Manifestation le 15 Octobre 2020 appel unitaire

à Paris, rassemblement 12h à 13h30 boulevard des Invalides, Métro Varennes  pour départ de manifestation à 13h30  en direction de Place Fontenoy à côté du Ministère des Solidarités et de la Santé  pour  un  déploiement et rassemblement statique avec prise de parole sur une camionnette plateau. Dispersion 18h

Contention financière et isolement des soins psychiatriques

Texte de Mathieu Bellahsen

Ou la confusion du pouvoir entre les finances et les pratiques… Peut-être aurez-vous entendu parler du Plan de Financement de la Sécurité Sociale 2021 (PLFSS). Il s’agit bien d’une loi de finances. Et qu’y retrouve-t-on ? Un article traitant de la contention et de l’isolement en psychiatrie… Quel rapport avec les finances me direz-vous ?

La psychiatrie peut rendre fou. Et l’une des formes de folie la plus répandue est celle de la confusion généralisée : confusion des registres, des places et des scènes sur lesquelles se discutent, se passent et se font les choses.

Commençons par un diagnostic politique : ce pouvoir est malade. Gravement malade. Il entraîne avec lui tous les lieux et les institutions où il se décline sans filtre. Que ce soit dans les hôpitaux, dans les écoles, dans les entreprises, dans les administrations ou encore sur les bancs de l’Assemblée Nationale.

Parlons des symptômes conduisant à ce diagnostic.

Premier symptôme : contention financière

Peut-être aurez-vous entendu parler du Plan de Financement de la Sécurité Sociale 2021 (PLFSS). Il s’agit donc d’une loi de finances. Et qu’y retrouve-t-on ? Un article traitant de la contention et de l’isolement en psychiatrie (article 43). Quel rapport avec les finances me direz-vous, si ce n’est l’isolement de la finance dans son déni de la réalité vivante du monde ? Justement, il n’y a pas de rapport.

En juin 2020, les pratiques d’isolement et de contention ont été déclarées inconstitutionnelles car n’étant pas contrôlées par une instance tierce comme le juge des libertés et de la détention (JLD). De là aurait pu émerger un débat profond sur ces pratiques qui se sont accrues d’une façon exponentielle ces dernières années. Comme nous le retraçons dans « la révolte de la psychiatrie » avec Rachel Knaebel et Loriane Bellahsen, il est intéressant de remarquer que les soignants interviewés ne peuvent pas dater précisément quand l’isolement et la contention se sont de nouveau imposés en psychiatrie.

Leur recrudescence s’est faite d’une manière insidieuse, progressive et profonde. « Dans le silence des pratiques honteuses » écrivions-nous. Mais plutôt que de se pencher réellement sur ces pratiques dont le retour en force est à la fois liée au sous effectif, au manque de formation des professionnels, au repli sécuritaire de la psychiatrie et à l’évolution disciplinaire de la société dans le « traitement » de ses marges, et bien plutôt que tout cela, nous avons le droit un article dans une loi de finance ! Force est de constater que cette époque refuse de penser les soins psychiques pour mieux imposer des contraintes physiques. Et tant pis s’il est non constitutionnel de passer autre chose que des plans de financement dans une loi de finance… Mais qu’est-ce que ce pouvoir peut encore en avoir à faire de la Constitution ?

Deuxième symptôme : isolement des soins psychiatriques

Nous l’annoncions dans le billet de blog précédent, la T2C (tarification de compartiment), équivalent pour la psychiatrie de la T2A va s’imposer en janvier 2021. Et là, ce sont les finances qui vont imposer certaines pratiques. Plutôt que de penser une tarification qui s’adaptent aux besoins des personnes nécessitant des soins, la T2C va imposer une certaine forme aux soins : ceux de courte durée, évaluant, diagnostiquant et orientant avec l’imposition des normes de rentabilité et de concurrence à tous les étages de la psychiatrie : qu’elle soit publique, associative ou privée. Pour celles et ceux qui auront été évalués, diagnostiqués et orientés, qu’ils se démerdent ensuite pour se faire soigner. Chacun est libre, non ?

