Communiqué de presse de l’U.S.P.

Le 28 janvier janvier 2019 :

Laissons à Agnès Buzyn l’austérité hivernale, et mettons le cap vers un Printemps de la psychiatrie !

Agnès Buzyn a pour la deuxième fois présenté ses orientations lors du Congrès de l’Encéphale, un des temples des neurosciences et des laboratoires pharmaceutiques.

Les mesures qu’elle y a annoncées visent à réduire la psychiatrie à ses dimensions éducatives, sécuritaires ou de traitement de symptômes (communiqué Buzyn, feuille de déroute de la psychiatrie). Le budget annoncé, 50 millions, c’est une paille (un poste par secteur et inter-secteur). La destruction en cours de la psychiatrie de secteur reste dans le logiciel du ministère.

Au contraire de la ministre, avec les autres signataires du Manifeste « Printemps de la psychiatrie », nous affirmons que la psyché humaine est tellement complexe qu’elle n’obéit à aucune causalité, simple et univoque, qu’elle se moque des réductions idéologiques. Nous nous opposons donc à toute politique d’homogénéisation des pratiques. La diversité des pratiques et des modèles doit être respectée et la formation des soignants, médecins ou non, doit la garantir.

Nous affirmons que la politique de secteur (quand elle existe), représente un exemple qui, selon nous, devrait être suivi par les autres spécialités, notamment pour ce qui concerne la continuité des soins, l’articulation temps plein temps partiel, l’ambulatoire, les pratiques en réseau, la liaison entre divers intervenants. Cela implique comme condition indispensable que les agents, médicaux ou autres, ne sont pas interchangeables. Il s’agit là d’une nécessité impérieuse pour pouvoir mettre en œuvre un dispositif permettant de proposer des soins à toute la population sans discrimination tout en apportant une réponse singulière et évolutive dans le temps.

La manifestation nationale du 22 janvier 2019 qui a réuni à Paris des centaines de soignants, familles et patients, a fait entendre des voix que Madame Buzyn continue à ignorer, à mépriser.

La politique que nous voulons, que nous exigeons, avec ces manifestants et avec bien d’autres, est celle qui laisse la possibilité à la créativité, à l’artisanat au quotidien de fleurir. Il faut comme condition à cette possibilité en finir avec l’instrumentalisation sécuritaire de notre discipline. Il faut en finir avec la modélisation et de la standardisation à l’œuvre, avec la dictature comptable (communiqué Non à la dictature comptable !).

Les migacs, les ordonnances d’Etat, les budgets fléchés (outre l’appauvrissement des pratiques) ont un coût : ils sont source de gaspillages, ils cassent des dispositifs pertinents et ainsi génèrent un surcoût. Cette logique d’un financement sur la base d’indicateurs quels qu’ils soient – qualité, parcours – présente toujours les mêmes travers (communiqué Le monde de la santé selon Macron est un monde en ruine). Elle favorise la discrimination entre les patients, ceux qui sont adaptables au dispositif et les autres. Elle favorise le privé lucratif au détriment du public et de ses impératifs d’accès pour tous.

Il faut un mode de financement stable, lisible sur la durée permettant aux équipes d’adapter le dispositif en fonction des besoins et des moyens réels et permettant l’accès à des soins psychiques de qualité pour toutes et tous sur l’ensemble du territoire (Contribution de l’USP pour la table ronde du 17 janvier 2019)

L’USP renouvelle son appel à soutenir toute lutte ou mouvement non violent et non fascisant permettant de mettre fin à cette politique (communiqué Redonnez-nous un(e) ministre de la Santé !). C’était pourquoi nous étions dans la rue le 22 janvier, c’est pourquoi nous nous préparons à y retourner. …
L’« urgence psychiatrique » c’est d’inventer partout mille printemps de la psychiatrie !

Pascal Boissel, président
Pierre Paresys et Philippe Gasser, vice-présidents

Appel des appels

STOP AU GÂCHIS HUMAIN !

Appel et pétition à signer en cliquant ici.

Nous, Conseil de l’Appel des appels, faisons notre le texte1 ci-après de Roland Gori et Marie-José Del Volgo publié dans Libération du 8 janvier 2019 et nous appelons à signer notre appel « Stop au gâchis humain ».

En effet que valent les politiques sociales et économiques qui, au nom de la raison budgétaire, ne tiennent absolument pas compte des maltraitances et des morts des humains abandonnés dans la rue, dans les EHPAD et jusqu’à l’hôpital produisant des catastrophes sanitaires et humaines ? La vulnérabilité des patients et des soignants, l’angoisse des familles et des professionnels, sont méprisées et rendues invisibles par une bureaucratie aussi féroce qu’inefficace. Ces violences symboliques et matérielles font le jeu des populismes et des extrémismes avec d’autant plus de facilité que la culture et l’information sont marchandisées sous l’effet des modes et du « présentisme », bradées comme spectacles éphémères et inconsistants. Cette obsolescence de l’humain est aggravée par un déclin des humanités, par un effondrement des dispositifs de formation à l’esprit critique et à la réflexion traditionnellement assurés par l’éducation, la recherche et la culture. Le lien démocratique et la pensée critique fondés sur le goût de la liberté et de la justice sont sacrifiés par des dispositifs d’intimidation sociale qui se prétendent « expertises ».

