
Catégorie : PUBLICATIONS des signataires du Manifeste :
Une heure et demie avec Frank Bellivier
Communiqué commun, Convergence des Psychologues en Lutte, Manifeste psy et le Syndicat National des Psychologues.


Communiqué CPL du 30 mars 2025 faisant suite aux propos de M. Bellivier sur les psychologues



MonSoutienPsy : le boycott continue!
La psychiatrie va mal…Parlons-en et agissons ensemble !
Le 2 avril à Fontenay-sous-Bois et le 9 avril à Paris dans le 12ème, le Collectif pour l’avenir des hôpitaux saint Maurice et les Murets organise 2 soirées publiques pour parler de psychiatrie et notamment de la lutte contre la cession aux promoteurs immobiliers d’une partie de l’hôpital Esquirol.


Appels à mobilisations le 1/04
Attentat de Mulhouse, communiqué du 6 mars 2025


MonSoutienPsy : une entreprise marketing et une propagande mensongère….
La Flichiatrie, nouvelle discipline Olympique ?
Tribune du Docteur Olivier Labergère
Paris, le 22 juillet 2024
Alors qu’est proclamée vertueusement la prochaine célébration des valeurs olympiques de fraternité et d’inclusion, le récent rapport du Collectif inter-associatif Le revers de la médaille dresse le constat documenté et alarmant d’une vaste entreprise de « nettoyage social » avant les J.O. de Paris 2024 (1).
Ainsi, par arrêtés préfectoraux et municipaux, sur la période 2023/2024, 12.545 personnes précaires ont été expulsées et exfiltrées, sans leur consentement, de leurs lieux de vie informels en Ile-de-France, pour être regroupées dans des « Sas d’accueil temporaires », éloignés des sites olympiques.
Ce rapport dénonce dès lors une politique discriminatoire d’invisibilisation de l’espace public de ces populations indésirables, afin de ne pas ternir l’image festive des J.O.
La psychiatrie n’est malheureusement pas épargnée par ce nouvel hygiénisme social.
Dans plusieurs villes situées sur le passage de la flamme olympique, des patients hospitalisés sous contrainte ont été privés de sortie par instruction préfectorale, conduisant la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté à saisir par courrier le ministre de l’intérieur le 24 juin, pour atteinte aux droits fondamentaux des malades psychiatriques.
Mais nous nous devons de témoigner aujourd’hui de faits encore plus préoccupants, qui démontrent un dessein de nos autorités sanitaires d’instrumentaliser la psychiatrie à des fins de police sociale.
L’équipe mobile psychiatrie précarité de notre hôpital vient en effet d’être sollicitée par notre Agence Régionale de Santé pour « évaluer » des personnes venant d’être « mises à l’abri » dans une aile d’un établissement de santé désaffecté. Sous le couvert pharisien de l’assistance, cet ordre de mission sibyllin passe délibérément sous silence qu’il s’agit en réalité de procéder au tri et à l’orientation d’environ 80 SDF, qui ont été évacués de Roissy et parqués, sans leur consentement, pour la durée des J.O…
Voudrait-on alors faire de la psychiatrie le supplément d’âme ou la caution bien-pensante de cette opération violente de mise au ban ?
Michel Foucault, dans son cours de 1974 au Collège de France Le pouvoir psychiatrique (2), a magistralement décrit la « fonction-Psy » comme dispositif disciplinaire de savoir/pouvoir, œuvrant à légitimer la défense de l’ordre social à l’encontre des indisciplinables.
Dans cette perspective, le philosophe Guillaume le Blanc a proposé une thèse encore plus subversive, à la lumière du traitement contemporain de l’extension de la précarité et de l’exclusion des pauvres (3).
Les procédures de contrôle et d’évaluation, déployées dorénavant par le pouvoir psychiatrique au sein de cette population inactive grandissante, le mènent à discerner une « porosité » de l’ « archipel carcéral », qu’avait conceptualisé Foucault dans Surveiller et punir, avec l’émergence de ce qu’il qualifie d’ « archipel asilaire », partageant, dans un « continuum médico-social », le même impératif de « défense de la société », en réactualisant la figure menaçante de l’individu dangereux, étendue de nos jours aux catégories des vagabonds improductifs et inemployables.
Ainsi devons-nous aujourd’hui constater amèrement la résurgence new-look des « dépôts de mendicité » de l’Ancien Régime, destinés à recueillir indistinctement la misère et l’inutilité sociales.
S’illustrerait bien également, dans cette affaire édifiante, la pertinence de l’analyse de Giorgio Agamben dans Homo sacer (4,5), voyant dans l’état d’exception et dans le camp le paradigme caché de la gouvernementalité contemporaine de la « vie nue ».
Confrontés aux tentatives d’usurpation cyniques et bio-politiquement correctes de notre noble mission soignante, menacée d’être dévoyée en « flichiatrie » et dût-elle contribuer à préserver le visage enchanté des J.O. de Paris, nous reste encore à défendre l’honneur de notre déontologie médicale et à faire nôtre la pratique, à laquelle invitait Foucault dans une conférence en 1978 (6), de « l’indocilité réfléchie » et de « l’art de l’inservitude volontaire ».
Docteur Olivier Labergère
Chef du Pôle de Psychiatrie générale, Centre Hospitalier de Gonesse
Références :
(1) 1 an de nettoyage social avant les J.O.P. 2024. Collectif Le revers de la médaille, Juin 2024
(2) Michel Foucault. Le Pouvoir psychiatrique. Gallimard, 1974
(3) Guillaume le Blanc. L’histoire de la folie à l’âge classique. Une histoire de la pauvreté. In, Usages de Foucault. PUF, 2014
(4) Giorgio Agamben. Homo sacer. Le Seuil, 1998
(5) Giorgio Agamben. Etat d’exception. Le Seuil, 2003
(6) Michel Foucault. Qu’est-ce que la critique ? Vrin, 2015

Lire du même auteur, sur ce blog : La fabrication du consentement en santé mentale.
Des malades privés de sortie pour ne pas perturber le passage de la flamme à Nantes…



