Plus d’infos à propos des Semaines De La Folie Ordinaire en région parisienne sur le blog : https://sdlfoparis2018.wordpress.com/




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37e congrès de l’Union Syndicale de la Psychiatrie à Paris
À l’heure où la tentation du repli gagne certains, voire en a déjà poussés au renoncement, seule la mise en pensée collective pourra nous permettre de lutter contre les effets du néolibéralisme qu’incarnent nos dirigeants.
La mise en exergue de l’individu, sommé de s’accomplir tout en étant nié dans sa vie psychique, marque notre époque autant qu’elle signe la perte de notre société.
Sans prise en compte de ce qui nous rassemble et nous complète, les citoyens ne peuvent que se heurter les uns aux autres et la violence s’exacerber, les clivages étant alimentés depuis le sommet de l’Etat.
Pointer l’individu comme responsable de ses propres malheurs, incompétent, en burn-out quand les exigences qui pèsent sur lui sont trop fortes, permet de détourner le regard des graves désorganisations du travail et des questions sociales. Pour ce qui nous concerne aussi, de la faillite de notre système public de santé, démantelé depuis des années.
En psychiatrie, les soignants dans leur ensemble, réduits à des agents, alimentent la chaîne de production des soins et ont de plus en plus de mal à s’engager dans la relation thérapeutique, se réfugiant dans les actes techniques et protocolisés.
Pourtant çà et là, des initiatives nouvelles viennent repeupler notre imaginaire. Nous entendrons certains raconter leur expérience.
Et, de plus en plus nombreux, les collectifs se forment et tentent de résister, se détournant parfois des syndicats, corps intermédiaires niés par les pouvoirs publics depuis 15 ans. Souhaitons qu’ils finissent par allier leurs forces !
L’avenir sera collectif ou ne sera pas.

Lieu du congrès : AGECA, 177 rue de Charonne,75011 PARIS, Métro Alexandre Dumas.
Toutes les infos dans la plaquette :

Communiqué de presse ASSISES CITOYENNES DU SOIN PSYCHIQUE
16 mars 2022 : communiqué de L’ATELIER DEMOCRATIE
Nous sommes un collectif créé à la suite des Assises citoyennes du soin psychique, qui se sont tenues le vendredi 11 et samedi 12 Mars 2022, à Paris. Ces Assises ont réuni 500 personnes (200 personnes supplémentaires étaient en liste d’attente) et 400 connectés en visioconférence : usager.e.s de la psychiatrie et de la pédopsychiatrie, familles et proches, citoyen.ne.s concerné.e.s, professionnel.le.s du soin, du travail social, du travail éducatif, de l’Education Nationale, de la justice, de la protection de l’enfance.
Notre constat
Loin des déclarations d’intention du gouvernement et des décideurs sur « l’usager au centre du dispositif », à des rares exceptions près, nous vivons au quotidien la disqualification de la parole des usagers, l’atteinte à nos droits fondamentaux et à la dignité. Nous voulons mettre un coup d’arrêt au rabaissement systématisé de la parole des usagers-psychiatrisés-patients. Nous sommes des sujets de droits avant d’être des sujets de soins et en aucun cas nous ne sommes des objets de soins.
Nous existons en tant que sujets et à ce titre, la prise de parole des usager(e)s – patient(e)s psychiatrisé(e)s ne peut être considérée d’emblée comme « instrumentalisée » et « instrumentalisable ». Ces préjugés nous dénient le droit à porter notre parole. Ils sont infantilisants et indignes. D’ailleurs, nous remarquons que l’infantilisation touche aussi les professionnels. Nous devons faut lutter en permanence contre ce processus délétère.
Dans ce contexte, la démocratie sanitaire telle qu’elle est pratiquée est une mascarade et une imposture. Elle doit être repensée pour accorder une place réelle aux usagers réels. Quelques soient nos difficultés, nous devons être considérés comme des citoyens à part entière.
Nos propositions
1- L’urgence est de lutter pour l’effectivité des Droits des usagers. Que ces Droits effectifs deviennent l’organisateur des soins psychiques, quelques soient nos âges (enfants, adolescents, adultes, personnes âgées), nos statuts et nos problématiques psychiques.
2- Nous voulons rappeler fermement aux établissements de santé et d’accompagnement, du sanitaire, du médico-social et du social que la liberté est la norme. La liberté doit être l’usage le plus courant dans les pratiques. Quand elle est nécessaire, la privation de liberté doit être l’exception. Pour nous, toute privation de liberté indue et non proportionnée doit être signalée et dénoncée par le biais d’un collectif protégeant celles et ceux qui y sont confrontées et ce de façon solidaire.
3- Nous voulons rappeler aux professionnels soignants et administratifs qu’il n’est plus possible de céder sur le droit des patients pour des questions professionnelles, de droit du travail ou de défenses syndicales et corporatistes. Dans les cas où le droit des usagers s’oppose aux logiques (voire au confort) des tutelles, des directions et des professionnels, cela doit faire l’objet de débats et d’échanges sincères, authentiques et solidaires. L’auto-détermination des premiers concernés doit être supportée et soutenue par les professionnels et les politiques.
4- Par ailleurs, la formation des professionnels constitue un enjeu démocratique essentiel. Si chacun doit pouvoir avoir accès à une formation de son choix et non imposée, nous devons soutenir que les premiers concernés (usagers – patients – psychiatrisés) ont toute leur place pour former les professionnels afin de les rendre attentifs à ce qu’ils vivent au quotidien.
5- Nous ne pouvons plus supporter que les personnes qui tentent de faire valoir leurs droits (usagers ou professionnels) soient assignés à un statut pathologique de paranoïaque ou de quérulents. D’autant que même les paranoïaques ont des droits à défendre et à faire appliquer !
6- Dans cette perspective, il est nécessaire d’organiser un réseau d’auto-défense pour les droits et libertés en psychiatrie associé à un réseau contre la répression des usagers et des professionnels lanceurs d’alerte et défenseurs des droits.
7- Il n’est plus tolérable que se développent les pratiques de contention et d’isolement. L’encadrement systématique par le Juge des Libertés et de la Détention de ces pratiques ne doit pas faire oublier l’enjeu premier : celui de la réduction voire de l’arrêt total de ces pratiques, notamment celle de la contention physique. Il est inacceptable qu’aucun débat national n’ait eu lieu sur ces pratiques. Nous appelons à l’organisation de journées « Parlons contention » à partir des témoignages et de la parole des premiers concernés en vue d’un débat public digne de ce nom qui n’aurait pas peur d’aborder l’abolition des pratiques de contention physique et des moyens psychiques, matériels et humains qui s’y substitueraient.