Ça suffit !

Il ne faut plus céder à la curatelle technico-financière des humains accomplie par ces pseudo évaluations qui ignorent délibérément le gâchis humain qu’elles produisent, la perte du sens de l’existence, la dévalorisation des vies, le désespoir et le malheur, au profit d’une logique de domination sociale. Aujourd’hui où, de nouveau, des printemps de colère et de désespoir émergent refusons ces pseudo évaluations, vecteur essentiel d’une politique de prolétarisation des métiers et de paupérisation des professionnels. Arrêtons ces impostures que sont les évaluations comptables et les fake news sur lesquelles elles s’appuient. Exigeons que les mesures de la valeur prennent en compte le coût humain.

« Face à l’hyper-libéralisme mondialisé et au gâchis humain qu’il produit, des violences radicales s’expriment, elles lui appartiennent. « Les hommes ressemblent plus à leur époque qu’à leurs pères » rappelait l’historien Marc Bloch. La nôtre ne fait pas exception. Qu’il s’agisse des révoltes sociales, des votes antisystème nationalistes et xénophobes, voire d’actes terroristes, la contagion affective d’individus de plus en plus isolés, désolés, joue à pleins tuyaux. L’opinion publique comme les foules numériques agissent par procuration, elles prélèvent sur les réseaux sociaux les informations qui leur manquent pour donner un sens et une cohérence à leur quotidien. Elles cherchent désespérément des moyens de sortir de l’apathie qui menace tous les régimes politiques lorsqu’ils deviennent orphelins des idéologies et des fictions qui font rêver les peuples. Le peuple n’est pas un donné sociologique, c’est un construitpolitique, un travailpolitique qui œuvre par des paroles et des actes symboliques pour sortir les humains du désert qui les guette dans les individualismes de masse. Le travail reste à faire, le peuple à se construire. Les Gilets Jaunes le cherchent désespérément, confusément, non sans se donner préalablement un Roi dont ils réclament la destitution. Cela ne suffira pas à faire un peuple, pas davantage que les spasmes et oripeaux des nazillons en carton-pâte auprès desquels les partis conservateurs de Droite comme de Gauche se déshonorent à prélever des slogans et des thèmes de campagne électorale faute d’idées politiques.

Dix ans après l’Appel des appels, nous ne pouvons plus nous contenter d’une pétition purement éthique. Nous alertions alors l’opinion publique et les responsables politiques sur les dangers sociaux et psychologiques d’une « casse » des métiers du soin, de l’enseignement, de la recherche, du travail social, de la justice, de la culture et de l’information qui, en introduisant une logique purement gestionnaire et technocratique, finissait par pervertir les actes de nos métiers. Les nouvelles formes d’évaluation qui sévissaient, et sévissent encore, singeaient les méthodes du management d’entreprise et finissaient par confondre la valeur d’un service rendu avec sa tarification monétaire. Cette normalisation technico-financière des populations a étendu les méfaits du taylorisme à l’ensemble des secteurs et des professions de la société, avec une mise au pas de nos services publics et de leurs professionnels trop longtemps récalcitrants à l’hégémonie culturelle de la marchandise et du spectacle. A la logique républicaine des missions d’intérêt général se substituait violemment un monde de compétences techniques et parcellaires prescrites par des « experts » et réalisées par des exécutants mis en concurrence permanente au nom d’une « rentabilité entrepreneuriale ». Aucun des événements qui se sont produits au cours de ces dernières années n’est venu discréditer cette analyse de l’Appel des appels qui a pris corps dans l’opinion.

Il nous faut maintenant des actes politiques, non plus un appel mais un cri : nous ne voulons plus de cette « casse » des services publics qui accroit les déserts et livre les citoyens à toutes sortes de prédateurs, marchands, sectaires ou terroristes. Les services rendus par nos postiers, nos soignants, nos policiers, nos magistrats, nos enseignants, nos chercheurs, nos journalistes… ne doivent plus être placés sous la curatelle technico-financière du profit immédiat, monétaire et à court terme. Nous disons : « Stop ».

