AGENDA SEPTEMBRE

AGENDA SEPTEMBRE

samedi 6 et dimanche 7 à MARSEILLE : Journées de L’appel des appels (THÉÂTRE TOURSKY)

mardi 10 de 12 h à 16 h à SAINT-DENIS (93) : Le Collectif Inter-Urgences fait son Assemblée Générale, salle Marcel Paul, à la bourse du travail de Saint-Denis, Métro Porte de Paris.
Amendement d’une motion commune, calendrier d’actions…Les discussions se tiendront entre 12H et 16H, mais n’hésitez pas à les retrouver dès 10H. Seulement 400 places, pour s’inscrire : site interurgences

samedi 14, Fête de l’Humanité

11h – 12 h 30, stand de la Fédération de Seine et Marne :

« Pour développer une psychiatrie humaine il faut refonder le secteur »,  avec la participation de : Dr Delphine Glachant -USP/Printemps de la psychiatrie, Mireille Stivala – CGT santé, Olivier Mans -Sud santé, Laurence Cohen – sénatrice PCF, animé par Serge Klopp, commission Santé/protection sociale.

Stand Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité/ Notre santé en danger/ convergences nationale des comités de défense des services publics (avenue Georges Marchais) :

13H30 – 15H30   « Créer et développer le rapport de forces pour construire les services publics et la fonction publique du 21è siècle. » Avec la participation de Bernadette Groison -FSU, Christophe Delecourt – UGFF-CGT,  Gaelle Martinez Solidaires, Alain Gaulon – SG de la CNL, Michel Jallamion -Convergence SP,  Annie Lahmer – EELV, Sarah Legrain- PG (à confirmer), Isabelle Mathurin-PCF (à confirmer). 

16H30 – 18H00  « Hôpital en luttes, quelles perspectives ? » avec la participation de : Michèle Leflon, Coordination hôpitaux et maternités de proximité,  Pierre Schwob Collectif inter-urgences, Olivier Youinou, Sud Santé Sociaux (à confirmer), un représentant du Printemps de la psychiatrie.

samedi 21, 13 h- 17 h : réunion du Printemps de la psychiatrie, à la Bourse du travail, annexe Varlin, salle n°3, 85 rue Charlot, 75003 Paris.

samedi 21, 9 h, et dimanche 22, rencontre nationale du travail social en lutte, à la Fac de Nanterre ( RER A arrêt Nanterre-université)

jeudi 26 septembre, partout en France, journée de mobilisation à l’appel du collectif inter urgences : site du C.I.U. et leur page facebook

région PACA, le 26 septembre, 17 h – 20 h, Rencontre/débat : « Vers un renouveau du soin psychique », salle des Spectacles du C.H. Montfavet

 

 

Région PACA : première rencontre-débat le 25 juillet 2019

VERS UN RENOUVEAU DU SOIN PSYCHIQUE

Le renouveau du soin psychique appelé de nos vœux n’est pas l’affaire de spécialistes, autorisés ou non, ce n’est pas une énième resucée de vieilleries ânonnées par de grands anciens radoteurs, ce n’est pas la santé mentale des inspecteurs gadget de la HAS ou de Fondamental, qui sera aussi vite oubliée qu’énoncée mais qui nourrira les caisses des laboratoires, ce n’est pas l’application miraculeuse qui renseignera nos smartphones sur nos taux de dopamine et de noradrénaline, ce n’est pas non plus cette psychiatrie de programme de soins à vie, d’isolement et de contention.

Le renouveau du soin psychique c’est une réalité à fabriquer ensemble par l’échange et la réflexion collective, par la lutte aussi.

Quels soins voulez-vous pour demain ? Comment souhaitez-vous accueillir ceux qui souffrent de troubles psychiques ? Avec quels dispositifs ?  Comment voulez-vous être accueilli quand vous franchissez la porte d’un CMP ? Quand vous vous retrouvez aux Urgences ?  Quelle place pour le consentement ? Pour l’expérience de la folie (à ne pas confondre avec l’expérience de l’institution et du soin) ? Quelle formation pour les soignants ? Que faut-il jeter ou garder du dispositif actuel ? Comment trouver ou retrouver sa place dans une société sans cesse plus dure pour ceux qui vivent pensent et dépensent d’une façon différente ? Etc., etc.