8- Nous voulons également créer un bréviaire regroupant les mots et les pratiques infantilisantes dans les soins et recensant les mots intolérables de la langue psychiatrique. A contrario, nous souhaitons faire des fiches d’événements, de pratiques et de mots désirables (par exemple insister sur l’importance de la démocratie concrète dans les soins comme avec les clubs thérapeutiques, les associations de personnes concernées…).
9- Nous voulons des instances de délibération conjointe au sein des services ou de toute structure entre usagers et résidents des lieux, familles et professionnels.
10- Nous remarquons que là où existent des clubs thérapeutiques, il existe des contre-pouvoirs effectifs et concrets dans la vie quotidienne. Ainsi, nous voulons que les clubs thérapeutiques et les associations locales d’usagers ne soient pas systématiquement rabroués au motif qu’elles ne sont pas « représentatives » dans les instances de la démocratie sanitaire. Nous voulons que les clubs thérapeutiques et les associations locales d’usagers, créés à partir des lieux de soin et d’accompagnement, soient invités de droit, voire qu’ils soient représentants de fait dans les Commissions Des Usagers (CDU), les Commissions de la Vie Sociale (CVS).
Ainsi, à l’occasion des Assises du soin psychique et de notre atelier sur la démocratie, il nous semble urgent d’insister sur les formes de soin et d’accompagnement qui font la place à la responsabilisation citoyenne des usagers, qui aident à les rendre actifs en tant que personnes et dans leur milieu de vie, qui lutte contre l’infantilisation et les postulats validistes de la société actuelle.
Pour les Assises citoyennes du soin psychique,
L’atelier Démocratie
Contacts presse : Humapsy par mail à humapsy@mailoo.org, qui transmettra aux autres contacts.
Pour retrouver la vidéo de la restitution de l’atelier en plénière: lien

Communiqué de l’atelier « Urgence de repenser l’Enfance en souffrance » adressé aux parlementaires
Nous sommes un collectif créé à la suite des Assises citoyennes du soin psychique, qui se sont tenues le vendredi 11 et samedi 12 Mars 2022, à Paris. Ces Assises ont réuni 500 personnes (200 personnes supplémentaires étaient en liste d’attente) et 400 connectés en visioconférence : usagers de la psychiatrie et de la pédopsychiatrie, familles et proches, citoyens concernés, professionnels du soin, du travail social, du travail éducatif, de l’Education Nationale, de la justice, de la protection de l’enfance.
A la suite de la tenue d’un groupe de travail, au sein de ces Assises, sur la condition des enfants, adolescents et jeunes adultes, nous demandons la tenue de débats parlementaires sur les sujets suivants :
– l’inclusion des enfants, adolescents et adultes en situation de handicap
-les pratiques de contention et de surmédication des enfants et adolescents.
En ce qui concerne l’inclusion, nous avons été informés des propos d’Eric Zemmour affirmant que de nombreux enfants en situation de handicap n’ont pas leur place en classe ordinaire et devraient être accueillis uniquement dans des lieux spécialisés. Nous avons constaté que ceux-ci ont été suivis d’une réaction quasi-unanime des différents partis politiques, glorifiant la politique des secrétariats d’Etat au handicap des trois derniers gouvernements successifs. Or, celle-ci prône la fermeture des lieux spécialisés de soin et d’accompagnement au nom d’une « désinstutionnalisation » pour se focaliser sur l’« inclusion » de ces enfants en école ordinaire.
Ces deux discours reposent sur la fiction selon laquelle :
-la politique actuelle de l’Education Nationale permettrait un accueil harmonieux des enfants en situation de handicap en école ordinaire
-la politique actuelle de la Santé permettrait qu’existent de nombreux lieux spécialisés de soin et d’accompagnement.
Cela est faux.
Nos expériences sont les suivantes : la réalité de très nombreux enfants et de leurs familles, c’est tout simplement l’attente désespérée d’une place dans un lieu spécialisé et l’accueil nulle part. Exemple parmi tant d’autres abordé lors des Assises, une enfant attend depuis plus de 919 jours une place en IME et sa mère écrit chaque jour au Président de la République.
La réalité des lieux spécialisés de soin et d’accompagnement, c’est l’ensevelissement sous un nombre de demandes tel que le temps d’attente avant d’être reçu, pour un enfant ou un adolescent, atteint parfois plusieurs années, et le détournement du travail des professionnels vers des tâches de gestion purement technique de dossiers.
Et loin d’une « désinstitutionnalisation », lorsqu’un enfant ou un adolescent est en crise, faute de possibilités de soin et d’accompagnement de proximité, réguliers et relationnels, ce que nous voyons apparaître, c’est le retour de pratiques asilaires honteuses, intolérables et illégales dans certains lieux ou certains services d’urgences : contentions et surprescriptions de psychotropes n’épargnent désormais plus les enfants.
Nous connaissons la cause de cela : le « Nouveau management public » qui régit le soin, l’enseignement, la protection de l’enfance, la justice, vise la rentabilité, parle de « flux » et déteste les « stocks ». Or un hôpital de jour, un IME, un CMPP ou un CMP qui suit des enfants au long cours, un lieu d’accueil de la protection de l’enfance, c’est un « stock » qui semble pour certaines femmes et hommes politiques bien gênants et coûteux. Le modèle prôné est de définancer ces lieux à l’aide de la réforme du financement de la psychiatrie qui s’applique depuis le 1er Janvier 2022 pour, à terme, justifier leur fermeture ou leur transformation en « plateformes » de consultation ponctuelles, productrices de « bilans » divers et variés. Il s’agit de convertir l’argent économisé en allocations destinées aux familles, « libres » alors de payer des cabinets privés de prestations à domicile, d’aide à la personne, de formation, de nouveaux bilans. Mais alors, dans ce modèle de société, quid de la sociabilisation, des rencontres, des amitiés, des projets de vie, que les enfants et adolescents peuvent créer dans les collectifs de soin et d’accompagnement quand ceux-ci ont des pratiques vivantes et anti-validistes, et à l’école quand la scolarisation est bien accompagnée en partenariat avec ces collectifs de soin ? Quid des familles qui ne souhaitent pas être le soignant de leur enfant ? Quid de la notion de service public égalitaire et sans condition de revenu ?
Nous, ce que nous observons souvent, c’est l’envers du décor : ni stock (puisque les lieux ferment ou se transforment en dispositifs de bilans) ni flux d’enfants : ils sont tout simplement abandonnés avec leurs familles. Par contre un flux, il en existe bel et bien un : le flux de dossiers MDPH et le flux de bilans, qui circulent de mains en mains et de dispositifs « innovants » en dispositifs « innovants ». Les enfants et les adolescents sont toujours, eux, accueillis nulle part.
