
Auteur : printempsdelapsychiatrie
Pour une démocratie du soin psychique!

A la suite de son précédent communiqué « Choisir ses soins », le Printemps de la Psychiatrie s’insurge contre les récentes attaques à l’égard d’une psychiatrie et d’une pédopsychiatrie humanistes, ainsi qu’à l’égard de la liberté de choix de leurs soins, pour les soignants comme pour les patients.
Depuis plusieurs mois maintenant, des communiqués de collectifs et de syndicats se multiplient pour dénoncer une forme de « police des soins psychiques », qui va à l’encontre d’une pratique soignante qui a besoin de pluralité et d’une compréhension élargie de problématiques complexes. Car le ton se durcit : M. Lionel Collet, président de la Haute Autorité de Santé (HAS), déclare ainsi souhaiter rendre opposables certaines recommandations afin de « s’assurer que les prescripteurs fassent ce qu’on recommande » (1) M. Étienne Pot, délégué interministériel à la stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement (TND) exprime même ouvertement : « Le non-respect des recommandations n’est pas entendable ».
Cette tentative de standardisation du soin, cherchant à transformer les recommandations de bonnes pratiques professionnelles (RBPP) en obligations, ne rentre pourtant pas dans les prérogatives de la HAS. Comme le disait Agnès Buzyn, alors présidente de la HAS en 2017 : « Les recommandations de bonnes pratiques de la HAS n’ont pas à être opposables, car la médecine est un art évolutif. » (2) En réalité, ces préconisations, même si elles ne sont pas encore opposables légalement, imprègnent déjà les formations, la démarche qualité et les organismes de certification des établissements de santé. Peu à peu, la liberté de choix de leurs soins, pour les soignants comme pour les patients, est rognée.
Ainsi, une levée de boucliers a répondu à une nouvelle tentative de contrôle, contre l’amendement 159 présenté au Sénat « proposant d’interdire, tout financement public des soins, actes et prestations se réclamant de la psychanalyse ou reposant sur des fondements théoriques psychanalytiques » et ce quel que soit le dispositif : CMP, Mon soutien psy, établissements médico-sociaux, exercice libéral… Une pétition a récolté en deux semaines 101470 signatures. (3)
Alors « Bas les Masques ! »
Alors qu’en 2017, la HAS souhaitait conserver la pluralité des approches cliniques, huit ans après en 2025, il est question d’uniformiser les prises en charge. Dans cette logique, au Sénat, la proposition de loi 385 voudrait intégrer les centres experts dans le code de la santé publique, centres experts promoteurs de diagnostics, avides de données pour faire « avancer la science » : recommandations de traitement médicamenteux ou rééducatifs soutenus par les progrès numériques.
Le texte justifie cette orientation en avançant la promesse d’une économie annuelle de 18 milliards d’euros, fondée sur la promesse fallacieuse d’une réduction de 50% des jours d’hospitalisation. Cette promesse a été jugée bien fragile, comme en atteste un article du Monde de Stéphane Foucart le 4 juin 2025 (4). Cette proposition de loi procède d’une analyse minimaliste et faussée des besoins en soins psychiatriques en France. Elle ne tient aucunement compte des difficultés pour la population d’accéder à des services publics de soins psychiques largement encombrés et en manque criant de moyens humains.
Ces centres experts se présentent comme des centres d’excellence qui font des diagnostics, comme si le geste diagnostique était l’essentiel du travail d’une psychiatrie dite « de précision ». Le soin, la temporalité du soin, le soin singulier sont niés de fait : une fois la batterie diagnostique réalisée (le plus souvent par des internes plutôt que par les professeurs à la tête de ces centres), les patients sont renvoyés à des soins hyper-spécifiques, inexistants ou inaccessibles sur le territoire, et donc à leur solitude déçue, avec des prescriptions médicamenteuses qui n’innovent en rien sur celles déjà proposées par leur psychiatre référent, dépouillés de leurs données de santé entre temps algorithmisées.
L’approche strictement bio-médicale et rééducative de ces centres, ne prenant en compte ni l’histoire de vie ni l’environnement, s’avère réductionniste : nous savons que les personnes vivant dans la précarité risquent statistiquement de développer plus de troubles psychiques que les autres (F.Gonon) (5). Prendre en compte la vie psychique, c’est considérer la singularité du patient dans son environnement familial et social. Cet aspect du travail des équipes pluridisciplinaires est écrasé par le diagnostic devenu l’unique stratégie en santé mentale !
