communiqué de l’USP : Une couronne pour Macron ?

Une couronne pour Macron ?

Les professionnels de santé seraient donc devenus les héros de la Nation. Ils n’en demandaient pas tant. Les citoyens reconnaissent déjà depuis longtemps leur dévouement et disent leur attachement à un service public de santé.

Le président Macron nous annonce que les personnes vulnérables sont devenues une priorité pour lui. Quelle mouche l’a piqué ? Une fièvre de solidarité l’aurait-elle saisi ?

« Il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. »

Lui qui ne se réclamait du ni gauche ni droite et agit clairement à droite depuis son élection, aurait-il découvert l’intérêt de l’Etat providence et des valeurs de gauche comme socle d’une société de progrès ? Serait-il prêt à revenir sur la marchandisation de la santé, lui qui a cédé de gigantesques marchés au privé ?

L’ARS de Nouvelle-Aquitaine, qui organise la liquidation des soins psychiques aux enfants dans les CMPP et transfère leur prise en charge aux acteurs privés pourrait en prendre de la graine ! A quand la fin de la mise en concurrence du public et du privé ?

Emmanuel Macron nous a à plusieurs reprises montré sa capacité à adapter son discours à la situation et parfois même quelques actes pour orienter un groupe contre un autre.

Rapidement, dès la crise passée, il renforcera son immunité contre les solidarités.

Depuis près d’un an, les professionnels de santé réclament des augmentations d’effectifs, de salaires, des réouvertures de lits, les moyens pour respecter les patients.

Nous ne sommes pas dupes de l’opportunisme du président, dont le gouvernement n’a eu de cesse de démanteler les services publics, mais prenons M. Macron au pied de la lettre quand en résumé il affirme que le mouvement LREM avec ses conséquences était une erreur.

Nous appelons à une convergence des luttes les 15 et 22 mars comme nous l’avions dit dans le communiqué de l’USP du 10 mars.

Pour l’USP

Pascal Boissel, président
Philippe Gasser, vice-président
Delphine Glachant, membre du CN
Pierre Paresys, vice-président

Thouars, 13 février 2020

Communiqué de l’U.S.P. du 27 février 2020

Jeudi 13 février, une infirmière exerçant au centre spécialisé de Thouars est morte dans l’exercice de son métier, tuée par un jeune patient hospitalisé. Nous sommes fortement touchés par ce drame qui brise une vie, une famille, des collègues et amènera probablement ce patient au crépuscule quand il s’en rendra compte.

Richard Ferrand ne l’a pas compris, montrant une inhumanité crasse face à la demande de Caroline Fiat, à l’Assemblée nationale, d’une minute de silence à la mémoire de cette jeune femme fonctionnaire.

Si un tel passage à l’acte de patient est rarissime, comportant toujours une part de mystère tenant au déchainement de la folie, il n’en reste pas moins que les professionnels exerçant en psychiatrie ont le sentiment d’être de plus en plus exposés à l’agressivité des patients, particulièrement dans les unités d’hospitalisation. L’accroissement des mesures d’isolement et de contentions montre leurs difficultés à y faire face.

Depuis au moins deux ans, les professionnels de la psychiatrie tentent de faire entendre leur voix pour dénoncer le manque de moyens que sont les leurs pour soigner correctement les sujets qu’ils ont à prendre en charge. Les grèves dures n’y ont pas suffi, le Printemps de la psychiatrie non plus. Les choses n’ont pas changé et ne font qu’empirer.

Pour abaisser ce niveau de violence dans les services, il faut de toute urgence des renforts de personnels pour donner de la disponibilité à la relation, donner du temps pour écouter, penser, comprendre, donner du temps pour faire la cuisine ensemble, donner du temps pour se promener dans les jardins. Ne plus retarder toujours le moment de la rencontre, qui parfois n’a jamais lieu.

Il faut du temps aussi pour l’analyse clinique et institutionnelle.

Il faut d’urgence des formations qui permettent aux médecins de découvrir une pluralité des pratiques, alliant l’apprentissage des psychothérapies à la pharmacopée, et pas uniquement en centres universitaires. Des formations spécifiques pour les infirmiers, dont la psychiatrie représente une portion congrue des trois années d’enseignement post-bac.

Le ministère déplore qu’isolement et contentions sont devenus les réponses de première intention aux phénomènes de violences émergeant dans les services, mais que fait-il pour enrayer le phénomène ?

La psychiatrie, ses usagers et ses professionnels étouffent de cette situation intenable et inhumaine pour tous.

