Texte d’ouverture des Assises

Lecture à plusieurs voix, le 24 mai 2024.

Bonjour à toutes et tous,

Bienvenue à l’édition 2024 des Assises citoyennes du soin psychique. Nous allons ensemble évoquer, interroger, examiner, raconter et peut-être rêver le soin psychique là où il est attendu en psychiatrie, en pédopsychiatrie, dans le médico-social, mais aussi dans le domaine social et judiciaire, sans oublier le soin dans la cité.

Cette année, les Assises sont issues d’un partenariat entre le Printemps de la psychiatrie et les CEMEA. Un grand merci aux CEMEA d’avoir contribué à la réalisation de ces 2 jours de débat et de transmission. Merci également à la revue Pratiques (les Cahiers de la médecine utopique) qui va consacrer aux Assises un numéro spécial.

Depuis 2018, le mouvement du Printemps de la psychiatrie a réuni, autour de son Manifeste appelant à « un renouveau des soins psychiques » plus d’une cinquantaine d’associations, de collectifs, de syndicats, de partis politiques, et des centaines de signataires, tous citoyens concernés, patients, familles, soignants et proches.

Ce Manifeste, encore ouvert à signature, que vous trouvez dans la pochette, défend une psychiatrie, une pédopsychiatrie humaniste. Celle qui résiste à considérer et à réduire la maladie mentale  à « une maladie comme les autres ». Les tumultes psychiques ont une étiologie multifactorielle complexe et toujours singulière qui interdit de n’avoir recours qu’à des approches protocolisées, qu’elles soient pharmacologiques, invasives ou rééducatives. La particularité des maladies psychiques impose de rencontrer la personne dans la complexité de son être, de considérer les humains dans leur globalité, avec leur corps, leur histoire, leur psyché prise dans ses dimensions conscientes et inconscientes. Et puisque ces troubles fragilisent notre rapport aux autres, nous plaçons la question de l’accueil de la personne en souffrance psychique et de l’hospitalité au centre de nos préoccupations.

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« Te questionnes-tu, soignant ? » – Serial Répétiteur

Nouveau texte des Aboyeurs de Voix, publié le 29 mai 2024 sur leur blog Mediapart.

Désobéir… Pour mieux réfléchir, penser, nos actes et nos pratiques, soignantes, éducatives ou tout simplement humaines. Désobéir est devenu une responsabilité, un devoir, une urgence actuelle. Désobéir c’est faire exister l’essence de nos métiers et réveiller les consciences. N’obéissons pas, Résistons, Pensons !

Te questionnes-tu, soignant, lorsque tu répètes aveuglément un protocole de soins, une prescription médicale, une ordonnance ?

Te questionnes-tu, soignant, lorsque tes actes ne sont plus qu’une litanie d’usine, travail à la chaîne, privés de réflexion, privés de pensée?

Te questionnes-tu, soignant, lorsque tu répètes de façon mécanique, compulsive, stérile les consignes obsolètes, désuètes, désynchronisées, voir archaïques et maltraitantes?

Lorsque tu deviens toi même un soignant « toqué » au sens obsessionnel du trouble.

Lorsque ta pratique s’impose à toi, à ta volonté, comme l’ atavisme que se trimballe l’enfant de parents malveillants.

Te questionnes-tu, soignant, lorsque tes paroles, tes actes, tes réponses aux appels, aux objections, sont collés aux mots anciennement dictés, prescrits, sentencés ?

Te questionnes-tu soignant, lorsque tu baisses la tête, les yeux, les bras ?

Lorsque tu marches sur ton éthique, ta morale, tes valeurs ?

Au profit de la voix plus forte, plus autoritaire, plus menaçante peut être, d’un collègue, d’un supérieur ou d’au-dessus encore ?

Te questionnes-tu, soignant, lorsque tu attaches, « contentionnes », « injectes », enfermes sans consentement ?

Te questionnes-tu sur le sens, le but, la thérapeutique, l’alternative surtout ?

