Réaction à la nomination de Frank Bellivier

Communiqué du Printemps de la psychiatrie du 11/04/2019

La ministre Agnès Buzyn nomme un psychiatre pyromane pour éteindre l’’incendie de la psychiatrie

Alors que les tenants de la psychiatrie de terrain (infirmiers, aide-soignants, psychologues, psychiatres, travailleurs sociaux…), sont dans la rue depuis de longs mois aux côtés d’’usagers et de familles, qu’’ils se mobilisent, qu’’ils font des grèves de la faim (les Blouses noires du Rouvray), des actions à haute portée symbolique (les Perchés du Havre), qu’’ils font grève pendant plusieurs mois (les Pinel en lutte d’’Amiens, ceux de Niort, Lyon, Saint-Etienne), pour crier leur désespoir face à la destruction du sens profond de leur métier qui est le lien avec les personnes en extrême souffrance, la ministre de la santé vient de nommer comme délégué interministériel à la psychiatrie Frank Bellivier un médecin qui ne se dit même pas psychiatre mais « expert biomédical en psychiatrie / psychologie, neurosciences et comportement ». Ce professeur est, lui, un représentant de la psychiatrie du lobby FondaMental, psychiatrie de laboratoire, dont le lien privilégié dans le travail est celui avec l’’industrie pharmaceutique. Un professeur qui ne s’’embête pas avec les conflits d’’intérêts. N’’est-ce pas paradoxal qu’’une énorme mobilisation pour le lien relationnel obtienne pour réponse le lien avec les laboratoires pharmaceutiques ?

À un moment où une intense communication contre la psychiatrie se déploie dans les médias et dans la bouche de certains représentants de l’’État, on constate, comme d’’habitude, que cette anti-psychiatrie est à géométrie variable : elle ne concerne pas les psychiatres attachés à la fondation Fondamental, qui ne connaissent pas le travail relationnel au long cours, le lien profond avec les personnes troublées psychiquement, qui les traitent comme des cobayes pour des recherches statistiques, qui sont liés à l’’institut Montaigne (think tank néolibéral créé par Claude Bébéar (AXA) et financé notamment par des laboratoires pharmaceutiques et des assurances) et qui reçoivent des prix Dassault. Ils sont les interlocuteurs souhaités par l’’État.

Déjà le 22 janvier, des collectifs d’’usagers et de soignants s’’indignaient de l’’instrumentalisation de la mobilisation des lieux en lutte au profit des tenants de la psychiatrie « fondamental ». Les psychiatres pyromanes étaient déjà invités partout dans les médias pour expliquer que la psychiatrie souffrait simplement d’’un problème d’’organisation et qu’’il suffisait de leur remettre les clés de cette organisation pour en venir à bout.

C’’est chose faite avec cette nomination. Elle équivaut à la nomination d’un chercheur travaillant pour Monsanto à un poste de délégué à l’écologie.

Ce « délégué » est en effet le bon choix pour continuer à déployer ce que réclame l’’institut Montaigne (qui est aussi à la base de la réforme de l’’éducation par le biais de  l’’association « agir pour l’’école » dans laquelle évoluait le ministre Blanquer avant même sa nomination au gouvernement…), c’’est-à-dire une destruction du service public de psychiatrie, qui garantit un accueil inconditionnel pour chacun, quel que soit son milieu d’’origine et ses ressources, et la promotion d’une psychiatrie qui sert les intérêts de cabinets privés ayant des « innovations » à vendre.

Au nom de la déstigmatisation, cette disparition du service public de psychiatrie va générer un renforcement de la ségrégation et de l’’abandon des personnes qui ne répondront pas à cette politique « fondée sur la science » alors qu’’elle est en réalité fondée sur les intérêts privés de laboratoires et de lobbys. C’’est déjà le cas.

Le Printemps de la psychiatrie dénonce la nomination de Frank Bellivier car elle est, pour le monde de la psychiatrie de terrain, illégitime. Cette nomination est malheureusement dans la suite logique des déclarations de Sophie Cluzel concernant le bannissement de la psychiatrie pour les personnes porteuses de troubles du spectre autistique. Dans les deux cas, c’’est la psychiatrie relationnelle qui est visée tandis que la psychiatrie des intérêts privés est promue.