Pour l’USP,
Delphine Glachant

Geneviève, Elodie, Serpsy se souvient…

Geneviève, Elodie, 1999 et 2020, le même silence, le même mépris :

Serpsy se souvient…

Elodie, une infirmière qui travaillait en psychiatrie à Thouars, dans les Deux-Sèvres, est morte le jeudi 13 février, tuée par un de ses patients. L’information ne remuera pas un cil chez ceux qui nous gouvernent. Les médias en parleront à peine.
Elodie avait trente ans et deux enfants. Son patient une vingtaine d’années. Que c’est jeune pour l’une et pour l’autre !
Nous, ses collègues, la pleurons, en serrant les poings. Nulle ne devrait mourir au travail. Surtout quand ce travail consiste à écouter, contenir, accompagner, soigner des personnes en souffrance psychique. Ecouter et non pas contraindre, enfermer, attacher. Nul ne devrait se retrouver dans la situation de tuer son semblable pour gagner un zest de liberté irrémédiablement perdue par le geste même qu’il commet. L’une a perdu la vie, l’autre a perdu sa liberté à tout jamais. L’une est une victime, l’autre est devenu un meurtrier pour le restant de son existence.

Se souvenir des collègues morts pour le soin

Bien sûr, Elodie, n’est pas la première infirmière (ni même la première soignante) à tomber au champ d’horreur. A Serpsy (Soin Etudes et Recherche en Psychiatrie) nous nous souvenons. Chantal et Lucette, infirmière et aide-soignante à Pau en décembre 2004, Mohamed à Lyon en 2001, Geneviève à St-Etienne en juillet 1999 et toutes celles et ceux dont nous n’avons pas entendu parler parce qu’une soignante qui meurt au travail c’est le même non-événement que la mort d’un patient en chambre d’isolement. Ça ne mérite même pas une minute de silence à la chambre des députés.
Sauf pour Pau. Douste-Blazy, le ministre de la Santé de l’époque, s’était déplacé au Centre Hospitalier de Pau et avait rencontré les équipes. Il n’avait pas quitté son ministère pour se lancer dans une campagne électorale. Il ne s’était pas contenté d’un tweet, il n’avait pas envoyé un obscur délégué interministériel. Il s’était déplacé et avait écouté la communauté hospitalière à défaut de l’entendre. Des mesures avaient été prises : sécuritaires certes mais certaines avaient été aussi tournées vers la formation. L’état avait financé jusqu’en 2009 les consolidations des savoir et le tutorat. Qui eut cru qu’un jour nous écririons des choses positives à propos de Douste-Blazy ? Le personnel politique se dégrade autant que la psychiatrie, ceci expliquant peut-être cela.

Emportés par la colère et l’abattement, on dira

Sous le coup de la colère, on dira bien des choses. On dira que c’est ça la psychiatrie, que ce sont les risques du métier, qu’il faut se méfier, ne jamais tourner le dos à un patient. On dira que les délirants, les psychotiques, les schizophrènes, sont par nature imprévisibles. On dira que le manque de moyens, de personnel nous met en danger voire nous condamne à mort, d’ailleurs la plupart d’entre nous se sont fait cracher dessus, ont été menacés, agressés, battus. On dira qu’il faut des lois plus répressives, plus d’UMD, d’UPID, d’USIP, plus d’enfermement, d’isolement et de contention. On réclamera des vigiles comme si ça n’était pas nous qui devrons contraindre, piquer, enfermer, attacher, comme si ça empêchait le moindre drame, comme si, même, ça ne les provoquait pas parfois.
Nous ne savons pas comment le drame est arrivé. En psychiatrie, tant qu’on ignore le contexte d’un acte, on ne sait rien. Il faudrait alors se taire comme nous l’avons fait pour la mort de Geneviève et de Mohamed. Il faudrait se regrouper, se réchauffer entre nous, serrer les poings en priant pour que ça n’arrive pas dans notre unité, dans notre service, pour que ça ne nous arrive pas à nous. Il faudrait aussi dire quelques mots aux usagers qui se sentiront mis en accusation, stigmatisés par l’acte commis par un seul et qui risquent de fuir cette psychiatrie carcérale comme la peste, reculant sans cesse le moment d’entrer dans les soins, et fabriquant en retour des contraintes, des isolements et des contentions moteurs de nouveaux drames. A moins que certains ne préfèrent en finir …