Nous rejetons cette proposition de loi fomentée sans débat démocratique avec la population, sans consultation des usagers, soignants et chercheurs, et appelons les sénatrices et sénateurs à la rejeter lors de sa mise au débat le 16 décembre prochain.
Elle présente d’importants risques pour la santé publique. Les centres experts, actuellement au nombre de 54, sont loin du terrain et sont des émanations de la fondation FondaMental, dont les mécènes sont entre autres Dassault, Sanofi, BNP Paribas, fondation Bettencourt… et dont certains professionnels pourraient être soupçonnés de conflit d’intérêt, à être à toutes les places.
Pour une éthique respectée
La psychiatrie et la pédopsychiatrie de secteur, qui proposent un accueil à tous publics, ont besoin de moyens pour soigner dans les meilleures conditions possibles. Elles sont en souffrance depuis de longues années et les alertes n’ont aucunement été prises en compte, au point que beaucoup de structures ferment. Ce sont des personnes en souffrance psychique que l’on abandonne, ce qui n’est pas sans conséquences sur la vie sociale de chacun.
Mais il est politiquement aisé de s’en servir pour défendre une politique sécuritaire au lieu de s’interroger sur ce qui a mis en carence les institutions et services d’accueil des personnes en difficultés psychiques.
Les équipes de psychiatrie et de pédopsychiatrie de secteur travaillent à une clinique de proximité. Elles sont amenées à développer le plus de créativité possible pour mener à bien des soins sur mesure et en lien avec les partenaires sociaux et médico-sociaux. Protocoles et injonctions vont à l’encontre de la réflexion nécessaire pour réaliser ce travail minutieux : médiations thérapeutiques, entretiens avec les familles concernées, accompagnement du patient dans la quotidienneté…, pour rechercher un équilibre toujours fragile lorsque la souffrance psychique est intense.
Les missions du service public et des établissements médico-sociaux sont sans cesse mises à mal et ce dénigrement systématique devient insupportable. Cette attaque de la liberté de choix des soignants et des premiers concernés de leurs soins est une attaque en règle de l’état de droit, état sans lequel ne peuvent se faire une psychiatrie et une pédopsychiatrie respectueuses des droits fondamentaux des premiers concernés.
Ainsi, la mise en avant des centres experts comme solution unique est violente, tant vis-à-vis des populations concernées que des soignants, surtout quand l’enjeu apparaît être plutôt celui du gain financier pour les assurances privées, start-up et autres entreprises lucratives…
Comme l’a souligné Mathieu Bellahsen lors du forum de l’Évolution Psychiatrique (6), les centres experts sont les pointes avancées du santé-mentalisme au croisement de la cérébrologie (discours et pratiques centrés sur le cerveau) et du capitalisme algorithmique : produire des données, les valoriser, créer des marchés. L’enjeu, on l’aura compris, est la diminution des coûts des services publics, voire leur démantèlement et l’augmentation des profits des acteurs privés.
Voter cette loi serait participer à la privatisation du service public et le vendre à la découpe aux start-up de la Mental Tech.
Le Printemps de la Psychiatrie appelle toutes les organisations professionnelles, syndicales, associatives, mais aussi toutes les personnes concernées, professionnels, patients et proches, à signer la pétition Contre la PPL 385 avant le 16 décembre, et à lutter ainsi contre l’abandon de la clinique et du service public de proximité déjà bien attaqués en psychiatrie, en pédopsychiatrie comme dans les établissements et services sociaux et médico-sociaux.
Nous les appelons à rester mobilisées et à participer à toutes les actions collectives et unitaires en train de se développer pour soutenir nos valeurs d’accueil et de solidarité sanitaire.
Le Printemps de la Psychiatrie, le 10/12/2025

Notes de bas de page
1) Dans une interview de l’APM News.
2) Interview d’Agnès Buzin : https://www.lequotidiendumedecin.fr/actus-medicales/sante-publique/les-recommandations-de-la-has-nont-pas-etre-opposables-assure-sa-presidente
3) Pétition « Non à l’amendement 159, oui à la pluralité des approches ! »
5) Interview de François Gonon : https://carnetpsy.fr/le-discours-des-neurosciences-a-des-effets-politiques/
6) version texte de l’intervention de Mathieu Bellashen sur son blog Mediapart , toutes les vidéos du forum Contre le démantèlement de la psychiatrie publique sur la chaîne d’Evolution psychiatrique.
