Facs et Labos en Lutte, communiqué du 6/06

Convergence : Les Facs et Labos en lutte, sur le site Université Ouverte, appellent à rejoindre la manifestation pour le service public de la santé le 16 juin 2020.

« La LPPR* est de retour, nous aussi ! » Communiqué du 6 juin.

*LPPR : Loi de Programmation Pluriannuelle de la Recherche

 

Ce 6 juin, la rencontre numérique des Facs et Labos en Lutte a réuni jusqu’à 150 personnes, représentant 41 établissements de toute la France. Si le confinement a brutalement interrompu notre mobilisation menée depuis décembre contre la précarité, la réforme des retraites et le projet de Loi de Programmation Pluriannuelle de la Recherche, quelques jours après que nous avons été des dizaines de milliers en grève et dans les rues en France le 5 mars, notre action a néanmoins perduré et pris d’autres formes. La crise sanitaire a en effet fait exploser les inégalités et précarités préexistantes, qui étaient les axes principaux de nos luttes avant le confinement et a fait émerger des problèmes spécifiques auxquels nous avons dû répondre en urgence. Nationalement et localement, et en dépit des nombreuses difficultés, nous avons continué à nous battre pour imposer des modes de validation des examens qui évitent aux étudiant·es de payer le prix de la crise, contre la spoliation des congés des travailleur·ses, pour des conditions sûres de reprise du travail, pour le paiement des vacataires, etc. Partout, nous avons du faire face à l’aggravation dramatique des situations de précarité des étudiant·es – particulièrement violente pour les étranger·es – et des travailleur·ses,  et avons organisé des caisses de solidarité, des distributions alimentaires, etc.

Depuis les dernières semaines, c’est l’annonce que la rentrée universitaire pourrait s’effectuer à distance qui a focalisé toutes nos inquiétudes. Le ministère refuse de tirer un bilan de ce passage catastrophique au tout à distance sans préparation et sans moyens spécifiques dédiés, alors que les études menées par les collègues durant le confinement ont toutes souligné l’accentuation dramatique des inégalités entre les étudiant·es et les taux élevés de décrochage.

Dans ce contexte, la mise à l’ordre du jour de la LPPR lors de plusieurs instances nationales du CNESER (Conseil nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche) le 12 juin et  du CTMESR ( ) le 17 juin et du conseil des ministres du 8 juillet est un réel scandale : comment oser poursuivre un agenda politique qui a été contesté durant tout l’hiver par l’ensemble de la communauté universitaire alors même que les Universités et laboratoires sont fermés depuis 4 mois ?!

Alors que la crise sanitaire a montré dans les facs et les labos, comme à l’hôpital public, les effets délétères des politiques de casse du service public menées par les derniers gouvernements, notre ministre veut nous imposer une loi qui nous promet encore une plus grande précarisation et le développement de la recherche sur projet. Or, ce dernier dispositif – en entravant la recherche sur le long terme – est l’une des causes de de notre impossibilité à fournir des solutions face à l’épidémie.

Alors qu’il est désormais possible de se rendre au Puy du Fou ou de s’entasser à 100 dans un avion, nos facs sont maintenues fermées depuis la mi-mars, nous empêchant de nous rencontrer et de nous mobiliser, ce qui permet à notre ministre de tenter ce passage en force, contre la volonté de celles et ceux qui font l’université et la recherche publiques, étudiant·es et travailleur·ses.

Nous réaffirmons donc que seules les revendications votées lors de notre dernière coordination nationale, exigeant une hausse drastique des financements pérennes et un plan massif de titularisation au sein de nos facs et de nos labos, permettront de développer un enseignement supérieur et une recherche de qualité pour toutes et tous. 

Nous exigeons le retrait du projet de loi de la LPPR et nous refusons la généralisation de l’enseignement à distance.

A l’hôpital, dès la fin du confinement, des soignant·es ont manifesté pour dénoncer le manque de moyens. De même, plusieurs milliers de personnes ont bravé l’interdiction édictée par Didier Lallement et ont manifesté contre les violences policières et le racisme systémique le mardi 2 et le samedi 6 juin. Beaucoup parmi nous étaient présent·es à ces rendez-vous et nous participons pleinement, individuellement et collectivement, à ces luttes.

Nous, les Facs et Labos en Lutte, appelons également à des mobilisations partout en France les 12 et 17 juin, dates des examens de la LPPR par le CNESER et le CTMESR.