Te questionnes-tu, sur l’Autre, son ressenti, sa détresse, la réactivation de ses traumas, ceux que tu ajoutes et que tu créés, sur la violence de la solitude que cela engendre ?

Te questionnes-tu, soignant, sur ce sentiment de honte qui t’assaille souvent, sentiment d’échec, d’impasse, de non-sens qui gangrène ta pratique et ton âme?

Sur les origines de tes ressentis… la faute à qui?

À ce « parent maltraitant » que tu as toujours connu, cette institution qui t’a toujours fait croire que ces agissements étaient du soin, étaient thérapeutiques.

Qui les banalise.

En enfant sage et discipliné, car n’ayant connu que ça, docilement, naïvement, plein de bonnes volontés… tu as oeuvré, appliqué, banalisé.

Mais ta pensée t’appartient. 

Ton éthique t’est propre.

Elle ne doit dépendre de la volonté d’aucun collègue, aucun supérieur, d’aucune instance.

Elle est à toi, elle est essentielle .

Alors questionnes, toi, eux, nous tous !

Penses, parles, discutes les  » ordres » avant de les appliquer à des humains. À tes pairs.

Questionnes toi sur quel soignant tu voudrais être pour toi même.

Pour ton père, ta fille, ton frère…

Veux tu être un exécuteur ou un penseur du soin ?

Tu n’es pas ce Serial répétiteur.

et d’autres textes dont, leur tribune publiée par l’Humanité : La psychiatrie à bras le corps.

Agenda Juin 2024

JUIN

Jeudi 6, à 18 h à Reims : Les universités Déter proposent une « Rencontre critique de la psychiatrie » en présence de Mathieu Bellahsen pour son livre Abolir la contention (avec le soutien et la participation d’Humapsy). Au chapiteau Le Temps des cerises, rue Marie-Dominique Maingot, en tramway Arrêt Kennedy. Entrée libre.

Samedi 8 de 11h à 21h, à Lyon : LA CONTENTION À L’HÔPITAL, journée d’information et de rencontre pour un soin psy sans contrainte. A La Friche Lamartine, sans condition d’accès, 4 rue du commandant Ayasse, Lyon 7ème (nouvelle adresse). Lire l’argument :

Samedi 8 juin, de 8h30 à 17h3O, à Bordeaux : Colloque du Collectif Penser/Panser « A quoi on joue? » à La Grande Poste de Gambetta. Inscriptions closes en ligne. Ecrire à penser.panser33@gmail.com

Vendredi 14 et samedi 15, 39èmes Rencontres de Saint-Alban (Lozère) :

Dimanche 23 juin de 14 H À 17 H : Réunion post-Assises, à l’A.E.R.I., 57 rue Etienne Marcel, 93100 Montreuil, métro Croix-de-Chavaux.

MOTION DE SOUTIEN à Houcine TURKI, votée le 25 mai 2024 aux Assises citoyennes du soin psychique

Les Assises citoyennes du soin psychique, réunies ces 24 et 25 mai 2024 à Paris, apportent tout leur soutien à Houcine TURKI, médecin psychiatre.
Elles dénoncent les conditions dans lesquelles est traitée la situation de ce médecin psychiatre, qui depuis deux ans exerce sa mission avec conviction auprès de plus de 1200 patient.e.s, et qui se voit contraint de quitter le territoire français.
Outre l’inhumanité et l’absurdité de cette mesure d’OQTF, les Assises citoyennes du soin psychique exigent que soit reconsidérée cette décision arbitraire et qu’une solution soit trouvée pour lui permettre de poursuivre son travail et que son départ ne vienne pas aggraver le désert médical du 5e Secteur Sud Aveyron.
Nous rappelons que de telles situations ont déjà été résolues par les ARS dans d’autres régions.

Une rencontre est prévue en début d’après-midi avec l’ARS et à 18h avec la sous-préfète, mardi 28 mai.