Le printemps de la psychiatrie, les associations Serpsy (Soin Etudes et Recherche en PSYchiatrie) et le Point de Capiton, l’ USP (Union syndicale de la psychiatrie), se proposent de sillonner la Région PACA en tous sens et en tous lieux où on les invitera (lieux de soins, lieux de culture, Gems, clubs thérapeutiques, etc.) pour organiser des soirées/débat, susciter des rencontres entre usagers et professionnels, entre familles et théâtreux, entre travailleurs du social et artistes, entre citoyens tous concernés, de près ou de loin, par les troubles psychiques et la façon dont ils sont accueillis, soignés, accompagnés, dépassés, intégrés, cultivés, approchés, magnifiés, compris.

Ça commence le 25 juillet 2019 de 17 h 30 à 20 h

au Centre Hospitalier Montperrin, à Aix-en-Provence (13).

Ces rencontres/florilège nourriront un livre multicolore qui dessinera le soin à venir.

Toulouse : Hôpital Marchant en lutte, rassemblement le 11 juillet

« Le Printemps de la Psychiatrie s’associe à la lutte en cours au CHS G. Marchant menée par le collectif de la MILI’TENTE à Toulouse.
Il apporte son soutien total à la manifestation du jeudi 11 juillet qui regroupera les personnels, les patients et les familles dans une grande marche festive vers la direction des hôpitaux de Toulouse à l’Hôtel Dieu, afin de réclamer des moyens pour des soins dignes et humains. »Facebook de Marchant en lutte, la Mili’tente !

En 1926, Albert Londres, grand reporter et écrivain intransigeant qui provoqua la fermeture du bagne de Cayenne, lutta contre la traite d’êtres humains et dénonça l’exploitation coloniale écrivait : La maison de Braqueville (qui deviendra Hôpital G. Marchant) est une maison comme il n’en est pas une autre sur le territoire de la France républicaine. Si je suis dénoncé comme fou, je demande que l’on m’interne chez le docteur Maurice Dide.
L’histoire d’une institution de soins en psychiatrie est faite de périodes contrastée qui peuvent varier entre des moments sombres ou par défaut de moyens humains matériels et culturels l’institution devient maltraitante et d’autres, lumineux, au cours desquels toute une communauté s’unie pour exercer sa mission de protéger, accompagner, soigner, rendre la vie meilleure pour les personnes qui se confient à leurs soins ou leurs sont confiées.
Notre fierté de soignants, d’agents techniques ou administratifs et de concourir à l’existence de ces moments lumineux.
Aujourd’hui, la communauté hospitalière de l’hôpital Marchant se bat pour recouvrer ces moyens. Elle se bat au quotidien jusqu’à l’usure pour remplir au mieux sa mission, elle lutte pour sortir de la nasse financière dans laquelle elle est engluée, au risque de la santé des personnels et surtout des conséquences pour les personnes accueillis qui n’ont pas droit aux soins qui leur est dû.
C’est leur fierté.
Jeudi 11 juillet, ces personnels, avec les associations de patients et les familles, les élus et les personnes qui voudront bien les soutenir exprimeront dans les rues de Toulouse leur colère contre le sort qui leur est fait et exprimeront leur désir de moyens de soigner dignement, humainement à leur façon, déterminée, pacifique et ludique.

Facebook de Marchant en lutte, la Mili’tente !

 

 

 

 

Etat d’urgence en psychiatrie : Le lobby pharmaceutique au gouvernement ?

Etat d’urgence en psychiatrie :

Le lobby pharmaceutique au gouvernement ?

Le 10 avril dernier, à la suite d’un documentaire diffusé sur France 3 pour dénoncer l’état d’urgence dans lequel la psychiatrie se trouve, Agnès Buzyn, ministre de la santé, annonçait la nomination de Franck Bellivier au poste de Délégué ministériel à la psychiatrie.

Franck Bellivier est docteur, spécialisé en neurosciences. Depuis 2012, il est Professeur de psychiatrie adulte à l’Université Denis Diderot à Paris et dirige les services de psychiatrie et d’addictologie à l’hôpital Saint-Louis, tout en coordonnant une équipe de recherche en neuropsychopharmacologie.