Des mots de 1999 pour parler d’aujourd’hui

Nous nous proposons de simplement reprendre les propos d’Anne-Marie Leyreloup, alors présidente de Serpsy. C’était en juillet 1999. Il n’y avait alors pas de page Facebook, ni de tweet. Le forum Serpsy était le seul lieu à notre disposition pour réagir ensemble : « Geneviève, infirmière qui travaillait dans un hôpital psychiatrique de la Loire est morte, pendant son service, tué par un patient. De tels faits se sont déjà produits dans un passé parfois pas si lointain que cela. De tels faits sont déjà oubliés, rangés dans les archives poussiéreuses de la psychiatrie. Dans cette profession, nous travaillons souvent sur un fil, qui a malheureusement tendance de plus en plus à s’amenuiser. La déstabilisation actuelle de la psychiatrie nous porte d’ailleurs à penser que bien des fils risquent de se casser dans les années à venir. Nous allons devoir être vigilants à ce que nous ne recherchions pas la solution dans un renfermement pour des questions de sécurité. Nous avons choisi cette profession risquée avec le désir de pouvoir en diminuer le danger tout en essayant d’être plus proche de celui qui souffre. La mort de Geneviève a créé une émotion très forte, puisse cette force nous donner le courage de continuer à militer pour une psychiatrie humaine, de continuer à réfléchir, à penser, à écrire tous ensemble pour éviter la fatalité de tels faits. […] Nous nous associons de tout cœur, de toute émotion à la peine de sa famille, de ses amis, de ses collègues. »
Sur ce forum, Denis Reserbat-Plantey, alors éducateur spécialisé en pédopsychiatrie, à Poitiers, avait rajouté pour que nous ne nous trompions pas de lutte : « Où sont les prises de positions dans la cité sur la prise en charge de la souffrance psychique? Bien loin derrière. La souffrance sans les mots c’est de la mort qui tue lentement.
J’espère que votre situation va éclore et se parler, que de plus en plus de gens pourront dire que travailler en psychiatrie, c’est un travail de garde-barrière, de frontalier d’un univers qui parfois fascine, parfois repousse, parfois tue. Et qu’il ne s’agit pas que de primes, de cadres à nommer et autres balivernes mais d’une prise en compte réelle des besoins du personnel, de la mise en place de groupes de paroles, d’intervenants extérieurs, et aussi de mesures concrètes de sécurité dans certains cas, afin de ne pas jouer avec la folie comme avec un ballon cubique aux rebonds incertains. »

Debout les morts !

Nous disons Stop ! Ça suffit la mort qui tue lentement. Trop d’Elodie, de Mohamed et de Geneviève, trop de Chantal et de Lucette ont perdu la vie ! Trop de patients sont enfermés et attachés ! La psychiatrie et chacun de ceux qui y travaillent a besoin de rencontres et d’élaborations collectives, avec les syndicats, avec les collectifs de soignants et d’usagers, avec les associations, les structures officielles. La psychiatrie doit être faite (et défaite) par tous et par chacun. Encore et encore. Debout les morts !

Association Serpsy (Soin Etudes et Recherche en Psychiatrie)

dessin de Magali, réalisé pour accompagner ce texte

Réactions au drame de Thouars : « on est au bout du bout »

Une infirmière tuée à l’hôpital de Thouars (79). Premières réactions face à ce drame. « On est au bout du bout »

Nous avons lu dans La Nouvelle république des Deux Sèvres daté du 14 février cette poignante réaction d’ un infirmier psychiatrique CGT de cet hôpital, Alain Fouquet : « Les salariés sont bouleversés, les équipes vivent un calvaire ».

Entre émotion et froide colère, Alain Fouquet est venu s’exprimer devant les médias au nom des salariés du centre hospitalier Nord Deux-Sèvres (CHNDS), au lendemain du drame qui a coûté la vie à Elodie, infirmière de 30 ans décédée suite à un coup de couteau porté par un jeune patient du centre de psychothérapie de Thouars.

Il sortait d’une réunion de plus de deux heures, en présence notamment du délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie, Frank Bellivier, durant laquelle une centaine d’agents hospitaliers des unités de psychothérapie du CHNDS étaient réunis. « On aurait préféré que la ministre Agnès Buzyn se déplace, mais c’est à elle qu’il faut demander pourquoi elle n’a pas jugé bon de venir, a ajouté Alain Fouquet, infirmier en psychiatrie depuis 1983 et élu CGT, syndicat majoritaire au sein de l’établissement. Cela dit, la considération d’un ministre, c’est bien joli mais il faut surtout donner enfin à l’hôpital les moyens de fonctionner correctement. »

« Dire que ce drame est uniquement dû au manque de moyens serait un raccourci dégueulasse, a-t-il poursuivi, ému aux larmes. Mais ça participe… C’est une effroyable goutte d’eau supplémentaire. C’est vraiment terrible ce qui arrive. »

« Nous alertons depuis des années sur le manque de moyens, de personnel, de formation, de médecins : ça ne peut plus durer ! Au service psy du centre hospitalier Nord Deux-Sèvres, quatorze postes sont budgétés mais seulement cinq sont pourvus. Ils touchent des salaires misérables pour risquer leur vie… »

« On ne devrait pas se retrouver avec seulement deux soignants pour gérer quinze à vingt patients. On a alerté le ministère à plusieurs reprises, et à chaque fois il nous renvoie vers l’Agence régionale de santé. C’est facile de laisser les ARS se débrouiller… Madame Buzyn doit arrêter les mots, les grandes annonces, et passer aux actes en donnant réellement à l’hôpital les moyens de fonctionner. Sinon on ne fera que repousser l’échéance de la prochaine catastrophe. On est au bout du bout, ici comme dans tous les hôpitaux. »

Nous recommandons également la lecture de l’article du blog du journaliste renommé Jean-Yves Nau : « Au lendemain de la mort de l’infirmière poignardée, le cri du Printemps de psychiatrie »

(article du site de l’U.S.P.)