Nous réclamons des représentants qui nous représentent vraiment : qui réhabilitent des pratiques fondées sur le lien humain et sur l’’autodétermination des personnes, une science dégagée des conflits d’’intérêts, et la notion de service public et de solidarité.

printempsdelapsychiatrie@gmail.com

bellivier

La pedopsy du 19ème en grève : RDV le 17 avril

 

pédopsychiatrie 19eme affiche(1)

APPEL DU COLLECTIF PEDOPSYCHIATRIE DU 19ème EN LUTTE :

Grève et manifestation festive le 17 avril

Rendez-vous à 9 h 30 au 114 avenue de Flandre, 75019 PARIS

Nous, soignantes et soignants de la pédopsychiatrie publique du 19ème arrondissement de Paris, sommes de nouveau en grève.

Cela fait plusieurs années que la pédopsychiatrie connaît de graves attaques idéologiques et financières de la part des pouvoirs politiques en matière de Santé Publique, mettant à mal notre capacité à répondre à nos missions.

Nous avons décidé de nous mettre en grève et d’organiser une manifestation festive pour défendre notre secteur, notre éthique de travail et notre attachement au service public.

Cette journée se construit également en lien avec les Semaines De La Folie Ordinaire et le Printemps pour la psychiatrie.

Ce que nous dénonçons :

  • Un hôpital-entreprise débouchant sur une fusion des hôpitaux psychiatriques parisiens1 dans des logiques purement gestionnaires.

  • Du temps soignant perdu à remplir des actes sur un logiciel de traçage conçu par des gestionnaires dans un but comptable.

  • Une nouvelle organisation du temps de travail incompatible avec les réalités du terrain passée en force (diminution du nombre de consultations, suppression de temps de réflexion, travail avec les partenaires institutionnels rendu difficile, suppression de RTT, …).

  • L’explosion des demandes de soins sans moyen supplémentaire, 22% en 15 ans avec une augmentation des situations complexes (voir le rapport de l’IGAS 2).

  • Les listes d’attente qui augmentent avec des enfants et adolescents qui attendent depuis plus de 12 mois pour être suivis sur le service (de 100 à 300 demandes)

  • Une baisse des budgets de formation de 50% soit 11000 euros supprimés en 2016.

  • Des techniques de management brutales qui mettent à mal le personnel et la dimension collective de notre travail.

  • Une pression de la direction pour nous imposer la gestion de notre budget de secteur via notre association de santé mentale, opérant ainsi un glissement certain vers la privatisation de nos activités thérapeutiques.

Ce que nous défendons et revendiquons :

  • Des moyens humains et matériels à la hauteur des besoins de la population en doublant les effectifs médicaux et non médicaux (éducateur, infirmier, orthophoniste, secrétaire, …)

  • Des locaux adaptés pour un accueil digne des patients.

  • Une hausse des budgets des activités thérapeutiques et des séjours thérapeutiques pour soigner enfants et adolescents dans de bonnes conditions de l’ordre de 20000€ supplémentaires.

  • Des moyens de formations à hauteur des besoins des professionnels soit 25000€ / an.

  • Un temps de réflexion clinique indispensable qui garantit un travail thérapeutique de qualité et du temps pour le travail de réseau avec les partenaires de l’enfance (école, collège, ASE, PMI, etc., …)

  • L’arrêt de la nouvelle organisation du temps de travail.

  • Une liberté dans le choix de nos références théorico-cliniques et de nos pratiques sans qu’elles soient dictées par des politiques gestionnaires ainsi que par la Haute Autorité de Santé.

  • Une garantie du maintien et du fonctionnement des associations de santé mentale qui financent des actions auprès des enfants et des familles avec du personnel soignant.

  • Une politique de secteur de proximité (un secteur pour 200.000 habitants au maximum).

Cette journée de grève nous permettra de rencontrer les parents des enfants et adolescents que nous suivons, les habitants du quartier, les associations, les écoles et collèges, les partenaires sociaux, les syndicats, les élus et toute personne concernée par la dégradation de nos conditions de travail et d’accueil des enfants ayant besoin de soins psychiques et psychiatriques dans le 19ème arrondissement de Paris.

