Meurtre réel, politiques criminelles et meurtres d’âmes : l’horreur, ça suffit!

« Toutes nos idées sur la vie sont à reprendre à une époque où rien n’adhère plus à la vie. Et cette pénible scission est cause que les choses se vengent, et la poésie qui n’est plus en nous et que nous ne parvenons plus à retrouver dans les choses ressort, tout à coup, par le mauvais côté des choses ; et jamais on n’aura vu tant de crimes, dont la bizarrerie gratuite ne s’explique que par notre impuissance à posséder la vie. »

Antonin Artaud

Meurtre réel, politiques criminelles et meurtres d’âmes : l’horreur, ça suffit!

Suite à l’horreur de la mort d’une infirmière tuée par un patient d’une unité psychiatrique dans les Deux-Sèvres, le printemps de la psychiatrie souhaite manifester sa solidarité envers la famille de cette professionnelle et en premier lieu envers ses enfants, envers ses collègues, et également envers les patients qui ont assisté à cette catastrophe.

Cette situation est inacceptable. Il est inacceptable qu’une professionnelle de santé meure dans l’exercice de ses fonctions. Il est inacceptable qu’une personne hospitalisée pour des soins recoure à un tel acte de violence.

Il est également inacceptable que toute cette horreur se produisent dans le climat de destruction de l’hôpital public et de la psychiatrie publique en particulier.

Nous n’avons pas les détails de l’enchaînement des faits, ce qui nous invite à la prudence. Nous n’avons pas le détail sur l’effectif, la saturation du service, nous ne savons rien sur l’état clinique du patient au moment du passage à l’acte.

Ce que nous savons, de manière générale c’est que depuis 2008 l’augmentation des moyens en psychiatrie finance exclusivement du sécuritaire (chambres d’isolement, caméras de surveillance, renforcement de la hauteur des murs…). Aucun investissement dans des moyens humains n’a été fait sauf à créer des unités pour malades difficiles et des unités d’hospitalisation pour soins aménagés (UHSA)

12 ans plus tard, les soignants sont dans la rue pour dénoncer la honte quotidienne dans l’exercice de leur travail, l’indignité des conditions d’accueil et de soins des patients, les tensions régnantes à l’hôpital tant avec l’administration, entre collègues, avec les usagers etc.

Depuis plus d’une dizaine d’années, les rapports du contrôleur général des lieux de privation de liberté indiquent la déshumanisation globale qui règne dans la psychiatrie publique, le sous-effectif, le manque de formation, les maltraitances ordinaires…

Quand allons nous arrêter ces politiques criminelles qui sont un terrain propice à ce que le pire surgisse ? Politiques de santé qui non seulement n’arrangent rien mais aggravent encore plus la situation et sa brutalité.

Si nous ne savons rien des causes précises de ce drame, nous connaissons la catastrophe qui sévit dans l’hôpital public dans son ensemble et dans les secteurs de psychiatrie en particulier. 

Nous vivons au quotidien des drames : des personnes qui se suicident, des professionnels en burn-out, des usagers attachés et enfermés quand ils ne sont pas mis à la rue faute de structures ambulatoires etc. Des familles qui ne sont pas entendues ni écoutées.

La violence de la société s’infiltre dans tous les espaces de la société, le monde du soin n’y échappe pas.

Pour que des drames de la sorte ne puissent pas se répéter facilement, il faut pouvoir prendre le temps de soigner, prendre le temps d’écouter et d’apaiser, avoir le temps de se soigner, créer un climat de confiance entre toutes les personnes présentes dans les lieux de soins… Tout ce qui manque pour apaiser et rendre une ambiance de soin sécurisante. 

Pour ce faire, le minimum est de sanctuariser les secteurs du lien humain et d’arrêter d’appliquer des logiques comptables, gestionnaires et déshumanisants qui renforcent toujours plus le terreau favorable au pire.

L’hôpital et moi, une longue histoire

L’hôpital et moi, une longue histoire

Je nais, comme mes aîné-e-s, dans une maternité attachée à un petit hôpital dans la petite ville où ma famille vit. La maternité disparaîtra, comme beaucoup d’autres, et deviendra le V80 (c’est moche, non ?) où ma grand-mère maternelle, tôt veuve, finira sa vie, encore longue. Plus tard c’est une tante qui y sera conduite, elle ne voulait pas quitter sa maison, elle a résisté jusqu’à ne plus pouvoir y rester et est morte très rapidement une fois hospitalisée. Les temps avaient déjà changé.