Nous appelons aussi à rejoindre la manifestation pour le service public de la santé le 16 juin, dans un cortège des Facs et Labos en Lutte.

 

Agenda juin 2020

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JUIN

LES MOBILISATIONS  les JEUDIS et les MARDIS de la colère se multiplient devant les hôpitaux partout en France : « Pas de retour à l’anormal », « Des moyens pour l’Hôpital, pas pour le capital » , augmentation des salaires, embauches, réouverture de lits et de structures. Que l’on soit soignant, usager ou tout simplement citoyen, on peut se joindre à ces rassemblement dans sa ville, avant la grande mobilisation du 16 JUIN qui regroupera le sanitaire, le social et le médico-social et toutes les personnes concernées par la destruction des services publics.

Jeudi 4 juin : Soyons nombreux pour défendre l’hôpital public, notre bien commun à tous ! #JeDisColère Au CHU d’Angers à 12h , à Besançon, Parvis Minjoz, à 14h, à Chalon sur Saône, Marseille, La Timone, 13h… etc

En Ile de France : Devant l’Hôpital Robert Debré 13 h 30 : boulevard Sérurier 75019, métros Pré-Saint-Gervais (ligne 7bis) ou Porte des Lilas (ligne 11 et 3 bis), Hôpital de la Pitié Salpêtrière (Parc de la Hauteur) : 13h, Hôpital Tenon, 4 rue de la Chine Paris 20ème : 13h, Hôpital Avicenne, 2 rue Delafontaine, Bobigny: 13h30

Mardi 9 juin, partout en France : par exemple …à Lyon, Hôpital Edouard Heriot, à 12 h 30, « avant la journée nationale d’action intersyndicale et interprofessionnelle, programmée le 16 juin, l’intersyndicale CGT, SUD et Collectif inter-urgences de l’hôpital Edouard-Herriot (HEH) a décidé d’organiser chaque semaine, depuis le 19 mai, un « mardi de la colère ». Ce nouveau rendez-vous a rassemblé environ 150 personnes, mardi 2 juin, environ le double la semaine précédente, pour un pique-nique sur le site de Grange-Blanche. Outre les personnels hospitaliers, des représentants de l’Interprofesionnelle CGT, de la CGT cheminots, de Solidaires informatique, des Gilets Jaunes, etc. étaient également présents ».lire la suite article dans le Progrès.

Mercredi 10 juin à 12 H 45 :  devant le centre médico-psychologique, au 114 avenue de Flandre (Paris 19ème, métro Crimée), « PAS LÀ POUR CODER MAIS POUR SOIGNER ! » Le Collectif de la Pédopsy du 19ème en Lutte appelle à un rassemblement pour défendre l’hôpital public !

Jeudi 11 juin : 13 h Robert Debré etc..

Mardi 16 Juin : Des rassemblements et manifestations sont prévus partout en France, souvent devant les hôpitaux (cf pour ses mises à jour, la carte interactive de Sud ) :

Paris, 13h  : Rassemblement devant le ministère de la Santé, côté rue de Ségur, départ en manifestation vers les Invalides à 14 H.  (En Ile-de-France aussi, diverses initiatives auront lieu devant les hôpitaux et les établissements, le matin). RDV à 12 H 30 place Saint-François-Xavier, pour former le cortège « Printemps de la psychiatrie ».

 

Nous sommes en grève des données informatiques

Communiqué du Collectif de la Pédopsychiatrie du 19ème en Lutte du 13 mai 2020

Communiqué du Collectif de la pédopsychiatrie du 19ème en lutte du 13 mai 2020

NOUS SOMMES EN GRÈVE DES DONNÉES INFORMATIQUES

Nous, soignantes et soignants du collectif de la pédopsychiatrie publique du 19éme arrondissement de Paris intégrée au Groupement Hospitalier Universitaire – Paris, Psychiatrie & Neurosciences (GHU), avons décidé, à compter de ce jour et pour une durée illimité, d’une grève des actes et des données. Cette décision nous la prenons alors que l’épidémie de COVID-19 bat son plein et que la direction nous impose de remplir des grilles d’actes pour coder le télétravail. Nous refusons de participer à la normalisation de ce recours au télétravail. Et plus généralement, nous refusons de continuer à participer au Recueil d’Informations Médicales en Psychiatrie (RIM-P) via le logiciel Cortexte qui est le bras armé des mesures d’austérité, du Lean Management et du contrôle gestionnaire de nos services qui pèsent depuis de nombreuses années sur la psychiatrie publique. Ce recueil de données prépare la réforme du financement de la psychiatrie qui se verra imposée un système de tarification standardisée pour janvier 2021 très proche du système de Tarification à l’acte à l’hôpital général (Médecine, Chirurgie et Obstétrique). Nous voyons bien, à l’heure qu’il est, le péril que représente ces politiques gestionnaires.