Il est important de souligner qu’il reçoit par ailleurs de nombreux financements et avantages de la part de différents laboratoires pharmaceutiques.

En effet, entre 2013 et 2018, ce dernier a perçu 40728 euros d’avantages en nature et de rémunérations provenant de tous les grands laboratoires pharmaceutiques (Servier, Lundbeck, Otsuka, Janssen…), selon le site du gouvernement transparence.sante.gouv.fr.

Ce financement des laboratoires pharmaceutiques est une tradition largement répandue dans le milieu médical et cela dans toutes les spécialités. Malgré les « cadeaux » des laboratoires, les médecins affirment garder un point de vue objectif dans l’appréhension du soin. Pourtant, cela pose la question de possibles conflits d’intérêt, et de manière particulièrement aiguë quand on connait l’importance des nouvelles fonctions de Franck Bellivier.

En psychiatrie, l’emprise des laboratoires est peut-être encore plus grande que pour les autres disciplines. Or, l’objectif de l’industrie pharmaceutique n’est-il pas purement économique ? Il suffit de regarder les profits spectaculaires qu’elle engrange pour y répondre. N’a-t-elle pas tout intérêt à rendre systématique la prescription médicamenteuse dans le champ de la « santé mentale » comme seul traitement possible ?

Aussi, tous les laboratoires pharmaceutiques, se sont regroupés pour financer la fondation FondaMental, officiellement « une fondation de coopération scientifique dédiée à la lutte contre les troubles psychiatriques majeurs » mais en réalité le nouveau cheval de Troie du lobby pharmaceutique en psychiatrie, dont Frank Bellivier est membre.

Agnès Buzyn qualifiait récemment la psychiatrie comme étant «le parent pauvre de la médecine ». Cette formule est équivoque : s’il est nécessaire de mettre l’accent sur le fait qu’il manque des moyens financiers et humains en psychiatrie, celle-ci n’est pas dans une position déficitaire vis-à-vis des autres spécialités médicales. Dire qu’elle est le parent pauvre sous-entend que nous devrions l’enrichir médicalement pour la mettre au niveau des autres. Au contraire, nombre de collectifs en psychiatrie, comme par exemple le Printemps de la psychiatrie ou le Collectif des 39, regrettent qu’elle tende désormais à être trop médicalisée.

En effet, la place de la psychiatrie est spéciale par rapport aux autres spécialités. Nous n’attrapons pas une dépression comme nous attrapons le virus de la grippe. Nous ne sommes pas atteints de schizophrénie comme nous contractons un cancer du sein. N’oublions pas que les symptômes psychiques ne sont pas des pathologies du corps. Ce penchant organiciste de la psychiatrie semblait avoir été dépassé, et voilà qu’il revient en force ces dernières années. La nomination de Franck Bellivier n’en est qu’un énième avatar.

Certes, il dit ne pas opposer « les neurosciences et les sciences cliniques «  et donc, semble se situer au delà du conflit entre organicistes et défenseurs de la psyché. En réalité, ce dépassement affirmé se réalise au prix de l’évincement de la conception cartésienne de la pensée comme étant indépendante d’un fonctionnement cérébral. Car, l’idée qui nourrit les neurosciences est bien celle du cerveau-machine qui « sécrète la pensée comme le foie sécrète la bile » pour emprunter les mots de La Mettrie. Avec cette logique, je pense donc je suis… mon cerveau !

Désormais, tout est susceptible d’être neurologisé : l’amour, la souffrance, la religion, la pensée, l’économie, la politique. C’est une révolution en douceur mais dont les conséquences peuvent être ravageuses : si nous sommes uniquement notre corps, notre génome, alors la liberté de choix du sujet disparaît, au profit d’un déterminisme néo-naturaliste qui pourrait tout à fait alimenter des thèses eugénistes, voire racistes, comme ce fut déjà le cas auparavant.