Ce deuxième symptôme est en miroir du premier. D’un côté nous avons une question de pratiques dans un cadre de finances ; de l’autre nous avons des finances qui dictent un cadre de pratiques… Peut-être que c’est ça le miracle de « l’inclusion ». Inclure tout dans n’importe quoi et n’importe quoi dans tout. Dans ce cas-là, l’inclusion en plus d’être au service d’une « exclusion de l’intérieur » (Loriane Bellahsen), elle se trouve désormais au service de politiques insensées.

Troisième symptôme

Le ministre de la santé et ses sbires tel que le délégué ministériel à la psychiatrie (et les autres FondaMentalistes) sont réellement à côté de la plaque. Ils préfèrent se focaliser sur la tarification plutôt que sur les pratiques concrètes d’entraves : entrave gestionnaire, entrave sécuritaire, entrave de l’imaginaire. Nous ne reviendrons pas sur la logorrhée des mots vides de sens concernant la santé mentale dont ils nous abreuvent en permanence en se pensant vraiment intelligents. Mais le vide, ça fait tourner la tête, ce qui pourrait expliquer pourquoi le ministre de la santé va jusqu’à oublier de mentionner la réforme de la loi sur la contention et l’isolement dans une allocution dédiée à la psychiatrie

Remèdes

On l’aura compris, la maladie du pouvoir est à un stade avancé et elle métastase le corps social. Pourtant, il doit bien y avoir quelques remèdes…

Composés de différents acteurs, un mouvement de protestation voit le jour contre cette tarification avec des usagers, des familles et des professionnels. Le constat a été porté tout au long de la première vague du Covid, il faut une reprise en main par les citoyens aux côtés des soignants (de tous les soignants) des outils de soin. Il faut soumettre la finance aux besoins de la population et non l’inverse. Ce ne sont pas aux soins d’être soumis aux objectifs financiers.

Il serait également de bon ton que les directions des établissements se soulèvent également si elles tiennent réellement à leur outil de travail. Car le courage n’est pas d’appliquer les directives venues d’en haut mais de les combattre quand elles sont injustes et malfaisantes. Garder sa dignité a un prix.

Les pratiques psychiatriques indignes et les politiques financières indignes de tarification doivent être combattues avec la même vigueur.

En ce qui concerne la contention et l’isolement, des associations demandent purement et simplement l’abolition de la contention. Il faut saluer le courage d’un mot d’ordre clair, radical et sans concession. Aux côtés de l’abolition de l’esclavage, de l’abolition de la peine de mort, ça aurait de la gueule l’abolition de la contention.

Et comme nous le rappelle Jérome Cornier (qui est cadre infirmier à l’hôpital public) dans une lettre ouverte, à nous de nous saisir de ce moment opportun pour mettre en question ce devenir indésirable de la psychiatrie : un gardiennage disciplinaire articulé à un abandon relationnel sous prétexte de virage numérique et ambulatoire.

Rappelons-nous de ce slogan surgi lors d’une Mad Pride parisienne il y a quelques années : « Pas de contention, de l’imagination ! »

Mathieu Bellahsen, 2 octobre 2020

Les troubles du compartiment du gouvernement : après la T2A, voici la T2C-psy

Vous avez aimé la T2A (tarification de l’activité), vous aimerez sa petite soeur la T2C-psy qui est prévue pour janvier 2021. La réforme du financement de la psychiatrie va donner naissance à ce monstre discret et destructeur.

Ils nous l’avaient juré sur leurs grands dieux, la santé échapperait désormais au principe de la concurrence et de la rentabilité. Des réformes structurelles allaient s’imposer au sortir de la crise COVID… Certains ont cru au Ségur de la Santé. La grande stratégie de communication, toujours la même (grand débat, grenelle, convention citoyenne…), en plus d’accoucher d’une souris a montré le déplorable spectacle de cette démocratie représentative. Où comment certains syndicats professionnels peuvent se coucher pour quelques euros, quelques primes ou quelques avantages catégoriels en criant à la victoire alors que l’argent débloqué est là pour aggraver la situation de catastrophe, tout en divisant les professionnels.

