Communiqué de l’USP du 30 avril 2020

Communiqué de soutien de l’USP à l’appel du Printemps de la psychiatrie « Opération déconnexion, halte au codage du soin », le jeudi 30 avril 2020

Si le projet de loi de financement de la psychiatrie, applicable au 1er janvier 2021, prévoit une dotation majoritairement populationnelle, il prévoit également des dotations complémentaires qui verront récompensées l’exhaustivité et la qualité du codage, jugées insuffisantes, particulièrement dans les CMP (Dépêche APM du 25/10/19).
Ce codage, selon Didier Guidoni, membre de la Task force Réforme du financement du système de santé au ministère des Solidarités et de la Santé, servira à « réfléchir aux futurs modes de financement dans 10 ans ».
L’USP refuse le codage des soins qui serait la porte ouverte à la T2A en psychiatrie.
L’USP réclame une dotation globale calculée en euros par habitant, c’est-à-dire selon la démographie du secteur (contribution de l’USP pour la table ronde du 17 janvier 2020 à l’Assemblée nationale).

L’USP exige un re-basage de la dotation annuelle par rapport aux déficits actuels, notamment que soient pris en compte le GVT, l’augmentation du point d’indice, les nouvelles primes… dans les DAF allouées chaque année, ce qui n’est pas le cas actuellement !
L’USP et les professionnels de la psychiatrie sont prêts à rendre compte de leur travail, particulièrement dans cette période de crise sanitaire où les nombreuses expériences menées montrent la vitalité et la créativité des équipes de soins mais l’USP refuse de compter, toujours compter, rien que compter…
Les professionnels de la psychiatrie en ont assez de ces recueils de données informatisées chronophages et veulent reprendre en main leur temps passé auprès des patients.

à propos de l’appel « Halte au codage du soin »

Dans la continuité de l’Assemblée Générale du 30 novembre 2019 au T2G (Théâtre de Gennevilliers) qui a réuni de nombreux patients, soignants, familles, organisations et collectifs inscrits dans la défense d’une psychiatrie à visage humain, et suite à la publication de l’enquête militante de la Commission contre les outils gestionnaires, le Printemps de la psychiatrie  lance l’Opération « déconnexion », halte au codage du soin !

Cet appel à la grève des actes a pour vocation d’engager un mouvement de réflexion et d’analyse critique sur les outils de gestion informatisée en psychiatrie et les politiques d’austérité dont ils sont le bras armé depuis les années 90. Il a aussi pour but de soutenir les équipes soignantes d’ores et déjà investies dans la grève des actes et d’être rejoint par le plus grand nombre. Nous le publions avec les premières signatures auxquelles s’ajouteront celles des collectifs, organisations et personnes souhaitant soutenir ce mouvement.

Le débat au sein du Printemps continue son chemin. En ces temps difficiles de crise sanitaire et de restrictions des moyens soignants depuis deux mois, certaines équipes souhaitent poursuivre l’activité de codage pour valoriser leur intense activité et des dispositifs nouveaux.

La réforme du financement de la psychiatrie, qui prévoit de valoriser un meilleur codage afin que les données soient mieux utilisées, est le premier pas vers la Tarification à l’activité en psychiatrie. Elle prendra effet en janvier 2021. Elle ne doit pas rester sans réponse. Aujourd’hui, l’ADESM, la Fédération Hospitalière de France et d’autres organisations sont en train de battre campagne pour accélérer la mise en place d’une tarification standardisée en psychiatrie et soutenir la logique des partenariat publics/privés. Ce sont ces mêmes organisations qui ont impulsé le Programme de Médicalisation des Système d’Information en Psychiatrie dès 1995 ouvrant sur plusieurs décennies de gestion désastreuse de la psychiatrie publique. Pour rappel, Frank Bellivier, délégué ministériel de la santé mentale en charge de cette réforme est un membre très actif de la Fondation FondaMental dont nous avons déjà parlé à de nombreuses reprises.