Pourtant, l’expérience auprès des patients, nous démontre quotidiennement qu’il n’y a pas de réduction possible au neuro-biologique. Le symptôme psychique est à rebrousse-poil de toute uniformisation biologisante. À la différence des autres animaux, nous sommes parasités par le langage, qui n’est pas inné mais acquis. Les problèmes psychiques, « les pathologies mentales » se nourrissent de conflits identitaires, sexuels, moraux, pulsionnels ou familiaux. Perdre l’envie de vivre et tenter de se suicider n’est pas un problème génétique, ou dû à un déséquilibre neuro-chimique, comme supposé par les différentes vidéos à visée pédagogique proposées sur le site de la fondation FondaMental. Ce n’est pas parce que certaines molécules agissent sur l’humeur (anti-dépresseurs, thymorégulateurs, ou même alcool, cannabis et drogues) que la cause d’un trouble de l’humeur est cérébrale.

En 2007, Frank Bellivier a été mis à la tête d’un « centre expert » pour les troubles bipolaires financé par la Fondation FondaMental. Il faut rappeler que les troubles bipolaires constituent une catégorie, apparue dans le DSM III qui a remplacé la «psychose maniaco-dépressive », catégorie inventée par Emil Kraepelin en 1899. De par le remplacement sémantique effectué du terme « psychose » par « trouble », jugé moins stigmatisant, l’appellation trouble bipolaire peut désormais être attribuée à tout un chacun dès lors que l’on connaît des moments d’euphorie et de tristesse. Ce nouveau diagnostic présuppose dès le départ une vulnérabilité génétique et admet par sa définition même un élargissement des patients potentiellement ciblés.

Le mécanisme est rôdé : Introduire une nouvelle nomination dans une nosographie, former les prescripteurs au nouveau diagnostic, créer des centres expert pour diffuser le diagnostic et vendre les médicaments qui l’accompagne. Les entreprises du médicament récoltent ce qu’elles sèment.

En septembre 2018, la fondation Fondamental a édité le livre Psychiatrie, l’état d’urgence co-écrit par Marion Leboyer, directrice de thèse et collaboratrice de Frank Bellivier. Cette dernière a perçu 30774 euros d’avantages et de rémunérations des laboratoires pharmaceutiques entre 2012 et 2018 selon le site eurosfordocs.fr . D’après la même source et pour la même période, l’autre co-auteur du livre, Pierre-Michel Llorca a perçu, quant à lui, 254993 euros d’avantages et de rémunérations des laboratoires pharmaceutiques.

Ce livre a pour but de dénoncer le « retard français » concernant le développement de la psychiatrie biologique et de déplier 25 propositions pour sortir de cette crise (qui sont aussi consultables sur le site internet de Fondamental). Parmi les propositions, il y a la généralisation des centres experts (proposition 7), le remboursement des psychothérapies à condition qu’elles soient « psychosociales », autrement dit prenant pour référence les neurosciences (proposition 10) et l’appel aux financements du secteur privé (proposition 25).

Ce livre-programme, créé par deux représentants des intérêts privés des laboratoires pharmaceutiques remplirait-il la fonction de promouvoir leur vision de la psychiatrie auprès de l’opinion publique et du gouvernement?

Le fait est que, Frank Bellivier est désormais «l’opérateur ministériel» – que la fondation FondaMental appelle par ailleurs de ses vœux dans la proposition 1 du livre – pour « définir et piloter une vision stratégique de la psychiatrie et de la santé mentale ».

Nombre de professionnels se réunissent actuellement pour proposer une autre issue : celle d’une psychiatrie orientée par la prise en compte de la singularité de chaque patient pour lui assurer une prise en charge  sur mesure.

Une prise en charge sur mesure signifie que celle-ci ne soit pas obligatoirement centrée sur la chimiothérapie. « Le traitement » pourrait aussi bien consister à la mise en place d’activités thérapeutiques et/ou à la mise en place d’un traitement par la parole. La Norvège expérimente déjà ce modèle où c’est le sujet qui est au cœur de la prise en charge, et non le laboratoire pharmaceutique, comme cela se concrétise en France avec la nomination de Frank Bellivier par Agnès Buzyn. Une autre voie est donc possible, et souhaitable.

Romain Lardjane et Barbara Stern, psychologues cliniciens.