Et les réformes de fond se poursuivent. « Le train des réformes » nous dit-on. Ce « snowpiercer » de l’État néolibéral fonce et carbure à la destructivité de ce qui fait le lien social dans la société : éducation, justice, santé…

En psychiatrie, c’est la mère des réformes qui arrive : celle du financement. Elle doit s’imposer dès janvier 2021. En touchant aux cordons de la bourse ce sont les pratiques, toutes les pratiques dans tous les lieux de soin (public, privé non lucratif) qui vont se transformer pour s’adapter à cette nouvelle donne.

Encore une fois ce cadre de réforme est présenté comme innovant et plus juste. Et encore une fois, comme pour la réforme des retraites, celle de l’assurance chômage, ou les ordonnances de la loi Travail, la future loi est une contre réforme réactionnaire. Elle a pour but de privatiser toujours plus, de faire plus avec moins et surtout de passer sous silence les grands abandonnés du nouveau financement : les patients les plus gravement malades, les plus précaires, ceux qui ont besoin de soins dans la durée.

T2A, T2C même combat

Vous connaissiez la tarification par l’activité (T2A) qui a détruit les services de médecine chirurgie obstétrique (MCO). Cette T2A, conçue notamment par un dénommé Castex et mise en place pour créer une saine concurrence, a eu pour effet de sacrifier les services s’occupant des personnes ayant les pathologies les plus lourdes. Cette T2A que même les gouvernants se sont mis à critiquer en avril 2020… Et bien, en psychiatrie, il est temps de rattraper le retard : faire ce qui va être abandonné ailleurs… Vive la T2C!

Jusque là, les établissements qui faisaient de la psychiatrie et de la pédo-psychiatrie avait une dotation annuelle de financement (DAF) : une enveloppe budgétaire allouée aux établissements pour remplir leurs missions. Cette dotation était stable depuis des années, c’est-à-dire qu’elle n’augmentait pas proportionnellement aux besoins réels. Même histoire que dans le reste de la santé avec cette revendication d’augmenter l’ONDAM (Objectif National des Dépenses d’Assurance Maladie) portée par divers collectifs et syndicats.

Et bien que propose le gouvernement avec la bénédiction d’un certain nombre de complices institutionnels ? Que la psychiatrie soit maintenant soumise au principe de la tarification par compartiments ! Autrement dit une T2A psy que nous nous proposons d’appeler T2C pour bien faire comprendre la filiation directe avec sa grande sœur la T2A.

Blanche Neige à la task force

Ces compartiments varient entre six et huit selon les versions de la « Task force » actuellement en charge d’écrire les décrets d’application de cette loi. Et les vers sont d’ores et déjà dans le fruit des compartiments gouvernementaux : fruit bourré de pesticides qui attaquent toute possibilité de soin psychique, fruit dopé aux hormones de la start up nation.

Les vers se nomment « file active » (plus vous voyez de personnes dans l’année mieux c’est, donc mieux vaut voir 1 fois 1000 personnes que 10 fois 100 personnes), « qualité du codage » (vous touchez d’autant plus d’argent que vous remplissez les critères de qualité définis arbitrairement par les tutelles pour contraindre les soins dans un sens court termiste et d’ubérisation, c’est-à-dire d’orientation vers des plateformes plutôt que vers des institutions), « recherche », « activité nouvelle » et j’en passe.

Qu’est-ce qui donne envie de croquer dans ce fruit me direz-vous ? Et bien, l’enrobage « géo-populationnel », vernis sucré de cette réforme qui est là pour lui faire ressembler à une belle pomme d’amour toute rouge et toute brillante. Si la réforme du financement en psychiatrie était la sorcière dans Blanche Neige, le compartiment géo-populationnel serait sa pomme. Et beaucoup croquent dedans car depuis des décennies, certaines régions, certaines villes, certains secteurs ont plus de moyens que d’autres sans que cela ne puisse s’expliquer raisonnablement. Mais dans ce compartiment géo-populationnel, le financement pour le public diminue d’autant qu’il existe une offre privée lucrative et non lucrative sur le territoire.