Je grandis et me heurte à toutes sortes de mystères, de non-dits desquels surgissent quelques mots étranges comme « maniaco-dépressif ». Deux membres de ma famille semblent être atteints de cette maladie dont on parle à voix basse entre adultes mais les enfants à proximité qui n’en perdent pas une miette. La honte s’installe, c’est une maladie honteuse, difficile de la cacher dans une si petite ville où certains sont connus. Et les messes basses continuent, accompagnées de manifestation de compassion, d’encouragements, voire certaines, certains apparaissent comme des héros qui se sacrifient pour leurs drôles de malades.

Dans ces années-là à la campagne, un autre mot m’interpelle, me frappe quasi littéralement le corps : celui de cancer. Il se trouve en plus que mon signe zodiacal est « cancer » ! Beaucoup de paysans meurent de ce mal mystérieux, on ne parlait pas encore des méfaits des engrais et autres tueurs chimiques. Ma famille est touchée.

Mais aussi il y a eu, il y a encore, les guerres : c’est une région qui a été dévastée en 14-18, la ferme est détruite, on la reconstruit, on emploie des étrangers, aux champs, à la maison : des Polonais-ses. Elles, surtout, les femmes sont presque des filles de la famille. Je me souviens encore du prénom et du nom de l’une d’entre elles. Qu’est-elle devenue ?

Il y a les « héros », nombreux dans ma lignée maternelle et ma lignée paternelle, des résistants. A la « débâcle » de l’armée allemande, il y a encore un carnage : un de mes oncles tombe, il ne meurt pas tout de suite, un de ses compagnons est mort sur le coup, mon oncle meurt avant que les secours médicaux puissent arriver, alertés par son fils. C’est un drame, une tragédie familiale, qui accompagnera mon enfance, laissera des traces toute ma vie.

L’aîné de ma famille élargie, de ma génération, est parti « faire la guerre d’Algérie », il reviendra une fois en permission nous apportant des oranges. Vrai faux-souvenir ? Il est tué en Algérie. Sa mère, surtout, son père sera moins disert, restera éplorée longtemps, je n’oublierai jamais cette tombe ornée de fleurs blanches à profusion par ma tante, jusqu’à sa mort. Ses sœurs en resteront marquées à vie.

Ah les hommes de ces familles-là, il y aurait des livres entiers à écrire, morts aux champs d’honneur des guerres, des maladies épidémiques plus récentes, parfois mystérieuses. Un petit-fils de ma tante ci-dessus évoquée meurt au service, dans un pays en guerre, mais de maladie, l’armée française ne livrera jamais le secret de cette maladie, le corps de mon petit-cousin ne sera rendu à sa mère que beaucoup plus tard, trop tard.

Il y eut aussi d’autres morts étranges, d’hommes, encore : le fils de l’oncle tué par les Allemands à la fin de la guerre, celui qui était allé chercher du secours pour son père, sans en avertir personne, avait disparu : le père était mort, le fils disparu quelques heures. Vous imaginez l’effroi ? Cet homme-là, après avoir vécu une vie d’homme, époux, père de famille, apprécié de tous et de toutes – c’était un très bel homme qui faisait danser les femmes dans les bals du village qui étaient des fêtes inouïes, pour lesquelles on tuait le cochon, cet homme-là eut un accident de voiture, sur une petite route de campagne qu’il connaissait bien. Il était seul sur la route, sa voiture alla percuter un arbre. Sa femme, toujours vivante, a une autre hypothèse. Nostalgie ? Rêve éveillé de mon enfance, plutôt, car trop jeune à l’époque, je n’ai jamais dansé dans un de ces bals.

J’ai 15 ans, nous avons depuis peu le téléphone, et j’entends mes parents répéter avec stupéfaction: il ne parle plus. Un de mes cousins du côté paternel a tout à coup, a cessé de parler. C’est totalement incompréhensible pour moi, comment peut-on ne plus parler ? Il est conduit à l’hôpital psychiatrique du département, il y restera longtemps mais au décours de son hospitalisation il épousera une dame rencontrée dans ce même lieu. Ça murmure dans la famille, mais ils sont adultes, personne ne peut s’y opposer même pas les curatelles. Il mourra brutalement, d’une rupture d’anévrisme. La faute à qui, à quoi, je garde mes hypothèses pour moi.