Lyon, le 27 juin : barbecue revendicatif devant la Préfecture

infos reçues de la CGT Vinatier  :

L’organisation syndicale CGT, santé, éducation, services publics de la Fonction Publique affirment de nouveau son attachement aux valeurs du service public, à une Fonction Publique et au statut général au service de toutes et tous, porteurs de l’intérêt général.

Elle appelle, ensemble, le gouvernement à entendre leurs demandes en matières Salariales.

Le projet de loi Fonction Publique, est la destruction de l’état Social. C’est l’externalisation des missions au profit du capital et au détriment du contribuable.

Alors que le Sénat étudie, à son tour, le projet de loi de transformation de la Fonction Publique, la CGT souligne son attachement aux instances actuelles de dialogue social qui permettent aujourd’hui de protéger les agent-e-s. Leur suppression risque d’entraîner une gestion opaque et priver les personnels de recours contre l’arbitraire.

A la veille du rendez-vous salarial du 2 juillet 2019, la CGT exige :

  • Le retrait du projet de loi Fonction publique
  • Un plan massif de résorption de la précarité
  • La création de postes statutaires pour répondre à tous les besoins
  • La valeur du point indiciaire
  • Le renforcement du statut
  • Un service public accessible partout et pour tous … page facebook

Le vent se lève : émergences de nouvelles formes de liens et de luttes

Le collectif « le vent se lève » de La Roche-sur-Foron organisait un événement le 21 juin autour du Printemps de la psychiatrie. Lors de cette rencontre, comme dans beaucoup d’autres, de nouvelles formes de liens émergent, souvent en toute discrétion. Pourtant, ils instituent du nouveau pour le temps présent et à venir. Récit dans l’immédiat après coup avec quelques pistes pour la suite.

En mai 2019, s’est tenu sur le plateau des Glières le rassemblement annuel « Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui ». Zyplox d’Humapsy, citoyen résistant d’aujourd’hui a témoigné (vidéo ici). La veille, un débat autour du Printemps de la Psychiatrie avait eu lieu réunissant plus de deux cents personnes avec les Pinel en Lutte, la Psychiatrie Parisienne Unifiée, Humapsy et des participants au Printemps.

A l’issue de ce débat, une invitation a été lancée par des soignants locaux du collectif « le vent se lève » pour partager le 21 juin une soirée autour de la psychiatrie, de la catastrophe en cours et de l’émergence des formes nouvelles de mobilisations auxquelles nous assistons depuis plus d’un an partout dans l’Hexagone. Cette invitation faisait suite à un étonnement, le mien, devant la découverte de ce collectif qui s’était mobilisé dès janvier dernier avec un rassemblement local le jour du printemps de la psychiatrie le 21 mars à La Roche sur Foron réunissant plusieurs dizaines de personnes avec une chanson au titre de « sauvons la psy » et le désir de transformer la situation locale. Les soignants partent en masse des services à un rythme effréné, le manque de médecins est criant, les salaires attractifs de la suisse voisine n’arrangent rien. Et comme dans la majorité des hôpitaux publics actuellement, des resucées de « dialogues social » allié à un management marketing masquent l’autoritarisme du pouvoir en place (celui de l’hôpital, de l’ARS, du Ministère, du gouvernement…). Ce pouvoir sans contre-pouvoir dissémine la peur au quotidien, dans la société et dans nombre d’institutions. Ses représailles existent dans la réalité, financièrement, psychiquement, physiquement. A quand le collectif « des mutilés psychiques pour l’exemple » réunissant patients, soignants et familles pour mettre en visibilité ce qui est fait en termes de maltraitances institutionnelles dans tous ces lieux ?

Cette soirée a fait émerger une discussion avec des familles de l’UNAFAM, des « GEMois » du GEM local « le lien qui fait du bien » et des professionnels autour de ce qu’il faut de liens entre les gens, de paroles, de compréhension, d’écoute, d’amitié. Des témoignages sensibles nous ont été offerts par les Gémois sur la fonction nécessaire de lieux où l’on prend le temps, où l’on écoute, on l’on va au-devant des personnes, où l’on rend visite aux copains qui s’isolent, qui ne vont pas bien voire où l’on va en bande saluer la copine ou le copain hospitalisé pour lui remonter le moral. Ces lieux où être attentif à l’autre est aussi prendre soin de soi, que l’on soit usagers, professionnels ou proches. Expression d’un réseau dense d’amitiés et de partages contrastant avec l’abandon régnant à l’hôpital faute de temps, faute de lien humanisant, faute de continuité psychique minimale.