1 Intégré au Groupement Hospitalier Universitaire Sainte Anne psychiatrie et neuroscience depuis janvier 2019 sans aucune réelle concertation avec le personnel. Regroupement de 5 hôpitaux : Perray Vaucluse, Saint Anne, Maison Blanche, ASM13, Saint Maurice. Ces groupements hospitaliers naissent partout sur le territoire. Cette politique de la sante devrai permettre à l’état d’effectuer 22 milliards d’économies.

 

Tract Pédopsychiatrie 19eme(1)

 

Appel de l’U.S.P. (pétition)

Appel : nous, psychiatres en colère, rassemblons nous !

Le 34e congrès de l’USP s’est tenu ces 29 et 30 mars à Besançon. Lors de ce rassemblement, nous avons écouté des ex-grévistes de la faim du Rouvray, des « perchés » du Havre, des militantes de la Psychiatrie parisienne unifiée. Nous avons échangé avec eux longuement et intensément.

La veille, lors d’une réunion-débat, nous avions écouté Charles Piaget, celui qui fut le principal porte-parole de la longue lutte des « Lip », à Besançon, en 1973. Avant-hier comme aujourd’hui, une lutte antihiérarchique est nécessaire et s’impose. Comme Charles Piaget l’a dit de son ton doux en conclusion de nos échanges, nous avons « les mêmes ennemis ». L’auto-organisation est à nouveau à l’ordre du jour, avec l’émancipation sociale comme projet.

Au Rouvray, au Havre, à Amiens, à Niort, à Paris ou à Lyon, la situation qui est faite aux patients hospitalisés est devenue insupportable. Les grévistes de la faim du Rouvray en furent réduits à un engagement de leur corps. Corps qui, pour tous ces soignant.e.s, assignés à un rôle d’exécutant, est en jeu dans les soins du quotidien. Ce sont eux qui nursent, ce sont eux qui piquent, qui vont en « renfort », qui exercent les contentions.

Leur courage exige que nous parlions et agissions, nous aussi.

Nous, psychiatres, sommes ici interpellés quant à notre éthique professionnelle : nous non plus, nous n’acceptons plus que la maltraitance institutionnelle soit la norme dans les services psychiatriques, comme dans les autres lieux de travail.

Nous ne supporterons plus la déshumanisation des soins insidieusement à l’œuvre au travers de la quantité de protocoles à appliquer et d’une nuée de directives, lesquels réduisent nos capacités à penser. C’est l’aboutissement d’un management destructeur et consciemment organisé qui amène les uns et les autres à être sinon directement maltraitants, du moins complices de maltraitance ou indifférents aux maltraitances voisines.

Cela suffit !

Notre travail que nous savons utile, ce savoir-faire dont nous connaissons l’efficacité, sont mis en danger.

Nous, psychiatres, comme tous les autres soignants, nous sommes face à nos responsabilités, plus que jamais, différemment d’auparavant. Nous sommes en colère et déterminés à ne plus nous faire complices par notre silence de cette destruction orchestrée.

La reconquête d’une parole libre, collective, inventive, voilà ce dont les soignants en lutte ont témoigné. De même, dans les années 1970, les années 1968, les ouvriers de « Lip » portèrent cette subversion par la parole qui s’exprimait aussi dans des centaines d’usines, de bureaux, d’universités.

C’est cette parole inventive qui est au cœur même de notre travail, de notre éthique professionnelle, de nos choix de vie. Et nous savons que pour se déployer elle porte en elle une exigence de temps et d’espace. C’est au creux de cette exigence que nous décidons d’ancrer notre lutte.

Nous en appelons à nos consœurs et à nos confrères : si comme nous, vous décidez qu’il est plus que temps de vous engager pour que cessent ces scandales quotidiens que nous vivons, rencontrons-nous, partageons et agissons ensemble. Il nous faut rompre avec l’omerta, il nous faut nous adresser à la population, il nous faut rejoindre les actions du Printemps de la psychiatrie, il nous faut aller sur le chemin ouvert par ceux du Rouvray, du Havre, d’Amiens et tous les autres.