14 février : Hôpital, au bord de la rupture…

Cher Hôpital, que te dire ?

Amoureuse de toi depuis plus de 10 ans, tu me délaisses.

Mon cœur saigne, cher hôpital, car tu ne prends plus soin de nous

Tu es préoccupé par d’autres impératifs.

Je suis jalouse, oui moi, je suis jalouse de tant de maîtresses :

Rentabilité, nombre de lit, durée de séjour

Sont autant de maîtresses qui font de notre couple une mascarade.

Moi, soignante me saignant aux quatre veines pour te satisfaire

Je ne te suffis plus.

Où est notre socle d’amour commun ?

Prendre soin, prévention, accompagnement, écoute, RELATION, RELATION, RELATION

Tu n’en n’es plus là

D’ailleurs où es tu ???

Je m’accroche, malgré les tempêtes, je me plie tel un roseau

Mais ça ne te suffit plus.

Tu me veux rentable, silencieuse, obéissante,

Mon regard clinique ne te concerne plus et pourtant…

Pourtant, je n’aime que toi, je m’accroche sûrement à tort…

Oui, j’attends une remise en question,

J’attends des excuses pour les souffrances subies

J’attends des excuses pour les dommages collatéraux,

Pour les victimes non consentantes de tes prises en charges blessantes

Peut-être suis-je sous ton emprise, peut-être devrais-je porter plainte contre toi ?

Tes injonctions paradoxales me font perdre la tête

Aide moi, aide nous à survivre

A nous relever plus forts et meilleurs

Tu sais qu’une relation amoureuse n’a rien de rentable alors pourquoi t’acharnes-tu ?

Je t’aime, je t’aime de tout mon cœur

Mais aides-moi à pérenniser cet amour

Car sinon ce n’est pas que notre couple qui va s’effondrer mais toute la société

Entends-moi en ce jour symbolique d’amour et reprends-toi, s’il te plaît.

Caroline, ergothérapeute en psychiatrie adulte

manif.

Préavis de grève le 14 février 2020

logo usp

Mme Agnès BUZYN

Ministre des Solidarités et de la Santé

14 avenue Duquesne

75350 PARIS 07 SP

Courrier recommandé avec accusé de réception n° 1A 164 238 2039 2

Objet : préavis de grève

 

Madame la ministre,

L’Union Syndicale de La psychiatrie (USP) dépose un préavis de grève national pour la journée du 14 février 2020. Ce préavis concerne tous les personnels médicaux ou non quel que soit leur mode d’exercice en psychiatrie ou dans le médico-social.

L’USP appelle à manifester et à se joindre à la population et aux organisations parti-prenantes de la tribune unitaire inter-organisations. L’USP est membre d’APH et est un des membres fondateurs du mouvement Printemps de la psychiatrie pour un renouveau des soins psychiques et contre les violences institutionnelles.

Avec les autres organisations, nous exigeons les mesures immédiates qui permettront d’endiguer l’hémorragie qui met en péril l’hôpital public, fleuron de notre système de santé, et les missions de services publics dans les autres établissements du sanitaire, médico-social et social, notamment :

L’augmentation du budget consacré à l’hôpital au moins égale à l’évolution naturelle des dépenses (4,4%), la reconnaissance et la revalorisation générale des carrières médicales et non médicales, notamment en début de carrière, se traduisant par une augmentation salariale, le recrutement immédiat de professionnel.le.s supplémentaires et un plan de formation pluridisciplinaire, la reconnaissance de la pénibilité de nos métiers, l’arrêt des fermetures de services, d’établissements et des réouvertures de lits, partout où cela est nécessaire, une gouvernance des hôpitaux, des établissements plus ouverts aux professionnel.le.s, aux personnels et aux usagè.re.s, l’égalité d’accès, d’accueil et de prise en charge de qualité pour la population sur tout le territoire.

Toutefois, malgré les beaux discours dont le dernier au congrès de l’Encéphale où vous avez défendu « une psychiatrie ancrée dans l’organisation du secteur » et les lois qui successivement promeuvent l’égalité d’accès aux soins, c’est bien l’inverse sur le terrain qui se produit.