Par ailleurs, nombreux sont ceux d’entre nous qui ont vécu, à l’école ordinaire, une inclusion sous forme d’injonction à se comporter comme un élève ordinaire, sous peine d’être exclu, ou une inclusion de façade avec une Unité d’Enseignement à part et des récréations séparées. Nombreux sont les élèves sans accompagnants (AVS, AESH) malgré les demandes de collectifs de parents et des équipes pédagogiques. Et nombreux sont les professeurs qui avouent leur grande difficulté à accueillir ces élèves dans les classes ordinaires en l’état actuel de fonctionnement de l’Education Nationale : en termes de moyens humains, de formation, de travail d’équipe et du nombre d’élèves par classe. Effet direct, de plus en plus nombreux sont les enseignants qui déclarent auprès de leur CHSCT des situations à risque pour la santé des enfants sans que rien ne soit mis en place pour résoudre ces situations.
Nous constatons également la focalisation validiste de la MDPH sur les capacités des personnes en situation de handicap à travailler, notamment en ESAT, alors même qu’une enquête récente montre enfin la réalité de ces lieux qui bien souvent exploitent les travailleurs handicapés : sous-payés et interdits de se syndiquer ; certains directeurs sont même fiers de vanter une main d’œuvre supposée docile peu chère et qui rapporte des primes à l’entreprise.
Nous savons que certains usagers, certaines familles et certains professionnels sont satisfaits de l’ensemble de ce système ; leurs intérêts de classe, leurs intérêts personnels sont convergents avec ceux d’une société inégalitaire, utilitariste et privatisée.
Ce n’est pas notre cas. Nous nous opposons radicalement aux propos d’Eric Zemmour car nous faisons l’hypothèse que ses motivations sont eugénistes. Nous nous opposons radicalement à la fausse inclusion du gouvernement actuel car nous faisons l’hypothèse que ses motivations sont validistes et s’inscrivent dans la rationalité néolibérale. A propos de validisme nous constatons d’ailleurs que la secrétaire d’Etat actuel au handicap s’oppose à la déconjugalisation de l’Allocation Adulte Handicapé.
Prenons les choses au sérieux :
On nous parle de la réussite de l’inclusion scolaire en Italie. Alors nous voulons pour l’école française des conditions proches de celles de l’Italie : classes à petits effectifs, co-enseignement par un enseignant spécialisé et un enseignant ordinaire, professeurs pouvant exercer une réelle pédagogie différenciée, accompagnants formés et titularisés.
On nous dépeint des « institutions » de soin et d’accompagnement (comme si les écoles n’étaient pas également des institutions), comme des lieux fermés, de relégation, ségrégatifs, infantilisants. Nous sommes fatigués de ces calomnies. Nous affirmons qu’un certain nombre de lieux pratiquent au contraire un accueil chaleureux, ouvert et vivant, que les enfants et adolescents qui y sont reçus sont pris au sérieux, sont des interlocuteurs valables, qui peuvent influer sur le fonctionnement même de ces lieux. Aussi, lorsque des pratiques intolérables apparaissent quelque part : isolement, contention, médication inadaptée ou excessive, d’enfants et d’adolescents, nous exigeons qu’elles soient dénoncées radicalement, que leurs auteurs soient poursuivis. Quant aux pratiques validistes, c’est toute la société qui est concernée. Les lieux de soin et d’accompagnement, comme tous les autres, doivent combattre toute forme de domination des personnes valides sur les personnes porteuses de maladie et/ou de handicap.
Or, ce que nous constatons, c’est plutôt que les professionnels osant lancer l’alerte sur l’abandon des patients et des familles, sur la perte de sens du travail, et sur les pratiques maltraitantes d’enfermement, de contention et de surmédication, subissent souvent en retour harcèlement et représailles, au point que la plupart préfèrent se taire. Nous demandons la protection de ces personnes.
En ce qui concerne la contention, nous demandons l’abolition de cette pratique dont nous affirmons qu’elle n’est jamais thérapeutique mais toujours traumatisante.
Nous demandons un meilleur encadrement de la prescription de psychotropes aux enfants et adolescents, notamment des dérivés amphétaminiques et des neuroleptiques qui sont actuellement sur-prescrits par certains praticiens et certains services alors même que le bénéfice thérapeutique n’est pas prouvé.
Nous vous demandons de vous positionner, Madame, Monsieur, sur ces points et la tenue d’un débat parlementaire.
Pour les Assises citoyennes du soin psychique,
Le groupe de travail enfants, adolescents et jeunes adultes.

Contacts presse : Loriane Bellahsen 06.84.51.73.77 ; Martin Pavelka : 06.29.91.19.28
Pour adresser le communiqué aux parlementaires, le PDF peut être téléchargé ici :
Nous ne sommes pas seuls… De nouvelles pistes pour sortir de l’état catastrophique de la psychiatrie publique
Texte de Pierre Delion/ le 17 mars/ V.I.F.
Ce texte a été en grand partie écrit dans l’ambiance porteuse des Assises citoyennes du soin psychique qui se sont tenues à la Bourse du travail à Paris, les 11 et 12 mars 2022, à l’initiative du Printemps de la psychiatrie, de l’Appel des appels et du Collectif des 39. C’est sous le buste de Jean Jaurès et dans la salle Ambroise Croizat, fondateur de la Sécurité Sociale, que se sont réunies cinq cents personnes motivées pour critiquer, analyser et lutter contre l’état de la psychiatrie publique aujourd’hui, et proposer des solutions pour retrouver une psychiatrie à visage humain. Lire la suite

Pour une abolition de la contention physique en psychiatrie
Billet de blog de Mathieu Bellahsen / le 18 mars /Mediapart
A l’occasion des Assises citoyennes du soin psychique, des témoignages ont relaté des pratiques de contentions physiques notamment chez des enfants. A l’instar des EHPAD, il est nécessaire d’amplifier la mobilisation pour faire connaître et abolir ces pratiques indignes et les amalgames entretenant leur banalisation. Lire la suite

Couché ! Détruire les pratiques, pervertir la langue, contraindre l’imaginaire..
Billet de blog du Docteur B.B. / le 22 mars /Mediapart :
En septembre dernier, ce sont tenues les « Assises de la santé mentale », sous l’égide de la présidence et de ses experts adoubés. Afin de pouvoir appréhender la démarche des contre – « Assises Citoyennes du Soin Psychique » qui ont eu lieu le 11 et 12 mars, revenons sur cette mascarade initiale qui n’aura servi qu’à consacrer un tournant idéologique autoritaire et marchand dans la gouvernance sanitaire. Lire la suite
Dominique Terres Graille (Appel des appels) et Catherine Skiredj Hahn (Le Fil conducteur Psy)
Lire sur ce blog d’autres articles du Fil conducteur Psy , signataire du Manifeste pour un renouveau des soins psychique du Printemps de la psychiatrie.