Choisir ses soins


FondaMental – sans filtre ni analyse sur France Inter ?
Le mercredi 24 septembre 2025, la station France Inter axera sa programmation sur la santé mentale, lors d’une journée spéciale intitulée « Santé mentale : des solutions existent » se faisant relais des approches techno-scientifiques promues par cette fondation, faisant l’apologie d’une véritable révolution qui se ferait sans l’humain – qu’il soit soigné ou soignant.
Voici la lettre adressée par le Printemps de la psychiatrie à Madame Emmanuelle DAVIET, Médiatrice de Radio France
Madame,
Le mercredi 24 septembre 2025, la station France Inter axera sa programmation sur la santé mentale, lors d’une journée spéciale intitulée « Santé mentale : des solutions existent ». Le point de vue éditorial est limité à la valorisation des solutions telles que l’IA, la génétique, l’imagerie et la technologie, l’alimentation, l’épigénétique, le développement de thérapies ou d’applications pour anticiper et surveiller les crises, toutes présentées comme « une révolution globale » assurée par les technosciences.
Le mouvement Printemps de la Psychiatrie réuni le 20 septembre, s’inquiète et s’indigne qu’une radio du service public développe toujours en 2025 – alors que la santé mentale a été désignée Grande cause nationale – un point de vue unidimensionnel visiblement orienté par la fondation FondaMental, traversée par de nombreux conflits d’intérêts avec les firmes technologiques, industrielles et pharmaceutiques, alors que la mission d’une radio publique doit viser la pluralité de l’information. Un travail journalistique ne devrait pas permettre de relayer sans filtre ni analyse le lobbying financé par les intérêts privés[1].
Pourtant, la presse généraliste a diffusé l’information (article de Stéphane Foucard dans le journal Le Monde du 28 mai dernier dans la rubrique « Sciences et éthique scientifique ») que la valorisation des approches de Fondamental et de ses Centres Experts est erronée. En effet, plusieurs études scientifiques (de chercheurs et médecins)[2], contestent les résultats présentés par Fondamental, qui servent d’arguments pour une proposition de loi visant à réaliser 18 milliards d’économies en généralisant à l’ensemble du territoire les « Centres experts en psychiatrie » pilotés par cette fondation de droit privé (ici juge et partie). Ces scientifiques mettent en cause l’organisme pour usage « trompeur » de données scientifiques à des fins de communication.
Lors de cette journée d’émissions « Parlons Santé Mentale » se faisant relais des approches techno-scientifiques promues par cette fondation, faisant l’apologie d’une véritable révolution qui se ferait sans l’humain – qu’il soit soigné ou soignant. Les conflits d’intérêt devraient être clairement énoncés, nous tenons à insister fortement sur ce point.
Une radio publique ne devrait pas cautionner cette vieille rhétorique de la promesse de solutions pour la psychiatrie et pédopsychiatrie qui seraient dues aux neurosciences et aux technologies affichées comme une économie efficace, alors qu’il s’agit en réalité de légitimer le désinvestissement du social en général, et de la psychiatrie publique, faite pour et par des humains, en particulier.
Les solutions d’accueil, de soin et de l’accompagnement axés sur la reconnaissance de la primauté du soin relationnel proposées par de nombreux services de la psychiatrie publique ont fait leur preuve. Face à l’approche techno scientifique réductrice, nous défendons la spécificité de la maladie psychique, qui nécessite une approche singulière, un travail d’équipes pluridisciplinaires et la co-construction d’alliances thérapeutiques fécondes avec les personnes accueillies.
En espérant que notre lettre retiendra votre attention, nous vous adressons, Madame la Médiatrice, nos salutations respectueuses.