L’hôpital psychiatrique, les cliniques psychiatriques et l’accueil des patients en ambulatoire, je les connais plutôt bien, d’un point de vue de membre d’une famille, de citoyenne, de psychologue aussi. J’ai vu le meilleur comme le pire. Et pas toujours là où l’on pouvait les attendre, l’un comme l’autre.

Et en MCO, à l’hôpital général, j’en ai vu et entendu, aussi. Un été bien chaud, un peu moins qu’en 2003 cependant, une dame déjà âgée, qui m’était très proche, est hospitalisée. Je lui rends visite, le personnel soignant est peu nombreux, c’est un dimanche, cette dame a trop chaud, personne n’a pensé à lui faire porter une robe qu’elle a dans son armoire. Elle a subi peu avant une intervention chirurgicale, dans une clinique réputée, dans une autre région que ma région de naissance, sa tension était élevée, l’opération a eu lieu quand même. Nous, ses proches, elle-même, avions fait savoir qu’elle se réveillait très mal des anesthésies nous avions eu peur pour sa vie quelques années auparavant. Eh bien, il arriva ce qui devait arriver, elle se réveilla à nouveau très mal. Ses proches eurent de nouveau très peur. Un épisode de confusion s’en suivit, elle semblait délirer, un infirmier était alternativement un résistant, un SS ou son fils mort dont les cendres reposaient dans le cimetière voisin, suivant sa volonté : manque de sodium, pas diagnostiqué à temps. Chute, fracture, elle est transférée en chirurgie sur un autre site du même hôpital. En un éclair, j’ai un doute : son dossier médical a-t-il suivi ? Question qui peut sembler saugrenue vu que nous étions déjà à l’ère de l’informatisation des données médicales, c’était le même hôpital. J’appelai alors le chirurgien : non, il ne le savait pas, il fit le nécessaire, lui injecta une dose importante de sodium avant de l’opérer. Après cette nouvelle anesthésie, elle n’était plus confuse.

Pendant cette hospitalisation, je m’étais dit : « si l’on voulait faire mourir les personnes âgées, on ne s’y prendrait pas autrement. »

Je passe des étapes de sa vie, elle dut vivre dans une maison de retraite privée, car après un mois de convalescence en soins de suite et de réadaptation dans un hôpital dit pilote, tout neuf), (plutôt chère, mais elle pouvait la payer avec en plus le complément l’APA. Il fallut sans cesse veiller au grain, elle fut ainsi mise sous neuroleptiques sans que sa famille soit avertie car elle était trop agressive avec le personnel : pensez, elle osait dire non ! Le subterfuge découvert, plusieurs de ses filles prirent rendez-vous avec le médecin-traitant : s’il avait pu mettre la porte-parole du groupe sous neuroleptiques, il l’aurait fait ! Cette dame comprit qu’il valait mieux qu’elle change de médecin, elle retrouva sa façon de marcher habituelle. Puis on lui fit passer une échelle d’évaluation de la dépression : j’en eu le compte rendu oral par le médecin coordinateur. Et là, mon sang ne fit qu’un tour. Je lui racontai dans les grandes lignes l’histoire de ma mère, les traumatismes graves subis (elle avait pourtant successivement rencontré un psychologue, puis une psychanalyste), qu’elle avait apparemment surmontés, ce médecin accepta de ne pas lui prescrire d’anti-dépresseurs, ma mère n’en voulait pas !

Elle est morte à l’hôpital de la ville où elle a vécu assez longtemps en maison de retraite, où elle avait déjà trouvé refuge lors de « l’exode » des populations les plus exposées pendant « la drôle de guerre », des suites d’un AVC plutôt limité, mais on s’aperçut qu’il y en avait eu d’autres qui n’avaient pas été diagnostiqués. Je n’oublierai jamais la chaleur, les qualités humaines des soignantes qui l’ont accompagnée à la fin de sa vie, en soins palliatifs, et la possibilité que nous avons eue d’avoir l’usage d’un studio dans l’hôpital, où nous pouvions dormir un peu à tour de rôle pendant les dernières nuits de veille auprès d’elle.

