





MAI
Samedi 29 mai, 10 h : Assemblée générale du Printemps de la psychiatrie à l’A.E.R.I, 57, rue Etienne Marcel, 93100 Montreuil, M°9 – Croix de Chavaux
Départ en manifestation vers 12 h 30 : APPEL A LA MOBILISATION INTERNATIONALE DE LA SANTE (RDV devant la Pitié Salpêtrière pour les prises de parole).
JUIN
Vendredi 4 au dimanche 6 : 36ème Congrès annuel de l’USP à Rouen sur le thème des libertés.
Jeudi 10 juin à 13 H 30 : Manifestation des psychologues, à Paris devant le Ministère de la Santé (en province devant les ARS ou la Préfecture selon l’organisation locale proposée)
36ème congrès annuel de l’Union Syndicale de la Psychiatrie à Rouen, du 4 au 6 Juin
À l’heure de la pandémie de Covid-19 qui n’en finit pas, nous sommes toujours et sans cesse entravés dans nos vies : confinés, déconfinés, reconfinés, masqués, sous couvre-feu, privés de relations sociales, privés de convivialité, de toucher, de rencontres familiales, amicales, amoureuses.
Certains en paient le prix fort : les étudiants, les jeunes, les personnes âgées, les plus démunis. Ces derniers sont en plus privés d’accès aux soins, ont été touchés par une mortalité plus élevée que les autres et ont subi des conséquences socioéconomiques plus marquées.
Pendant ce temps-là, alors que le Ségur de la santé a été une farce, la destruction des hôpitaux se poursuit, les lits continuent de fermer et en psychiatrie, les rapports tombent les uns après les autres, préconisant d’aller toujours plus loin dans l’annihilation de la psychiatrie de secteur, épousant les propositions contenues dans la réforme du financement qui s’appliquera dès 2022.
L’introduction d’une dotation à l’activité va bouleverser les manières de travailler et laissera sur le côté les patients nécessitant des soins dans la durée. C’est la dictature de l’économie sur le soin qui est en marche.
À cette heure, les pratiques d’isolement et de contention, en augmentation croissante dans les unités d’hospitalisation, sont légitimement interrogées mais de façon bien cavalière par l’article 84 de la Loi de financement de la Sécurité sociale. Nous débattrons dans ce congrès de ces situations de privation de liberté et leurs conséquences sur les patients et les professionnels.
Nous analyserons cet article 84 sur la contention, qui a le mérite d’introduire l’autorisation du juge des Libertés et de la Détention sur cette pratique, mais de façon facultative et ne résout en rien sa persistance.
Enfin nous débattrons de la pente autoritaire sur laquelle s’est engagée le gouvernement par ses pratiques répressives et les lois liberticides qui s’accumulent sous couvert d’état d’urgence.
Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, c’est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre Etat-providence ne sont pas des coûts ou des charges, mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché.
Emmanuel Macron, 12 mars 2020
PROGRAMME
Vendredi 4 juin
9 heures : accueil
9 heures à 12 heures
Après une introduction par Delphine Glachant, discussion sur l’état des lieux des piquets de grève trois ans après les actions de 2018.
Présidée par Fethi Bretel
Invités : Les grévistes du Rouvray, du Havre, de la Psychiatrie Parisienne Unifiée, d’Amiens.
En présence des syndicats SUD et CGT
14 heures – 16 heures
Contention et isolement : quel vécu ? Professionnels de la psychiatrie et usagers s’expriment.
Présidé par Pierre Paresys
Invités : Humapsy, Advocacy, le Fil Conducteur Psy ; Philippe Laville (LDH) et les grévistes de 2018.
20 heures – 22 h 30
« Et si on inventait une vraie démocratie sanitaire ? » Réunion ouverte en présence de Sandrine Deloche, pédopsychiatre et Evelyne Sire-Marin, magistrate.
Présidée par Pascal Boissel
Samedi 5 juin
10 heures – 12 h 30
Article 84 de la LFSS
Présidé par Claire Gekiere.