Il faut que cela cesse.

Pendant que vous parliez vos petits soldats, partout, dans les ARS, les directions, avec la complicité parfois de présidents de CME, de chefs de pôle, de prétendus services qualité, certaines par discipline et soumission, d’autres par conviction, par opportunisme budgétaire, par bêtises ou pour toutes ces raisons à la fois contribuent à détruire la politique de secteur, la psychiatrie, la pédopsychiatrie, les CMPP etc. Les migacs, les ordonnances d’Etat qui constituent votre lettre de mission, les budgets fléchés (outre l’appauvrissement des pratiques) ont un coût : ils sont source de gaspillages, ils cassent des dispositifs pertinents et ainsi génèrent un surcoût.

Il faut que cela cesse et l’USP demande le retrait immédiat de l’Instruction n°DGOS/R4/2019/10 du 16 janvier 2019.

Pour parfaire ce dispositif, la psychanalyse (L’USP répond à la députée Martine Wonner qui demande l’interdiction de la psychanalyse et Une lettre de notre collègue Claude Schauder en défense de la psychanalyse) fait l’objet d’une attaque sans précédents et Madame Wonner qui a clarifié sa position en se prononçant contre le secteur en toute logique y participe… Si l’on tente de résumer, en faisant du bébé une personne, Mme Dolto aurait encouragé son viol et la pédophilie, parce que la personne on peut en abuser… Certes, la psychanalyse ne vaccine pas contre les dérapages comme on l’a vu avec le soutien de certains « au nom du père » à la « manif pour tous », mais à ce train-là, alors que chacun sait que la petite fille aimerait se marier avec son papa, si elle le dit trop haut, ces gens-là risquent de la placer, de prononcer une mesure d’éloignement pour le père, et d’incarcérer celui qui travaille cette question pour incitation au viol. Plus besoin de brûler les livres, un clic poubelle et l’interdiction des formations suffisent.

Il faut que cela cesse !

Ce n’est pas une petite médicalisation des GHT qui va réparer la casse et notamment l’embolisation des urgences et la violence associée.

Si l’idée d’un territoire de taille « raisonnable » où il y aurait tout accessible à tous est intéressante, elle n’est pas compatible avec la dictature comptable (communiqué Appel pour le 10 octobre : non à la dictature comptable), la productivité, la compétition, la concurrence, l’intéressement qu’il soit individuel ou collectif, la T2A, les inégalités sociales, la dépendance professionnelle etc.

Le financement doit dépendre des besoins de la population avec une dotation à l’habitant prenant en compte la réduction nécessaire des écarts, des retards, de la précarité et du niveau de pauvreté (dans l’attente de son traitement politique). La gouvernance doit être équilibrée, préservant l’indépendance professionnelle avec un statut solide, un concours pour les praticiens hospitaliers, des chefs de services (et dans l’immédiat des chefs de pôles) élus par leurs pairs et nommés par le ministre, une CME composée des seuls membres élus dont l’avis est obligatoire, un directeur moins dépendant des ARS dont il faut envisager la transformation en passant du bras armé de Bercy à un rôle facilitateur, de support.

Si votre constat et votre analyse proposés début janvier 2018 nous avaient encouragés à exprimer nos meilleurs vœux, non sans quelque ironie, cela va depuis de mal en pis. Vous sembliez avoir mesuré la casse du service public, la transformation de celui-ci en entreprise au management agressif depuis Hôpital 2007 et sa T2A (puis renforcé par les lois Bachelot et Touraine).

L’indépendance des médecins hospitaliers devait alors être attaquée par une fragilisation de leur statut et un intéressement (communiqué Appel à la grève du 11 mai 2006). Le rôle du médecin, notamment en psychiatrie qui se confronte à des situations de privation de liberté, s’est trouvé attaqué. Ses conditions d’emploi (embauche par le directeur, contrat local) livre sa force de travail au pouvoir gestionnaire (motion USP de 2009 Loi HPST).

L’objectif essentiel de ces lois était de soumettre l’ensemble des personnels à des diktats productivistes et, notamment, des médecins au directeur, lui-même soumis à l’ARS, elle-même au ministère de la Santé, ce dernier étant soumis à Bercy pour garantir l’austérité…
En fait, vous avez continué ce travail de sape du service public et l’avez accéléré.

C’est bien de la promotion de la toxicité des relations au niveau local provoquant perte de sens, épuisement, souffrance au travail, voire suicide, dont il s’agit en fragilisant encore un peu plus les survivants.
L’ensemble du projet de mise au pas de la fonction publique (communiqué Tous en grève et dans la rue le 22 mars du 12 février 2018) va dans ce sens, y compris donc pour les directeurs…

Là où un directeur pouvait encore « un peu » résister, il suffira d’engager un contractuel (proposition actuelle de 1 an à 6 ans) payé double pour, par exemple, fusionner des établissements et supprimer des postes. Il s’agit bien ici d’une arme de destruction massive, le grand chantier de la Macronie!