Et plutôt que de tout rééquilibrer à la hausse puisque « la psychiatrie est le parent pauvre de la médecine », comme on le dit dans les médias, et la pédo-psychiatrie son enfant oublié, eh bien que nenni, tout le monde devra être mis au pas de la nouvelle psychiatrie plateformisée, celle qui se marie si bien avec les réformes néolibérales. Et sans surprise, les grands gagnants sont ceux qui ont un modèle de soin congruent au modèle néolibéral, à savoir les centres hospitalo-universitaires (CHU) qui, en psychiatrie, s’adonnent aux centres experts et à la promotion de telles plateformes privatisées pour la mise en place de soins. Et donc, encore une promotion pour FondaMental et l’institut Montaigne dans ce grand bond en avant qu’est celui de la destruction d’un service public de proximité, accessible, accueillant tout le monde quelque soit son diagnostic, sa sévérité et son niveau de ressources sociales.

Donc ne nous y trompons pas comme un certain nombre d’acteurs qui essayent de négocier à la marge la couleur du fruit plutôt que de le jeter, ce vernis géo-populationnel cache aussi une accélération de la privatisation des soins, c’est-à-dire une privation des soins comme l’explique Loriane Bellahsen dans le chapitre 3 de « la Révolte de la psychiatrie » consacré à ce qui se met en place dans le champ de l’autisme.

Les troubles du compartiment de la psychiatrie industrielle

Après les troubles du comportement de la clique macronienne dans le champ de la santé (et avant elle la hollandaise et la sarkozyste) et au sein de la société, voici les troubles du compartiment de la psychiatrie industrielle. Cette compartimentation du financement provoquera d’autres troubles bien réels pour les citoyens qui ont besoin d’être soignés et accompagnés sur mesure.

Il est plus que jamais l’heure de se positionner clairement sur ce que nous voulons comme projet de société. Celui qui favorise les liens humains, qui est respectueux des spécificités de chaque milieu ou celui qui homogénéise, classe et normalise. Pour ceux qui échappent à la normalisation, il restera l’abandon pur et simple soit à l’extérieur dans la rue et en marge de la société, soit à l’intérieur des dispositifs disciplinaires toujours plus florissants.

A l’heure où des associations jusque-là consensuelles appellent à des actions radicales comme l’abolition de la contention en psychiatrie (comme quoi, tout est possible!), nous devons nous mobiliser contre la T2C et proposer un autre modèle de financement et de société, enjeux des ateliers citoyens du 10 octobre et de la prochaine assemblée générale du printemps de la psychiatrie du 17 octobre.

Mathieu Bellahsen, septembre 2020

publié sur son blog Mediapart

 

AGENDA Septembre – Octobre 2020

SEPTEMBRE

VEN-SAM-DIM du 11 au 13 : Congrès annuel de l’USP

JEUDI 17 : Journée nationale de grèves et de manifestations, à Paris la manifestation partira à 14 h de République en direction de Nation via Voltaire. avec comme ordre: Solidaires-Jeunes-FSU-CGT. 

 VENDREDI 18 : Manifs de la pédopsychiatrie « Non au tri des enfants »

RDV à PARIS, 9 H, rassemblement devant le Ministère de la Santé (14 avenue Duquesne, 7ème)

RDV à BORDEAUX, 13H 30, devant l’hôtel Ibis Centre Mériadeck (35 cours du Maréchal Juin) au moment où se tiendra une réunion décisive organisée par l’ARS sur les modalités de mise en oeuvre du cahier des charges.

MARDI 22, à 18 h 30 – 22 h 45 : réunion de la commission contre les outils gestionnaires du Printemps de la psychiatrie, à la Bourse du travail de Paris, 3 Rue du Château d’Eau, 75010 Paris, Métro République, salle Ferrer (places limitées et consignes sanitaires : la distance d’un siège sur deux entre chaque participant devra être respectée, le masque est obligatoire + gel désinfectant, fournis si besoin par les organisateurs). Contact :  commissionoutilgestionnaire@gmail.com

               

OCTOBRE

Jeudi 8, à 18 h 30 : réunion de la commission contre les outils gestionnaires informatisés du Printemps de la psychiatrie, à la Bourse du travail de Paris, 3 Rue du Château d’Eau, 75010 Paris, Métro République, salle Pelloutier