Je sais que dans cet hôpital, tout s’est dégradé à un point sidérant, de manière d’abord « graduée » – pour reprendre ce terme que vous affectionnez particulièrement – comme dans la plupart des hôpitaux aujourd’hui, en quelques années, des mois de lutte des soignants n’y ont rien changé, en MCO comme en psychiatrie. Des bâtiments neufs avaient été construits… avant que la qualité des soins et des relations humaines ne se dégradent très rapidement. Et très brutalement.

Et j’en suis venue à penser, à dire récemment : dans un sens, c’est une chance qu’ils soient morts à ce moment-là, ces proches que j’aimais tant et que j’ai accompagnés autant que possible, avec d’autres membres de ma famille, et des soignants, et un aidant d’une association de malades qui se reconnaîtra s’il lit ces lignes. Et avec le soutien inconditionnel de deux psychanalystes, successivement.

Je pourrais vous en dire bien davantage, les faits ne manquent pas, les propos cinglants à un autre homme de ma famille, de ma génération, le pronostic abusif et faux sur un simple premier scanner, les protocoles d’expérimentation où l’expérimentation, la recherche, comptent bien davantage que le patient qui accepte de s’y soumettre et où un symptôme de quelque chose de très grave est banalisé : ce n’est rien, une indigestion. Il y a des signes qui ne trompent pas, même si l’on n’est nullement médecin ni soignant au sens usuel.

Non mais ! vous voudriez tout savoir sur l’auteure de ces lignes ? Eh bien non, un surnom ou pseudonyme, on en a tous eu à un moment où un autre, non ? Ce n’est pas le privilège des puissants, des rois, etc. Et de toute façon, vous ne pourrez jamais tout savoir, vous ne connaîtrez pas le contenu de mes rêves ! Mais ma colère, vous l’entendez ? ou non ? Celles de toutes celles et ceux qui vont marcher ensemble dans des rues de Paris et d’ailleurs ce vendredi 14 février.

Z’avez pas un p’tit reste de sensibilité à la douleur d’autrui, à son épuisement, à son sentiment d’impuissance à devoir faire des choix épouvantables, à l’angoisse qui saisit un grand nombre avant d’aller travailler, la boule au ventre, à la gorge, parce qu’il faudrait se taire, ne pas dénoncer l’insupportable quand nous ne pouvons plus exercer nos professions comme nous aimons encore le faire, malgré tout ? Pas de sensibilité à la souffrance des malades, des patients, des dits usagers des services publics ? Complètement sourds, fermés comme des huîtres ?

Madame la Ministre de la santé et des solidarités, Monsieur le Premier ministre, Monsieur le Président de la République, voulez-vous être sous tutelle, ad vitam aeternam ? Pas forcément les mêmes tutelles mais bon ! « Nous avons besoin de vous pour nous aider ! » : c’est bien avec ces mots, Madame Buzyn, ministre de la santé et des solidarités, que vous avez conclu votre allocution au récent Congrès de l’Encéphale ou je me trompe ? Le langage courant le dit : « Il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre ! » Et puis, pour grandir, ne faut-il pas lâcher un peu, perdre ? NON ?

Vous résistez : des centaines de migrants peuvent traverser des épreuves les plus rudes, vivre dans l’insalubrité la plus totale, l’angoisse au ventre, les cauchemars dans la tête en continu, votre seule réponse, ce sont les quotas, les reconduites à la frontières, les centres de rétention, etc.

Tenez-vous bien, un jour, un DRH à qui j’avais fait cadeau d’un article d’un psychanalyste sur la difficulté pour une psychologue d’avoir un poste de titulaire – ce n’est pas nouveau, la précarité des psychologues – dans un hôpital de MCO, avait évoqué les myriades de chefs et de sous-chefs qui jouissaient de leur petit ou moins petit pouvoir sur le « petit personnel » eh bien, ce DRH quand j’ai quitté l’hôpital, m’en a fait un, de cadeau, Le livre de la tranquillité (coll. Présenté par Olivia Benhamou, Editions N.1, 1998).

Me considérait-il comme trop intranquille ?