S’informer, débattre, c’est construire ensemble ce que nous souhaitons.

Toutes les forces progressistes dont les organisations syndicales sont interpellées pour soutenir cet appel :

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Opération déconnexion, halte au codage du soin!

Depuis une vingtaine d’années, les ordinateurs sont entrés dans le quotidien des soignants en psychiatrie et plus largement dans tous les domaines de la santé. Cela dans un contexte de dégradation continue de la qualité de l’accueil des patients et des conditions de travail des soignants. Cet accroissement exponentiel des outils numériques est vanté comme un signe de « progrès, technologique» qui promet une « amélioration de la qualité des soins » (Agnès Buzyn, 2018).

Loin d’être un progrès, l’informatisation est utilisée comme le vecteur d’une gestion comptable de la santé avec la mise en place de la Tarification à l’Acte (T2a) entraînant des dommages que nous constatons pour les hôpitaux généraux. La pandémie du COVID-19 a révélé l’ampleur de la dégradation du système public de santé résultant des politiques d’austérité.Depuis le début des mesures de confinement liées au COVID-19, les directions des établissements de santé, du social et du médico-social invoquent une remise en cause des financements si les services ne saisissaient plus d’actes pendant cette période.

Pour pallier ce risque, certaines directions se sont empressées d’ajouter la case « télétravail » sur le logiciel de Recueil d’Information Médicale en Psychiatrie (Cortexte, Cariatides, etc.)

Le Gouvernement se félicite à longueur de temps de la généralisation du télétravail qui permettrait de sauver l’économie du pays pendant et après la crise du COVID-19. Ce faisant, on banalise le recours aux nouvelles technologies induisant en santé une dématérialisation de la relation soignant-patient et renforçant la surveillance. La généralisation du télétravail, accentue en fait l’isolement des soignants alors que rien ne peut remplacer « une présence en chair et en os » (Pascale Molinier, 2020) dans les métiers du soin comme dans bien d’autres domaines centrés sur l’humain.

L’enquête militante sur les logiciels de recueil de données en Psychiatrie, conduite par la Commission contre les Outils Gestionnaires du Printemps de la Psychiatrie en avril 2020, a montré comment ces données permettent de renforcer et d’accélérer le processus de marchandisation de la santé y compris de la santé mentale, en passant par une multiplication des partenariats public/privés qui œuvrent notamment à la création de nouveaux produits d’e-santé mentale.

En saisissant des informations dans les logiciels tels que Cortexte, Cariatide, Osiris, les soignants contribuent au Recueil d’Informations Médicales en Psychiatrie (RIM-P) qui fonctionne sur le même mécanisme que la Tarification à l’acte. Dans les faits, ces outils numériques constituent le bras armé des politiques à l’origine des mesures d’austérité, de valorisation marchande et de réduction du sujet à ses neurones ou à sa chimie. Cette déshumanisation progressive du secteur conduit à l’uniformisation et à l’appauvrissement des pratiques avec la remise en cause de la singularité de l’exercice de chaque professionnel. La saisie de ces actes imposés est clairement au service d’une gouvernance par les chiffres préparant la transition vers un système de tarification standardisée en psychiatrie qui devrait être mis en place à partir de janvier 2021.

Cette gouvernance a des effets directs et délétères depuis de nombreuses années dans tous les secteurs. Ainsi, à l’instar des logiciels de recueil de données en Psychiatrie, les logiciels des secteurs du social et du médico-social (Solis, Simez, PEPS+, Seraphin-PH ou encore COSMOS…) balayent tout questionnement éthique et conduisent également à une uniformisation des pratiques individuelles et singulières de chaque professionnel.