Samedi 10, 9h – 18 h : Atelier de travail et de réflexion démocratique et populaire pour la refondation du service public hospitalier (première rencontre de lancement, ouvert à tous, sur inscription). À l’A.E.R.I., 57/59 rue Etienne Marcel 93100 Montreuil,  Métro Croix-de-Chavaux

Jeudi 15 : Journée nationale de grève et de mobilisation Santé, Social et Médico-social (lire l’appel unitaire)

à Paris rassemblement 12h à 13h30 boulevard des Invalides, Métro Varennes  pour départ de manifestation à 13h30  en direction de Place Fontenoy à coté du Ministère des Solidarités et de la Santé  pour  un  déploiement et rassemblement statique avec prise de parole sur une camionnette plateau. Dispersion 18h

Samedi 17, 14 h – 17h : réunion « zoom » du Printemps de la psychiatrie https://us02web.zoom.us/j/87682417902?pwd=c3VYMHowWnk4alR0Y3Y0OXYrVzhXZz09

ID de réunion : 876 8241 7902
Code secret : 350379

Jeudi 29 octobre (et lundi 9 novembre) à 18h 30  : réunion de la commission contre les outils gestionnaires informatisés, à la Bourse du travail de Paris, 3 Rue du Château d’Eau, 75010 Paris, Métro République,salle Pelloutier

Première rencontre de l’atelier pour la refondation du service public hospitalier

Suite à l’appel  « Pour refonder le service public hospitalier », paru dans Mediapart le 7 juillet, signé par plusieurs collectifs de soignants et de patients, des associations citoyennes et des chercheurs et acteurs de terrains, voici le programme de la première rencontre de lancement de l’Atelier, le 10 octobre 2020 à Montreuil.

Ouvert à toutes et tous, sur inscription (dans la limite des places disponibles)

« La psychiatrie d’après », congrès de l’USP du 11 au 13 septembre

Le 35ème congrès annuel de l’USP, initialement prévu du 20 au 22 mars, annulé en raison de la crise sanitaire, se tiendra du 11 au 13 septembre 2020 sur le thème :

LA PSYCHIATRIE D’APRÈS

à l’Institut protestant de théologie, 83 Boulevard Arago, PARIS 14ème

(le vendredi à 20h, débat ouvert à tous en présence du Printemps de la psychiatrie)

Nous sortons tout juste de la crise sanitaire de la Covid, sans savoir de quoi sera fait l’avenir sur le plan sanitaire comme sur le plan social.
Cette crise a montré sans surprise que la psychiatrie n’était pas une priorité pour le gouvernement. Et pourtant, les professionnels de notre champ disciplinaire ont été présents pour faire en sorte que les soins continuent malgré les empêchements et les contraintes majorées. Cette crise a aussi montré que les droits des citoyens, y compris des personnes hospitalisées en psychiatrie, étaient attaqués, toujours plus.
La fin provisoire de crise ne nous laisse pas de répit, quels que soient les lieux de soins où nous exerçons – CMP, cabinets, hôpitaux. Ce gouvernement, dès juin, a décidé d’une concertation expresse avec les acteurs de la santé. Loin du nécessaire « plan massif d’investissements et de revalorisation des carrières », il ne s’agit manifestement, à l’heure où nous écrivons, que « d’accélérer la mise en place des réformes ». C’est la mise en place de la loi « Ma santé 2022 » avec la généralisation des partenariats publics/privés qui apparaît être la feuille de route réaffirmée du gouvernement et du ministre de la Santé.
Nous réaffirmons à l’inverse que la santé n’est pas et ne peut pas être une marchandise.
Les enjeux cruciaux pour notre discipline et pour la santé que nous voulons travailler lors de notre prochain congrès s’imposent donc :
Quel risque pour nos pratiques de voir le mode de financement de notre discipline évoluer ?
Quelle gouvernance peut être partagée avec les usagers, leurs familles, les personnels de tout statut ?
Quels sont les enjeux actuels en pédopsychiatrie ?
Quelle psychiatrie voulons-nous continuer à défendre ?