Il faut que cela cesse !

L’abrogation des lois HPST, Bachelot, Hôpital 2007, Touraine, l’avortement de Ma santé 2022 sont inévitables dans ce contexte.
Les PH et les chefs de secteur, notamment en psychiatrie, doivent être nommés par la ministre après avis de la commission statutaire, les directeurs aussi ! Cette orientation est d’autant plus importante que la pression sécuritaire ne cesse d’augmenter et que cette fragilisation est un danger majeur pour les libertés individuelles. Les équipes de secteur ont besoin de confiance, d’indépendance et de lisibilité sur la durée.

L’accès aux soins doit-être lisible pour tous, il faut en finir avec les trajectoires humiliantes pour les plus précaires, le contrôle des vies pour obtenir une prise en charge incertaine qui conduit le plus souvent aux urgences. Il faut adopter les 100 % Sécu pour tous, en revenir aux principes de solidarité là où le chacun pour soi est érigé en modèle, en finir avec un exercice libéral à l’hôpital qui autorise des inégalités dans la rapidité de prise en charge, le confort, en finir avec les dépassements d’honoraires.

Il faut que cela cesse !

Si la précarité doit être prise en compte, elle doit surtout être traitée politiquement. Il faut donc augmenter les salaires, les pensions, favoriser l’accès au logement pour tous, abroger les dernières lois travail qui fragilisent les travailleurs. Les secteurs sont bien placés pour faire le constat de l’augmentation de la souffrance au travail, des arrêts longue maladie, des invalidations, des exclusions de pôle emploi, des travailleurs pauvres.

Madame Pénicaud affichera néanmoins sa fierté pour les derniers chiffres du chômage, conséquence de ces dégâts et de la compétition avec les voisins pour le plus haut chiffres de travailleurs pauvres ou d’« inemployables ». Elle se dira capable d’humanité quand le président le lui demande à propos du congé « post-deuil », même s’il est probable qu’il s’agisse à nouveau d’une manœuvre de réajustement de son algorithme (tribune Panne d’algorithme : Macronie suite et fin ?) du chacun pour soi.

Sur le même plan, l’USP s’associe aux cheminots et à toutes les organisations qui dénoncent l’« ONDAR » (objectif national des dépenses de l’assurance retraite) que représente la réforme proposée où les travailleurs devront se battre les uns contre les autres pour se partager un gâteau définitivement limité, le reste sera individuel et privé .

Il est temps que cette violence cesse au même titre que la surdité de l’Etat à tous les étages où la gouvernance est celle de celui qui sait, qui explique ce qu’il faut faire et mesure le rapport de force. Ces gens (Darmanin, Lemaire, Legendre, Lois, Philippe, Macron etc.) n’ont pas accès au principe de solidarité, ils s’étonnent qu’une catégorie puisse se battre pour une autre, une génération pour une autre etc. Ils répètent en cœur et de la même façon jusqu’à l’intonation leur vérité que l’on pourrait résumer par : « Il n’y a plus de progrès social possible ».

Vous avez vous même inventé le « fait économique » ! Mieux que la dépression, la colère ne tombera pas ! 

A la mesure du danger, l’USP renouvellera son appel à soutenir toute lutte ou mouvement non violent et non fascisant permettant de mettre fin à cette politique (communiqué Redonnez-nous un(e) ministre de la Santé !) et il est évident que nous rejoindrons et appelons à rejoindre fédérations et confédérations dans leurs combats.

Veuillez accepter, Mme Buzyn, nos salutations syndicales.

Pascal Boissel, président                           Pierre Paresys, vice-président

« Rexister » : psychiatrie et ébullition du monde de la santé

Le monde de la santé est en ébullition, la psychiatre toujours en feu et ses pompiers pyromanes sont aux commandes. La lutte à venir est nécessaire, décisive pour « réxister ». Rendez-vous le 14 novembre pour la mobilisation nationale de la santé et pour l’AG du printemps de la Psychiatrie fin novembre.

L’ébullition du monde de la santé est en cours, l’embrasement de la psychiatrie continue au Rouvray, à Toulouse, à Moisselles et ailleurs. Une constellation d’organisations prépare une mobilisation d’ampleur le jeudi 14 novembre 2019 avec un rassemblement à Paris et des événements en région pour celles et ceux qui ne pourront pas venir ou qui souhaiteront faire des événements locaux.