Pascal Boissel (Poitiers), Delphine Glachant (Les Murets), Fanny Rebuffat (Reims)
avec l’accord et le soutien du Conseil national de l’USP

Pour signer cet appel à votre tour : https://www.change.org/p/pascal-boissel-appel-nous-psychiatres-en-col%C3%A8re-rassemblons-nous

Lettre ouverte à Sophie Cluzel

Paris, le 4 avril 2019

Madame Sophie Cluzel,

Secrétariat d’État chargé des Personnes handicapées.

14, avenue Duquesne, 75350 PARIS 07 SP

Madame,

Nous avons pris bonne note de vos déclarations récentes dans les médias, à savoir que la psychiatrie ne devait plus rien avoir à faire avec les personnes en situation d’autisme. « Face à ce spectre de l’autisme très large, il faut que l’on arrête de parler de psychiatrie (…) Avec notre plan, il s’agit de ne plus placer de enfants autistes devant des psychiatres » avez-vous dit sur RMC le 2 avril 2019.

En conséquence, en tant que médecin responsable d’un pôle de psychiatrie adulte de service public qui accueille à ce jour des personnes autistes sans solution du fait de troubles du comportement importants, de difficultés avec l’entourage familial et avec les institutions dans lesquelles elles sont, je tire avec gravité la conséquence de ces déclarations, à savoir que toute nouvelle personne avec autisme qui sera hospitalisée dans le service devrait donc être transférée immédiatement au secrétariat d’État au handicap afin que vous-même et vos équipes trouviez une solution.

 En effet, il n’est pas possible de désavouer publiquement la psychiatrie et de ne pas prendre la mesure de ce que cela implique.

En dépit de ce désaveu qui dure depuis longtemps déjà et dont vous êtes la énième représentante, nous continuons d’œuvrer quotidiennement, dans l’ombre des pratiques, pour prendre soin et accompagner ces personnes et leurs familles qui sont souvent dans une détresse absolue et un désespoir très grand. A ce désaveu, à cette détresse et à ce désespoir s’ajoute le naufrage organisé de la psychiatrie depuis des années.

Il faudrait que la société puisse constater que dans la réalité, l’inclusion n’est qu’un vœu pieu, voire la nouvelle forme d’une exclusion. Toute personne qui ne s’adapte pas au cadre inclusif se voit rejeter des institutions que ce soit l’école, le secteur social et médico-social et maintenant le secteur sanitaire. 

Nous sommes désavoués par ces paroles mais la honte changera un jour de de camp. Ce désaveu ne vous concerne pas dans ses retombées pratiques puisque nous continuons à prendre en charge, comme nous le pouvons, les personnes -toutes les personnes-. Nous avons à cœur d’avoir une hospitalité inconditionnelle et d’ouvrir les portes du service public à tous les publics, personnes autistes comprises si elles en ont besoin. 

Vos déclarations ségrégatives nécessitent que vous preniez, dans la réalité, la mesure de la détresse des familles, des personnes, des professionnels, du manque d’institutions ambulatoires et à temps plein en capacité d’accueillir ces personnes. Que vous preniez également la mesure de la violence brute dont vous êtes la porte-parole. 

Au moment de recevoir dans votre secrétariat d’Etat ces personnes en situation d’autisme qui n’ont rien à faire en psychiatrie, vous auriez donc tout intérêt à leur trouver des solutions avec votre « plan ». A défaut, il s’agira très certainement de non-assistance à personne en danger. 

Nous vous prions d’agréer Madame la secrétaire d’État le sentiment de notre déconsidération.

Dr Mathieu Bellahsen,

Dr Alain Abrieu,

Dr Parviz Denis,

Dr Patrick Chemla,

Dr Pierre Paresys

Professionnels du soin psychique

Parties prenantes du printemps de la psychiatrie

https://printempsdelapsychiatrie.org/

printempsdelapsychiatrie@gmail.com

Screenshot_2019-04-09 « Nous allons changer la donne » Sophie Cluzel présente le plan du gouvernement contre l'autisme sur [...]