Invités : Jean Vignes (NSED), Le Fil conducteur Psy
14 h 00– 17 heures
L’irresponsabilité pénale
Invitée : Sarah Massoud, secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature
Présidé par Jean-Pierre Martin
17 heures
Hommage à Alain Chabert
Dimanche 6 juin
10 heures à 13 heures
Vote des motions
Lieu du congrès :
Espace du Moineau-Centre Diocésain
41 route de Neufchâtel -76044 ROUEN
Pour s’inscrire :
Introduction par les trois collectifs à l’initiative du rassemblement :
L’Appel des Appels, Roland Gori
Printemps de la psychiatrie, Delphine Glachant
Collectif des 39, Selma Benchelah
Représentants et collectifs de psychologues :
Syndicat National des Psychologues – Pierre Ange Raoult
Alain Abelhauser et Albert Ciccone, Séminaire Inter-Universitaire Européen d’Enseignement et de Recherche en Psychopathologie et Psychanalyse.
Gladys Mondière, Fédération française des psychologues et de psychologie
Cyrille Le Jamtel – Collectif POP
CMPP :
Mariette Murat – Fédération CMPP Bretagne
Maya Vair- Piova, CGT
Associations : La Main à l’Oreille, Le Fil Conducteur Psy
Autres praticiens du soin psychique :
Association des Psychiatres du secteur infanto-juvénile
Patrick Landman et Louis Sciara, STOP DSM
David Ryboloviecz et Dominique Besnard- CEMEA (Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Education Active)




Avant de considérer les atteintes portées des derniers temps aux soins psychiques, je veux parler de la réalité d’un service d’hospitalisation. C’est aussi cela que nous vivons dans notre quotidien.
J’ai été appelée dans la matinée du 1er mai par la cadre de pôle du service où je travaille, à l’hôpital les Murets dans le Val de Marne, pour me prévenir qu’une infirmière avait été gravement agressée la nuit précédente. Alors j’y suis allée. J’y ai passé la journée, dans un état de sidération que nous vivions en équipe et dans la tension du service. J’ai une pensée pour cette femme ainsi que pour sa collègue, traumatisées, pour un autre patient également agressé, et pour le patient auteur de ces violences, qui va très mal et portera peut-être plus tard le poids de ce qu’il a fait.
A l’heure où je devais organiser mes pensées pour dire quelque chose de cohérent aujourd’hui, sur l’état actuel de la psychiatrie, c’était très difficile et mes pensées s’entrechoquaient. Je pensais au drame de Pau, réactualisé ces derniers jours dans les débats puants qui suivent le jugement dans l’affaire Sarah Halimi ; je pensais à la profusion des dispositifs de sécurité (DATI) qui ont proliféré suite à ce drame, aux nombreuses structures hyper-sécurisées qui sont sorties de terre depuis (UMD, USIP et UHSA), au discours de Sarkozy de 2008 suite au drame de Grenoble….mais aussi au rapport d’Adeline Hazan, en juin 2020, qui dit à quel point la dignité et les droits des patients sont bafoués dans nombre de structures où nous travaillons. Rapport extrêmement intéressant et inspirant. Il dit entre autres qu’il faut ouvrir les portes du pavillon – c’est le cas de celui où je travaille.
Et je me disais que professionnels et patients sont pris entre ces deux types d’injonctions : le sécuritaire et les droits des patients.
Tout cela avec des moyens humains réduits à peau de chagrin relativement aux demandes de soins exponentielles depuis 20 ans et avec des formations de plus en plus dénaturées, complètement axées sur le comportemental, sur la gestion de situations, vides de sens clinique.
Ces injonctions contradictoires, elles se répètent à l’infini, et nous rendent fous. Elles amènent un certain nombre d’entre nous à démissionner de leur travail, de leur engagement. Elles amènent aussi, peut-être, à ces situations de violence extrême.
Travaillant à l’hôpital, je pense notamment à l’article 84, cette espèce d’usine à gaz censée contrôler les mesures d’isolement et de contention…qui nous oblige juste à fournir encore plus de pièces administratives, qui ne serviront à rien mais sont obligatoires, nous amènent à rester encore davantage derrière nos écrans et à être encore un peu moins disponibles auprès les patients. Temps cliniques et institutionnels raccourcis voire supprimés, pensées tronquées par des formations insuffisantes.
Et pourtant il y a peu, à la CNP, le Pr Lejoyeux disait que cet article 84 se situait dans une politique d’amélioration continue de la qualité des soins !
Tout est fait pour qu’il n’y ait plus de pensée. Seul le symptôme compte, à maitriser, à faire disparaitre au plus vite. Surtout que la personne souffrant de trouble psychique soit rapidement sur pied ! Retrouvant sa place de maillon de la chaine de production et, surtout !… qu’elle ne coute pas trop cher.