Nous sommes effectivement contraint d’utiliser le téléphone et certains outils numériques pour maintenir un lien avec les familles et les enfant que nous accueillons en temps normal. Nous inventons chaque jour et au cas par cas des pratiques pour répondre à certaines situations préoccupantes. Nous rendons visite à certains enfants et parents aux pieds des immeubles quand cela nous semble nécessaire. Nous essayons de maintenir des espaces d’élaboration collective via des applications mais nous sommes très loin de nous en satisfaire.

Tout le monde peux aisément comprendre que nous avons bien autre chose à faire et à penser en cette période inédite que de perdre du temps à remplir des actes.

Il y a un an, le 17 avril 2019, la pédopsychiatrie publique du 19éme arrondissement de Paris se mettait en grève pour dénoncer et faire connaître les graves attaques idéologiques et financières qu’elle subit. Par cette grève, nous avions aussi souhaité nous faire l’écho de l’immense majorité des secteurs de pédopsychiatrie qui ne peuvent plus effectuer leur mission de service public pour accueillir et soigner de façon inconditionnelle les enfants et familles de nos quartiers.  

Il aura fallut une crise sanitaire pour qu’une fois de plus la population découvre ce que bons nombres de soignants dénoncent depuis des années, un hôpital à bout de souffle, détruit par les régimes d’austérité et les reformes successives, élaborées méthodiquement depuis plus de 20 ans, par les politiques néolibérales de gauche comme de droite. Que l’on soit un agent dans les services de soins généraux ou en psychiatrie, les constats et les logiques de destruction sont les mêmes. Cette tendance touche les secteurs du social et du médico-social via ces même logiciels. Et ce sont les m^mes injonctions des directions à les remplir, même dans cette période de pandémie, qui font réagir de plus en plus de travailleurs sociaux en grande difficulté.

Pour gérer la pénurie, le GHU Paris Psychiatrie et Neuroscience a fait appel aux mécénats des grandes entreprises et groupes financiers et a ainsi lever des fonds pour le matériel de protection des soignants. Nous voyons ainsi la logique des partenariats public/privé se renforcer comme l’annonce une enquête récente sur la Caisse de Dépôts sur Médiapart. Les données que les soignants renseignent sur les logiciels que nous dénonçons servent déjà à affiner et valoriser les produits de start-up en e-santé mentale. L’enquête militante sur les logiciels de recueil de données en psychiatrie produite par la Commission contre les Outils gestionnaires du Printemps de la Psychiatrie montre que le GHU a inauguré une pépinière d’entreprise sur le site de Sainte-Anne. Cette pépinière pilotée par l’entreprise Paris BioTech Santé travaille main dans la main avec le laboratoire de recherche du GHU qui s’est doté d’un hangar de données pour traiter celles-ci par algorithmes. Et ce serait à nous de continuer à leur fournir ces données ? Ce serait aux patients d’accepter que les informations relatives à leur santé transitent vers des start-up ?

 Maintenant, nous disons STOP ! Nous ne recommencerons pas demain comme avant ! Nous savons que cette crise va servir, une fois de plus, d’alibi à nos gouvernements pour accélérer les réformes vers un système de santé privatisé.

Il est urgent de préparer l’après confinement dès aujourd’hui en sortant de l’emprise de ces outils et procédures imposés par la machine gestionnaire et technocratique en arrêtant de les alimenter.

Il est urgent de refonder un financement aligné aux besoins que les acteurs de terrains font remonter à l’État et aux tutelles.

Nous appelons dès à présent, avec le Printemps de la Psychiatrie à une grève des actes et des données informatiques en psychiatrie et dans les secteurs sociaux et médico-sociaux comme cela est le cas à l’hôpital général.

Nous opposons au recueil de données informatiques le recueil de témoignages, de récits de vie en période de confinement, de déclaration d’actions ou toute autre forme qui permette de nous rendre visibles !