Psychiatrie bashing et intérêts privés

Depuis quelque temps dans le champ de l’autisme, une intense communication contre la psychiatrie et la pédo-psychiatrie est déployée par certains membres des gouvernements successifs, par des militants associatifs et largement relayée dans les médias. La psychiatrie serait coupable de tous les maux : incompétence, délais de prise en charge, culpabilisation des mères, non-respect des bonnes pratiques, retard de la France…

De façon étonnante, sans que cela ne soit dit, on constate en parallèle une augmentation incessante des demandes faites aux psychiatres et autres « psys », de la part de personnes autistes et de familles qui pourtant ont bénéficié :

· de dépistages précoces dans des centres de référence ayant abouti à un diagnostic,

· de conseils et de formations au sein de Centres Ressources Autisme (CRA),

· d’évaluations fonctionnelles conformes aux recommandations de bonnes pratiques,

· de dépistages génétiques,

· de suivis somatiques réguliers, généralistes et spécialisés, de bonne qualité,

· de l’application des approches recommandées par la haute autorité de santé (HAS) : thérapies cognitives, méthodes comportementales, techniques de communication, psychomotricité, orthophonie, ergothérapie, programmes neuropsychologiques etc.

· d’accueil dans des institutions appliquant exclusivement les méthodes les plus recommandées : ABA, TEEACH, PECS,

· d’inclusions scolaires en classe ordinaire ou en classe adaptée,

· de tentatives de travail en milieu ordinaire ou adapté.

Ces demandes viennent s’ajouter aux demandes incroyablement nombreuses de personnes autistes sans solution et de leurs familles, qui n’ont pas forcément bénéficié de tout cela.

Que dire des demandes, souvent urgentes, de ces personnes qui surviennent alors qu’elles ne peuvent plus être accueillies à l’école, qu’elles ne peuvent plus continuer leur travail, qu’elles ne sont pas soulagées par une prise en charge somatique adéquate, qu’elles n’adhèrent plus aux approches recommandées ?

Que dire des demandes d’aide pour faire face à des situations difficiles : violence, automutilations graves, errance, tristesse intense, régression des acquis ?

Que penser de certaines de ces personnes et de leurs familles qui demandent de l’écoute, un suivi psychothérapique, un accueil dans une institution qui les aiment telles qu’elles sont, ouverte sur le monde et articulée en permanence avec l’école et le travail, et soutenant leurs possibilités d’auto-détermination ? Car oui, ce genre d’institution existe, et plutôt que de s’en inspirer, cette intense politique de communication les désavoue avec une détermination tenace.

Et pourtant, que dire quand le constat est fait par les premiers intéressés que ce type d’approche, ouverte, aide à avancer dans un certain nombre de cas notamment quand il s’agit de violences que s’inflige la personne, à elle-même et à ses proches, sans rendre systématique la sur-prescription de psychotropes ?

Peut-on, par exemple, se dire que les personnes autistes sont comme tout le monde, qu’elles ne sont pas des robots, que leur idéal de vie n’est pas forcément celui qu’une sorte d’« aristocratie de l’autisme » a décidé à l’avance pour elles ? Qu’elles peuvent avoir besoin, comme tout le monde, qu’on prenne du temps avec elles et qu’on tienne compte leur personnalité propre ?

Les revendications souvent sincères de nombreuses familles et personnes autistes dénoncent des pratiques maltraitantes qu’elles ont rencontrées en psychiatrie, dont on ne peut douter qu’elles soient réelles étant donné l’état d’abandon de la psychiatrie par les politiques successives d’austérité, de manque de moyens et de transformation des pratiques du côté sécuritaire voire carcéral. Ces revendications légitimes rencontrent les intérêts du gouvernement, dont l’orientation politique actuelle est de ne plus financer les institutions de services publics mais de préférer verser des allocations aux personnes pour qu’elles financent des cabinets privés de diagnostic, de formation, d’aide à la personne.

Les seuls moyens que l’Etat veut bien concéder reviennent à des « plateformes », parfois privées, certaines « d’écoute et de services », d’autres « d’orientation et de coordination ». Pas beaucoup plus.