Cette soirée, comme il s’en déroule partout sur le territoire depuis des mois (aux rencontres de psychothérapies institutionnelles de Saint Alban sur « l’institution efficace », Jean Pierre Martin, auteur du livre récent paru aux éditions Syllepse « l’émancipation de la psychiatrie » a raconté les nombreuses invitations qu’il avait reçu de collectifs et les soirées passionnantes passés à leurs côtés).

Dans l’après coup immédiat de cette soirée, plusieurs réflexions peuvent servir pour les temps à venir.

Premièrement, les mobilisations, aussi minimales soient-elles, ont une importance du fait de leur existence même. « Nous sommes responsables de ce qui dépend de nous » disait Castoriadis. Alors commencer par là où l’on se trouve, en tant que concerné par la psychiatrie, en tant que citoyen est un bon début.

Evénements de France et de Navarre, faites-vous connaître !

Partagez vos initiatives, aussi minimales soient-elles. Dépassons les barrières de pudeur et de retenue qui nous font dire que ce que l’on fait localement n’est « rien » ou n’est « pas grand-chose ». Pour les professionnels, rappelons-nous que l’efficace du soin gît dans les détails…Rappelons-nous aussi certaines expériences vécues dans le quotidien des pratiques : créer une réunion, instituer un espace de rencontre, d’échanges et de parole a parfois autant d’importance (voir plus) pour celles et ceux qui ne viennent pas. Cela fait consister un lieu potentiel où l’on pourrait y être, où l’on pourrait s’investir. Où l’on peut se projeter, en y étant ou pas. Il nous faut sortir de la mystification des chiffres, de la fascination pour le nombre de participants. L’enjeu n’est pas quantitatif, il est qualitatif. C’est-à-dire qu’il réside dans l’institution de l’espace de partage lui-même. Peu importe le nombre de personne.

A partir de ce premier support, des émergences peuvent éclore : un collectif peut se construire, des initiatives peuvent se prendre. A mon sens, ces formes de rassemblement sont radicalement nouvelles. Quelques années plus tôt, elles n’existaient pas. La nouveauté est leur institution depuis la base, depuis le terrain concret des pratiques. Les rassemblements réunissant soignants, patients et familles n’étaient que l’apanage de la pseudo « démocratie sanitaire » et de ses représentants officiels habitués de la langue de bois, des autocongratulations et autre autopromotion. Ici, c’est une autre forme qui se travaille et qui a des effets concrets pour toutes et tous, à commencer par l’importance de se trouver, de se retrouver, de partager. On ne s’adresse plus la parole de la même façon quand, sur une scène citoyenne donc distincte de la scène des soins, nous avons pu parler de notre vécu quotidien, de nos impasses à soigner, à se soigner, à accompagner, de nos trouvailles pour tenir, pour inventer pour « rexister[1] ».

Deuxièmement, à partir de l’institution en acte de tels lieux, il semble nécessaire de se brancher sur d’autres expériences plus ou moins proches pour partager au-delà de la stricte situation locale. Faire du lien avec d’autres lieux permet de se décaler mais aussi d’en apprendre sur nos propres lieux. Ce dont témoigne concrètement l’expérience du TRUC (terrain de rassemblement pour l’utilité des clubs thérapeutiques). Le récit de cette expérience est écoutable grâce à la formidable émission « la psychiatrie en couleurs » de Radiozef).

Ces expériences de circulations, plus ou moins lointaines, où l’on rencontre le plus proche sont légions. Ces déplacements ouvrent à la rencontre de personnes « du cru » dont nous n’avions pas fait la connaissance dans le lieu lui-même[2] ! Ces circulations instituent elles aussi d’autres liens, d’autres possibilités de se fédérer à partir du partage et de la rencontre et pas seulement à partir des idéologies, de la contestation ou des formations réactionnelles.