Ce front large constitué du collectif inter-hôpitaux, d’une intersyndicale large de la santé (syndicats de personnels et de médecins de toutes les spécialités confondues : Action Praticiens Hospitaliers, SNPHARE, CGT, CFDT, UNSA, SUD), de la Coordination Nationale de défense des maternité et hôpitaux de proximité, du Printemps de la Psychiatrie et du Collectif inter-urgences est en accord sur la plateforme revendicative pour soutenir le service public de santé dans son sens large à rebours de la politique de destruction de Macron, de la ministre de la santé Buzyn et de ses sbires. Il est demandé plus d’effectifs, l’arrêt des fermetures de lits et de services et la réouverture d’un certain nombre d’entre eux ainsi qu’une revalorisation salariale pour les personnels sous-payés, épuisés, maltraités par ces politiques de rationnement.

Une action médiatique est prévue le 29 octobre quand le plan de destruction de la santé publique, nommé chaque année Projet de loi de Financement de la sécurité sociale (PLFSS), fera la navette entre l’Assemblée Nationale et le Sénat. Un appel large est diffusé pour organiser des rassemblements locaux dans les établissements et / ou dans la cité, avec la population. Il faut interpeler les députés qui vont voter la loi afin qu’ils précisent publiquement leurs engagements concernant la santé publique qui se résume à cette simple question : pour ou contre la destruction du système de santé ? Tous les parlementaires qui voteront pour le PLFSS seront responsables et coupables de cette destruction.

Une action d’envergure dans une forme en cours de définition se passera le jeudi 14 novembre avec mobilisation à Paris coordonné à des actions locales pour celles et ceux qui ne veulent ou qui ne peuvent pas venir.

Pour la psychiatrie, ce premier temps de mobilisation pour sauver un système de santé public accessible devra se poursuivre par une question simple : des effectifs et des moyens supplémentaires mais pour quelle psychiatrie ?

Car des tenants de FondaMental sont dans cette mobilisation, ce qui est déjà en soi un paradoxe. Car FondaMental et l’Institut Montaigne ne font que de répéter qu’il ne faut pas plus de moyens mais une meilleure organisation… Que le programme de FondaMental est en cours d’application avec des parlementaires complices appuyés par le délégué FondaMentaliste à la psychiatrie. Alors que penser des FondaMentalistes mobilisés ? Prise de conscience tardive des écarts voire du clivage qui existe entre leur position politique pour la santé et leurs engagements cliniques pour la psychiatrie ? Ou nouveau détournement de la colère au profit de leur lobby ?

Autre point qu’il faudra éclaircir ensuite : la question de la proximité, de l’accessibilité des soins et de la question de l’hospitalo-centrisme. Les centres experts sont hospitalo-centrés et cette psychiatrie-là qui se veut hégémonique ne fait pas de soins réels dans la durée, contrairement à ce une psychiatrie ouverte et démocratique dont il est fait l’éloge dans deux ouvrages qui vont paraître aux éditions D’Une.

Pour penser ces questions et avoir un programme clair pour une psychiatrie ouverte et émancipatrice construite avec les usagers, leurs familles, les citoyens et les professionnels, le printemps de la psychiatrie invite à une Assemblée Générale qui aura lieu soit le 23 novembre à Rouen, lieu de mobilisation des blouses noires de l’hôpital psychiatrique du Rouvray, soit le 30 novembre à Paris. L’information sera diffusée sur le site du printemps de la psychiatrie prochainement. L’enjeu est de construire un proposition politique concrète pour la psychiatrie dans son sens large (pédo-psychiatrie, travail social, médico-social…) qui ne serait pas prises dans les conflits d’intérêt, l’obsession pour la privatisation puis la privation de soin. Un appel pour que les personnes dans leurs lieux et les collectifs de soin en lutte fassent un travail préalable de ce qu’il faut localement et nationalement pour la psychiatrie est nécessaire. A partir de cette première élaboration, un pot commun pourra se construire et s’articuler pour élaborer un programme d’envergure pour une psychiatrie à visage humain.

« Rexister » : l’enjeu des pratiques altératrices en psychiatrie

Dans ce contexte et à rebours de la fondation FondaMental et des solutions « ready-made » portés par le rapport Wonner et par le délégué à la psychiatrie, nous souhaitons témoigner de pratiques autres qui ne cèdent ni sur la mise en question de l’institution de la société présentée comme « inchangeable » ni sur sa tentative de transformation voire sur les possibilités d’émancipations des personnes et des institutions.

La question est de trouver des contre points aux hégémonies actuelles, de créer et soutenir des « pratiques altératrices ». Pratiques d’altérations de l’institué, en partant de là où l’on se trouve et en l’articulant à des échelles plus grandes. Ces pratiques altératrices sont vectrices de rencontres, de croisements, d’altération réciproques des personnes prises dans ces pratiques, de nouvelles circulations, de nouveaux agencements. Elles émergent et surgissent à partir et contre la fragmentation actuelle du lien social, des cloisonnements de nos espaces de travail et de vie.

