Mathieu Bellahsen et Hugo Huon, invités de Mediapart

La santé, sans condition

Le 13 mars 2020, sur le Blog « Les invités de Mediapart »

Suite aux déclarations du président de la République, Mathieu Bellahsen, psychiatre, et Hugo Huon, infirmier du collectif inter-urgences rappellent la nécessité de mettre fin aux politiques néolibérales. « Arrêter les politiques de destruction de la santé, c’est arrêter de compter ce que coûtent les vies humaines. C’est le premier acte refondateur de la solidarité : toute vie vaut la peine d’être vécue, quoi qu’il en coûte. »

Résumons la situation… Des mois de grèves dans les EHPAD pour de meilleures conditions d’accompagnement de nos aînés. Des mois de luttes dans les hôpitaux psychiatriques pour dénoncer la honte et l’indigence des soins psychiques. Des mois de mobilisations sous des formes inédites et sur une échelle sans précédent, avec le collectif inter-urgences. Deux mobilisations nationales, avec le collectif inter-hôpitaux, le 14 novembre 2019 et le 14 février 2020 avec plus d’un millier de démissions de médecins en position de responsabilité… Des morts évitables du fait de la surcharge du système hospitalier : des morts dans les salles d’attentes, des morts dans les couloirs, sur des parkings. Des burn out. Des suicides, aussi, de professionnels n’en pouvant plus. 

Et pour toute réponse politique jusque là : le mépris et le refus d’un dialogue sans langue de bois, alliés à des éléments de langage formatés et des plans de communication. Un ministère de la Santé toujours plus soumis à Bercy, Matignon et l’Elysée. Des hiérarchies hospitalières aux ordres, sans discussion. Un privé lucratif toujours plus encouragés, un service public toujours plus dénigré.

Pour solde de tout compte, le mépris des tutelles se concrétisant par quelques miettes, quelques « rallonges »… Et toujours plus de promesses pour desserrer l’étau d’un système plongé dans la catastrophe de la rigueur budgétaire.

Et jeudi 12 mars 2020, miracle du coronavirus, une prise de conscience soudaine et brutale du président de la République sur le service public, sur les soignants dévoués… Mais comment croire que ce discours s’appuie encore sur une parole qui tienne ?

Comment ne pas penser que cette crise va encore servir à renforcer les politiques néolibérales alors qu’aucune annonce concrète en terme de financement n’a été faite ?

Par contre, des annonces sur la réorganisation des soins (annulations des actes programmés etc.). Mais chacun à sa place et à son rôle ! Les politiques doivent mettre l’argent sur la table, de façon inconditionnelle et arrêter de faire croire qu’ils savent ce qu’il faut pour les soins. Ce sont les premiers concernés qui ont l’expérience concrète du travail qui connaissent ce qu’il faut faire. Les politiques doivent s’efforcer de créer les conditions favorable aux soins, non de les dicter.

Alors, il faut arrêter maintenant et pour toujours que les soignants fassent autre chose que ce pour quoi ils sont formés : c’est à dire soigner. Arrêter l’inflation de procédures bureaucratiques qui évoluent pour leur propre compte en décalage complet avec les soins réels. Ils arrêteront ainsi de perdre le sens de leur travail, ils seront en meilleure santé et prendront mieux soins des malades.

Cette crise impose la lucidité sur la politique menée depuis le début de ce quinquennat pour ne pas se faire bercer, une fois de plus, par de belles paroles hypnotisantes. Rappelons nous de tous les passages en force contre la population. Rappelons nous du 49.3 pour les retraites, rappelons nous de l’absence de réponse politique d’envergure à la crise des gilets jaunes.

Les soignants ne sont pas des martyrs. Être dévoué n’est pas synonyme d’être soumis. Nous disons depuis des mois que nous ne voulons plus nous sacrifier sur l’autel des politiques de destruction de la santé. Nous ne voulons plus que les patients soient les variables d’ajustement de ces politiques.

Arrêter les politiques de destruction de la santé, c’est arrêter de compter ce que coûtent les vies humaines. C’est le premier acte refondateur de la solidarité : toute vie vaut la peine d’être vécue, quoi qu’il en coûte.

Arrêter les politiques de destruction de la santé, c’est en finir avec les tarifications à l’activité, les réformes du financement qui avantagent toujours plus le privé lucratif. C’est arrêter de penser que des machines ou des applications valent mieux que des humains pour soigner les humains et qu’à terme, elles pourront se substituer aux soignants.