Ainsi, le bilan très partiel et très provisoire de soirées comme celle-là est la nécessité de tenter une mise en dialogue permanente des gens et des lieux pour que de nouveaux liens se créent.

Enfin, depuis plusieurs semaines, le sud de la Loire connaît son lot de soulèvements.

A Toulouse, une « mili-tente » s’est construite devant l’hôpital Gérard Marchant car « De la tente naît le désir » disent-ils ! Il est possible de les encourager, de participer à leur caisse de grève.

A Lavaur, une tente des asphyxiés avec blocage de l’hôpital a permis de mettre en visibilité les conditions d’accueil déplorables dans certaines unités avec des avancées pour les droits des patients.

A Lyon, c’est un mouvement contre la vision carcérale et sécuritaire du plan de sécurisation de l’hôpital du Vinatier, allié aux réductions d’effectifs, qui mobilise.

A Chalon sur Saône, c’est aussi suite à une note de la direction des soins infirmiers imposant « le port de la tenue professionnelle obligatoire » sous peine de signalement à la direction des ressources humaines, qu’une mobilisation se crée. A chacun son uniforme : les soignants en blouses, les patients en pyjama et les directeurs en tailleurs et costards. Le pouvoir psychiatrique du moment voudrait-il transformer l’hôpital en monde digne de « la servante écarlate » ? Est-ce que l’on pense vraiment que le port de la blouse aide à mieux soigner les patients, à les « déstigmatiser » comme on dit dans les rapports officiels ?

Le clivage actuel qui traverse la psychiatrie n’est pas tant celui des techniques et des méthodes employés que celui du partage ou non du vécu de la personne souffrante. Est-ce que l’on institue les soins à partir de la relation, d’une identification de ce qu’il arrive à la personne ou est-ce que l’on considère qu’il faut être le plus objectif possible et que partager le vécu est au minimum à risque de contamination psychique délétère pour les soins au pire une faute professionnelle ? Comme disait le président d’un Groupe d’Entraide Mutuelle (GEM) au TRUC : « les soignants parlent souvent de la bonne distance qu’il convient d’avoir mais il faudrait aussi parler de la bonne proximité… ».

Alors combien de personnes et de lieux n’osent pas partager ce qu’elles « tentent » ? Que ces tentatives soit un succès ou un échec, là n’est pas la question. Ce qui compte, c’est de créer un autre possible, un autre imaginaire fondé sur ces liens, ces circulations, ce partage et cette fonction politique de l’amitié. Ce qui, en somme, est l’efficace réel des lieux accueillants la souffrance humaine.

En conclusion, le rassemblement des Glières a eu un autre effet. Dans toute l’effervescence joyeuse et obstinée de ce rassemblement, nous avons également rencontrer des soignants d’autres champ de la médecine et notamment du collectif « Nos vies d’abord » en lien avec la mobilisation en cours du collectif inter-urgence. Une pétition vient d’être rédigée avec l’objectif d’intensifier la mobilisation pour les urgences, pour l’hôpital public et plus largement pour la santé de nous toutes et tous loin des propositions incongrues de « Ma Santé 2022 ».

« Masse hantée 2022 » ?

Signez et diffusez la pétition : ici

 

Mathieu Bellahsen, 22 juin 2019

 

[1] Néologisme par un des participants du journal « Et Tout et Tout », association issue d’un collectif de soin dont l’objet inscrit dans les statuts est « l’humanisation de la psychiatrie et de la société » !

[2] Collectif Encore Heureux

printempsdelapsychiatrie@gmail.com

page Facebook

 

Communiqué de soutien au collectif de la Mili’tente du CHS G. Marchant à Toulouse

Réunis en assemblée générale à Paris le 22 juin 2019, les membres du Printemps de la Psychiatrie saluent la lutte en cours menée par le collectif de la mili’tente au CHS G. Marchant à Toulouse. Ils leurs apportent leur total soutien et resteront attentifs aux suites données à cette lutte. Par là-même, ils dénoncent la casse de la politique de secteur et l’érosion des moyens du soin en psychiatrie.

page Facebook de l’hôpital Marchant en lutte