Mais où vont les personnes écoutées et orientées quand il n’y a plus de place en ambulatoire et en institution ? Quand les milieux ordinaire et adapté n’ont déjà plus les moyens d’accueillir efficacement les personnes différentes ? Vers des cabinets privés choisis et désignés par les plateformes ? Vers des programmes de recherche axés sur le cerveau et l’organisme ?

Et quand cela ne fonctionnera pas, leur parlera-t-on de services psychiatriques de haute sécurité (avec le triptyque médicaments, isolement et contention propre à la psychiatrie asilaire) ou de leur délocalisation dans un pays étranger ?

Devons-nous fermer les yeux quand le seul horizon pour de nombreuses personnes autistes est déjà, comme pour de très nombreux adultes qui étaient suivis en psychiatrie en France, une orientation vers des institutions en Belgique, ou simplement leur abandon sans suivi ni soins au domicile si elles en ont un, ou à la rue ?

Pourtant, quelques principes simples pourraient nous sortir de ce très mauvais pas, nous éviter de tirer une croix sur le service public de santé et de laisser le « marché de l’autisme » être livré par l’Etat au privé :

1 : il n’existe pas de recette unique pour les personnes autistes et leur famille ;

2 : en conséquence, le tout-milieu ordinaire, le tout-milieu spécialisé, sont deux absurdités vouées à l’échec ;

3 : une articulation doit en permanence être mise en place entre le milieu spécialisé et le milieu ordinaire, les personnes doivent pouvoir circuler librement entre les deux, en fonction de leurs besoins du moment et des différents moments de leur histoire, sans être fixé définitivement dans l’un ou dans l’autre ;

4 : les institutions, le milieu spécialisé et le milieu ordinaire doivent axer leurs pratiques sur le principe d’auto-détermination des personnes qu’elles accueillent ;

5 : les états d’âme des personnes autistes ont le droit d’être pris en compte comme tout être humain, elles ne se reconnaissent pas toutes dans le modèle actuellement véhiculé de corps-machine à étudier, à discipliner, re-régler ou dans l’image d’Epinal diffusée par les médias de personnes autistes surdouées et dépourvues d’affects ;

6 : les équipes mobiles et plateformes doivent s’occuper, à domicile si besoin, de soin, d’accompagnement, de pédagogie, sur le long cours ; elles ne doivent pas s’occuper uniquement de diagnostic et d’orientation;

7 : l’école doit cesser d’être détruite par les réformes successives, car il est évident que des classes surchargées et des programmes élitistes ne constituent pas un milieu favorable pour des personnes différentes ;

8 : le travail doit cesser d’être détruit par les réformes successives, car les conditions de travail actuelles précaires ne sont pas plus adaptées pour les personnes différentes que pour les personnes ordinaires.

9 : les services de soin doivent cesser d’être soumis aux exigences de rentabilité financière, au management disqualifiant le sens du soin, à l’abandon des publics sous prétexte de mutualisation, de réorganisation, de « fluidification » des parcours. Idem pour le travail social.

10 : les politiques « inclusives » qui sont la mode du temps présent, doivent s’effectuer de façon réaliste et lucide en tenant compte des problèmes liés à la diversité des besoins des personnes différentes. Il faut en finir avec une « inclusion » qui n’est autre qu’une exclusion de l’intérieur où l’on passe d’être exclu de l’école à être exclu par l’école, d’être exclu du travail à être exclu par le travail, d’être exclu des soins à être exclu par les soins.

Ces politiques « inclusives » là n’aboutissent déjà qu’à plus d’abandon, de relégation à la maison voire à la rue, d’enfermement et de maltraitance.

Pour le printemps de la psychiatrie, réhabilitons la notion d’un collectif qui soigne, qui éduque, qui enseigne, qui soutient, à partir du lien humain et de l’ouverture maximale sur le monde.

Le printemps de la psychiatrie

 

9 avril 2019

Semaines De La Folie Ordinaire, à Montreuil

29 / 30 / 31 MARS 2019

La Parole Errante, 9 rue François Debergue – Montreuil – M° Croix de Chavaux (Ligne 9)

« Paroles (extra) ordinaires de la folie errante »

/// Vendredi 29 mars ///

14-18h : Plateau radios avec Roue Libre (Gem de la Vague à l’Ame), Bruits de Couloir (la Trame) Radio-Sans-Nom (Cattp Asnières) et Radio Megalo (Centre Social Autogéré de la Parole Errante Demain). Et la Chorale des Gêneurs (Saint Denis) et …

18h30 : Vernissage de l’exposition collective.