Nous appelons toutes les forces progressistes et humanistes, et plus largement toute la société, à soutenir l’appel que nous lançons dès à présent pour combattre les dangers que représente la prolifération des outils informatisés pour les libertés individuelles et la qualité des soins et de l’accompagnement social. Le soutien des organisations syndicales et politiques, des associations professionnelles, des collectifs militants est déterminant pour amplifier notre action et nous permettre de reconstruire ensemble un futur différent dans le champ du soin et de l’accompagnement social, en rupture avec les politiques menées par le désordre néolibéral.

Le collectif du Printemps de la Psychiatrie et les signataires de ce communiqué appellent les secteurs de la santé, du social et du médico-social à :

▶ Cesser dès à présent de coter les actes comme cela est déjà le cas lhôpital général avec le Collectif inter-hôpitaux (CIH) : la santé na pas de prix, le temps accordé aux soins et à laccompagnement social non plus.

Tout le monde peut comprendre que passer un pourcentage important de temps à rendre des comptes via un logiciel informatique est « une perte de temps » au détriment de l’accès aux soins et à un accompagnement social.

▶ Informer massivement les patients et les familles de leur droit à refuser le Dossier Patient ou social Informatisé.

Tout patient ou toute personne accompagnée a le droit de refuser la création de son Dossier Patient ou Social Informatisé et la saisie de ses données dans le cadre du respect de l’anonymat conformément à la loi.

▶ Redonner de la liberté et de la puissance dagir aux collectifs de soins et daccompagnement dans les lieux de prise en charge de la santé, du social et du médico-social (patients, familles, soignants et citoyens).

La logique du soin et de l’accompagnement social doit l’emporter sur les logiques gestionnaires. Le pouvoir administratif et gestionnaire doit être subordonné à cette logique et non l’inverse.

▶ Se mobiliser massivement afin dempêcher que la crise du COVID-19 serve d’alibi pour le renforcement et l’accélération des réformes gouvernementales.

L’accentuation des pratiques qu’impose la gestion de la crise du COVID-19 ne doit pas déboucher sur le renforcement du contrôle social et des populations et à la dématérialisation du soin et de l’accompagnement social, légitimant les politiques de restrictions budgétaires qui conduisent inévitablement au formatage et à l’appauvrissement des pratiques.

Au lieu d’une célébration hypocrite de l’héroïsme des “premières lignes” et d’un appel à la résilience des français, nous exigeons la “résiliation“ de toutes les politiques publiques à caractère anti social, gestionnaire et financier.

Construisons dès maintenant la « grève » des données informatisées en psychiatrie, en social et médico-social et engageons l’opération « déconnexion » de la mise en œuvre des politiques néolibérales qui dégradent la qualité des soins et des accompagnements.

Premiers signataires de l’appel :

  • Collectif des 39

  • Rencontres Nationales du Travail Social en lutte

  • Collectif de la pédospy du 19ème

  • Union Syndicale de La Psychiatrie

  • Le Fil Conducteur Psy

  • Collectif des Semaines de La Folie Ordinaire Francilienne

  • Collectif Ecran Total Paris

  • CGT CEPFI

  • Collectif ACTION SOCIALE CGT 91

  • Délégation France insoumise au Parlement européen

  • NPA

  • Collectif « La Psy Cause » du CHU de St-Étienne

Lettre ouverte du syndicat CGT du Vinatier

Le 4 mai 2020, à l’attention du directeur de l’ARS, du directeur du CHS Vinatier, du président et vice-présidente de CME, et des chefs de pôles…

cgt vinatier 4 mai

Revue de presse :

https://www.leprogres.fr/edition-lyon-villeurbanne/2020/02/04/vinatier-mobilisation-contre-la-fermeture-de-plusieurs-services

https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/rhone/lyon/coronavirus-centre-hospitalier-vinatier-lyon-annonce-fermeture-unite-syndicats-denoncent-1817292.html

https://actu.fr/auvergne-rhone-alpes/bron_69029/fermetures-lits-lhopital-vinatier-pres-lyon-cest-provisoire-repond-direction_33235024.html

 

Chronique d’une journée Extra ordinaire

Chronique d’une journée Extra ordinaire

Aujourd’hui on aurait dû faire avec certains patients de notre unité fermée, une sortie thérapeutique (comme il y en a quelques dimanches par an) mais voilà le covid est passé par là, alors pas de sortie, qu’à cela ne tienne on a organisé une journée exceptionnelle dans le pavillon. 