Le Collectif de la Pédopsy du 19ème en Lutte

Pour nous écrire, nous soutenir, nous rejoindre dans l’action : collectifpedopsy19@gmail.com

Mariotti : démission !

Communiqué de l’Union Syndicale de la Psychiatrie , le 12 mai 2020

MARIOTTI : DEMISSION !

Le 8 avril, Christophe Lannelongue, directeur de l’Agence régionale de santé du Grand Est a été démis de ses fonctions par Olivier Véran après avoir défrayé la chronique par ses propos indécents : « Il n’y a pas de raison de remettre en cause le Copermo (Comité interministériel de la performance et de la modernisation de l’offre de soins hospitaliers) pour le CHRU de Nancy » qui prévoyait la réorganisation totale de ses infrastructures, la suppression de 174 lits et 596 postes. Ceci au moment où la région Grand Est subissait de plein fouet l’épidémie de Covid-19.

Le 23 avril, Guy Collet et Gérard Vincent, directeurs d’hôpitaux, anciens de la FHF, dans un entretien avec Le Monde, affirment le « cadre de performance » de transformer l’hôpital public en établissement privé pour être rentable et performant sur le marché du soin.

Ce que les uns et les autres ont dit ou écrit, Pascal Mariotti le fait !

Directeur depuis 2017 de l’hôpital Le Vinatier à Bron (69), il illustre à lui tout seul les trois dérives qui détruisent l’hôpital public et plus particulièrement la psychiatrie.

Dérive financière, qui vise à faire de l’hôpital une entreprise rentable sur un marché du soin. Alors que la tarification à l’activité sévit et est dénoncée partout, elle guette la psychiatrie. Rien n’arrête Pascal Mariotti dans la politique de restructuration d’unités, en pleine crise sanitaire, sous couvert d’ouvertures d’unité Covid-19, décidées dans l’urgence et sans concertation avec le corps médico-infirmier, alors même que les lits libérés pour l’accueil de patients Covid-19 sont déjà largement suffisants. Il s’agit de non réouverture d’unités fermées à la hussarde !

Et pourtant, le 29 avril, Olivier Véran, au micro de l’Assemblée nationale, annonçait la suspension de tous les plans de restructuration, y compris au Vinatier.
Dérive managériale, dans la droite ligne de la gouvernance hospitalière de la loi HPST. Le directeur est seul maître à bord de son navire entreprise, décide, tranche. Les pôles sont mis en concurrence. Pascal Mariotti joue des rivalités entre médecins et favorise le clivage comme stratégie.

En pleine crise institutionnelle, il décide de ne plus recevoir les syndicats de personnels soignants, sauf celui qui soutient ses projets.
Dérive idéologique, qui voit se mettre en place l’hégémonie de l’approche neuronale dans la discipline.

Pascal Mariotti promeut les universitaires neuroscientifiques ! Il s’autorise à dire sa volonté d’interdiction professionnelle de la psychanalyse, laisse son directeur des soins mépriser les médecins défenseurs de la psychiatrie de secteur dans le bulletin quotidien de l’hôpital.

Les médecins ayant encore une affinité avec le champ psychanalytique ou la psychothérapie institutionnelle sont au mieux priés de partir, au pire terrorisés et bloqués dans leur parcours, et aussi, non recrutés.

Combien de temps les professionnels de la psychiatrie subiront-ils ce pouvoir gestionnaire technocratique ?

L’USP en appelle à la reprise d’un dialogue social démocratique avec tous les personnels du Vinatier.

L’USP demande la réouverture des unités actuellement fermées du Vinatier pour accueillir les nouveaux patients qui arrivent nombreux dans ce 2e temps de la crise sanitaire dans le cadre d’une politique de secteur et dans une vraie concertation avec les équipes.

L’USP demande à ce que toutes les approches de notre discipline gardent leur place au Vinatier, sans exclusivité pour les approches neurocomportementales.

L’USP demande à ce que Pascal Mariotti et tous les directeurs qui suivent sa voie soient remis à disposition du ministère.