VIDEOS des plénières des Assises citoyennes du soin psychique 2024

VENDREDI 24 mai
Vidéo de l’Ouverture des Assises citoyennes suivie du texte Le pyjama de Charlie Lior lu par Nathalie Azam, et La psychiatrie à bras le corps, lu par Sarah, représentante du collectif les Aboyeurs de voix.

Vidéo Table ronde 1 : RESISTER ET CREER DANS LES INSTITUTIONS ET LEURS MARGES, avec Pierre Dardot et le collectif Psy psy, suivie de Tolten, et la troupe L’appétit des indigestes.

Vidéo Table ronde 2 : IMMERSION EN LIEUX DE SOINS ET PROCESSUS CREATIF, avec Joy Sorman et Clara Bouffartigues, puis Tolten.
Vidéo : Les FANFARTOS suivi de la chanson (lien texte).

SAMEDI 25 MAI
Vidéo Table ronde LIBERTES & DROITS, avec Dominique Simmonot, Sarah Massoud et Mathieu Bellahsen, puis Tolten.

Vidéo : Retours des ATELIERS des ASSISES
Vidéo : Conclusions et Echanges avec les participants

Beaucoup plus de photos sur le blog du collectif des 39

Assises Citoyennes du Soin psychique le 24 et 25 mai 2024, le programme

DIRECT DES ASSISES CITOYENNES Réalisé par la ChaineYouTube « Rencontres et Débats Autrement »

Mise à jour du 16 mai. La Machine à écrire et autres sources de tracas : la séance à 20 H 30 au MK2 Beaubourg, est réservée pour les assises. Adresse : 50 rue Rambuteau, Métro Rambuteau ou 20 min à pieds de la Bourse du Travail.

Pour assister à la projection de LOUP y es-tu? (le jeudi 23), il est recommandé d’acheter dès maintenant sa place, là : cinéma Les 3 Luxembourg (Tarif « partenaire »/ 7 euros). La taille de la salle dépendra des préventes..

Les inscriptions aux Assises sont closes et il n’y a pas de possibilité de s’inscrire sur place.

Programme pour impression :

LIEN POUR S’INSCRIRE (obligatoire, même pour le tarif citoyen ou gratuité)