La possibilité inconditionnelle de soins, l’accueil et l’hospitalité, c’est maintenant. Sans condition autre que celui du respect de la vie et de l’existence.

Signataires :

Mathieu Bellahsen, psychiatre et auteur de « La révolte de la psychiatrie. Les ripostes à la catastrophe gestionnaire », La Découverte, mars 2020

Hugo Huon, infirmier, membre du Collectif Inter Urgences, et auteur de « Urgences. Hôpital en danger », Albin Michel, février 2020

 

 

 

 

Articles CMPP/ARS

BASTA ! (bastamag.net)  / « Soins psychiques : l’État va-t-il exclure du service public la majorité des enfants et adolescents ? »  par Rachel Knaebel

En Nouvelle Aquitaine, l’Agence régionale de santé veut obliger les centres psychologiques pour enfants et adolescents à changer de fonctionnement. Et à exclure du soin des milliers d’enfants, pour les renvoyer vers le secteur privé.  Lire l’article

POLITIS, les articles du Docteur BB « Pédopsy : nos futurs » / « Ethno-historiographie de l’ARS en Nouvelle-Aquitaine »

Dans ce billet, le Dr BB dénonce les réformes managériales brutales imposées aux institutions pédopsychiatriques, en analysant notamment un cahier des charges de l’ARS Nouvelle Aquitaine imposant une transformation radicale du fonctionnement et de la mission des Centres Médico-Psycho-Pédagogiques.  Lire l’article

/ « So What ?… Des neurones à l’identité »

Dans ce billet, le Dr BB revient sur les enjeux identitaires soulevés par des conceptions uniquement neurodéveloppementales et génétiques des troubles psychiques. A partir de là, il est possible d’analyser certaines tendances sociales contemporaines qui, sous prétexte d’émancipation, tendent à enfermer les individus dans des catégorisations aliénantes. Lire l’article 

CHARLIE HEBDO /  « Les CMPP en grand danger », par Yann Diener https://charliehebdo.fr/2020/03/societe/les-cmpp-en-grand-danger/

Dessin extrait d’un tract d’un collectif intersyndical de CMPP de Nouvelle Aquitaine

 

 

 

Réactions au drame de Thouars : « on est au bout du bout »

Une infirmière tuée à l’hôpital de Thouars (79). Premières réactions face à ce drame. « On est au bout du bout »

Nous avons lu dans La Nouvelle république des Deux Sèvres daté du 14 février cette poignante réaction d’ un infirmier psychiatrique CGT de cet hôpital, Alain Fouquet : « Les salariés sont bouleversés, les équipes vivent un calvaire ».

Entre émotion et froide colère, Alain Fouquet est venu s’exprimer devant les médias au nom des salariés du centre hospitalier Nord Deux-Sèvres (CHNDS), au lendemain du drame qui a coûté la vie à Elodie, infirmière de 30 ans décédée suite à un coup de couteau porté par un jeune patient du centre de psychothérapie de Thouars.

Il sortait d’une réunion de plus de deux heures, en présence notamment du délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie, Frank Bellivier, durant laquelle une centaine d’agents hospitaliers des unités de psychothérapie du CHNDS étaient réunis. « On aurait préféré que la ministre Agnès Buzyn se déplace, mais c’est à elle qu’il faut demander pourquoi elle n’a pas jugé bon de venir, a ajouté Alain Fouquet, infirmier en psychiatrie depuis 1983 et élu CGT, syndicat majoritaire au sein de l’établissement. Cela dit, la considération d’un ministre, c’est bien joli mais il faut surtout donner enfin à l’hôpital les moyens de fonctionner correctement. »

« Dire que ce drame est uniquement dû au manque de moyens serait un raccourci dégueulasse, a-t-il poursuivi, ému aux larmes. Mais ça participe… C’est une effroyable goutte d’eau supplémentaire. C’est vraiment terrible ce qui arrive. »

« Nous alertons depuis des années sur le manque de moyens, de personnel, de formation, de médecins : ça ne peut plus durer ! Au service psy du centre hospitalier Nord Deux-Sèvres, quatorze postes sont budgétés mais seulement cinq sont pourvus. Ils touchent des salaires misérables pour risquer leur vie… »

« On ne devrait pas se retrouver avec seulement deux soignants pour gérer quinze à vingt patients. On a alerté le ministère à plusieurs reprises, et à chaque fois il nous renvoie vers l’Agence régionale de santé. C’est facile de laisser les ARS se débrouiller… Madame Buzyn doit arrêter les mots, les grandes annonces, et passer aux actes en donnant réellement à l’hôpital les moyens de fonctionner. Sinon on ne fera que repousser l’échéance de la prochaine catastrophe. On est au bout du bout, ici comme dans tous les hôpitaux. »

Nous recommandons également la lecture de l’article du blog du journaliste renommé Jean-Yves Nau : « Au lendemain de la mort de l’infirmière poignardée, le cri du Printemps de psychiatrie »

(article du site de l’U.S.P.)