Nous exigeons une égalité qui loin d’être un donné de la nature est l’œuvre des humains et de leurs lois. Ce désir de démocratie s’est exprimé par la colère des Gilets Jaunes autant que par une révolte sociale par procuration. Nous devons aujourd’hui prendre la parole dans l’espace public pour construire ce peuple français qui n’existe pas encore, ou à peine… La Ve République a vécu. La VIe ne saurait être décrétée par un programme électoral. Elle doit se préparer jour après jour, sur les lieux de vie, à commencer par les lieux de travail. Les nouvelles technologies bouleversent le paysage des métiers et des emplois. Le temps libéré par la technologie devrait être consacré à cette consultation démocratique qui ne saurait se réduire à une séquence de deux mois. Réhabilitons la parole et le débat contradictoire faute de quoi il n’y a pas de démocratie authentique, qu’elle soit directe ou représentative. Parler aujourd’hui au nom du peuple est une imposture. Le Peuple est à construire.

La fraternité est la seule valeur à même de « réconcilier ces sœurs ennemies que sont la liberté et l’égalité » (Bergson). La Démocratie a pour exigence première le « prendre soin », le prendre soin de soi et de l’Autre sans lequel il n’y a pas de vie qui mérite d’être vécue. C’est pour cela que nous ne devons plus laisser à la rue ces enfants, ces femmes, ces hommes, ces familles que notre République a les moyens de prendre en charge, et dont le coût sera moins prohibitif que les opulences financières, les obésités luxueuses que le laisser-faire politique du néolibéralisme a permis. A moins que le spectacle de cette misère ne soit partie prenante des méthodes d’intimidationsociale que le politique pratique depuis quarante ans. Le pays a les moyens de prendre soin de la vulnérabilité de ses citoyens.

Enfin, au moment où légitimement nous nous préoccupons de la crise écologique et de la catastrophe de l’anthropocène qui s’annonce, il convient de ne pas oublier qu’elle est la part émergée de l’iceberg. Comment l’humain pourrait-il mieux prendre soin de la planète qu’il ne se traite lui-même ? Toute révolution écologique qui ferait l’impasse sur cette interrogation conduirait à un échec. C’est une évidence. Inutile d’avoir des larmes de crocodile sur les méfaits des gaz à effet de serre lorsque dans la rue, dans les hôpitaux, dans les EHPAD et les lieux de travail nous laissons nos concitoyens « crever » de solitude et de misère pour limiter les « déficits » des services publics ou accroitre la performance de leurs employés. « Stop au gâchis humain ». Ce cri prend aujourd’hui le relais de tous les appels auxquels nous nous associons depuis plus de dix ans. » (Libération du 8 janvier 2019).

Nouvel Obs

« Ce qui est en crise, c’est notre hospitalité » : la psychiatrie craque

Le monde de la psychiatrie est vent debout contre la tendance au « management » qui touche les établissements de soins. Et elle le fait savoir. Reportage Article d’Anne Crignon, édition numérique du Nouvel Obs

Le monde psychiatrique est en train de craquer complètement. « Pas des gouttes, de l’écoute » est le slogan qui résume bien l’état d’esprit des quelque mille manifestants rassemblés ce mardi 22 janvier, place de la République, à Paris, dans le froid et la neige. Il y avait là des psychiatres, des psychologues, des infirmières et des aides-soignants, et aussi des travailleurs sociaux, des familles et des patients choqués par la manière dont ils ont été maltraités dans un hôpital psychiatrique (HP).

Ils sont venus à l’appel du Collectif Pinel en Lutte d’Amiens, lequel a mené l’an dernier une grève de sept mois et campé devant son hôpital pendant douze semaines, jusqu’à obtenir la création de 30 postes sur les 60 demandés. Tous ceux qui protestent, souvent de manière spectaculaire « parce que la psychiatrie et la pédopsychiatrie n’en peuvent plus », étaient là : les Perchés du Havre, demeurés des jours et des nuits sur le toit de leur HP pour exiger des moyens décents, le collectif Pédopsychiatres du 19e en Lutte, remonté contre les « graves attaques financières et idéologiques de la part des pouvoirs publics », les soignants du Rouvray, à Sotteville-lès-Rouen, qui ont fait une grève de la faim pour être entendus.

Il y avait mille protestataires place de la République, mais chacun en représentait bien d’autres : on ne quitte pas si facilement pour la journée un hôpital en sous-effectif : 25 % des postes sont en déshérence, selon Union syndicale de la psychiatrie (USP). Il y avait aussi dans la foule une trentaine de « gilets jaunes ». pour lire la suite  https://www.nouvelobs.com/sante/20190124.OBS10443/ce-qui-est-en-crise-c-est-notre-hospitalite-la-psychiatrie-craque.html

Agenda février

5 février à 13 h : Manifestation à Paris, cortège commun à l’appel de Commission Mobilisation du Travail Social, Psychiatrie Parisienne Unifiée, Collectif Pédopsy du 19ème en lute, Sud Santé Sociaux…

à 18 h : AG à l’annexe de la Bourse du travail, Salle Henaff, 29 Boulevard du Temple – M° République, Paris

8 février : Journée du Serspy « Qu’est-ce qu’on risque? » au centre hospitalier Montperrin, Aix-en-Provence. Plus d’infos ici.