Petit déjeuner bacon et œufs brouillés, viennoiserie et vraies baguettes. Matinée balle aux prisonniers, fresque collective et Time’s up. Repas fait maison, salade, poulet rôti et riz zembrocal, café et petits gâteaux. Repas partagé où 30 patients en soins sous contraintes avec l’équipe des soignants se restaurent sur une longue tablée dehors dans une ambiance festive. Après-midi blind test et photo avec accessoire rigolo dans des cadres aménagés, goûter gaufre.

Cette journée fut une bouffée d’air frais pour tous, l’angoisse se dissipe un peu, le lien à l’Autre se fait un peu plus, le lien soignant/soigné se renforce un peu plus, le délire se contient un peu plus, une journée où la relation est au cœur du dispositif et où l’on rentre chez soi avec la certitude d’avoir fait du bon travail. Et ça fait du bien.

Dans ces jours sombres où l’on perd parfois le sens de notre soin c’est un rappel que c’est encore possible, que l’énergie soignante est encore là mais qu’il faut parfois un petit coup de pouce pour se lancer. Dans ces jours lumineux, l’institution est soignante, le cadre est contenant et les patients sont bien.

Je souhaite que ces jours perdurent, et qu’ils y en aient plein d’autres, je souhaite que l’on arrive à trouver la formule pour faire comprendre à nos têtes pensantes que la relation soigne. Je souhaite que l’on trouve ensemble un projet cohérent pour que la psychiatrie, la belle psychiatrie, fasse encore de beaux soins et accompagnements pour nos patients. Je pense qu’il faut partir de la base, de la formation, de ce que l’on transmet à nos stagiaires, a nos instituts de formation et que l’on soit étayé pour ça par des médecins chef de service qui ont un projet pour leur service, un vrai projet et une cohérence dans le cheminement des patients dans leur parcours de soin. 

Je voulais juste partager cette journée avec vous.

Caroline, ergothérapeute à La Réunion.

Oui à la vie, non à la technocratie!

Tribune du Collectif des 39 du 1er mai 2020

Jusqu’à quand les graves défaillances subies par les patients et les soignants de la part des Agences régionales de santé (ARS) et de la Haute autorité de santé (HAS) vont-elles continuer ? Elles n’ont cessé de nous alerter et nous font vivre un drame humain aujourd’hui.

Dès le début de la pandémie de COVID, l’inaction de ces agences d’état a dramatiquement privé les soignants de moyens de protection, de matériels adéquats et de tests de dépistage. Sans ces moyens, c’est la perte d’efficacité d’une prévention des risques de contagion pour tous.

Nous avons ici la triste preuve de l’incompétence de ces technostructures, de leur immobilisme et de leur suffisance autocratique. Elles ont bridé voire interdit de nombreuses actions locales. Elles ont empêché l’initiative de médecins, de biologistes, de chercheurs soucieux de déployer un dispositif de crise hors norme. La solidarité et le savoir-faire des soignants et des travailleurs sociaux, avec leurs forces de proposition sur le terrain, ont renversé les logiques de ces agences technocratiques hors-sol.

En effet, les services de soins ont très vite instauré une réorganisation sanitaire dédiée au COVID et aux urgences. La reprise en main de l’organisation non pas managériale mais guidée par les besoins évidents du moment selon les régions et les nécessités s’est imposée. Sur place, les équipes se sont reconstituées, loin des logiques du « new public management » qui cisaillent l’esprit d’initiative. Le courage de chacun, la force des collectifs, et leur inventivité partagée permettent de faire face à la crise, là où ces agences ont montré leurs incompétences.