Intervention de Dominique Terres Graille :

pour lire la suite l’intervention de Dominique Terres Graille ouvrir ou télécharger le PDF :

Catherine Skiredj Hahn, le Fil Conducteur Psy
Quelle inscription dans cette histoire que vient de situer Dominique Terres Graille ?
Ou l’effet Assises pour nous à la suite de celles de 2013 : « Quelle hospitalité pour la folie ? »
Les Assises allaient asseoir une parole plurielle d’acteurs, familles, patients, soignants qui depuis partagent leurs points de vue sur la conception du soin psychique.
En effet, parmi les ateliers organisés, l’un dénommé « atelier familles » avait rassemblé une centaine de participants, dont nous étions : parents, fratries, famille au sens large, proches, patients et soignants. Rassemblés pour témoigner de l’expérience de la rencontre avec la dissociation ce qui n’est pas rien.
Ce moment qui fit lien pour dire le désespoir, la souffrance qui bouleverse les psychés, l’incompréhension des parcours de soins chaotiques ; en somme un moment d’hospitalité de nos paroles face à nos détresses vécues bien souvent dans une solitude et un isolement ressenti comme une blessure qui désigne celles et ceux d’entre nous profondément affectés par cette expérience. Mais aussi une expérience de vie qui humanise autant qu’elle met au risque de la désintégration, de la déstructuration.
La fluidité de la parole et l’émotion éprouvée ensemble lors de cet atelier furent telles que nous avons eu l’élan de prolonger ce moment intense d’échanges.
Car il fallait bien tenter de mettre de la cohérence dans des parcours de soins hachés, segmentés, fragmentés alors même que la maladie psychique apparaît elle-même comme perte de la cohérence interne du sujet …
Lutter contre la déraison des parcours psychiatriques, réfléchir et comprendre ce que nous fait la déliaison tant du côté du soin atomisé, robotisé par les réponses médicalisées et protocolisées dominantes, que celle que nous vivons du côté de nos proches touchés par la maladie.
Il y avait du Fil à retordre, des mises en interrogation à tisser pour nous soigner aussi, pour contenir nos désespérances, les partager pour les mettre à distance par l’élaboration réflexive. En quelque sorte, penser ces expériences pour panser nos maux par une mise en mots.
C’est l’histoire récente du Fil conducteur psy. Il s’agit de faire entendre une voix singulière, des sensibilités qui ne soient pas lissées, écrasées par des considérations tactiques de représentation politicienne.
L’humanisation, selon nous, c’est apprendre à se parler, accueillir et considérer nos places différenciées en tant que familles, ou proches ou patients ou soignants, nos rôles différents et nos points de vue pour les mettre en débat, en dégager des pistes de proposition d’actions.
Il nous fallait parler de ces mises systématiques ou presque en pyjama, de ces périodes d’isolement durant lesquelles de plus en plus souvent des contentions sont pratiquées quand elles ne le sont pas dès l’arrivée aux urgences.
Il nous fallait parler de l’état dans lequel se trouvent plongés les patients : une médication qui les fait trembler, qui révulse et fige leur regard, qui transforme leur corps, rend leur diction difficile : une lente descente … avec ce sentiment d’impuissance à apaiser la souffrance qui enserre les patients, leurs proches, leur famille.
Il nous fallait parler du désert des formes de soutien et d’accompagnement avant et après l’hospitalisation. De ces déambulations de corps inoccupés dans des couloirs sans fin.
Il nous fallait partager cela : comment tenir face aux injonctions muettes qui nous minent à bas bruit surtout depuis le trop fameux « virage ambulatoire ». Redécouvrir les proches, la famille à la sortie d’hospitalisations de plus en plus courtes, sans soutien et perspectives au sortir, et l’ignorer quand elle demande de l’aide en période de crise, refuser d’entendre la détresse parentale lorsqu’un patient adulte est soi-disant censé être capable de faire la démarche pour se faire hospitaliser, qu’il lui revient de passer un « contrat » pour être hospitalisé en pleine situation de crise. C’est sans doute ce que signifient les formules valises du type « le patient au cœur de son parcours de soin » ou encore « être acteur de son projet de vie ». Le silence abyssal de l’équipe hospitalière (on est loin de l’hospitalité là) quand la souffrance psychique enserre et isole dans l’intime du drame familial tout en faisant glisser le soin et la responsabilité du côté de la famille au sortir de l’hospitalisation…
La famille, longtemps rendue responsable de la maladie de son proche, est souvent devenue solution comme recours alternatif à la prise en charge dans le système de soins, au motif avancé comme vertueux d’une meilleure inclusion de nature à favoriser la dé-stigmatisation et la dé-culpabilisation des familles à qui l’on dit aussi : « c’est une maladie comme les autres » pour soi disant les rassurer.
Il nous fallait partager nos colères, nos incompréhensions face à des situations qui mobilisent une telle énergie pour ne pas sombrer dans l’épuisement, le risque d’effondrement.
Comme une nécessité pour tenir, se soutenir sans s’anéantir …
Comment trouver des appuis pour mesurer les dégâts de cette période, ce moment d’histoire que nous traversons où le sujet est rabattu sur ses fonctions organiques, désubjectivisé, réduit à ses seuls dysfonctionnements cérébraux. Une histoire de dopamine … une histoire de récits sur des cerveaux déréglés qui voudrait nous décerveler en tentant de nous faire croire à cette chimère d’un sujet vide, exproprié de l’épaisseur de son histoire, réduit à ses pulsions folles et dangereuses. Tout comme les soignants, expropriés de leurs gestes professionnels, de leur savoir expérientiel de métier … par la protocolisation et le comptage effréné de la traçabilité des actes.
Comment regarder sans broncher la mise en place de ces plate-forme « centres de tri » pour catégoriser et classer les patients selon leur pathologie, telles des gares de triage qui aboutissent à des voies de garage assorties de bricolages ?
Où est le soin ? Où se situe la clinique du soin ? La clinique qui prend soin du soin psychique ?
Ces 2 journées y sont consacrées dont les 6 ateliers, pensés dans un esprit de libre disposition pour organiser leurs échanges ainsi qu’ils l’entendent.
Et pour ne pas reprendre cette belle phrase de René Char :
« Nous ne sommes pas ensemble le produit d’une capitulation ni le motif d’une servitude plus déprimante encore » René Char, lettera amorosa
C’est bien dans cet esprit que s’ouvrent les Assises citoyennes du soin psychique.
Belles journées, beau travail.
Merci pour votre présence.