9 février à 14 h 30  : Réunion de la « Fedexc », Fédération des pratiques altératrices en psychiatrie, au Lieu-dit, 6 rue Sorbier, Paris 20ème.

Appel de l’A.G. pour la suite !

Appel de l’AG Psychiatrie, Social, Médico-Social en Lutte !

Construisons la suite de la journée nationale pour une psychiatrie humaine du 22 janvier 2019

Nous, personnes concernées, usagers, travailleurs et travailleuses des secteurs sanitaires, psychiatriques, sociaux, medico-sociaux et associatifs, syndiqués, non syndiqués, membres de collectifs ou non, nous sommes réunis en Assemblée Générale à la Bourse Du Travail de Paris le 22 janvier 2019, faisant suite à la journée de grève et de manifestation à l’appel des salariés mobilisés de l’Hôpital Pinel d’Amiens, des Blouses Noires de l’Hôpital du Rouvray et de la Psychiatrie Parisienne Unifiée.

Le bilan de cette journée est très positif et nous partageons la nécessité d’en construire une suite.

Nous faisons le constat que les attaques gouvernementales en ce qui concerne la psychiatrie et la pédopsychiatrie sont de même nature que celles qui touchent les secteurs du Social et du MedicoSocial. Ces attaques empêchent des pratiques de soin et d’accueil émancipatrices dans le champ du soin psychique de même qu’elle rendent impossible un accompagnement digne et à la hauteur des besoins des publics accompagnés dans le champ du Social et du Medico-Social. Ces attaques mettent en danger croissant les personnes les plus précaires.

Nous faisons le constat que des luttes ont émergé dans beaucoup d’endroits, dans toute la France, et font la preuve d’une colère générale et d’une dégradation manifeste des conditions d’accueil et de travail en ce qui concerne nos secteurs, ce qui rejoint un bon nombre de revendications portées par le mouvement des Gilets Jaunes.

Nous pensons qu’il est indispensable de se réunir régulièrement pour structurer un mouvement large à même de défendre le service public et le secteur associatif qui œuvrent à la solidarité et à la santé. Nous pensons qu’il faut unir nos forces pour combattre les politiques antisociales. Nous pensons qu’il est temps de faire front commun contre les logiques de rentabilité dans le champ de l’humain.

Nous appelons à :

– Participer aux Semaine de la Folie Ordinaire, au Printemps de la Psychiatrie et à la journée de grève interprofessionnelle du 5 février 2019 ;

– A organiser des assemblées générales ouvertes par secteur ;

– Organiser une Coordination Psychiatrie, Santé, Social et Médico-Social en lutte pour faire suite au mouvement du 22 ouverte à tou.te.s (une date sera prise lors de l’AG du 5 février à 18h Salle Henaff, à l’annexe de la Bourse Du Travail, 29 Boulevard du Temple – M° République) ;

– Organiser et participer à diverses actions de lutte et de contestation coordonnées et liées à nos revendications ;

– Participer aux grèves, manifestations, aux luttes sectorielles, interprofessionnelles, etc, et à constituer des cortèges communs santé/social/psy dans les manifestations partout où c’est possible.

à propos

Après tant d’années de restrictions budgétaires touchant la psychiatrie alors que la demande de soins de la population ne cesse d’augmenter, après ces « réformes » qui ont mis à mal le cœur des métiers du soin et leur sens même, on parle à nouveau d’hospitalité, de respect, de dignité. Ce changement est dû aux grèves dures de collectifs soignants dans une dizaine d’ hôpitaux (sans doute plus) , certains allèrent même jusqu’à mettre leur vie en jeu.

C’est dans cette dynamique que nous nous sommes inscrits dès l’automne, patients, familles et professionnels. Nous voulons par une coordination de nos actions, partout sur le territoire, parvenir à sauver le soin psychique; nous voulons revaloriser et repenser le travail soignant.

Au fil des débats, c’est l’idée d’un Printemps de la Psychiatrie qui a émergé, l’appel à un mouvement de renouveau du paysage de la psychiatrie. Et c’est collectivement que nous avons rédigé le Manifeste.

C’est un point de départ qui nous paraît important et qui a recueilli des soutiens variés et déjà nombreux mais ce n’est bien sûr en rien un texte sacré. Notre ambition est modeste mais grande à la fois:  que ce Manifeste puisse susciter des débats et conforter le désir d’agir dans des dizaines de villes.

Au-delà des patients, familles et soignants, tous les citoyens sont concernés par la situation devenue catastrophique dans les lieux de soins et peuvent rejoindre le mouvement pour que cela change !