Lettre de Pierre Delion aux amis des Assises citoyennes du soin psychique

Lettre à mes amis des Assises citoyennes du soin psychique

Malheureusement pour moi, je ne serai pas présent cette fois-ci aux assises citoyennes du soin en raison d’engagements pris antérieurement et que je ne pouvais pas annuler ou reporter. Mais je tiens à vous adresser ces quelques lignes.
Depuis tant d’années que nous déplorons la mort annoncée d’une psychiatrie humaine, elle est en train de se produire massivement et même dans certains cas elle s’est déjà manifestée par des signes qui ne trompent pas : désertion des soignants, absences de réponses humaines à des souffrances psychiques énormes, discours en faux-self de nos gouvernants sur l’amélioration des conditions de soins des patients et de travail des soignants, déni massif du phénomène par la plupart des médias malgré quelques journalistes courageux et conscients qui crient eux aussi dans le désert, détournement des dispositifs de soins efficaces (les secteurs, les cmpp…) au profit de vitrines démagogiques (les centres ressources hyperspécialisés), disjonction contraire à l’éthique médicale des praticiens du diagnostic et de ceux de la prise en charge, j’en passe et des meilleurs, comme la création d’un Institut du Cerveau de l’Enfant en réponse à l’effondrement de la pédopsychiatrie. 
Tout cela répond à une logique de vente du service public au privé à but lucratif et au remplacement d’une pensée du soin psychique par des protocoles (que j’appelle désormais des proctocoles!) automatiques et généralisants là où un soin sur mesure est plus que jamais indispensable. Une simplification abusive en résulte qui va contre les travaux sur la complexité qui caractérisent le soin psychique : en effet, beaucoup de paramètres entrent dans l’équation des maladies psychiques qui doivent être traités de façon articulée en tant qu’éléments de sous-ensembles distincts mais complémentaires. Or nous assistons à une prise de pouvoir de la génétique et des neurosciences, souvent réduites à une vague idéologie scientiste, sur tous les autres continents de savoirs qui ont une aussi grande importance dans l’équation générale : la psychologie, la psychopathologie, la psychanalyse, la sociologie, l’anthropologie, le politique. 
Devant un tel gâchis de savoirs accumulés depuis des lustres par des praticiens de tous statuts et de toutes les professions concernées, des patients, de leurs familles et amis, à la condition qu’ils ne soient pas instrumentalisés par les puissants au service de leur pouvoir ravageur, il nous faut devenir plus pédagogues pour montrer l’ampleur du piège qui se referme sur les principaux intéressés et ceux qui les accompagnent. 
Les associations de professionnels doivent faire alliance avec eux afin de les aider à quitter cette illusion de l’homme neuronal qu’il suffirait de traiter biologiquement et comportementalement pour que la maladie mentale devienne une maladie « comme les autres ». A ce sujet, l’exemple de l’autisme est frappant, car il est la caricature de l’idéologie régnante sous le couvert de la générosité hypocrite de l’inclusion scolaire généralisée. Là encore les trésors découverts par les psychopathologues transférentiels ont été mis sous le tapis de la science avec des arguments dignes de l’Inquisition. 
Il nous faut lutter ensemble pour retrouver une cohérence dans la prise en charge humaine de la souffrance psychique qui laisse sa place à tout ce qui peut aider le sujet en déshérence à pouvoir compter sur ses soignants et ses amis sans être emmerdé par un a priori numérisé qui ne peut que le ravaler au rang d’une statistique supplémentaire. Non le sujet n’est pas un pourcentage, c’est un citoyen qui a besoin de la compassion de ses concitoyens et de la passion de ses soignants. De tout cœur avec vous,

Pierre Delion

Livres/ Reportages et documentaires

Mise à jour du 28 mai (article évolutif, on ajoute une liste de DVD recommandés)

La liste remise aux participant.e.s des Assises citoyennes :

Films accessibles en ligne, en lien avec des sujets abordés en atelier ou en plénière :

Paroles de Familles, 55 minutes, tourné au Centre Médico Psycho Pédagogique (C. M. P. P.) de Pantin .

et d’ Olivier Wahl également : « Les C. M. P. P… Et demain ? »

Ce film est né d’un colloque au Sénat, à l’initiative de professionnels de Centres Médico-Psycho-Pédagogiques (C.M.P.P?) et d’une sénatrice engagée, elle-même ancienne orthophoniste le 10 octobre 2022.
Il a été réalisé grâce à un financement participatif et reflète les questions d’un champs professionnel dans le secteur médico-social, dans le contexte de transformations conduites au nom du progrès.

Radio Pinpon, Série de France2 (quatre épisodes), l’histoire d’une radio animée par les patients d’un hôpital psychiatrique à Niort.

Un monde sans fous ? de Philippe Borrel, 67 min, en accès libre. Le film pour comprendre le projet de la Fondation FondaMental.

en DVD :

“Au jour le jour, à la nuit la nuit” d’Anaëlle Godard.

La clinique de La Borde, fondée en 1953 par Jean Oury dans le courant de la « psychothérapie institutionnelle », représente une expérience radicale dans le champ psychiatrique. Lieu de vie et de soin, La Borde reste une référence unique dans la conception et la prise en charge de la folie.
C’est aussi le lieu où j’ai passé mon enfance, à la garderie avec les enfants des soignants. Lorsque je reviens dans ce paysage familier, je reconnais une musique singulière portée par des mots, mélodie d’un dialecte local. En explorant le « Ritz », « le poulailler », « l’orange-accueil », ce sont les lieux qui se mettent à raconter ce qui ne cesse de s’inventer dans cet espace incroyablement vivant.