Comme un bruit qui court

Espérons que France Inter, radio de service public, accepte encore longtemps que des journalistes nous donnent la parole … 

Son magazine de reportage Comme un bruit qui court, « du son et du sens pour raconter les luttes d’hier et d’aujourd’hui », est une émission indispensable!

Sur la grève festive du collectif de la pédopsychiatrie du 19ème en lutte : « La pédopsychiatrie à la peine »

Suite à la Manifestation du « Printemps » le 22 janvier : « Surveiller, enfermer, attacher : la dérive sécuritaire de la psychiatrie française. »

Unknown

 

 

Comment traiter les troubles psychiatriques ? ARTE (07/02/2019)

 

Enfermement, soins : comment traiter les troubles psychiatriques ? 
Déjà connue de la justice et du milieu médical, la principale suspecte dans l’incendie d’un immeuble du 16e arrondissement de Paris présente des troubles psychiatriques. Son profil interpelle : était-elle suivie ? Des médecins tirent la sonnette d’alarme au sujet de ces personnes souffrantes délaissées et le personnel médical se mobilise, partout en France, contre le manque de moyens et les sous-effectifs dans les hôpitaux psychiatriques. Malgré 50 millions d’euros alloués à ce secteur cette année, la situation semble délétère. Comment se passe la prise en charge de la folie en France ? La psychiatrie est-elle le parent pauvre de la médecine ? Pour en débattre, nous recevons Mathieu Bellahsen, psychiatre, médecin-chef d’un secteur de psychiatrie publique, Marie-Jeanne Richard, présidente de l’Union des familles de personnes malades psychiques et Daniel Zagury, expert psychiatre auprès des tribunaux.


Présentation : Elisabeth Quin

Pays : France

Année : 2019

à partir de 13Min40

https://tinyurl.com/yc7buhvl

46 min
Disponible du 07/02/2019 au 08/04/2019

Nouvel Obs

« Ce qui est en crise, c’est notre hospitalité » : la psychiatrie craque

Le monde de la psychiatrie est vent debout contre la tendance au « management » qui touche les établissements de soins. Et elle le fait savoir. Reportage Article d’Anne Crignon, édition numérique du Nouvel Obs

Le monde psychiatrique est en train de craquer complètement. « Pas des gouttes, de l’écoute » est le slogan qui résume bien l’état d’esprit des quelque mille manifestants rassemblés ce mardi 22 janvier, place de la République, à Paris, dans le froid et la neige. Il y avait là des psychiatres, des psychologues, des infirmières et des aides-soignants, et aussi des travailleurs sociaux, des familles et des patients choqués par la manière dont ils ont été maltraités dans un hôpital psychiatrique (HP).

Ils sont venus à l’appel du Collectif Pinel en Lutte d’Amiens, lequel a mené l’an dernier une grève de sept mois et campé devant son hôpital pendant douze semaines, jusqu’à obtenir la création de 30 postes sur les 60 demandés. Tous ceux qui protestent, souvent de manière spectaculaire « parce que la psychiatrie et la pédopsychiatrie n’en peuvent plus », étaient là : les Perchés du Havre, demeurés des jours et des nuits sur le toit de leur HP pour exiger des moyens décents, le collectif Pédopsychiatres du 19e en Lutte, remonté contre les « graves attaques financières et idéologiques de la part des pouvoirs publics », les soignants du Rouvray, à Sotteville-lès-Rouen, qui ont fait une grève de la faim pour être entendus.

Il y avait mille protestataires place de la République, mais chacun en représentait bien d’autres : on ne quitte pas si facilement pour la journée un hôpital en sous-effectif : 25 % des postes sont en déshérence, selon Union syndicale de la psychiatrie (USP). Il y avait aussi dans la foule une trentaine de « gilets jaunes ». pour lire la suite  https://www.nouvelobs.com/sante/20190124.OBS10443/ce-qui-est-en-crise-c-est-notre-hospitalite-la-psychiatrie-craque.html