Une, parmi d’autres, qui aimerait vivre un peu plus tranquille

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Conférence de presse du 12 février 2020

Intervention de Serge Klopp pour le Printemps de la psychiatrie lors de la conférence de presse du 12 février 2020

Après la conception sécuritaire de la psychiatrie mise en place sous Sarkozy, le Printemps de la psychiatrie dénonce aujourd’hui une psychiatrie normalisatrice, déshumanisée, impulsée par le Ministère.

Cela, au travers de soins standardisés, fondés sur la seule approche des neurosciences et d’une caricature du comportementalisme qui s’apparente plus a du conditionnement qu’à du soin.

La prise en compte du psychisme ou de l’environnement social n’étant plus jugés valides par la Haute Autorité de Santé.

La psychiatrie, étant considérée comme une spécialité comme les autres, depuis la Loi Touraine elle intègre le parcours de soins. De ce fait la psychiatrie ne devrait s’occuper que de la crise, le suivi des patients stabilisés relevant des médecins généralistes.

Vu la pénurie de généralistes, chacun mesure l’aberration de cette orientation. Sauf à considérer qu’il s’agit de l’exclusion de la continuité des soins au long cours des plus démunis.

Nous ne sommes pas contre les neurosciences, mais nous demandons le retour à une psychiatrie humaine, fondée sur la prise en compte de la triple dimension biopsychosociale de la personne, au travers d’un soin relationnel.

Ce qui suppose à minima de réintroduire dans les études des infirmiers, des médecins et des psychologues, l’enseignement de la théorie psychanalytique ainsi que l’étude de la sociogenèse des troubles ainsi que la sociothérapie qui en découle.

Suite à la première action du Printemps l’hiver 2019, la Ministre Buzyn avait annoncé 10 millions pour la psychiatrie.

10 millions c’est dérisoire pour le Secteur !

Dans le même temps l’Hôpital du Vinatier dans le Rhône s’est vu retirer 10 millions de son budget.

10 millions c’est énorme pour un établissement !

Cela n’a pas vraiment affecté l’activité de cet établissement pour 2019, mais a creusé son déficit.

Aujourd’hui il s’agit pour le Directeur de résorber ce déficit au travers de mesures drastiques. Les décisions viennent de tomber et elles sont lourdes de conséquence pour les patients !

  • Fermeture d’un CMP de pédopsychiatrie, alors que tout le monde connaît les manques dans ce domaine et les délais d’attente insupportables pour un premier rendez vous.
  • Des menaces de fermeture sur d’autres CMP, risquant de se transformer en fusions pour récupérer les postes. Ce qui entrainera un éloignement des patients. Alors que l’on sait que la proximité est un gage de la continuité des soins. Là on organise la rupture des soins. Les conséquences de ces ruptures sont connues, elles se traduisent trop souvent par des suicides des patients et parfois par des homicides. C’est scandaleux !
  • La fermeture de 2 foyers et d’une unité pour personnes souffrant d’autismes ou se psychoses infantiles vieillissantes. Ces patients sont considérés comme stabilisés mais ne peuvent vivre de manière autonome et n’ont pas pu trouver de structures adaptées en dehors de l’hôpital. Pour l’heure il n’y a aucun projet d’alternative individualisé pour ces patients qui sont les plus vulnérables !

Nous demandons l’arrêt de toutes les fermetures, fusions de structures et la réouverture immédiate des CMP, CATTP, fermés ou fusionnés avec la création des postes nécessaires pour les faire fonctionner.

Nous demandons en priorité l’embauche immédiate de milliers de psychologues pour résorber les listes d’attentes des CMP et améliorer les prises en charge pluridisciplinaires tant en hospitalisation qu’en CATTP.

Ces postes doivent être des créations et non des redéploiement, c’est pourquoi nous demandons un collectif budgétaire pour augmenter l’ONDAM à hauteur des besoins et que l’ONDAM prévu par le PLFSS 2021 en cours d’élaboration prolonge ces augmentations à hauteurs des besoins de la population et non des orientations économiques libérales de Bercy.

 

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14 février : Hôpital, au bord de la rupture…

Cher Hôpital, que te dire ?

Amoureuse de toi depuis plus de 10 ans, tu me délaisses.

Mon cœur saigne, cher hôpital, car tu ne prends plus soin de nous

Tu es préoccupé par d’autres impératifs.

Je suis jalouse, oui moi, je suis jalouse de tant de maîtresses :

Rentabilité, nombre de lit, durée de séjour

Sont autant de maîtresses qui font de notre couple une mascarade.