Vendredi 11 septembre

9 h – 12 h
Après une introduction par Delphine Glachant, discussion présidée par Philippe Gasser sur l’état actuel de la psychiatrie et les enjeux pour demain.
En présence de Danielle Simonnet, conseillère de Paris, Danièle Obono, députée de Paris et des représentants des syndicats SUD et CGT.

14 h – 16 h
Confinement, isolement, enfermement. Les avatars de la sécurité sanitaire en psychiatrie. Réunion présidée par Claire Gekiere.
En présence de Laurence Cohen, sénatrice, de Sarah Massoud, secrétaire nationale du Syndicat de la Magistrature, de Florian Borg du Syndicat des avocats de France, de Yves Gigou et Jean-Luc Landas, membre de la LDH, et de l’association d’usagers Humapsy.

20 h – 22 h 30
Réunion ouverte en présence du Printemps de la psychiatrie, présidée par Pierre Paresys.
Financement de la psychiatrie et gouvernance hospitalière.
En présence de Frédéric Pierru, sociologue ; de Bernard Odier du Syndicat des psychiatres des hôpitaux et de Jean Vignes, infirmier de secteur.

Samedi 12 septembre

10 h– 12 h 30
Transmission aux internes et place des neurosciences dans la formation et les pratiques actuelles, présidée par Delphine Glachant.
En présence de plusieurs représentants d’internes et Patrick Landman (STOP DSM)

14 h – 17 h
Réunion ouverte sur la pédopsychiatrie : crise ou effondrement, présidée par Pascale Rosenberg.
En présence des pédopsychiatres :
Bernard Golse, psychanalyste
Pierre Delion, psychanalyste
Patrick Belamich, psychanalyste, directeur du CMPP de Fontainebleau et président de la FDCMPP
Anne Délègue, Annecy
Mounia Terki, Essonne (USP)

17 h – 19 h
Conférence gesticulée par Fethi Brétel : « Je ne suis pas là pour vous écouter ou la démission de la psychiatrie face au capitalisme »
Suite au mouvement désaliéniste d’après-guerre émerge en France une pratique psychiatrique humaniste, vite menacée par le virage libéral des politiques publiques. Suivez le parcours d’un psychiatre de l’an 2000 qui, à travers sa pratique hospitalière, s’est retrouvé à naviguer à contre-courant du tout-cerveau, du tout-médicament et du tout-sécuritaire…

Dimanche 13 septembre

10 h – 13 h
Vote des motions

 

 

Pour refonder le service public hospitalier

Au moment où le « Ségur de la santé » s’achève, cinq collectifs se sont associés pour lancer un appel à la tenue d’un « Atelier de travail et de réflexion démocratique et populaire » pour la refondation du service public hospitalier. Chercheurs en science sociale et soignants s’unissent pour réinvestir les collectifs de soin et inventer une « gouvernance » démocratique.

Au moment où le « Ségur de la santé » s’achève sur une note amère et qu’il laisse sans réponses des questions essentielles sur le devenir du service public hospitalier, cinq collectifs se sont associés pour lancer un appel à la tenue d’un « Atelier de travail et de réflexion démocratique et populaire » pour la refondation du service public hospitalier. A l’origine de cet appel : le Collectif Inter-Hôpitaux, les Economistes Atterrés, le Collectif Inter-Urgences, le Printemps de la Psychiatrie et les Ateliers Travail et Démocratie  entendent s’atteler  à recueillir la parole de celles et ceux qui ont traversé la crise sanitaire, soignants comme soignés, et à travailler à la fois à concevoir et conforter des collectifs de soin plus autonomes et à œuvrer pour la mise en place d’une  autre gouvernance de l’hôpital public.

L’appel initial a reçu le soutien tant de collectifs de soignants ou de patients, que d’associations citoyennes engagées dans la défense ou la refondation du service public en santé.  Ainsi ont notamment rejoint l’initiative AIDES, La Coordination Nationale des Comités de Défense des Hôpitaux et Maternité de Proximité, l’Appel des appels, l’association HumaPsy. Ce sont aussi joints à l’appel la coordination nationale des Pas sans nous, l‘Institut de Psychodynamique du Travail.