De fait les Agences régionales de santé sont à l’opposé de cet esprit. Depuis leur création elles n’offrent pas les garanties aux institutions soignantes de fonctionner au service des soignants et des patients, petits ou grands. Elles sont seulement au service des politiques d’austérité et appliquent froidement les logiques de rentabilité et de marchandisation de soins somatiques et psychiques. Sans état d’âme, elles organisent la destruction du service public.  Le « virage ambulatoire » des soins est une destruction du principe d’hospitalité et le « partenariat public-privé » une privatisation de secteurs entiers. Au jour le jour, nous constations davantage d’injustices sociales, et maintenant nous comptons des morts par milliers.

Aujourd’hui il y a de quoi hurler : ça suffit !!

Au delà de la crise sanitaire et sociale, nous disons

NON au despotisme managérial

OUI à la dissolution des technostructures – les A.R.S et la H.A.S 

 Leurs simulacres et leur œuvre de destruction comptable sont responsables de combien de morts ?

POUR LA VIE,  MOBILISONS-NOUS POUR LA FIN DU MANAGEMENT

Collectif des 39, Groupe enfance

Manœuvres à l’hôpital du Vinatier

A propos du Vinatier lire aussi ce témoignage sur la fermeture des unités.

J’AI DÉCIDÉ QU’IL FALLAIT BIEN QUE JE DISE QUELQUE CHOSE SUR LES MANŒUVRES ACTUELLES À L’HÔPITAL DU VINATIER À LYON

Voilà des mois que, dans le monde de la psychiatrie publique, nous savons tous que la situation à l’hôpital du Vinatier à Lyon est devenue de plus en plus difficile. Le Canard Enchaîné du 22.04.2020 y consacre du reste une bonne partie de son article « Traitement de choc en psychiatrie ».

Les désaccords entre bon nombre de médecins et la direction se sont aggravés avec le temps qui passe. La direction est aujourd’hui en conflit aussi avec le personnel soignant non médical.

S’il n’y a pas de réelles solutions collectives à ce jour, cela tient à une attitude particulièrement idéologique du directeur de l’établissement. Ces positions idéologiques ont du reste été clairement exprimées par ce directeur lorsqu’il a soutenu et signé une pétition au contenu très agressif envers la psychanalyse.

Certes, c’est son droit en tant que citoyen, mais le peut-il en tant que directeur d’un hôpital psychiatrique ? Peut-il le faire avec l’étiquette de président de l’Association des établissements du service public de santé mental (AdESM) ?

Ce directeur semble bien déployer des stratégies et organiser ses manœuvres uniquement au service de son idéologie très liée à des positions de gestion purement comptable pour faire des économies sur les soins psychiatriques… Alliances, stratégie d’isolement, clivages qui aboutissent à des comportements tyranniques alors que le dialogue et la conflictualisation avec l’ensemble des équipes de terrain ont toujours été moteur de progrès en médecine et particulièrement en psychiatrie.

Est-il utile de rappeler que la politique de secteur a été construite par le ministère et des psychiatres dans le souci de créer des conditions d’accès à des soins de qualité pour tous les citoyens !

Et voilà qu’aujourd’hui, en pleine difficulté de la pandémie de coronavirus… et voilà que ce directeur en profite pour poursuivre son travail de destruction d’un hôpital reconnu par la profession… Voilà qu’il en profite, sous couvert de motifs pseudo-rationnels et économiques, pour pousser son idéologie de destruction de la politique de secteur et des acteurs qui la portent quotidiennement au côté des patients et des familles.

Le directeur décide de fermer des unités de soins, de regrouper les services sans l’avis des soignants du terrain et des médecins qui n’en reviennent pas.