19h30 : Auberge espagnole « Ramenez vos fraises, tartes, gâteaux … » et autres mets …

20h30 : Projection/Rencontre et débat public autour du film Ici et maintenant, les anciens de la CT d’Aubervilliers sur le thème des ressources personnelles en s’appuyant sur l’expérience de rétablissement de personnes touchées par l’addiction avec comme invité.e.s d’ancien.ne.s usager.e.s, résident.e.s de Communautés Thérapeutiques, groupes d’auto-support, professionnel.le.s de santé de multiples disciplines et en présence du réalisateur Jurl. 

/// Samedi 30 mars /// PAROLES (EXTRA) ORDINAIRES DE LA FOLIE ERRANTE

14h30-16h : Plénière

Face à l’E-santé, à la privatisation et à la déshumanisation des soins psychiques, comment résister et lutter pour des pratiques émancipatrices ?

Temps d’échanges ouverts à la parole de tou.te.s, en présence d’acteurs.trices des luttes en cours dans le champ de la psychiatrie et de ses bords.

16h30 – 18h : Ateliers en petit groupe pour s’informer, analyser, créer, rêver, pratiquer, et agrandir en commun la toile de fond de nos combats à venir !

Atelier 1 : L’E-Santé mentale

Des membres du collectif Ecran Total proposeront une réflexion critique à partir des expériences de chacun. Ecran total, qui lutte contre la numérisation de nos vies, s’est créé à la suite du collectif d’éleveurs du Tarn «  Faut pas pucer… mémé dans les ordis ».

Atelier 2 : Formes d’organisations dans les luttes : syndicats, syndiqués, non syndiqués, quelles alliances?

Echanges à partir de témoignages de personnes et de collectifs en lutte dans les secteurs de la psychiatrie et du travail social, en présence de la commission de mobilisation des travailleurs sociaux en lutte d’île de France.

Atelier 3 : Quel avenir pour les Clubs Thérapeutiques et les Associations de secteur psychiatrique à l’heure du « Social Business » et de l’économie sociale et solidaire ? 

En co-animation avec Clément, éducateur spécialisé dans un secteur de pédopsychiatrie et Jean-Baptiste Jobard, coordinateur du Collectif des Associations Citoyennes.

Atelier 4 : Face à la précarité, sortons de l’isolement, luttons pour nos droits, partageons nos ressources !

Dans cet atelier il s’agira entre autre d’échanger autour des difficultés d’accès aux droits, en particulier l’AAH, à travers des exemples individuels et collectifs (permanences juridiques, collectifs de précaires…). 

Atelier 5 : Atelier d’écriture proposé par et pour les patient.e.s, usager.es, psychiatrisé.e.s… Appelons-nous comme nous le voulons !
« La psychiatrie est un vécu pour nous, traumatique ou non. La psychiatrie contraint les corps dans des lieux et les pensées dans des cases. Inventons d’autres lieux, d’autres liens, un soin plus fou encore ! »

Atelier 6 : « Faire Terre »

Atelier 7: fabrication de banderoles, créations de slogans, réalisation de cartes en sérigraphie.

18h : Apéro

19h : « Mer… Si », performance théâtrale écrite et interprétée par Lior (45′)

20h : Repas confectionné et servi par le collectif des Baras – prix libre

21h : Ana & The Folk Songs, Solo folk

22h : « Fest Noz » avec le duo KLP, Bal traditionnel breton

/// Dimanche 31 mars /// PAROLES (EXTRA) ORDINAIRES DE LA FOLIE ERRANTE

Face au discours de la psychiatrie neuro-scientifique, qui fait des maladies mentales des maladies « comme les autres », formule entendue à répétition dans les médias, d’autres conceptions de la « maladie », des humain.e.s et du « soin psychique », sont elles-possible à faire entendre ?