Lire sur ce blog d’autres articles du Fil conducteur Psy , signataire du Manifeste pour un renouveau des soins psychique du Printemps de la psychiatrie.
Table ronde : Comment sauvegarder l’accès aux soins dans un contexte de casse des services publics?

Lire la suite ici !


C’est à partir de mon expérience pendant plus d’une vingtaine d’années, en tant que psychologue, dans un Centre d’Action Médico-Social Précoce (CAMSP) que je vais évoquer la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui le secteur médico-social.
Ce secteur est depuis quelques années la cible des attaques de nos gouvernants, car en totale incompatibilité avec le modèle néolibéral.
Trop de personnels bénéficiant de conventions collectives jugées « onéreuses »,
Trop d’institutions où s’élabore une clinique vivante, trop de lieux où ça pense (panse) – ces lieux qui furent des creusets de la psychothérapie institutionnelle en référence à la psychanalyse – trop subversifs donc !
Depuis leur création dans les années 70, les établissements médico-sociaux ont travaillés en partenariat avec les structures de l’inter secteur psychiatrique et pédopsychiatrique. Et pour autant si peu visibles, si peu identifiés aux yeux du citoyen lambda.
Il a fallu ces attaques frontales des gouvernants, avec un temps de retard certes par rapport à la psychiatrie, pour que les soignants de ce secteur prennent conscience de leur destruction programmée.
Je salue l’initiative de ces assises qui nous réunit aujourd’hui, solidaires dans un même constat, dans un même combat
Celui de la défense du service public de soin, de l’accès au soin psychique pour tous, pour la liberté des pratiques et leur pluralité, pour un travail d’équipe pluridisciplinaire que seule l’institution est à même de proposer.
Ces institutions aujourd’hui sont dans un triste état, le personnel soignant en grande souffrance, sans parler bien sûr de ces patients qui sont délaissés, abandonnés, au risque de majorer une crise sanitaire déjà présente bien avant le covid !
Dans le secteur médico-social, parmi les armes de destructions massives utilisées par les gouvernements successifs, trois nous semblent particulièrement efficaces pour œuvrer à cette désinstitutionalisation : l’inclusion à marche forcée des personnes handicapées ou étiquetées comme telles, le tout-TND qui représente un changement de paradigme nosographique majeur et enfin la « plateformisation » du parcours de soin.
L’inclusion à marche forcée, nous le savons, est un leurre qui permet de réduire les couts des prises en charge, au nom de la bientraitance.
Nous voilà pris au piège : Inclusion, bientraitance, ces mots qui viennent dire le contraire de ce qu’ils nomment.
A l’origine de la politique de l’inclusion à marche forcée, justifiant la casse des institutions : deux rapports de l’ONU sur les droits des personnes handicapées : en 2017 et en 2019 qui affirment que « par définition, un bon établissement n’existe pas » et qui recommande le gouvernement français de transformer la société française, de « fermer les institutions médico-éducatives existantes » et de « scolariser tous les enfants handicapés qui s’y trouvaient dans des établissements ordinaires.
Puis il y a le tout-TND qui n’est qu’une imposture scientiste, un exemple d’instrumentalisation des neurosciences à des fins politiques et idéologiques.
Ce qui fait scandale, ce n’est pas le concept de TND qui ne concerne qu’un petit pourcentage de cas relevant davantage de la neuropédiatrie que de la pédopsychiatrie, c’est bien le tout- TND, qui réduit les troubles de l’enfant à des perturbations de son fonctionnement neuronal et biochimique.
Lorsque l’on associe le comportement d’un enfant angoissé, agité, qui présente des difficultés d’attention, à des facteurs de risque génétiques ou à une altération présumée de son développement cérébral, alors l’on évacue de fait, et cela est bien entendu intentionnel, toute dimension intrapsychique, affective et subjective, toute causalité environnementale familiale et sociale. C’est une imposture scientifique et politique qui permet aux gouvernants de se déresponsabiliser des mesures antisociales de leur politique, mais aussi de légaliser une clinique d’État au service de Big Pharma, de mettre en place un dispositif destructeur des institutions : les Plateformes de Coordination et d’orientation, les fameuses PCO !
Avec les PCO, on fait croire … et surtout on économise !
… le temps de la rencontre, le temps de l’accueil, le temps de l’écoute, au risque d’étiqueter les enfants dans des cases, au nom d’un diagnostic précoce, au risque également de leur faire supporter les conséquences d’un sur diagnostic ou d’une erreur diagnostic qui les poursuivra toute leur vie.
Le tout TND vient aussi justifier la demande des ARS de trier les enfants entre troubles légers et lourds. C’est impensable. Comment quantifier la souffrance psychique seulement à l’aune d’éléments objectivables, mesurables, répondant aux critères réductionnistes du DSM.
PCO et tout TND sont donc indissociable, les revers d’une même médaille au effets pervers qu’il nous appartient de dénoncer et de combattre.
Présentées par le gouvernement comme la solution aux interminables listes d’attente, les PCO ne sont pas en mises en place mais à la place des institutions médico-sociales qui du fait de la pénurie organisée et planifiée ne peuvent plus assurer leur mission de soin à hauteur des besoins de la population.
C’est le « grand remplacement » des institutions publiques de santé par des plateformes qui assurent le tri des patients sur dossier et renvoient vers les praticiens libéraux (eux-mêmes saturés) pour lesquels des décrets imposent de soi-disant « bonnes pratiques ».
Un exemple est pour moi paradigmatique des actions que nous pouvons envisager.
Celui de la lutte menée au CAMSP d‘Epernay où j’ai travaillé en tant que psychologue toutes ces années.
J’ai quitté cet établissement en janvier dernier. Une semaine après mon départ, la direction « rendait sa liberté » au médecin pédiatre et directrice qui a toujours soutenu une clinique vivante et institutionnelle, non favorable à la PCO qui se mettait en place à Reims, dans la Marne.
Sans délai, toute l’équipe soignante s’est mise en grève, pour une durée illimitée, pour soutenir ce médecin. Car au-delà de l’attachement au travail éthique de cette personne et à sa collaboration qui durait depuis 13 ans, l’équipe défendait sa clinique, son institution de proximité, son travail pluridisciplinaire, l’accueil inconditionnel de l’enfant et de sa famille.
Au travers de l’éviction de ce médecin, c’est toute l’équipe, et avec elle tout l’établissement, qui étaient menacés de démantèlement.
Une solidarité formidable s’est organisée : caisse de solidarité pour les grévistes, unité sans faille réalisée entre les salariées et le syndicat CGT de l’établissement, lancement d’une pétition qui a recueilli plus de 12500 signatures et 400 commentaires de soutien parmi lesquels ceux de plusieurs médecins partenaires et des familles, des articles dans les médias locaux.