Moi, soignante me saignant aux quatre veines pour te satisfaire

Je ne te suffis plus.

Où est notre socle d’amour commun ?

Prendre soin, prévention, accompagnement, écoute, RELATION, RELATION, RELATION

Tu n’en n’es plus là

D’ailleurs où es tu ???

Je m’accroche, malgré les tempêtes, je me plie tel un roseau

Mais ça ne te suffit plus.

Tu me veux rentable, silencieuse, obéissante,

Mon regard clinique ne te concerne plus et pourtant…

Pourtant, je n’aime que toi, je m’accroche sûrement à tort…

Oui, j’attends une remise en question,

J’attends des excuses pour les souffrances subies

J’attends des excuses pour les dommages collatéraux,

Pour les victimes non consentantes de tes prises en charges blessantes

Peut-être suis-je sous ton emprise, peut-être devrais-je porter plainte contre toi ?

Tes injonctions paradoxales me font perdre la tête

Aide moi, aide nous à survivre

A nous relever plus forts et meilleurs

Tu sais qu’une relation amoureuse n’a rien de rentable alors pourquoi t’acharnes-tu ?

Je t’aime, je t’aime de tout mon cœur

Mais aides-moi à pérenniser cet amour

Car sinon ce n’est pas que notre couple qui va s’effondrer mais toute la société

Entends-moi en ce jour symbolique d’amour et reprends-toi, s’il te plaît.

Caroline, ergothérapeute en psychiatrie adulte

manif.

à partir du 16/02, au village des grévistes

ÇA COMMENCE DIMANCHE 16 !

 Chaque Dimanche des grévistes en lutte contre la réformes retraites de plusieurs secteurs seront au contact des citoyens sur la Place de la République de 11h à 18h.
Pour échanger et partager à travers des ateliers et dès animations.
Les grévistes pourront répondre à vos questions, et vous expliquez également les difficultés que chacun rencontrent au sein de leurs secteurs.
Plusieurs initiatives seront organisées pour aider les caisses de grève chaque semaine.
Ce village pacifique sera l’occasion de nous entraider et de nous soutenir.

village

page facebook 

 

 

Préavis de grève le 14 février 2020

logo usp

Mme Agnès BUZYN

Ministre des Solidarités et de la Santé

14 avenue Duquesne

75350 PARIS 07 SP

Courrier recommandé avec accusé de réception n° 1A 164 238 2039 2

Objet : préavis de grève

 

Madame la ministre,

L’Union Syndicale de La psychiatrie (USP) dépose un préavis de grève national pour la journée du 14 février 2020. Ce préavis concerne tous les personnels médicaux ou non quel que soit leur mode d’exercice en psychiatrie ou dans le médico-social.

L’USP appelle à manifester et à se joindre à la population et aux organisations parti-prenantes de la tribune unitaire inter-organisations. L’USP est membre d’APH et est un des membres fondateurs du mouvement Printemps de la psychiatrie pour un renouveau des soins psychiques et contre les violences institutionnelles.

Avec les autres organisations, nous exigeons les mesures immédiates qui permettront d’endiguer l’hémorragie qui met en péril l’hôpital public, fleuron de notre système de santé, et les missions de services publics dans les autres établissements du sanitaire, médico-social et social, notamment :

L’augmentation du budget consacré à l’hôpital au moins égale à l’évolution naturelle des dépenses (4,4%), la reconnaissance et la revalorisation générale des carrières médicales et non médicales, notamment en début de carrière, se traduisant par une augmentation salariale, le recrutement immédiat de professionnel.le.s supplémentaires et un plan de formation pluridisciplinaire, la reconnaissance de la pénibilité de nos métiers, l’arrêt des fermetures de services, d’établissements et des réouvertures de lits, partout où cela est nécessaire, une gouvernance des hôpitaux, des établissements plus ouverts aux professionnel.le.s, aux personnels et aux usagè.re.s, l’égalité d’accès, d’accueil et de prise en charge de qualité pour la population sur tout le territoire.

Toutefois, malgré les beaux discours dont le dernier au congrès de l’Encéphale où vous avez défendu « une psychiatrie ancrée dans l’organisation du secteur » et les lois qui successivement promeuvent l’égalité d’accès aux soins, c’est bien l’inverse sur le terrain qui se produit.

