Meurtre réel, politiques criminelles et meurtres d’âmes : l’horreur, ça suffit!

« Toutes nos idées sur la vie sont à reprendre à une époque où rien n’adhère plus à la vie. Et cette pénible scission est cause que les choses se vengent, et la poésie qui n’est plus en nous et que nous ne parvenons plus à retrouver dans les choses ressort, tout à coup, par le mauvais côté des choses ; et jamais on n’aura vu tant de crimes, dont la bizarrerie gratuite ne s’explique que par notre impuissance à posséder la vie. »

Antonin Artaud

Meurtre réel, politiques criminelles et meurtres d’âmes : l’horreur, ça suffit!

Suite à l’horreur de la mort d’une infirmière tuée par un patient d’une unité psychiatrique dans les Deux-Sèvres, le printemps de la psychiatrie souhaite manifester sa solidarité envers la famille de cette professionnelle et en premier lieu envers ses enfants, envers ses collègues, et également envers les patients qui ont assisté à cette catastrophe.

Cette situation est inacceptable. Il est inacceptable qu’une professionnelle de santé meure dans l’exercice de ses fonctions. Il est inacceptable qu’une personne hospitalisée pour des soins recoure à un tel acte de violence.

Il est également inacceptable que toute cette horreur se produisent dans le climat de destruction de l’hôpital public et de la psychiatrie publique en particulier.

Nous n’avons pas les détails de l’enchaînement des faits, ce qui nous invite à la prudence. Nous n’avons pas le détail sur l’effectif, la saturation du service, nous ne savons rien sur l’état clinique du patient au moment du passage à l’acte.

Ce que nous savons, de manière générale c’est que depuis 2008 l’augmentation des moyens en psychiatrie finance exclusivement du sécuritaire (chambres d’isolement, caméras de surveillance, renforcement de la hauteur des murs…). Aucun investissement dans des moyens humains n’a été fait sauf à créer des unités pour malades difficiles et des unités d’hospitalisation pour soins aménagés (UHSA)

12 ans plus tard, les soignants sont dans la rue pour dénoncer la honte quotidienne dans l’exercice de leur travail, l’indignité des conditions d’accueil et de soins des patients, les tensions régnantes à l’hôpital tant avec l’administration, entre collègues, avec les usagers etc.

Depuis plus d’une dizaine d’années, les rapports du contrôleur général des lieux de privation de liberté indiquent la déshumanisation globale qui règne dans la psychiatrie publique, le sous-effectif, le manque de formation, les maltraitances ordinaires…

Quand allons nous arrêter ces politiques criminelles qui sont un terrain propice à ce que le pire surgisse ? Politiques de santé qui non seulement n’arrangent rien mais aggravent encore plus la situation et sa brutalité.

Si nous ne savons rien des causes précises de ce drame, nous connaissons la catastrophe qui sévit dans l’hôpital public dans son ensemble et dans les secteurs de psychiatrie en particulier. 

Nous vivons au quotidien des drames : des personnes qui se suicident, des professionnels en burn-out, des usagers attachés et enfermés quand ils ne sont pas mis à la rue faute de structures ambulatoires etc. Des familles qui ne sont pas entendues ni écoutées.

La violence de la société s’infiltre dans tous les espaces de la société, le monde du soin n’y échappe pas.

Pour que des drames de la sorte ne puissent pas se répéter facilement, il faut pouvoir prendre le temps de soigner, prendre le temps d’écouter et d’apaiser, avoir le temps de se soigner, créer un climat de confiance entre toutes les personnes présentes dans les lieux de soins… Tout ce qui manque pour apaiser et rendre une ambiance de soin sécurisante. 

Pour ce faire, le minimum est de sanctuariser les secteurs du lien humain et d’arrêter d’appliquer des logiques comptables, gestionnaires et déshumanisants qui renforcent toujours plus le terreau favorable au pire.

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