L’hôpital psychiatrique, comme le reste de l’hôpital public, est devenue une machine à produire du soin. Seul est pensé le fonctionnement de la machine dans un unique but de réduire les couts, sans projet de santé publique, sans pensée sur ce que sont la souffrance psychique et le soin psychique.
Derrière le symptôme il y a le cerveau. Vous aurez noté que le premier projet de recherche qui est sorti de la CNP concerne la systématisation d’IRM hyperspécialisées dont des algorithmes hypersophistiqués vont traiter les données, dans un grand big data au service d’on ne sait quelle firme. Les psychistes d’hier vont être remplacés par des informaticiens ! Attention à vos cerveaux !!
Aujourd’hui se produit l’aboutissement de 15 ans de lobbying des grandes entreprises capitalistes de France et d’ailleurs, qui ont transformé le paysage de la psychiatrie, avec l’introduction de programmes de rééducation à la norme, aussi bien des professionnels que des patients, de réadaptation à une vie sociale, où chacun est entrepreneur de lui-même, doit avoir un projet et le réaliser.
Pour les adultes, ces programmes s’appellent FondaMental. Lire l’épisode 2 du blog de M. Bellahsen sur le PassBipolaire.
Pour les enfants, cela s’appelle les plateformes d’orientation et de diagnostique pour enfants présentant des Troubles Neuro Développementaux.
Tout cela se passe dans l’absence totale de projet de loi-cadre sur la psychiatrie, mettant hors champ de pensée ce que l’on peut élaborer comme système de soins, non seulement pour soigner les personnes malades mais également pour faire société avec ces personnes présentant à un moment de leur vie ou toute leur vie, des troubles mentaux.
Le gouvernement, par la prochaine réforme du financement de la psychiatrie, va mettre tous les professionnels à ses ordres. Vont s’imposer, parce que ce sera le seul moyen d’avoir des dotations financières plus importantes, des prises en charge courtes de crise, hyperspécialisées en CMP ou lors d’hospitalisations courtes. A l’heure de la déstigmatisation, quand quelqu’un sortira d’un CMP, il aura son étiquette « psychotique en crise » sur le front. Encore une injonction contradictoire : faites dans la déstigmatisation mais organisez-vous par filières !
Par cette réforme du financement, le gouvernement va aussi privilégier les projets dits innovants, regroupant bien souvent la e-santé et les équipes mobiles intersectorielles.
Par cette réforme il balaie la psychiatrie de secteur, socle de la psychiatrie française, qui permet un accueil inconditionnel de tous, quand il en a les moyens. Système qui pourrait d’ailleurs servir de modèle à la réorganisation générale de notre système public de santé.
Le gouvernement utilise maintenant la Commission Nationale de Psychiatrie et bientôt les Assises nationales de la Psy et de la Santé Mentale pour appliquer les directives présidentielles, Emmanuel et Brigitte Macron ne cachant pas leurs relations privilégiées avec certains psychiatres, devenus subitement providentiels.
Les membres qui coordonnent les groupes ont déjà été bien triés sur le volet, faisant la part belle aux universitaires. Et on entend bien, dans le discours des technos de la DGOS qui encadrent ces réunions un recadrage sans cesse vers une nouvelle psychiatrie, où « l’allers-vers » est très à la mode, la gradation des soins, les parcours des soins, l’ingénieurisation des professionnels, les actes techniques des psychologues… alors que les incitations financières sont clairement énoncées comme levier d’organisation du modèle de soins.
Ces mêmes mots que l’on entend aussi de la bouche de Frank Bélivier, le délégué interministériel à la Psy et la SM, de FondaMental ou encore de Marion Leboyer, présidente de FM, qui refait surface dans les Assises Nationales de la Psychiatrie, voulues par le président dès le début de l’été.
Nous vivons dans une société complètement folle, où nous sommes de plus en plus contraints, tous, dans nos libertés et, pour ce qui nous concerne, dans nos métiers, dans nos soins. C’est le paradoxe de ce nouveau libéralisme qui n’en est pas un : déconstruire les politiques publiques de santé, laisser libre place aux marchés et à l’enrichissement, et serrer la vis de tous pour mieux servir ces intérêts-là.