Il faut que cela cesse.

Pendant que vous parliez vos petits soldats, partout, dans les ARS, les directions, avec la complicité parfois de présidents de CME, de chefs de pôle, de prétendus services qualité, certaines par discipline et soumission, d’autres par conviction, par opportunisme budgétaire, par bêtises ou pour toutes ces raisons à la fois contribuent à détruire la politique de secteur, la psychiatrie, la pédopsychiatrie, les CMPP etc. Les migacs, les ordonnances d’Etat qui constituent votre lettre de mission, les budgets fléchés (outre l’appauvrissement des pratiques) ont un coût : ils sont source de gaspillages, ils cassent des dispositifs pertinents et ainsi génèrent un surcoût.

Il faut que cela cesse et l’USP demande le retrait immédiat de l’Instruction n°DGOS/R4/2019/10 du 16 janvier 2019.

Pour parfaire ce dispositif, la psychanalyse (L’USP répond à la députée Martine Wonner qui demande l’interdiction de la psychanalyse et Une lettre de notre collègue Claude Schauder en défense de la psychanalyse) fait l’objet d’une attaque sans précédents et Madame Wonner qui a clarifié sa position en se prononçant contre le secteur en toute logique y participe… Si l’on tente de résumer, en faisant du bébé une personne, Mme Dolto aurait encouragé son viol et la pédophilie, parce que la personne on peut en abuser… Certes, la psychanalyse ne vaccine pas contre les dérapages comme on l’a vu avec le soutien de certains « au nom du père » à la « manif pour tous », mais à ce train-là, alors que chacun sait que la petite fille aimerait se marier avec son papa, si elle le dit trop haut, ces gens-là risquent de la placer, de prononcer une mesure d’éloignement pour le père, et d’incarcérer celui qui travaille cette question pour incitation au viol. Plus besoin de brûler les livres, un clic poubelle et l’interdiction des formations suffisent.

Il faut que cela cesse !

Ce n’est pas une petite médicalisation des GHT qui va réparer la casse et notamment l’embolisation des urgences et la violence associée.

Si l’idée d’un territoire de taille « raisonnable » où il y aurait tout accessible à tous est intéressante, elle n’est pas compatible avec la dictature comptable (communiqué Appel pour le 10 octobre : non à la dictature comptable), la productivité, la compétition, la concurrence, l’intéressement qu’il soit individuel ou collectif, la T2A, les inégalités sociales, la dépendance professionnelle etc.

Le financement doit dépendre des besoins de la population avec une dotation à l’habitant prenant en compte la réduction nécessaire des écarts, des retards, de la précarité et du niveau de pauvreté (dans l’attente de son traitement politique). La gouvernance doit être équilibrée, préservant l’indépendance professionnelle avec un statut solide, un concours pour les praticiens hospitaliers, des chefs de services (et dans l’immédiat des chefs de pôles) élus par leurs pairs et nommés par le ministre, une CME composée des seuls membres élus dont l’avis est obligatoire, un directeur moins dépendant des ARS dont il faut envisager la transformation en passant du bras armé de Bercy à un rôle facilitateur, de support.

Si votre constat et votre analyse proposés début janvier 2018 nous avaient encouragés à exprimer nos meilleurs vœux, non sans quelque ironie, cela va depuis de mal en pis. Vous sembliez avoir mesuré la casse du service public, la transformation de celui-ci en entreprise au management agressif depuis Hôpital 2007 et sa T2A (puis renforcé par les lois Bachelot et Touraine).

L’indépendance des médecins hospitaliers devait alors être attaquée par une fragilisation de leur statut et un intéressement (communiqué Appel à la grève du 11 mai 2006). Le rôle du médecin, notamment en psychiatrie qui se confronte à des situations de privation de liberté, s’est trouvé attaqué. Ses conditions d’emploi (embauche par le directeur, contrat local) livre sa force de travail au pouvoir gestionnaire (motion USP de 2009 Loi HPST).

L’objectif essentiel de ces lois était de soumettre l’ensemble des personnels à des diktats productivistes et, notamment, des médecins au directeur, lui-même soumis à l’ARS, elle-même au ministère de la Santé, ce dernier étant soumis à Bercy pour garantir l’austérité…
En fait, vous avez continué ce travail de sape du service public et l’avez accéléré.