LE PRINTEMPS DE LA PSYCHIATRIE
Contact : printempsdelapsychiatrie@gmail.com
- Lien vers l’article le Monde du 28 mai 2025 : https://www.lemonde.fr/sciences/article/2025/06/03/la-communication-de-la-fondation-fondamental-epinglee-pour-embellissement-de-resultats-scientifiques_6610297_1650684.html
Autres liens bibliographiques :
- Bellahsen L & Bellahsen M, L’expertise contre l’expérience, Savoir/Agir 2020/2 N° 52, pages 53 à 62. https://shs-cairn-info.accesdistant.bu.univ-paris8.fr/revue-savoir-agir-2020-2-page-53?lang=fr&ref=doi
- Chamak B., (2024), Impact des changements des classifications psychiatriques, et limites des méthodes comportementales, des neurosciences et de la génétique, in L. Sciara et al : Troubles du neurodéveloppement ?, Érès, Toulouse, 205-218. https://shs-cairn-info.accesdistant.bu.univ-paris8.fr/troubles-du-neurodeveloppement–9782749280813-page-205?lang=fr
- Di Vittoro P, Minard M & Gonon F (2013), Les virages du DSM, enjeux scientifiques, politiques et économiques, Revue Hermès, n°66, p85-92, 2013/ 2. https://shs-cairn-info.accesdistant.bu.univ-paris8.fr/revue-hermes-la-revue-2013-2-page-85?lang=fr
- Gonon F., Gouraud H., Gillibere A., Falissard B., Cosgrove L., Kepp K. P., Cristea I. A., Naudet F. (2025). Advocacy by nonprofit scientific institutions needs to be evidence-based: a case study, SSM – Mental Health, 7, 1200464 https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2666560325000763?via%3Dihub
- Kirkbride et al. : (2024) The social determinants of mental health and disorder: evidence, prevention and recommendations, World Psychiatry (2024) ;23, :58-90.https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1002/wps.21160
- Parrazzelli M, 2020, « Du développement de l’enfant à son développement optimal, Regard critique sur les enjeux politiques des programmes de prévention précoce au Québec », in Pierre Suesser et al., Parentalité, développement, apprentissages, Toulouse, « 1001 et + », ERES. https://shs-cairn-info.accesdistant.bu.univ-paris8.fr/parentalite-developpement-apprentissages–9782749267074-page-231?lang=fr
- Ponnou S, 2020, Hyperactivité / TDAH : trouble scandale, Le Sociographe, Champ Social, 2020/4, N°72, pp79-93. https://shs-cairn-info.accesdistant.bu.univ-paris8.fr/revue-le-sociographe-2020-4-page-79?lang=fr
Ajout de 3 articles en réf :
Lobbying forcené et méthodes scientifiques douteuses : comment la fondation FondaMental impose ses vues à la psychiatrie française
https://www.humanite.fr/societe/psychiatrie/sante-mentale-comment-la-fondation-fondamental-grace-a-ses-relais-politiques-et-ses-methodes-scientifiques-douteuses-impose-ses-vues-a-la-psychiatrie-francaise
Dans Le Monde Diplomatique N° 203 d’octobre/novembre 2025
Santé mentale, symptômes d’un monde fêlé (Le Monde diplomatique, octobre 2025)
Une psychiatrie sous influence, par Anne Waeles (Le Monde diplomatique, octobre 2025)
[1] Les mécènes de la Fondation FondaMental : Bouygues, Capgemini, Clinéa, Klésia, Doctissimo, Institut Montaigne, Fondations Dassaut, Bettencourt, Pinaut, et les laboratoires pharmaceutiques AstraZeneca, Jansen, Lilly, Roche, Lundbeck, Otsuka, Sanofi, Servier, …
[2] Gonon F., Gouraud H., Gillibere A., Falissard B., Cosgrove L., Kepp K. P., Cristea I. A., Naudet F. (2025). Advocacy by nonprofit scientific institutions needs to be evidence-based: a case study, SSM – Mental Health, 7, 1200464
Communiqué de soutien au CH de Lavaur, 17 juillet 2025
Non à la maltraitance psychique de la population du Tarn !
Pour une psychiatrie publique de Secteur répondant à ses besoins de Santé Mentale !
Le Printemps de la psychiatrie dénonce la situation qui est faite au CH de Lavaur entrainant en quelques mois, la fermeture de lits, d’un service de post cure, d’un hôpital de jour, la fusion des CMP, la réduction des moyens humains des équipes pluridisciplinaires…
Ce qui a conduit récemment à jeter à la rue des patients hospitalisés, soi-disant faute de solution d’accueil adaptées. Et maintenant la transformation d’un service d’accompagnement et de resocialisation dans lequel il n’y avait pas de limite de durée d’accueil, en 2ème service d’admission. Une des raisons invoquées est de permettre de désengorger les services Toulousain, eux même victimes de fermetures de services, qui permettent entre autres de faire des économies sur la masse salariale à Purpan ! Pire ils envisagent d’y mettre une chambre d’isolement et sont en train de réfléchir comment fermer le service d’admission actuel resté ouvert pendant plus de 50 ans !!