AERI, Montreuil – 2 mai 2021
Delphine Glachant – Membre du Printemps de la psychiatrie
Mobilisation du 2 Mai 2021
Bonjour à tous,
Le Dr Hervé Bokobza fondateur du collectif des 39 a souhaité donné la parole aux membres actifs aujourd’hui. Je me présente donc à vous, Selma Benchelah, je suis psychologue clinicienne en psychiatrie adulte à l’hôpital Psychiatrique de Maison Blanche, aujourd’hui rattachée au GHU Psychiatrie et neurosciences de Paris.
Si les 39 ont initié ce rassemblement avec le Printemps de la psychiatrie et l’Appel des Appels, c’est parce que face à ces nouvelles attaques du prendre soin et de ses professionnels, ici principalement les Psychologues, nous avons pensé qu’il fallait absolument réunir nos forces pour lutter ensemble.
Et nous sommes heureux de nous savoir si nombreux ici présents à Montreuil mais aussi sur zoom pour défendre le soin psychologique mais aussi le rôle, le statut et la fonction des psychologues.
En effet, un Arrêté du 10 mars 2021 émanant de deux ministères, des solidarités et de la santé, mais aussi de l’économie des finances ; puis une proposition de projet de loi de constitution d’un ordre des psychologues sont venus nous interpeler à plus d’un titre.
Dans ces nouvelles dispositions, outre la violence de leurs mises en place sans aucune consultation de nos différents syndicats, collectifs, associations et autres instances de représentation des psychologues, nous avons pu, encore une fois constater, qu’étaient mis en cause les quatre grands axes sur lesquels se sont construites les actions du collectif des 39 :
Une conception des maladies mentales :
La folie n’est concevable qu’irréductiblement liée à la condition humaine. Contrairement à la maladie somatique, il existe une modalité particulière de souffrance psychique attachée à certains modes de structuration subjective. Elle ne relève pas d’une causalité linéaire mais d’un déterminisme plurifactoriel marqué du sceau de la complexité.
Or cet Arrêté du 10 mars 2021 repose sur une nouvelle trouvaille, un nouveau diagnostique à tiroir, le TND : troubles neuro-développementaux. Cette nouvelle nomenclature s’appuyant sur une approche biologique et neurologique regroupe, sous un même étiquette, les troubles envahissants du développement, troubles autistiques, les troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité et plus largement les troubles des apprentissages, des comportements et de la communication.
Une certaine conception du soin :
Notre engagement thérapeutique tient d’abord à la considération de la vulnérabilité et de la créativité des patients ; il doit par ailleurs nous conduire à promouvoir tous les lieux nécessaires à une hospitalité pour la folie qui constitue l’enjeu de notre travail : dans l’hospitalisation, comme dans les lieux ambulatoires qui doivent mettre l’accueil au cœur de leur projet. Mais qu’en est-il désormais de la dimension relationnelle, pourtant au cœur de tout processus de prévention et de soins psychiques, quand nous lisons dans cet arrêté du 10 mars que le soin psychique est réduit à des thérapies neuro-psychologique, cognitive, comportementale et psycho-éducative ? Les législateurs entendent donc, non seulement priver la majorité des psychologues d’exercer leur métier auprès des patients dits TND et de leur famille, mais par-delà empêcher les citoyens d’accéder à ces approches thérapeutiques.
La formation :
Nous défendrons un enseignement reposant en particulier sur la psychopathologie, et nécessitant la réintroduction de formations spécifiques désarrimées de la logique, du cadre théorique et des intérêts hospitalo-universitaires actuels autant que de l’emprise des laboratoires pharmaceutiques, et ceci pour tous les professionnels de la psychiatrie. Formations spécifiques d’infirmiers psychiatrique, pour les médecins de l’internat en Psychiatrie et maintien d’une formation universitaire plurielle en psychologie. Or nous voyons qu’ici, dans cet Arrêté, comme dans cette PPL, sur un Ordre des Psychologues, c’est la formationplurielle, nourrie de différentes approches de la psychanalyse, en passant par la psychologie systémique, la psychologie sociale, expérimentale, cognitive, qui est attaquée ou menacée. Et ce, au profit d’une conception biologique et neuro-cognitive du psychisme exclusivement.