Si le mot psychisme parait plus vaste que le cerveau, c’est parce que les connaissances en la matière (grise !) confirment que… nous ne savons toujours pas grand chose de ce que nous sommes, les humain.e.s ! « Qui » sommes-nous ? – serait-il plus facile à saisir ? En tout cas c’est ce que même un éminent professeur ne peut savoir sans rencontrer son patient !

La primauté accordée à cette dimension relationnelle du soin est aujourd’hui revendiqué par des collectifs de la psychiatrie et du médico-social, de tous les métiers et grades. C’est ce qui a changé la donne dans les médias, et pourrait le faire dans les pratiques… et elles seraient émancipatrices !

En quoi cette idée folle diffère-t-elle de la promesse de rétablissement et même d’empowerment que l’on entend partout, célébrée comme un « nouveau » paradigme du soin ?

Comment cette idée folle est-elle réalisable, au moins de temps en temps ? Ou, ici et là?

Ce deuxième temps des Paroles (extra) ordinaires de la folie errante, sera aussi traversé par les débats des jours précédents, de la veille bien sûr, mais aussi du samedi 23 à la Parole errante.

14 h – 16 h Plénière : Usager.e.s, professionnel.le.s, familles, tout le monde… On en discute !

16 h 30 – 18 h Ateliers en petit groupe pour prolonger un des sujets de la plénière :

Atelier 1 : « La santé mentale, c’est bon pour le capital ! »

Atelier 2 : Le soin entre autonomie et contrainte

Atelier 3 : Discussion à partir de la restitution de l’atelier d’écriture du samedi

Atelier 4 … 5…?  sur proposition pendant la plénière.

Ateliers pour créer, inventer, pratiquer :

Atelier 6 : « Faire Terre »

Atelier 7 : fabrication de banderoles, créations de slogans, réalisation de cartes en sérigraphie.

18h : Apéro avec Chœur de Vénères, Chorale de la Parole Errante 

programme WE SDLFO Paris page1


Texte lu le 21 mars (HumaPsy)

Pour une institution psychiatrique instituée par tous !

Lundi soir, dans la salle des fêtes de l’hôtel de ville de Reims à l’occasion des SISM, un professeur de psychiatrie est venu nous annoncer le futur : il nous a présenté un phoque robot, un avatar de psychologue, un robot pour autiste, une application smartphone pour collecter le « phénotype numérique » des patients – toutes ces nouveautés embarquant la fameuse intelligence artificielle qui sera la solution à tous nos maux et la fin de tous nos mots.

Il serait temps de faire appel à de l’intelligence dans la façon d’accueillir les plus faibles, et de refuser qu’on traite la souffrance par la violence !

Ceux qui ne se reconnaissent pas dans « les clochards, les mendiants, les taulards, les fous, les autistes, les déprimés etc.. », ceux pour qui d’autres « ne sont rien » et sont des parasites, transforment la souffrance en violence réactionnelle à l’agression subie lorsqu’on nous maltraite, nous regarde comme des cas, des numéros (qu’ils soient de chambre ou d’écrou), lorsqu’on nous méprise ou nous ignore.

L’intelligence artificielle fait du lien artificiel : on commence par confier le lien affectif des personnes âgées (« une population particulière » nous a dit le professeur) à des peluches robotisées et je ne préfère pas savoir où on finit. Les soignants seraient bornés à nourrir cette pseudo intelligence et à exécuter les tâches qu’elle a prévu pour eux.

Martine Wonner veut moins de psychiatres, elle veut surtout se passer de leur coût : en effet les émoluments des mercenaires comblant les postes vacants dans le public sont prohibitifs.

Elle veut détruire le service public et déléguer des missions de soin  au secteur privé auquel les plus isolés ou pauvres de nos concitoyens n’auront pas accès.

Nous nous battons pour un service public digne, où les responsabilités des soins sont partagées entre tous les professionnels (et non concentrées entre les mains d’un seul psychiatre absent du service), où la contention ne peut plus être mécanique, où l’isolement est réduit au maximum, où le port du pyjama n’est plus d’usage, où on peut se passer de blouse blanche. Nous nous battons pour que les patients soient associés seuls et collectivement à la conduite de leurs soins ainsi qu’à la vie quotidienne de l’institution les accueillants : nous voulons une institution, instituée par tous !