Ce directeur a-t-il seulement, quotidiennement, été soutenir ses équipes dans les lieux de soins, a-t-il seulement rencontré les patients dans les différents services ? Ou reste-t-il confiné dans la forteresse administrative éloignée des conditions de la réalité quotidienne des patients et des soignants ?

Ces mêmes soignants, ces mêmes médecins qui dans cette crise qui frappe de front la pratique de la psychiatrie dans sa dimension du travail de lien à l’autre et du lien social, ces soignants et ces médecins inventent, innovent et mettent en place des moyens de soutenir les patients dans la traversé de ces multiples solitudes… pendant que le directeur sabote les outils de soins et enlève la dimension thérapeutique à l’institution lorsqu’elle se constitue en collectif.

Le ministère a démis le directeur de l’ARS Grand-Est pour ses déclarations. Et là, rien ne serait fait vis-à-vis d’un directeur d’établissement qui profite d’une crise et des difficultés de chacun à maintenir un lien social.

Rien ne serait dit devant ce procédé et sa mise en application alors que la mobilisation de chacun se doit d’être sur le front de la solidarité et de l’entraide.

Profiter d’une telle situation, même soutenu par certains, pose la question de la capacité à créer une équipe au service du public, une équipe soudée qui est un outil de soin du simple fait de son existence.

Il serait juste qu’aujourd’hui le directeur du Vinatier soit rappelé par l’administration centrale.

Le 27 avril 2020

Docteur Edmond PERRIER, Pédopsychiatre de secteur, 67170 BRUMATH

L’article du Canard enchaîné du 22 avril 2020

 

Bas les masques! : un appel de soignant.e.s à construire un mouvement populaire

« Bas les masques ! » est un appel de professionnels de la santé à poser dès maintenant les bases d’un mouvement populaire, sans attendre un « après-crise ». Parmi les objectifs prioritaires : que les aides financières octroyées avec l’argent public aillent en priorité aux services publics. Plusieurs médias indépendants ont relayé cet appel et leurs modes d’actions, dont Bastamag.net

Nous sommes des soignant.e.s et professionnel.le.s de la santé d’horizons divers. Bouleversé.e.s et en colère, nous décidons de nous lever et de crier haut et fort « Bas les masques ! » Nous disons stop aux mensonges, à l’hypocrisie et au cynisme du gouvernement !

Nous lançons un appel à tous nos collègues professionnel.le.s de santé et du médico-social qui partent travailler la boule au ventre.
Un appel aux « travailleurs et travailleuses essentiel.le.s », aux « premier.e.s de corvée », qui sont exposé.e.s pour faire tourner la machine.
Un appel à toutes les personnes qui n’en peuvent plus de cette gestion de crise calamiteuse, de ce qu’elles endurent depuis des années, d’un système économique, politique et social désastreux.

Retrouvons-nous dès maintenant pour construire un mouvement populaire. Partout, nous devons nous organiser sans attendre un « après-crise » illusoire. Sans cela, les perspectives sont sombres.

L’endettement des États aujourd’hui servira de justification aux politiques d’austérité de demain. Ces mêmes politiques qui ont déjà broyé nos services publics et nos systèmes de santé, d’éducation et de justice. Au prétexte de l’état d’urgence sanitaire, des mesures seront mises en œuvre au service de la surveillance généralisée, du tout sécuritaire faisant infuser dans les esprits la peur, le repli et la stigmatisation.

Alors construisons ensemble dès aujourd’hui, des lendemains heureux. L’avenir sera ce que nous déciderons d’en faire ! Le « monde d’après » nous le voulons juste, centré sur l’intérêt du plus grand nombre et non sur la recherche du profit au bénéfice de quelques uns.