Les moyens :
Nous réclamons des moyens au service d’une psychiatrie humaniste, pour que les patients ne soient plus abandonnés à la rue, à la prison, ou remis à leurs familles parfois démunies. Nous réclamons donc des moyens pour des lits d’hospitalisation, des structures d’hébergement, des structures de soins extra hospitaliers, et médicosociales, et du personnel pour que ces lieux soient habités. Alors qu’aujourd’hui on voit se développer des plateformes et centres dit experts. Mais de quelles expertises s’agit-il quand celles-ci se contentent de diagnostiquer et d’orienter vers les structures de soins publics et médicosociaux de plus en plus dépourvus de personnel ? Et donc finalement de plus en plus vers le privé ? De quelle expertise peut-on se prétendre quand on délocalise le soin vers d’autres petites mains, les professionnels que l’on désavoue « en même temps » dans leur savoir-faire pour les réduire à des exécutants de protocoles ?
Des moyens donc, pour des structures et le recrutement de personnels et notamment de psychologues plutôt que de prétendre répondre aux besoins accrus en santé mentale, en distribuant des miettes de prise en charge psychologique comme ces 10 séances de psychothérapie auprès de psychologues libéraux payés au rabais.
Et nous voulons des moyens humains en psychiatrie plutôt que des IRM à tout va ! Je vous invite à regarder les synthèses de la sous-commission « Recherche clinique et innovation », de la commission nationale de la psychiatrie, dont les missions ont été définies par le Président de la République lui-même, dans le cadre de l’organisation des Assises de la psychiatre de cet été. Comme l’a très bien dénoncé l’Union Syndicale de la Psychiatrie (USP), dans son communiqué la « Psychiatrie à visage non humain. » « L’homme est devenu machine comme celle qui va venir photographier son cerveau et en traiter les données. »
Au travers des psychologues, nous dénonçons donc des attaques coordonnées de la conception des maladies mentales, des soins, des formations et des moyens qui sont prétendument attribués.
Dans notre code de déontologie, il est préalablement posé que : « Le respect de la personne dans sa dimension psychique est un droit inaliénable. Sa reconnaissance fonde l’action des psychologues. »
Or, nous observons qu’aujourd’hui, la dimension psychique des patients (citoyens) est réduite à une dimension comptable, cognitive, neurologique et éducative.
C’est le sens de cet Arrêté du 10 mars 2021, en contraignant désormais les psychologues en charge de ses enfants souffrants de TND, de ne s’appuyer que sur les seules thérapies neuropsychologues, cognitives, comportementales et psycho-éducatives. On assiste là à une confiscation des professionnels de leur pouvoir de choisir librement leurs outils. Or, dans le 3ème principe de du code de déontologie, il est écrit : « Outre ses responsabilités civiles et pénales, le psychologue a une responsabilité professionnelle. Dans le cadre de sa compétence professionnelle, le psychologue décide et répond personnellement du choix et de l’application des méthodes et techniques qu’il conçoit et met en œuvre et des avis qu’il formule. »
Nous y reviendrons plus tard au cours de cet après-midi, concernant les recours légaux que nous pouvons mettre en place. Nous avons déjà consulté une avocate afin d’agir vite car il y a urgence, L’Arrêté du 10 mars a été publié le 4 avril et nous n’avons que deux mois, soit jusqu’au 4 juin pour déposer un recours.
Mais nous ne pouvons être seuls à nous mobiliser, car tous les citoyens sont concernés et plus encore les enfants souffrants de ce qui relèvent des dits TND et leurs familles. Eux aussi, eux plus que quiconque, sont désormais privés des autres approches psychothérapeutiques par cet Arrêté. Et c’est très grave. C’est pourquoi nous appelons tous les parents, les familles, les patients à se rassembler avec nous pour défendre leurs droits; Car ces attaques contre l’indépendance des professionnels sont tout autant une attaque contre leur accès au soin.
Les psychologues sont des professionnels issus de l’Académie des lettres, leurs enseignements relèvent des sciences humaines. Lesquelles sont plurielles, discutées et discutables. Elles ne relèvent pas de la science médicale à proprement parler et comme le soulignait, Emmanuel Garcin, les patients ne s’y trompent pas et savent justement fort bien apprécier ce pas de côté qu’offre la consultation d’un psychologue, dans leur prise en charge.
Cette indépendance de notre profession est à part, notamment dans la structure très hiérarchisée des institutions hospitalières. Et nous devons absolument la défendre en nous rassemblant, non pas malgré, mais forts de nos diverses approches. Nous devons nous prémunir du « narcissisme de nos petites différences » pour ne pas faire le jeu des divisions qui nous sont tendues.