Finalement, à l’issue de 3 semaines de grève totale, l’association gestionnaire qui affirmait dans la presse, ne pas pouvoir modifier sa décision, s’est résolue à ré intégrer ce médecin dans ses fonctions de pédiatres et de directrice.
Cette victoire est historique. Elle vient dire qu’il est utile de lutter et possible de gagner !
L’urgence est donc là pour dire NON.
NON à ces attaques gouvernementales planifiées, à ces réformes, à ces décrets qui se succèdent par vagues : des réformes du financement à l’organisation de la pénurie de soignants, des méthodes de management issues de l’entreprise à l’ingérence des gestionnaires dans les soins
Ces gestionnaires, ces technocrates qui vont jusqu’à nous imposer leurs paradigmes de pensée.
La défense des institutions de soin est une priorité ! C’est l’origine de notre révolte.
Parce que ce sont des lieux de formation, des lieux où s’élabore une pensée collective à partir d’équipes pluridisciplinaires !
Avec la disparition de ces lieux et du travail institutionnel qui s’y fabrique, c’est une crise sanitaire qui s’annonce, qui est déjà là, avec des patients sans soin, des situations sociales aggravées, l’engrenage dans le cercle vicieux de la pauvreté génératrice de souffrance psychique de toutes sortes !
L’institution convoque notre capacité subversive, notre liberté de sujet confronté aux contraintes du collectif et à la pluralité,
Elle nous oblige à ré interroger ce qui fait tension en nous au regard de notre exigence de démocratie et de notre désir de maintenir une vigilance critique.
Ce combat en appelle assurément à notre courage : le courage d’un travail éthique sur soi, de se confronter à l’impossibilité de se soustraire.
Que pouvons-nous faire face à cette violence du pouvoir ?
Rappelons-nous ensemble ce qui est de l’ordre de l’inacceptable.
Pour nous, qui sommes engagés dans l’accueil de la souffrance de l’autre, pour nous qui devons quotidiennement
Tenir dans des institutions dévastées.
Soutenir des collègues en grande souffrance, quand les valeurs humanistes qui tiennent notre désir de soigner sont écrasées, niées, quand le manque de moyens nous confronte à des conflits éthiques insupportables, quand les diktats des bonnes pratiques nous imposent un contrôle de nos savoirs, de notre intime, cet intime qui est aussi un outil de travail.
Je vous propose trois raisons majeures de ne pas accepter cet inacceptable :
L’inégalité d’accès aux soins pour tous : la dislocation des services hospitaliers et des établissements médico-sociaux.
La déshumanisation du système de soin : mise en place de plateforme de diagnostic et d’orientation vers le secteur libéral, lui-même saturé, mal ou peu formé à accueillir des problématiques, des pathologies et des situations sociales compliquées, des plateformes d’écoute en psychiatrie.
L’atteinte à la démocratie que suscite le démantèlement du service public et de la sécurité sociale.
Ce modèle néolibéral se déploie au détriment de toute l’humanité !
Il nous faut donc retrouver le courage de croire dans ce qui est juste.
Créer du collectif, de la solidarité, sortir de la sidération de la violence qui nous est infligée au quotidien.
Dans ce monde que l’on nous vante comme issu de l’exigence de la modernité et des lois du marché, indissociablement lié aux progrès technologiques, à la fois aliénants et émancipateurs, opposons notre désir de penser, de créer, de nous rencontrer, de soigner l’humain par des humains.
En tant que soignant d’un autre souffrant, nous avons ce devoir éthique et politique de nous élever contre ce modèle de société, de résister.
Ce capitalisme néolibéral qui s’emballe, dans une course folle, qui nous entraine vers un destin tragique, nous atteint au plus profond de nos pratiques et nous oblige à une pensée et à un engagement.
Réapproprions-nous ces mots qui nous sont volés !
Combien de mots désormais disparus, dévalués, détournés, instrumentalisés …
Le soin par exemple n’est plus : on ne soigne plus, on gère des flux, on fluidifie des parcours, on compense, on intervient, on « protocolise », on trie.
Sans parler des acronymes absurdes, provocateurs : SERAFIN (réforme du financement des établissement médico-sociaux), RAPT (réponse adaptée pour tous), GOS (groupe opérationnel de synthèse.
Les mots ont du sens, les mots ont un pouvoir, nous sommes bien placés pour le savoir.
Il faut dénoncer cette corruption du langage qui nous fait violence, qui attaque notre outil de penser et donc nos outils pour soigner.
Soyons attentifs à ces mots que l’on subit, cette novlangue qui ne cesse de tracer la route de notre servitude, qui transforme nos représentations, qui à force d’autocensure, nous rend complice.
Des assises pour quoi faire ?
Pour élever des digues contre cette déferlante néolibérale, déshumanisante
Pour convoquer la nécessité d’un devoir d’intégrité, d’une obligation éthique de ne pas se soumettre
Pour défendre les lieux de paroles que sont nos lieux de soin, ces espaces où se déploient nos subjectivités.
Tels sont les enjeux de notre engagement, à la fois civilisationnels et démocratiques.
Marie Bakchine – Psychologue – Mars 2022

DE LA DESTRUCTION DU COLLECTIF DE SOIN A LA DESTRUCTION DE LA PENSEE
Depuis septembre 2021, nous nous sommes réunis quasiment tous les dimanches. Nous étions une trentaine de personnes. Ça a été parfois houleux, on ne s’est pas toujours compris, on a défendu nos choix, on a ri et on s’est accrochés, on a tenu.
Maintenant nous sommes là. Alors qu’est-ce qui nous y a mené ? La nécessité, depuis 4 ans, suite aux grèves de 2018, de se regrouper pour lutter contre la dilapidation de la psychiatrie. La casse de l’hôpital public, sur laquelle on a maintenant les yeux bien ouverts, avait déjà bien commencé.
Je travaille dans un centre hospitalier spécialisé de petite taille, composé de 5 secteurs de psychiatrie.
Je suis psychiatre, praticien hospitalier à temps plein. Les 2/3 de mon temps sont consacrés à l’hospitalisation, un tiers à la consultation au CMP.
J’ai voulu vous parler de mon quotidien en équipe et des conséquences désastreuses des politiques publiques sur le travail que l’on fait jour après jour et sur les soins que l’on apporte aux patients.
Le soin psychique nécessite un travail de la pensée. Je vais tâcher d’expliquer en quoi la destruction du collectif de soin amène à la destruction de la pensée, et donc du soin.
Au fil de ces lignes, je citerai quelques mots entendus ici et là au sein de mon service, que j’ai appelés brèves de service, en ayant pris la peine de changer les prénoms…. Sait-on jamais.
