Le 30 mars 2020, le collectif des Blouses Noires publie sur sa page Facebook, la copie d’une note de service émanant de la direction des soins, en date du 27 mars. Cette note est destinée aux cadres des unités, afin d’être diffusée à l’ensemble des agents. C’est un document non signé, non daté, avec seulement le logo de l’hôpital envoyé en format word, non verrouillé. Cette note atterre les agents. Elle est partagée sur Facebook et commentée allègrement. Nous-mêmes l’avons moquée. Que dit-elle ?

Il faut d’abord préciser qu’elle arrive dans un contexte où les soignants ont un masque par personne tous les quatre jours, que les syndicats, en tant que membres du CHSCT, demandent à participer à la cellule de crise locale, ce que la direction refuse. Il faut également rappeler que cette même direction s’est étalée dans la presse pour dire qu’il n’y avait pas de problèmes de masques dans l’établissement, chaque soignant bénéficiant de deux masques par jour. Fake news, désinformation, mensonge on mesure l’éthique de ces gestionnaires. Face à la surdité de leur direction, face à sa mauvaise foi, au refus d’écouter, au climat de guerre qu’elle installe dans l’établissement, les soignants sont contraints d’utiliser tous les moyens pour protester. 

Que dit donc cette note ?

« En cas de suspicion d’infection à covid

  • Confiner le patient dans sa chambre, inutile de lui mettre un masque qu’il contaminera en le touchant de façon inappropriée et sera source de dissémination du virus. […]

  • Avant d’entrer dans cette chambre le soignant devra porter un masque CHIRUGICAL, des lunettes de protection qui seront nettoyées avec PHAGOSPRAY à la sortie.

Le soignant garde son masque chirurgical à la sortie, le masque doit être changé dès qu’il est humide et mis à sécher. »

Chacun peut mesurer le sérieux de cette « chose ». Si le patient est confiné dans sa chambre, on ne voit pas comment il pourra disséminer le virus. Quant à la réutilisation du masque chirurgical après séchage, ce serait comique si les conséquences n’en étaient aussi graves. Que faire ? Se taire ? Laisser croire à la population que chaque soignant bénéficie d’un nombre de masques suffisant ? Que les patients sont en sécurité ? Qu’on les informe de la maladie et de ses conséquences ? Dire le vrai et récupérer des masques grâce à la solidarité locale qui se mit en marche dès la publication de la note et le scandale que les mensonges de la direction ont généré.

Deux soignants sont menacés d’une suspension de la fonction publique, donc sans salaire, pour une durée comprise entre trois mois et deux ans. Ils sont convoqués en conseil de discipline les 24 et 30 juin. Qu’ont-ils fait ? Ils ont manqué à l’obligation de discrétion professionnelle et à l’obligation de réserve. Qu’ont-ils faits que nous n’aurions  fait en cette période d’exception ? Qu’ont-ils fait d’autre que protéger les patients en alertant les médias ? Combien de patients ont-ils été contaminés par les soignants ? Un usage sérieux des masques aurait-il permis de leur éviter cette contamination ? Combien de patients et de soignants ont-ils été préservés du Covid 19 grâce à leur action ? Rassurez-vous rien de tout cela ne sera mentionné. L’équipe de direction du Rouvray se serre les coudes, elle se protège, se soutient en réglant ses petits comptes. Il ne sera pas question de la grève de la faim entamé par les soignants pour tenter de faire entendre le malaise qui sévit dans cet hôpital. Il ne sera pas question du bilan accablant du Contrôleur Général des Lieux de Privation de Liberté sur l’hospitalisation au Rouvray. Ces gestionnaires d’élite doivent bien y être pour quelque chose, non ? Comment imaginer qu’une équipe de direction aussi omnisciente, aussi omnipotente puisse être indemne de toute responsabilité dans cette violence quotidienne qui se manifeste à tous les échelons de l’établissement ? Quand rendra-t-on vraiment justice aux soignants du Rouvray ?

L’association serpsy (Soins Etudes et Recherches en Psychiatrie) est solidaire des collègues du Rouvray. Elle s’associera à toute démarche visant à faire reconnaître les vrais responsables de l’état de guerre larvé qui sévit dans cet établissement qui connut des heures glorieuses. Nous affirmons haut et fort que nous aussi manquerions à l’obligation de réserve et de discrétion professionnelle dès lors que des patients et des soignants sont mis en danger par des directions qui font la grève du cœur.

Association Serpsy

 (Soins, études et recherches en Psychiatrie)

 

Manifeste du Collectif de résistance éthique de Villemomble (93)

Suite à l’appel du Printemps de la Psychiatrie  Opération « Déconnexion » Halte au codage du soin ! un collectif de soignantes d’un intersecteur de psychiatrie infanto-juvénile de Seine-Saint-Denis s’est constitué, le Collectif de Résistance Ethique de Villemomble, pour développer la lutte localement au CMP de Villemomble. Voici son Manifeste qui explique leurs premières actions, dont la mise en place de la grève des codages.

 

 

Agenda Juillet 2020

Agenda Juillet

Samedi 4, à partir de 17h : place des Fêtes 75019 Paris

 

Mardi 14 juillet  : à Paris, manifestation de République à Bastille

RDV à 13h devant l’hôpital Robert Debré avec le collectif pédopsy du 19eme en lutte et le CIH de Robert Debré. Ce cortège se rendra à République.
RDV devant le magasin Habitat à 14H avec pancartes et banderoles.