Face à la crise actuelle, nos objectifs prioritaires sont clairs :
- Nous exigeons que des moyens urgents soient immédiatement réunis pour faire cesser la pénurie d’équipements de protection.
- Nous exigeons des mesures d’urgence pour une vie digne pour les plus vulnérables.
- Nous exigeons que les aides financières octroyées avec l’argent public aillent en priorité à nos services publics et que tous les professionnels essentiels à notre société soient enfin rémunérés à leur juste valeur
- Nous voulons mettre fin à ce système qui broie les vies au nom du profit, et construire ensemble une société plus juste, plus équitable, un monde où le soin et la solidarité seront enfin des fondamentaux.

Les actions que nous proposons, pour le moment, sont simples :
- À tous les professionnel.le.s de santé, du médico-social et du social qui se reconnaissent dans cet appel : rejoignez-nous, partagez vos témoignages.
- À tou.te.s les travailleurs.euses « essentiel.le.s », aux « premier.e.s de corvée » qui font tourner la machine : rejoignez-nous également, partagez vos témoignages, construisons un mouvement large au-delà de nos secteurs.
- À toutes et tous : faisons de chaque mardi une journée de mobilisation à nos fenêtres pour la défense d’un système de santé plus juste, et l’avènement d’un « monde d’après » égalitaire (concert de casseroles, banderoles, etc). Et continuons de déposer des plaintes en justice (plaintecovid.fr).

Sortons de l’isolement et retrouvons-nous (sur les réseaux sociaux dans un premier temps). Partageons nos témoignages, nos idées, nos actions. Organisons-nous pour construire un grand mouvement populaire !

« Bas les masques ! » n’est affilié à aucun parti, aucun syndicat, aucune organisation préexistante. Ça n’est pas un collectif figé et délimité, mais une initiative plurielle ouverte à tous et toutes. N’hésitez pas à la diffuser partout autour de vous !

Pour rejoindre l’initiative « Bas les masques ! » :

SITE : www.baslesmasques.co
FACEBOOK : https://www.facebook.com/BaslesMasques2020
TELEGRAM : https://t.me/joinchat/I-4Qt07Bg3MzJZB0qG3_Bg
TWITTER : https://twitter.com/BMasques
YOUTUBE : https://www.youtube.com/channel/UCUsUjdVzFBsXE2YTbMFOOTQ
INSTAGRAM : @mbasles https://www.instagram.com/mbasles/?hl=en
DIASPORA : baslesmasques@framasphere.org
MASTODON : baslesmasques@framapiaf.org

Contact : baslesmasques2020@riseup.net

L’appel est encore ouvert à signature :


Pour les individus, signez l’appel ici : https://baslesmasques.co/index.php/je-signe-lappel/
Pour les collectifs/organisations, signez l’appel ici : https://framaforms.org/signature-de-lappel-bas-les-masques-1587756545

 

Manifeste pour une pédopsychiatrie revitalisée

Par l’Association des psychiatres de secteur infanto-juvénile (A.P.I.)

Manifeste pour une pédopsychiatrie revitalisée

La crise aiguë

Nous, pédopsychiatres de service public, associatif et libéral, nourrissant un rêve pour nos enfants, l’avenir de notre société, sommes confrontés à l’occasion de cette crise du Covid-19 :

  • à l’absence de soins pour nos équipes de la part des tutelles et directions administratives hospitalières qui opposent restrictions/décisions/consignes aléatoires et changeantes à l’inventivité et à l’engagement des soignants ;
  • à l’absence et à l’archaïsme des outils techniques fournis aux services de pédopsychiatrie (postes informatiques, télémédecine…) ;
  • à la pénurie de masques et de gel hydroalcoolique pour les soignants de notre discipline.