Se sont également engagés dans cette initiative plus de deux cent signataires individuels venus d’horizons et métiers multiples dans le domaine de la santé : médecins, infirmiers, aides-soignants, patients, internes en médecine.

L’appel compte des voix fortes et des défenseurs de longue date de l’hôpital public, tels que les médecins André Grimaldi, Anne Gervais, Jean-Luc Jouve, Hugo Huon, infirmier, président du CIU, des personnalités de la psychiatrie publique comme Pierre Delion, professeur en pédopsychiatrie, Delphine Glachant, présidente de l’Union Syndicale de la Psychiatrie, Mathieu Bellahsen, psychiatre de secteur public , Michèle Leflon, présidente de la Coordination Nationale des Comités de Défense des Hôpitaux et Maternités de Proximité, Catherine Skiredj-Hahn, de l’association Le fil conducteur psy, Paule Bourret cadre infirmier et formatrice de cadres de santé, le psychanalyste Roland Gori président de l’Appel des Appels.  Participent aussi de cette initiative, ce qui contribue à son originalité, des chercheurs en sciences humaines et sociales, spécialistes ou non de l’hôpital mais travaillant aussi bien sur le travail, la santé au travail, le soin, la démocratie, la gouvernance, les communs, les biens communs et les services publics. Parmi eux, la psychosociologue Pascale Molinier, les économistes Thomas Coutrot, Benjamin Coriat, Fabienne Orsi, l’ergonome Béatrice Barthe, les sociologues Dominique Méda, Fanny Vincent, le politiste Loïc Blondaux ou encore le juriste de droit public Thomas Perroux.

La pandémie de SRAS COV2 est intervenue en pleine crise de l’hôpital public, stoppant net un mouvement social inédit des médecins, paramédicaux, cadres de santé et urgentistes en pleine action pour alerter sur la mise en danger des patients. Ce mouvement social venait s’agréger lui-même à ceux de la psychiatrie et du médico-social, dont en tout premier lieu les EHPAD. Les travaux, études, témoignages sont nombreux qui mettent en lumière un hôpital public exsangue, à bout de souffle après plusieurs années de politiques publiques néolibérales. Ces politiques ont contraint l’hôpital à s’endetter en empruntant sur les marchés financiers et à répondre à des logiques de rentabilité économique fondées sur une absurde tarification à l’activité déconnectée du soin. L’objectif étant de l’amener à refonder son organisation selon une logique gestionnaire basée sur les principes du « nouveau management public » pour satisfaire à une contrainte budgétaire toujours plus forte.

Cet hôpital public exsangue fut pourtant en première ligne dans cette crise sanitaire inédite et la société dans son ensemble a soudainement pu mesurer son importance décisive. Rien ne fut épargné aux patients et aux personnels hospitaliers pendant cette « vague épidémique », comme en témoignent le manque de masques et d’équipements de protection, de tests, de respirateurs ainsi que le risque de pénurie de médicaments vitaux qui conduisirent d’ailleurs des associations de soignants et d’usagers à déposer une demande par référé au Conseil d’Etat pour la réquisition des moyens de production de ces médicaments et matériels.

Malgré cela, l’hôpital a fait front, au prix d’un épuisement sans égal.

Les succès rencontrés en dépit de l’adversité s’expliquent par un fait déterminant. Plusieurs témoignages indiquent qu’au sein de l’hôpital public la pression de l’urgence sanitaire a fait sauter pour un temps le carcan du « New Public management » et son arsenal de procédures bureaucratiques, de contrôle et de quantification de l’activité. La conséquence fut, dans beaucoup de cas, de libérer la capacité auto-organisatrice des équipes soignantes et administratives dont nul ne peut contester la remarquable efficacité tant dans la réorganisation complète de l’hôpital que dans la prise en charge médicale qu’elle a permis des malades du Covid 19. L’intelligence individuelle et collective, le professionnalisme, la solidarité, la coopération entre équipes et au sein des équipes, le travail repensé au sein de collectifs de soin reconstitués, ont ainsi pu se déployer et montrer ce que pouvait être leur puissance et leur fonction au service du public.