« Allo tu peux venir faire un PCR ? ». C’est ce que ma collègue médecin généraliste à l’hôpital psychiatrique s’entend dire ce matin-là de janvier, comme bien des fois quand elle répond au téléphone. Elle en a assez. Elle dit sa furieuse impression d’être devenue prestataire de service dans une crise covid qui dure depuis deux ans et dans un hôpital exsangue.
Ce médecin travaille deux jours par semaine à l’hôpital psychiatrique, un choix pour elle qui est aussi urgentiste. D’un lieu à l’autre elle entend la même chanson. Des gens qui râlent parce qu’ils en ont marre, parce qu’ils sont fatigués, parce qu’ils sont en sous-effectif. « Salut ça va ? » « Non ça va pas. Ce matin on est moins 2. » Traduction : il manque deux infirmiers par rapport à l’effectif programmé. L’ ambiance est plombée, de partout.
Ce matin-là, dans le service où je travaille, on râle aussi, comme souvent en ce moment. Nous, au niveau des psychiatres, on est juste moins un. Il manque un psychiatre sur trois pour l’unité d’hospitalisation. En mettant nos temps bout à bout, ça fait 13 demi-journées, 1,3 Equivalent Temps Plein pour trente patients. C’est peu. Du côté infirmiers, ils sont moins 4 en extrahospitalier, moins 7 en intra (-3 de jour et -4 de nuit). En septembre prochain, vu les départs prévus, sur l’effectif infirmier total de 41 personnes, il manquera 9 infirmiers de jour et 4 de nuit.
Ça finit par faire beaucoup de moins.
Vous remarquerez cette façon de dire comme on est diminué. Au même moment, on entend parler d’un projet de psychologues N+1. Il y a donc aussi des augmentés, en position d’autorité bien sûr, comme dans les boites privées. C’est curieux comme au moment où on se soucie de faire de la place aux catégories désignées comme inférieures ou minoritaires – les femmes, les racisés, les non hétéro…, dans un souci d’égalité, se déploie une verticalité du pouvoir, une toute puissance autoritaire, consubstantielle au capitalisme néolibéral dont Jupiter est la parfaite illustration. Les rapports hiérarchiques ont encore de beaux jours devant eux.
Ces hiérarchies, et ces aspirations à être dans les lieux du pouvoir, qui ne sont pas nouvelles, permettent que l’hôpital – entreprise se mette en place tranquillement, sans que presque personne ne moufte, avec ses logiques gestionnaires et son management destructeur. Les soupirants sont nombreux à vouloir se faire aimer du prince, que ce soit à l’échelle de l’établissement ou à l’échelle du ministère. J’en vois de nombreuses illustrations par mon activité syndicale.
Pour revenir au terrain, la question des manques d’effectifs est cruciale. C’est en train de déconstruire le travail d’équipe et l’entité « équipe de soins » en elle-même, qui est LA condition sine qua non des soins.
Ca fait un moment que ça dure, bien avant le Covid. Il y a plusieurs années déjà, il y avait déjà eu le logigramme organisant la répartition des infirmiers surnuméraires (c’est-à-dire au-dessus de l’effectif minimum de grève !) dans les différents services afin de remplacer les absents.Ces derniers mois, l’hémorragie a été telle, que ce soit en raison de départs de soignants mais aussi en raison d’arrêts et accidents de travail que les trous sont devenus béants et « le redéploiement des effectifs soignants » a été organisé.
Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie que les infirmiers de l’extrahospitalier qui dépassent l’effectif minimum ont du aller travailler à l’hôpital, laissant au passage en plan leur travail habituel : le suivi des patients, les groupes etc. Or leur travail, c’est de soigner des personnes dont la continuité d’exister est toujours fragile ! Et particulièrement dans cette période de pandémie, où tout un chacun a pris conscience, plus encore que d’habitude, qu’il était mortel. Annuler un rdv, annuler un groupe, ça n’est jamais anodin. Et la continuité des soins est la base même de la psychiatrie de secteur.
Dans cette réorganisation, les infirmiers redéployés savent normalement quelques jours avant dans quelle unité ils vont aller travailler mais parfois ça se produit à la prise de service, voire même quand les transmissions ont déjà commencé. Ce qui leur donne tout simplement l’impression d’être un pion, un bouche-trou.
Non seulement c’est désastreux pour les prises en charge des patients, avec qui la continuité de la relation est absolument nécessaire, mais c’est également désastreux pour les professionnels eux-mêmes qui se retrouvent dans des unités qu’ils ne connaissent pas, avec des collègues qu’ils ne connaissent pas, à s’occuper de patients qu’ils ne connaissent pas. Un jour Françoise me dit « on va d’un service à l’autre. On est comme des gourdasses. On a l’impression de ne servir à rien ou de ne plus rien savoir faire ». Une autre infirmière de l’extrahospitalier, référente club, est venue travailler 5 jours d’affilée en intra, sur 5 unités différentes.
Une autre : « en allant travailler dans cette unité j’ai eu l’impression de consacrer toute mon énergie à tenir les murs », tellement elle avait le sentiment que ça s’écroulait.
L’équipe est fragilisée. Violaine par exemple, dit « je n’ai plus l’impression d’appartenir à une équipe ».
Alors on s’en rend vite compte : cette valse des soignants n’a rien d’entrainant, elle est démobilisatrice et destructrice du collectif.
Les arrêts des uns et des autres, aussi légitimes soient-ils, sont un gros facteur de démobilisation dans le travail et du sentiment de ne plus faire équipe. Cela a été montré dans des études faites au Québec. Quand un ou une infirmière s’arrête, les autres font corps, s’entraident. Quand c’est une 2e, puis une 3e, l’esprit de solidarité se fissure car celui ou celle qui avait pris sur lui de venir travailler sur son repos finit par se dire « moi aussi je suis fatiguée ». Il commence à en vouloir progressivement à ses collègues qui s’arrêtent . « Pourquoi je travaillerais plus ? ». C’est humain, c’est normal. On demande aux personnels de santé d’être surhumains.
Plus encore, on leur demande d’être des robots et de fait, c’est ce qui se passe. Les uns et les autres sont de plus en plus pressés comme des citrons, les tâches s’enchainant. Roland Gori a très bien expliqué cette taylorisation du travail à l’œuvre dans nombre de métiers, dont ceux de la santé. Disparition de l’interstitiel, des échanges informels. Moins de temps à ne rien faire aussi. Avec les patients, entre collègues. Moins de temps pour parler de choses et d’autres. D’ailleurs en ce moment les gens se parlent beaucoup moins, même pendant les pauses. Certains sont dans un retrait dépressif, d’autres dans leur portable.