Tout cela en mettant en avant le droit des patients, la désinstitutionalisation, le décloisonnement, l’ouverture sur la cité, le travail communautaire, le rétablissement…
Continuer à lire … « Communiqué de soutien au CH de Lavaur, 17 juillet 2025 »Une heure et demie avec Frank Bellivier
Communiqué commun, Convergence des Psychologues en Lutte, Manifeste psy et le Syndicat National des Psychologues.


Mobilisation à Lavaur (81)
Lire et signer la pétition : STOP AU DEMANTELEMENT DE LA PSYCHIATRIE A LAVAUR ET AUX FERMETURES DE SERVICES
Mobilisation contre la suppression de 15 lits au centre psychothérapique de Lavaur : le 27 juin RDV à 9 h 30 dans la cour d’honneur de l’Hôpital général de Lavaur
La direction a annoncé au personnel du service de soins psychiques intensifs La Gravette que 15 lits seraient supprimés à terme et qu’il n’y aurait plus d’aides-soignant.e.s. Un choc pour le personnel soignant. Avant une mobilisation prévue en fin de semaine prochaine(vendredi 27 juin) le témoignage de 3 d’entre eux a été recueilli par France 3.
Non au renoncement au « temps qu’il faut » pour soigner en psychiatrie !
Colloque à l’Assemblée nationale le 18 juin 2025
Intitulé La psychiatrie d’aujourd’hui et de demain : répondre à l’urgence, répondre aux besoins et porté par Elise Leboucher de LFI, ce colloque faisait suite à plusieurs rencontres entre le Printemps de la psychiatrie et les parlementaires du Nouveau Front Populaire depuis le mois de septembre 2024.
Au programme, un exposé du neurobiologiste François Gonon ouvrait la discussion de la table ronde « Quelles politiques de santé mentale en partant des besoins? » avec Bruno Fallissard, Sonia Charapoff, et Martin Pavelka pour le Printemps de la psychiatrie. La députée Anne Stambach Terrenoir de LFI présentait ensuite son rapport sur la santé mentale des mineurs.
Entre un projet de loi transpartisane qui a beaucoup déçu le Printemps pour ses nombreuses concessions et l’hypothèse d’une « Loi cadre » pour la psychiatrie, quelques contradictions ont été discutées en conclusion.
Voici le tract distribué aux participants :




Carte des lieux de résistance à la déshumanisation des soins psychiques

L’idée cheminait depuis les Assises du soin psychique 2024, la carte interactive est en ligne !
https://resistancepsy.gogocarto.fr/map#/carte/@46.33,2.50,5z?cat=all
Pour toute information ou question : carte.resistance.psy@proton.me

UberPsy, la suite
Communiqué du 07/04/2025
Frank Bellivier, délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie, s’est fendu le 27 mars 2025 d’une interview dans l’Express au sujet de l’avenir des psychologues. Il y vante un projet gouvernemental de remise aux ordres des psychologues, au prétexte notamment du déploiement d’une version élargie du dispositif MonSoutienPsy.
Le contenu de ses propos au cours de cette interview et la conception réductrice du soin qu’il y promeut ont été largement dénoncés dans tous leurs aspects par les organisations de psychologues, notamment par la Convergence des Psychologues en Lutte (signataire du manifeste du Printemps de la psychiatrie). Nous rejoignons entièrement les critiques formulées par ces organisations.
Si de rares remarques de sa part apparaissent aller dans le bon sens (comme sur l’absence d’intérêt de la création d’un ordre des psychologues), M. Bellivier déploie a contrario de nombreuses contre-vérités cherchant à décrédibiliser une profession qui, pourtant, serait à l’heure actuelle en nombre suffisant pour contribuer largement et rapidement à atténuer la crise générale que connaît la psychiatrie publique.