Si dans la séquence précédente, les luttes se menaient contre le système asilaire matérialisé par les établissements psychiatriques, actuellement, ceux-ci sont en cours de destruction par le pouvoir. Nous devons donc prendre la mesure des nouveaux axes et des nouvelles formes de lutte : soutenir l’institué – en cours de destruction- tout en travaillant à sa subversion permanente pour que les personnes ayant affaire avec la psychiatrie puissent s’en émanciper à leur mesure : à partir d’elle, avec elle et / ou contre elle.

La question démocratique est une boussole pour nous orienter dans nos lieux et dans nos pratiques. La démocratie s’invente dans tous les espaces où des humains sont ensemble, en psychiatrie comme ailleurs, elle supporte et institue des contre-pouvoirs, des espaces de conflictualité et d’élaborations collectives. Les collectifs de soin (patients, soignants, proches) qui émergent de la situation contemporaine travaillent à l’institution d’espaces de co-élaboration, de co-délibération et de co-décision en partant des différences de chacun, des différences de statuts, d’histoires de vie, de styles, des différences d’idées… Le chemin n’est jamais tracé par avance et la façon de faire ensemble, d’être ensemble, de se tenir ensemble invente du radicalement nouveau dans un moment où chacun est sommé de s’identifier à des particularités de son être, de son apparence, de son existence, de ses croyances.

Les pratiques altératrices partent de la conflictualité et de la pluralité pour créer de nouvelles formes de vie et d’être ensemble. Sans cette éthique de l’accueil, de la prise en compte de la singularité et des constructions collectives pour la soutenir, la psychiatrie ne peut que prétendre au statut d’entreprise de redressement et de dressage. Ce pari démocratique ouvre une voie largement laissée en suspens par notre société.

Au mois de mai 2019, lors d’une séance du journal « Et Tout et Tout », association ayant la fonction de club thérapeutique sur le secteur d’Asnières sur Seine, une discussion s’engage suite à une invitation au plateau des Glières dans le cadre de la rencontre « citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui ». Pour préparer ce moment aux côtés des Pinel en Lutte, de la Psychiatrie Parisienne Unifiée et de l’association Humapsy, les journalistes d’Et Tout et Tout engage une discussion avec les personnes présentes. La scène se passe dans le salon du service hospitalier, lieu de création de cet article :

« … Nous on essaye de faire le lien entre la résistance et la psychiatrie…

– C’est compliqué comme question.

– Excusez-moi, je m’en vais c’est compliqué avec les médicaments.

– Réxister ?

– Finalement, en psychiatrie résister c’est ré-exister. Si on ne fait rien, on n’existera plus.

– C’est vrai, c’était bien ce que t’as dit.

– Résister pour exister.

– Réxistons ![1]»

Cette création géniale précise ce dont il est question : résister, exister, ré-exister à partir de cette résistance. Entre lapsus et néologisme, une forme émerge, un monde s’entrouvre.

Dans son roman « les furtifs », Alain Damasio décrit un monde entièrement privatisé où l’accès aux différents espaces urbains est conditionné par le type d’abonnement payé à l’entreprise propriétaire de la ville. Pour avoir accès aux différents services, les individus sont « bagués ». Pourtant, dans les interstices de ce monde articulant société du contrôle et de la norme néolibérale, il existe aussi des groupes autonomes inventant de nouvelles formes de lien humain faisant avec le respect du sacré, les coutumes et des émergences non déjà connues. Cette forme-là de la liberté qui ne serait pas dictée par avance par le cadre de la société de la norme ouvre à des espaces de fabrique du commun et de non appropriable. Dans ce roman d’anticipation où la folie est l’horizon de certaines rencontres entre deux mondes, Damasio crée des néologismes pour décrire de nouvelles pratiques tant du gouvernement et des firmes que des groupes qui construisent cet autre lien social subvertissant le fichage informatique, l’appropriation, l’accaparement et la privatisation de tout lien.

La lutte pour l’existence digne de tout un chacun impose une résistance. Mais nous pouvons également penser que résister permet de créer de nouvelles conditions d’existence. En suivant cette piste avec les journalistes de Et Tout et Tout, il convient de « rêviser » les pratiques et les luttes à l’aune de nos productions psychiques singulières et collectives. Viser à d’autres formes de liens, que ce soit par le rêve ou autre, est l’enjeu pour « rexister » et pour « rêviser » le monde dans lequel nous sommes.

Mathieu Bellahsen, 18 octobre 2019,

publié sur son blog Mediapart

[1] Article à paraître dans le numéro 7 de Et Tout et tout