Pour le conseil national
Delphine Glachant, Présidente
Jean-Pierre Martin, Membre du CN

Entre le 15 Mars et le 9 Mai 2020

par Pierre Delion, le 9 Mai 2020

Entre le 15 Mars et le 9 Mai 2020, un confinement pour nous protéger du coronavirus…

Entre le 15 Mars 1960 et le 9 Mai 1974, un déconfinement progressif de la psychiatrie asilaire pour aller vers une psychiatrie de secteur en devenir, mais qui s’est reconfinée depuis…

Notre confinement aura duré le temps de fêter l’anniversaire de deux dates importantes de la psychiatrie de secteur, entre le 15 mars et le 9 mai 2020. Ces dates, beaucoup l’ont oublié, sont fondatrices d’une pratique révolutionnaire de la psychiatrie du vingtième siècle.

Tout d’abord, le 15 mars 1960, la circulaire relative au programme d’organisation et d’équipement des départements en matière de lutte contre les maladies mentales, instaure une nouvelle manière d’envisager l’exercice de la psychiatrie, non plus tournée vers l’asile et ce que la deuxième guerre mondiale en avait fait, résumant ainsi cent vingt huit années d’errements, mais résolument orientée vers une psychiatrie dans la cité, et même plus précisément, avec les citoyens et leurs représentants. Ses objectifs sont de prévenir et de traiter précocement les troubles psychiques, de séparer le moins possible le malade de sa famille et de son insertion sociale ordinaire, et d’assurer une post-cure afin d’éviter les réhospitalisations inutiles. Ses moyens sont la mise en place de Dispensaires d’Hygiène Mentale dans la cité (devenus les Centres Médico-Psychologiques), l’installation de structures extra-hospitalières telles que les hôpitaux de jour, les foyers de post-cure et les ateliers protégés, et l’hospitalisation devient une possibilité parmi d’autres dans le panel des outils du secteur. Enfin, l’équipe de chaque secteur est chargée d’assurer la continuité des soins entre l’hospitalier et l’extra-hospitalier.

Il ne faut pas oublier la circulaire du 14 mars 1972, qui a vraiment permis la mise en œuvre de la sectorisation, qui précise les modalités de lutte contre les maladies mentales, l’alcoolisme et la toxicomanie, et celle du 16 mars 1972, précisant l’organisation des « intersecteurs de psychiatrie infanto-juvénile », dont Misès a été le principal inspirateur. Ce texte met l’accent sur le diagnostic et le traitement précoce, sur les modalités de cures ambulatoires ou à temps partiel qui deviennent prioritaires afin de maintenir l’enfant dans son milieu familial et scolaire dans la mesure du possible. Pour ce faire, la circulaire précise l’importance de liens avec la famille, le pédagogique et l’éducatif.

Puis la circulaire du 9 mai 1974 fixe les normes minimales des personnels et leurs missions afin de favoriser la permanence et la continuité des soins.

Il aura fallu encore vingt cinq années pour que cette révolution psychiatrique soit reconnue par la loi, notamment celle du 25 juillet 1985. Les expériences ont été nombreuses, souvent fécondes et ont instauré de véritables pratiques humaines de la psychiatrie, rendant à cette spécialité médicale toute son importance dans le monde contemporain. Malheureusement, de trop nombreux services n’ont pas joué le jeu de la sectorisation et il était devenu habituel d’entendre parler de cette doctrine de façon péjorative. Des spécialisations se sont de plus en plus orientées vers des symptômes tels que l’hyperactivité, le trouble neuro-développemental, la bipolarité, l’anxiété, le suicide, l’anorexie, l’addiction, laissant l’accueil généraliste de côté. Cela a contribué à désinvestir l’importance d’un cadre sectorisé permettant de recevoir un être humain, potentiellement porteur d’une souffrance psychique, symptomatique d’une pathologie psychiatrique, et dont la prise en charge, si nécessaire, allait se construire au fur et à mesure des rencontres entre lui et les soignants de sa constellation transférentielle. La psychiatrie est devenue une spécialité médicale comme les autres, mais sans en avoir les moyens comparables, tout le monde le reconnaît, et les nécessités épistémologiques de sa singularité ont progressivement disparu sous la doxa neuroscientifique. Les bons esprits s’accordent à dire que cette prétention est bien loin d’apporter les résultats escomptés, et qu’il y a encore un long chemin à parcourir avant de disposer de chaînes causales permettant de prescrire le seul traitement efficace et scientifiquement validé pour telle pathologie. Si bien que la psychiatrie publique est devenue trop souvent un conglomérat de marquisats hyperspécialisés de symptômes apparents. Et la psychiatrie de secteur a été progressivement ramenée à l’état de vieille lune romantique voire gauchisante.