Aussi, je ne peux m’empêcher de vous faire part de mes réflexions en relisant dernièrement, un article de Didier Anzieu datant de 1983, où il exposait son parcours pour défendre le statut des psychologues et construire une formation académique universitaire reconnue, au cours des 25 années précédentes. Il décriait ainsi les nombreux obstacles qu’ils avaient dû affronter et parmi ceux-ci, l’état d’esprit des psychologues, « eux qui ont généralement pour fonction d’aider à résoudre les problèmes des autres, attendent que ce soient les autres qui résolvent leurs propres problèmes professionnels. Au contraire, la profession des psychologues sera ce que les psychologues voudront activement qu’elle soit. » Et il en appelait ainsi à plus de dynamisme, d’assurance et de responsabilité dans notre corps de métier. Je vous dis ça car, il me semble que nous devons avertir tous nos collègues et ne faire preuve d’aucune passivité pour parvenir à nous mobiliser en masse face aux menaces qui guettent.
Enfin, la question de l’Ordre des psychologues peut séduire certains et demande de vrais débats, car c’est bien la para-médicalisation de notre profession qui menace. Là encore je vous invite à lire l’expérience de D. Anzieu dans cette aventure.
Quoi qu’il en soit, nous ne pouvons laisser trois psychologues qui ne se revendiquent que d’eux-mêmes et de quelques abonnés sur leurs réseaux sociaux décider seuls du sort de notre profession. Dix-neuf organisations se sont mises au travail depuis déjà deux ans au sein du Cerédépsy, afin de renforcer notre statut de psychologues au travers de son code de déontologie et de sa reconnaissance. Si ce n’est déjà fait, je vous invite donc à suivre ces travaux qui nous concernent tous, et qui sont ouverts à la participation de tous de manière démocratique.
Je vous remercie pour votre attention.
Résumé de la prise de parole de Catherine Skiredj-Hahn, le Fil Conducteur Psy
Nous sommes une association issue d’un collectif regroupant des familles, des patients adultes, des soignants dont l’origine remonte à l’atelier « familles » qui s’est déroulé lors des Assises Citoyennes pour l’hospitalité en psychiatrie et dans le médico-social en 2013, à l’initiative des CEMEA et du Collectif des 39.
La force des témoignages nous a donné le courage de continuer à partager ensemble les épreuves que nous traversions chacun à notre place singulière : éprouver ensemble et constituer ainsi un groupe contenant pour chacune et chacun.
Éprouver mais aussi penser ensemble ce qui nous arrive et le contexte dans lequel cela nous arrive à partir d’un socle commun qui fait sens pour nous, à savoir que :
Or, depuis des décennies, des pans entiers des services de santé sont attaqués : fermeture de lits, baisse drastique des effectifs soignants, réorganisations incessantes qui démantèlent les collectifs de soins, détruisent les solidarités de métiers, protocolisent les gestes professionnels pour les vider de toute initiative acquise au fil de l’expérience, tout ceci sous l’égide de la sacro sainte doxa de l’efficacité managériale, de la réduction des coûts.
La psychiatrie loin d’échapper à ce lent travail de sape généralisé ploie sous les coups de butoirs de cette logique gestionnaire qui sévit et fracasse partout où elle sévit depuis le milieu des années 80.
Les multinationales de la consultance, après avoir accompagné les gouvernements dans la mise en place la « Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP) » puis contribué à « tricoter » la Loi Organique relative aux Lois de Finances, texte juridique qui fixe le cadre des lois de finances en France, ces multinationales se sont érigées en véritables opérateurs influents, principaux pilotes des politiques de démembrement des secteurs publics, dont la santé.
Voilà pourquoi les gestionnaires imposent leur monde fait de « missions, projets, territoires, axes stratégiques » qu’ils font tourner dans tous les sens en les maquillant d’une rationalité budgétaire devenue la manière naturelle et évidente de conduire les affaires et les organisations, le tout assaisonné d’une fausse scientificité percluse de donnés chiffrées se voulant rassurantes, le tout baignant dans une recherche effrénée de rentabilité…
Qu’est-ce que cela signifie dans le domaine de la santé et de la psychiatrie ? La mise en place des plateformes territoriales de tri des pathologies, la mise à l’écart des soignants des processus de concertation et de décision, la gestion uniformisée d’offres de produits labellisés par les agences régionales de santé (10 séances de remédiation cognitive, par exemple) … une sorte de néo taylorisation du soin psychique de la pédopsychiatrie. C’est ce à quoi on assiste.
Et que nous dénonçons, refusons : résister c’est créer. Merci à vous toutes et tous
Le Fil Conducteur Psy