Par la promotion intensive du dispositif MonSoutienPsy (déjà dénoncé à plusieurs reprises par le Printemps de la psychiatrie), le gouvernement vient renforcer la dégradation des services publics de psychiatrie, et particulièrement ceux du secteur. Celui-ci était pourtant initialement voué à accueillir toutes les formes de souffrances psychiques, des plus légères aux plus graves, dans des modalités adaptées au cas par cas, sans forcément passer par l’hospitalisation ou la psychiatrisation que beaucoup redoutent. Ainsi, des patient.e.s pouvaient (et peuvent encore) être accueilli.e.s par des psychologues en première intention, sans jamais rencontrer d’autre professionnel.le médical.e (psychiatre, infirmier.e.s, etc.). Cependant, en cas de besoin de soin ou d’accompagnement plus étoffé que des consultations ou une psychothérapie individuelle, le.la psychologue peut s’appuyer sur les divers professionnel.le.s de son équipe avec lesquel.le.s il et elle travaille déjà au quotidien.
C’est tout le contraire de ce que propose M. Bellivier : plutôt que de renforcer les équipes de psychiatrie de secteur, celui-ci prône le tout privé libéral et la création d’un deuxième échelon (MonSuperSoutienPsy) pour les patient.e.s aux pathologies les plus graves. Il poursuit ainsi la destruction de la psychiatrie publique, via la libéralisation et l’uberisation des interventions, dans une psychiatrie à la carte sans coordination ni continuité des soins.
Le Printemps de la psychiatrie ne saurait soutenir l’accélération annoncée de ce morcellement des prises en charge : nous affirmons au contraire la nécessité de renforcer les collectifs de soins, collectifs indispensables pour assurer une continuité des soins de qualité, le temps qu’il faut (et non pour un nombre restreint de séances), notamment auprès des patient.e.s les plus en difficulté.
M. Bellivier sous-entend par ailleurs que les psychologues n’ont actuellement pas les compétences requises pour exercer auprès de patient.e.s souffrant de pathologies lourdes, et qu’une réforme du référentiel universitaire serait nécessaire, avec notamment l’appui sur le ministère de la santé. Or, il semble méconnaître la réalité du métier et des formations des psychologues, historiquement et pertinemment rattachées aux sciences humaines et sociales. Les universités obligent déjà les étudiant.e.s en master de psychologie clinique à réaliser un stage en psychiatrie, dont tout le monde partage l’intérêt et la nécessité dans cette formation spécifique.
Même s’il s’en défend, son objectif est limpide : la paramédicalisation des psychologues (via une formation faite par le ministère de la santé, et un détricotage du titre unique des psychologues rattaché.e.s aux sciences humaines et sociales) et l’uniformisation des soins autour de pratiques spécifiques : une mise aux ordres visant à décréter quels soins, ou autrement dit quelles bonnes pratiques, seraient autorisés auprès de telles ou telles pathologies.
C’est une prise de position grave, qui ne touche pas que les psychologues : c’est toute la psychiatrie, ses professionnel.le.s, ses usager.e.s et leurs familles, qui sont concerné.e.s par cette tentative de contrôle du travail des psychologues. M. Bellivier précise en effet quelles pratiques devraient être selon lui labellisées : « la remédiation cognitive dans la schizophrénie, la psychoéducation dans les troubles bipolaires ou en prévention des rechutes dans les troubles dépressifs récurrents, les thérapies cognitivo-comportementales dans les troubles anxieux, ou l’EMDR dans le psychotraumatisme. » C’est une prise de position idéologique dévoilant une conception du soin psychique uniquement rééducative et fonctionnaliste, un dévoiement de la notion même de « soin psychique » faisant l’impasse sur les pratiques des professionnel.le.s ayant pourtant démontré leur pertinence (y compris l’approche psychodynamique) et surtout sur la nécessaire liberté de choix des patient.e.s des soins qu’ils et elles souhaiteraient recevoir.
M. Bellivier vise par ailleurs une « meilleure intégration des psychologues dans le parcours de soins et les accompagnements ». Le Printemps de la psychiatrie continue de dénoncer le fait que le dit « parcours de soins » conceptualise – à tort – les soins psychiques sur le modèle des soins somatiques. Ce modèle vide la psychiatrie de sa spécificité et contribue au soin morcelé, aux antipodes de la philosophie de secteur.
Nous sommes particulièrement inquiet.e.s de la direction que prendrait la psychiatrie française si de telles réformes venaient à être déployées. Nous appelons les citoyen.ne.s, les professionnel.le.s, les personnes concernées, les familles, à se mobiliser pour refuser ces réformes, pour exiger le rétablissement de moyens conséquents aux services publics pour des soins psychiques humains, dignes et respectueux de la liberté de toutes et tous.
Le Printemps de la psychiatrie

Contact presse : printempsdelapsychiatrie@gmail.com