Alors que les managers néolibéraux tentent déjà de restaurer l’emprise des procédures bureaucratiques sur l’activité à l’hôpital en même temps que le « Ségur de la santé » s’achève sur une note amère, il nous apparaît indispensable de ne pas laisser s’effacer cet épisode. Ce « retour du collectif » au sein de l’hôpital public est un événement sur lequel il faut prendre appui.

Aussi, nous paraît-il indispensable de documenter ce moment, de l’interroger et, à partir de lui, de lancer une grande réflexion démocratique et populaire sur la manière de refonder le service public hospitalier.

Il s’agira tout d’abord de revenir sur ce moment en prenant un temps pour que s’expriment les témoignages de ceux qui l’ont vécu. Sur cette base, et dans l’objectif d’aller au-delà de l’expérience inédite de la lutte contre le Covid 19, nous débattrons de la manière de créer des collectifs de soin pérennes au sein de l’hôpital ainsi qu’au-delà de ses murs, en lien avec la cité, les territoires de ville et de campagne, de réfléchir à la nature et à la composition de ces collectifs, et de travailler aux conditions de leur institutionnalisation.

Une autre question, au demeurant largement reliée à celle de la fonction et du pouvoir à attribuer aux collectifs de soin, est celle du changement de « gouvernance » de l’hôpital. Elle constitue à juste titre l’une des revendications centrales du collectif inter-hôpitaux, mais elle fait aussi l’objet de revendications de plusieurs collectifs de soignants hospitaliers et non-hospitaliers, d’usagers, de patients, de citoyens, en même temps qu’elle est au cœur de travaux et d’initiatives dans le domaine de la psychiatrie mobilisée elle aussi contre l’emprise des logiques gestionnaires. Nous proposons de mettre en commun nos idées et nos compétences pour penser le changement de gouvernance sur la base de principes démocratiques. Ceci avec pour objectif de conduire à des propositions concrètes obligeant à repenser aussi bien « les pratiques » et l’organisation du travail que la redistribution des pouvoirs entre professionnell.es de la santé et administrations, mais aussi de réinvestir et d’interroger la catégorie « d’usager » pour ouvrir sur la question de la création de contre-pouvoirs nouveaux garants d’une véritable démocratie sanitaire.

Le patient, cet « usager » qui fut, pendant la crise sanitaire du Covid 19, interdit de parole jusque dans sa mort, doit trouver une place et un pouvoir véritables aussi bien dans le collectif de soin lui-même que dans la gouvernance de l’hôpital.

Cet atelier de réflexion démocratique et populaire se tiendra au cours du dernier trimestre 2020. Il s’attachera tout spécialement à ces deux questions liées entre elles : celle de l’invention et de l’institutionnalisation des collectifs de soin, et celle de repenser et redéfinir la gouvernance de l’hôpital.  En faisant appel à toutes les compétences, expériences et initiatives, nouvelles comme plus anciennes, il s’agit de rendre possible une réelle appropriation citoyenne du service public hospitalier, de le rénover, de le refonder et de contribuer ainsi à faire de la santé un bien commun.

Signataires :

 Collectifs

Collectif Inter-Hopitaux
Economistes Attérrés
Collectifs Inter-Urgences
Le Printemps de la psychiatrie
Les Ateliers Travail et Démocratie
AIDES
L’Appel des appels
Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternité de proximité
HumaPsy
La Criée (Reims)
SoignonsEnsemble
Collectif Intersyndical CMPP86
Institut de Psychodynamique du Travail (IPDT)
Collectif des 39
Association des amis de la génération Thunberg – Ars Industrialis
Le point de Capiton
Collectif National des Inter-Collèges psychologues hospitaliers
Coordination nationale Pas sans Nous
Collectif du CMP Poullain de pédopsychiatrie de Saint Denis
Pratiques, les cahiers de la médecine utopique
Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs (AITEC)
Collectif Infirmiers Toulousains (Collectif ITT)
ATEMIS – Laboratoire d’analyse du travail et des mutations dans l’industrie et les services
ANCIC : association nationale des centres d’IVG et de contraception
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