Mais depuis longtemps déjà, les équipes de psychiatrie publique se plaignaient du désengagement de l’Etat dans les moyens alloués à ces pratiques innovantes, et la psychiatrie, après ce sursaut salvateur de la mise en place des secteurs, reste cette branche abandonnée de la médecine et des tutelles.

Ces dernières années, nous avons même vu le nombre de services libres, fermés à clé, et celui des contentions, s’accroître, tandis que les équipes de secteur étaient priées de se soumettre à des techniques manageriales aussi imbéciles que nocives pour le développement de soins dignes de ce nom. Les restrictions budgétaires alliées à ces formes d’organisations du travail issues de l’industrie et de ses modèles de hiérarchies dictatoriales ont facilité la perte de sens du travail pour la plupart des soignants et entraîné un découragement accéléré dans les métiers de la psychiatrie publique. « La casse du siècle » (Juven, Pierru, Vincent) visant l’hôpital en général est venue couronner la casse de la psychiatrie publique par des projets de privatisation obscènes, qui ont vu le jour lors des trois derniers mandats présidentiels. Les alertes lancées par les soignants n’ont pas été entendues par les pouvoirs publics et les ARS, sauf exceptions, se sont montrées à la hauteur de la mission qui leur avait été confiée par les promoteurs de la loi HPST : faire fonctionner un hôpital au plus bas coût sans être « emmerdé par les médecins ». Pour arranger cette situation catastrophique, des lobbies puissants, proches du pouvoir, ont commencé à distiller des menées disqualifiantes sur les pratiques inspirées de la psychopathologie transférentielle, prônant les méthodes « validées scientifiquement » et s’appuyant sur les seules neurosciences, excluant toute autre approche des prises en charge des pathologies psychiatriques. Cela a contribué à ruiner la confiance de trop nombreux patients et de leurs familles dans les soignants, pourtant très engagés malgré les manques énormes de moyens humains et matériels.

Bref, la psychiatrie publique actuelle est dans le coma, elle a absolument besoin d’être réanimée par des interventions roboratives qui pourraient lui redonner sens et efficacité.

Ce n’est pas en opposant les clans des neuroscientifiques contre les psychopathologues transférentiels que la psychiatrie va trouver la voie de sa réanimation.

Ce n’est pas en opposant les parents des enfants autistes aux soignants formés de façon plurielle que la pédopsychiatrie va retrouver la force d’accueillir et de soigner tous les enfants et adolescents qui en ont besoin.

Ce n’est pas en opposant la psychiatrie avec le reste de la médecine que la santé des citoyens, petits et grands va s’en trouver améliorée.

Non, cette crise nous montre à l’envi que comme pour toutes les autres branches de la médecine, la psychiatrie doit être pensée et organisée par les soignants qui la pratiquent, psychiatres, psychologues, infirmiers, éducateurs, secrétaires, instituteurs spécialisés, psychomotriciens, orthophonistes, assistants sociaux en lien avec des administratifs qui les aident à résoudre les problèmes qui les concernent directement.

Nous ne voulons plus de ces managers vengeurs qui règlent leurs comptes en influençant une ARS pour parvenir à supprimer les CMPP de toute une région pour des raisons qui n’ont rien à voir avec les projets affichés.

Nous ne voulons plus de diktats d’une soi-disant Haute Autorité de Santé (il faut oser se prétendre telle) qui règlemente les soins à partir des opinions de lobbies orientés dans une seule direction.

Nous ne voulons plus de ces critiques permanentes portant sur nos organisations de soins pensées en fonction des personnes accueillies et non en vertu du budget octroyé parcimonieusement par des comptables aussi zélés qu’ignorants des tenants et des aboutissants du soin en psychiatrie.

Nous ne voulons plus de ces leçons de morale ridicules portant sur les formations des soignants et se permettant de désigner des listes noires de formations estampillées.

L’éthique et les pratiques des soignants en temps de crise a montré que les considérations antérieures qui avaient ruiné l’exercice de la médecine publique, et notamment de la psychiatrie, sont désormais inacceptables en l’état. Il va falloir procéder à des réformes profondes en rupture avec tout ce que ce néo-libéralisme a de détestable, parce qu’il se fiche de l’humain et poursuit le seul but du profit pour quelques uns. Il est temps de prendre date pour de tels changements, car nous ne saurions supporter le retour de ce qui a conduit à ce traumatisme sociétal mondial.