C’est important ne rien faire. Juste être là. Vivre le même instant ensemble. C’est fondamental dans les soins, ce travail sur l’ambiance. Un travail non valorisable, et c’est sans doute pour cela qu’il nous a été volé par ceux qui comptent tout.
L’identification collective à une équipe est nécessaire, mais aussi à un lieu de soin, à un service, à une méthode de travail. Et si nous n’avons pas un objectif commun, ça ne fonctionne pas. Alors bien sûr, ça peut se travailler au sein de chaque service par la dynamique propre de ce service mais c’est quand même très impacté par les injonctions que nous recevons.
Donc l’ambiance dans le travail s’en ressent beaucoup. C’est difficile de continuer à avoir envie de travailler dans ces conditions. Dans mon service, ça se voit dès la première réunion de la matinée. Les mines font trois mètres de long, les boutes en train ont perdu leur énergie. Nathalie dit « je suis trop fatiguée pour prendre mon café maintenant, il faut que je repose mon corps. Je le prendrai après. » Eh oui… les corps souffrent et s’épuisent.
Revenons à cette réunion du matin : moment essentiel où on se transmet des infos brèves, où on se parle des patients. Un des moments qui permet le travail collectif. Un moment qui nous permet de faire corps, tous statuts confondus. Infirmiers, aides-soignants, ASH, cadre, psychiatres, généraliste, assistant social, psychologue, artiste ou art-thérapeute, psychomotricienne. Pendant le premier confinement de la crise covid, cette réunion avait pris énormément de place. Nous étions ensemble pendant 1h30. Nous avions besoin de beaucoup nous parler. Actuellement, on n’arrive plus à la tenir comme avant. Les médecins attendent les infirmiers pour démarrer ; les infirmiers attendent les médecins qui sont toujours en retard. Les infirmiers ont le sentiment que les médecins ne mesurent pas le travail fait. Le climat est plus tendu. Parfois même, on zappe cette réunion car à force de s’attendre mutuellement, on ne se rencontre plus.Ce ne sont pas les seuls moments de travail commun qui ont disparu.
Depuis le début du covid, on fait beaucoup moins d’entretiens médecin /infirmier ensemble. L’organisation du travail a changé sans doute mais ce n’est pas la seule explication. C’est aussi le constat que nous arrivons moins bien à travailler ensemble. Nous sommes envahis par l’informatique. C’est d’ailleurs maintenant ce qui fait lien entre nous. « Tu n’es pas au courant ? Tu n’as pas lu les transmissions dans Cimaise ? ». Se parler est passé au second plan.
Nous sommes les uns et les autres terriblement abimés par ces changements de rythmes et de style qui nous sont imposés par des directives qui viennent de divers lieux (administration, justice)
Entendons-nous bien : la judiciarisation est importante, quand il s’agit de faire respecter les droits des patients. Mais quand il s’agit, comme c’est le cas, de nous ajouter des couches de travail administratif en plus, que ça sert de surveillance avec la sacrosainte traçabilité, ça vient juste empêcher de travailler et au passage disqualifier les soignants. Des instances tierces pouvant intervenir comme le fait le CGLPL sont à mon avis beaucoup plus efficaces pour les droits des patients. L’hôpital psychiatrique est un lieu où s’exerce le pouvoir et s’y déploient ses dérives, Foucault nous l’a suffisamment dit. Cela requiert une extrême vigilance et un travail permanent sur les équilibres entre pouvoirs et contre-pouvoirs.
Du côté médical, nous sommes de plus en plus isolés dans nos bureaux. Les médecins se parlent moins entre eux aussi. Et d’ailleurs, la communauté médicale existe-t-elle encore ? Les chefs de pôle sont déconnectés de la réalité du terrain, lâchent sans s’en rendre compte leurs valeurs originelles, passent du côté du réalisme comptable et se désolidarisent de leurs collègues, de tout statut.
Ça fait 13 ans que nous sommes sous le coup de la loi HPST, qui a apporté la création des pôles et le modèle de l’hôpital entreprise, et a ôté le pouvoir décisionnel de la CME. Plus récemment, les FIR, et autres FIOP organisant les projets pôle par pôle, si possibles innovants, ont majoré cette compétition entre les pôles.
La fusion des CTE et CHSCT va quant à elle affaiblir les personnels non médicaux face à une direction toute puissante.
Il y a une individualisation du travail. Pour les praticiens hospitaliers, le nouveau statut sorti en février 2022 vient le confirmer avec la possibilité d’aménager pour chacun la quotité de travail qu’il accordera au public et celle qu’il consacrera à son activité privée, y compris lucrative.
Pour revenir aux terribles conséquences sur les soins de la destruction du collectif de travail, que ce soit à l’échelle de l’établissement, d’un service, d’une unité, je voudrais rappeler l’extrême importance qu’il y a à mettre nos pensées en commun pour soigner la psychose. Pierre Delion nous le rappellera peut-être, le travail en constellation transférentielle est de la plus haute importance pour relier tous les bouts et rassembler un être dissocié. On le sait, chaque réunion de synthèse de ce type a des effets bénéfiques immédiats car elle transforme chacun d’entre nous et nous permet de renvoyer au patient une représentation plus unifiée de lui-même. Comment continuer à travailler dans ces constellations quand il n’y a plus de collectif de soin, quand des personnes manquent, s’arrêtent, viennent d’un autre service, quand les gens sont aigris, s’engueulent entre eux. Le manque de travail institutionnel faute de temps et d’équipe en place revient à se laisser traverser par tous les clivages projetés sur nous et à nous rendre moins soignants.
Cette destruction du travail d’équipe et des collectifs de soins n’est ni une conséquence du covid, ni un effet collatéral des restrictions budgétaires. C’est un but recherché par nos dirigeants, qui rejoint totalement les nouvelles orientations prises pour les soins psychiatriques et psychologiques. Il ne s’agit plus de penser la souffrance psychique de l’autre. Il s’agit de le rétablir au plus vite en colmatant les brèches, à coup de médicaments et de rééducation. Le remettre d’aplomb pour qu’il retourne vite à sa place, sans faire de bruit, dans la chaine de production et de consommation.
Alors pour finir je vais vous transmettre la réponse que m’a faite une personne de l’équipe de direction en CME après que j’ai expliqué en quoi le redéploiement des effectifs infirmiers était très préjudiciable aux soins. Elle m’a dit « ça suffit ! », de façon autoritaire.Alors moi aussi j’ai à dire ça suffit !
Ca suffit de maltraiter les gens, que ce soit les personnels et les patients.
Ca suffit de détruire la psychiatrie de secteur qui a pour mission d’accueillir et prendre en charge tout le monde.
Ca suffit de détruire l’hôpital public !
Delphine Glachant