La crise chronique

Nous affirmons qu‘il n’est plus supportable :

  • que les soins proposés aux enfants et leurs familles soient toujours plus insuffisants, « en mode dégradé » et toujours plus inégaux sur le plan territorial ;
  • que l’enfant ne soit plus envisagé dans son entièreté et sa singularité mais découpé en symptômes ;
  • que les bases théoriques de la pédopsychiatrie française soient abandonnées au profit de l’hégémonie de la classification américaine du DSM et d’une conception neuro-scientifique des troubles psychiques et de la relation humaine ;
  • que le manque de moyens humains des services de pédopsychiatrie ne soit pas reconnu et que les listes d’attente dans les structures de soin soient systématiquement présentées comme relevant d’un problème d’organisation interne ;
  • que le travail des soignants soit considéré uniquement comme un coût, variable d’ajustement d’équilibres financiers précaires ;
  • que la pédopsychiatrie soit condamnée par sa démographie (80 % des 730 pédopsychiatres français ont plus de 60 ans) et par l’insuffisance de l’enseignement faute de nomination de professeurs de pédopsychiatrie dans nombre d’universités ;
  • que le maillage territorial de secteur en pédopsychiatrie tende à être remplacé par de nouveaux dispositifs de coordination, dits « innovants », alors qu’ils recréent inutilement une organisation de soins déjà en place ;
  • que les directions administratives prennent la main sur l’organisation des soins, basée sur un néo-langage managérial qui brouille nos repères et dévalorise nos pratiques ;
  • que l’environnement dégradé des enfants (habitat, alimentation, mode d’éducation, mal-être de leurs parents) nuise à leur santé physique et psychique dès leur plus jeune âge.

Notre objet étant le soin à l’enfance, nous avons pour mission de nous projeter en permanence vers l’avenir, aussi emparons-nous, emparez-vous d’un possible !

Nous rêvons à :

  • la réintroduction du soin aux enfants comme une priorité nationale et une spécificité de cet âge de la vie ;
  • la valorisation des soignants comme des acteurs respectables et respectés du service public hospitalier et associatif ;
  • la relance de la formation de pédopsychiatres ;
  • l’affirmation de la place de la pédopsychiatrie publique de secteur comme dispositif répondant aux besoins de l’ensemble des enfants dans des conditions d’égalité, de continuité et d’accessibilité, et l’attribution de moyens suffisants pour lui permettre d’assurer cette mission ;
  • la reconnaissance du travail théorico-pratique et pluridisciplinaire ancré sur l’expérience de la psychiatrie de secteur, enrichie de concepts et outils innovants depuis sa création ;
  • la réattribution de moyens aux hôpitaux et l’installation d’une nouvelle gouvernance en cohérence avec des soins accessibles pour toutes les familles ;
  • l’installation d’une réelle protection de nos enfants contre les contenus numériques violents et pornographiques en accès libre ;
  • l’animation du débat public autour d’expériences qui révèlent un autre avenir, de l’éducation citoyenne concernant les besoins de l’enfant, de l’égalité homme-femme, du respect de la différence ;
  • la création d’un ministère de l’Enfance, affirmant la nécessité d’une protection spécifique et coordonnée, pour lancer un chantier de redéploiement du soin incluant l’habitat, l’éducation, les transports, l’alimentation, la culture, qui refondent les besoins fondamentaux de l’enfant.

Pour l’heure, de la périnatalité à l’adolescence, l’accueil et les soins auprès des enfants et leurs familles sont poursuivis sous des modalités plurielles et adaptées à chaque situation, à partir des permanences des CMP, CATTP, hôpitaux de jour, unités d’hospitalisation, accueils familiaux thérapeutiques et consultations d’urgences.

L’énergie considérable pour maintenir cette qualité de liens thérapeutiques et de soins psychiques auprès des mineurs, s’accompagne d’un élan franc et concret vers les familles touchées par l’épidémie ainsi que vers les soignants somaticiens en première ligne (plateformes téléphoniques, dispositifs d’accueil et d’écoute individuels et groupaux, construits en un temps record).

Nos actes d’ici et maintenant nous confortent pleinement dans la nécessité d’une pédopsychiatrie revitalisée à partir du socle existant.

Tribune publiée dans Le Point, le 20 avril 2020