C’est bien de la promotion de la toxicité des relations au niveau local provoquant perte de sens, épuisement, souffrance au travail, voire suicide, dont il s’agit en fragilisant encore un peu plus les survivants.
L’ensemble du projet de mise au pas de la fonction publique (communiqué Tous en grève et dans la rue le 22 mars du 12 février 2018) va dans ce sens, y compris donc pour les directeurs…

Là où un directeur pouvait encore « un peu » résister, il suffira d’engager un contractuel (proposition actuelle de 1 an à 6 ans) payé double pour, par exemple, fusionner des établissements et supprimer des postes. Il s’agit bien ici d’une arme de destruction massive, le grand chantier de la Macronie!

Il faut que cela cesse !

L’abrogation des lois HPST, Bachelot, Hôpital 2007, Touraine, l’avortement de Ma santé 2022 sont inévitables dans ce contexte.
Les PH et les chefs de secteur, notamment en psychiatrie, doivent être nommés par la ministre après avis de la commission statutaire, les directeurs aussi ! Cette orientation est d’autant plus importante que la pression sécuritaire ne cesse d’augmenter et que cette fragilisation est un danger majeur pour les libertés individuelles. Les équipes de secteur ont besoin de confiance, d’indépendance et de lisibilité sur la durée.

L’accès aux soins doit-être lisible pour tous, il faut en finir avec les trajectoires humiliantes pour les plus précaires, le contrôle des vies pour obtenir une prise en charge incertaine qui conduit le plus souvent aux urgences. Il faut adopter les 100 % Sécu pour tous, en revenir aux principes de solidarité là où le chacun pour soi est érigé en modèle, en finir avec un exercice libéral à l’hôpital qui autorise des inégalités dans la rapidité de prise en charge, le confort, en finir avec les dépassements d’honoraires.

Il faut que cela cesse !

Si la précarité doit être prise en compte, elle doit surtout être traitée politiquement. Il faut donc augmenter les salaires, les pensions, favoriser l’accès au logement pour tous, abroger les dernières lois travail qui fragilisent les travailleurs. Les secteurs sont bien placés pour faire le constat de l’augmentation de la souffrance au travail, des arrêts longue maladie, des invalidations, des exclusions de pôle emploi, des travailleurs pauvres.

Madame Pénicaud affichera néanmoins sa fierté pour les derniers chiffres du chômage, conséquence de ces dégâts et de la compétition avec les voisins pour le plus haut chiffres de travailleurs pauvres ou d’« inemployables ». Elle se dira capable d’humanité quand le président le lui demande à propos du congé « post-deuil », même s’il est probable qu’il s’agisse à nouveau d’une manœuvre de réajustement de son algorithme (tribune Panne d’algorithme : Macronie suite et fin ?) du chacun pour soi.

Sur le même plan, l’USP s’associe aux cheminots et à toutes les organisations qui dénoncent l’« ONDAR » (objectif national des dépenses de l’assurance retraite) que représente la réforme proposée où les travailleurs devront se battre les uns contre les autres pour se partager un gâteau définitivement limité, le reste sera individuel et privé .

Il est temps que cette violence cesse au même titre que la surdité de l’Etat à tous les étages où la gouvernance est celle de celui qui sait, qui explique ce qu’il faut faire et mesure le rapport de force. Ces gens (Darmanin, Lemaire, Legendre, Lois, Philippe, Macron etc.) n’ont pas accès au principe de solidarité, ils s’étonnent qu’une catégorie puisse se battre pour une autre, une génération pour une autre etc. Ils répètent en cœur et de la même façon jusqu’à l’intonation leur vérité que l’on pourrait résumer par : « Il n’y a plus de progrès social possible ».

Vous avez vous même inventé le « fait économique » ! Mieux que la dépression, la colère ne tombera pas ! 

A la mesure du danger, l’USP renouvellera son appel à soutenir toute lutte ou mouvement non violent et non fascisant permettant de mettre fin à cette politique (communiqué Redonnez-nous un(e) ministre de la Santé !) et il est évident que nous rejoindrons et appelons à rejoindre fédérations et confédérations dans leurs combats.

Veuillez accepter, Mme Buzyn, nos salutations syndicales.

Pascal Boissel, président                           Pierre Paresys, vice-président