Des héros passent en conseil de guerre

Déconfinement : Des héros passent en conseil de guerre

« Les promesses n’engagent que ceux qui y croient … »

« Et tant qu’il y aura dans une institution psychiatrique un être humain attaché, brimé, frappé, je protesterai par tous les moyens possibles. » Ces mots de notre collègue Jean-Pierre Vérot, prononcés en 1974, lors de la préparation du congrès d’Auxerre, n’ont rien perdu de leur actualité. Bien au contraire. Nous sommes nombreux à les faire nôtres, à les faire vivre chaque fois que nécessaire, et ça l’est malheureusement de plus en plus.

Il faudrait donc se taire pour complaire aux managers qui administrent les hôpitaux comme s’il s’agissait d’entreprises du CAC 40. Il faudrait accepter de considérer les usagers comme un flux de voitures qui se succèdent sur une chaîne. Il faudrait accepter ces économies de bouts de chandelle réalisées sur le dos des soignés et des soignants. Il faudrait accepter les isolements et les contentions sans cesse plus nombreux comme des pis-aller, des « on ne peut pas faire autrement ». Accepter et se taire. Garder pour nous les conséquences de cette gestion folle. Surtout que le public n’en sache rien. Garder le secret « industriel » sur ces méthodes modernes qui emprisonnent les personnes en souffrance psychique puis les abandonnent à la rue.

Nos collègues du Rouvray passent en Conseil de discipline pour avoir simplement tenté d’alerter la population sur ce qui se commettait à l’ombre des murs de ce qui reste un asile managé par de sinistres incompétents qui ont sciemment mis en danger les soignants et les patients qu’ils soignent. Nos collègues ont protesté par tous les moyens possibles. Et nous protestons avec eux. Et nous continuerons à protester. Avec eux, avec tous ceux qui dénoncent les pratiques d’un autre âge que banalisent ces gestionnaires à la petite semaine.

Ils n’ont peur de rien. Leur gestion du Covid 19 a été tellement calamiteuse qu’ils devraient se faire oublier, prier pour que personne ne porte plainte contre eux pour mise en danger de la vie d’autrui. Leur morgue est telle ; ils sont tellement convaincus d’agir en toute impunité qu’ils traînent nos collègues en Conseil de Guerre, pardon en Conseil de discipline. Vous trouvez ça normal ? Qu’ont-ils donc fait pour se retrouver sur le banc d’infamie que l’on devrait réserver à leurs accusateurs ?

Le 30 mars 2020, le collectif des Blouses Noires publie sur sa page Facebook, la copie d’une note de service émanant de la direction des soins, en date du 27 mars. Cette note est destinée aux cadres des unités, afin d’être diffusée à l’ensemble des agents. C’est un document non signé, non daté, avec seulement le logo de l’hôpital envoyé en format word, non verrouillé. Cette note atterre les agents. Elle est partagée sur Facebook et commentée allègrement. Nous-mêmes l’avons moquée. Que dit-elle ?

Il faut d’abord préciser qu’elle arrive dans un contexte où les soignants ont un masque par personne tous les quatre jours, que les syndicats, en tant que membres du CHSCT, demandent à participer à la cellule de crise locale, ce que la direction refuse. Il faut également rappeler que cette même direction s’est étalée dans la presse pour dire qu’il n’y avait pas de problèmes de masques dans l’établissement, chaque soignant bénéficiant de deux masques par jour. Fake news, désinformation, mensonge on mesure l’éthique de ces gestionnaires. Face à la surdité de leur direction, face à sa mauvaise foi, au refus d’écouter, au climat de guerre qu’elle installe dans l’établissement, les soignants sont contraints d’utiliser tous les moyens pour protester. 

Que dit donc cette note ?

« En cas de suspicion d’infection à covid

  • Confiner le patient dans sa chambre, inutile de lui mettre un masque qu’il contaminera en le touchant de façon inappropriée et sera source de dissémination du virus. […]

  • Avant d’entrer dans cette chambre le soignant devra porter un masque CHIRUGICAL, des lunettes de protection qui seront nettoyées avec PHAGOSPRAY à la sortie.

Le soignant garde son masque chirurgical à la sortie, le masque doit être changé dès qu’il est humide et mis à sécher. »

Chacun peut mesurer le sérieux de cette « chose ». Si le patient est confiné dans sa chambre, on ne voit pas comment il pourra disséminer le virus. Quant à la réutilisation du masque chirurgical après séchage, ce serait comique si les conséquences n’en étaient aussi graves. Que faire ? Se taire ? Laisser croire à la population que chaque soignant bénéficie d’un nombre de masques suffisant ? Que les patients sont en sécurité ? Qu’on les informe de la maladie et de ses conséquences ? Dire le vrai et récupérer des masques grâce à la solidarité locale qui se mit en marche dès la publication de la note et le scandale que les mensonges de la direction ont généré.

Deux soignants sont menacés d’une suspension de la fonction publique, donc sans salaire, pour une durée comprise entre trois mois et deux ans. Ils sont convoqués en conseil de discipline les 24 et 30 juin. Qu’ont-ils fait ? Ils ont manqué à l’obligation de discrétion professionnelle et à l’obligation de réserve. Qu’ont-ils faits que nous n’aurions  fait en cette période d’exception ? Qu’ont-ils fait d’autre que protéger les patients en alertant les médias ? Combien de patients ont-ils été contaminés par les soignants ? Un usage sérieux des masques aurait-il permis de leur éviter cette contamination ? Combien de patients et de soignants ont-ils été préservés du Covid 19 grâce à leur action ? Rassurez-vous rien de tout cela ne sera mentionné. L’équipe de direction du Rouvray se serre les coudes, elle se protège, se soutient en réglant ses petits comptes. Il ne sera pas question de la grève de la faim entamé par les soignants pour tenter de faire entendre le malaise qui sévit dans cet hôpital. Il ne sera pas question du bilan accablant du Contrôleur Général des Lieux de Privation de Liberté sur l’hospitalisation au Rouvray. Ces gestionnaires d’élite doivent bien y être pour quelque chose, non ? Comment imaginer qu’une équipe de direction aussi omnisciente, aussi omnipotente puisse être indemne de toute responsabilité dans cette violence quotidienne qui se manifeste à tous les échelons de l’établissement ? Quand rendra-t-on vraiment justice aux soignants du Rouvray ?

L’association serpsy (Soins Etudes et Recherches en Psychiatrie) est solidaire des collègues du Rouvray. Elle s’associera à toute démarche visant à faire reconnaître les vrais responsables de l’état de guerre larvé qui sévit dans cet établissement qui connut des heures glorieuses. Nous affirmons haut et fort que nous aussi manquerions à l’obligation de réserve et de discrétion professionnelle dès lors que des patients et des soignants sont mis en danger par des directions qui font la grève du cœur.

Association Serpsy

 (Soins, études et recherches en Psychiatrie)

 

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