Réaction à la nomination de Frank Bellivier

Communiqué du Printemps de la psychiatrie du 11/04/2019

La ministre Agnès Buzyn nomme un psychiatre pyromane pour éteindre l’’incendie de la psychiatrie

Alors que les tenants de la psychiatrie de terrain (infirmiers, aide-soignants, psychologues, psychiatres, travailleurs sociaux…), sont dans la rue depuis de longs mois aux côtés d’’usagers et de familles, qu’’ils se mobilisent, qu’’ils font des grèves de la faim (les Blouses noires du Rouvray), des actions à haute portée symbolique (les Perchés du Havre), qu’’ils font grève pendant plusieurs mois (les Pinel en lutte d’’Amiens, ceux de Niort, Lyon, Saint-Etienne), pour crier leur désespoir face à la destruction du sens profond de leur métier qui est le lien avec les personnes en extrême souffrance, la ministre de la santé vient de nommer comme délégué interministériel à la psychiatrie Frank Bellivier un médecin qui ne se dit même pas psychiatre mais « expert biomédical en psychiatrie / psychologie, neurosciences et comportement ». Ce professeur est, lui, un représentant de la psychiatrie du lobby FondaMental, psychiatrie de laboratoire, dont le lien privilégié dans le travail est celui avec l’’industrie pharmaceutique. Un professeur qui ne s’’embête pas avec les conflits d’’intérêts. N’’est-ce pas paradoxal qu’’une énorme mobilisation pour le lien relationnel obtienne pour réponse le lien avec les laboratoires pharmaceutiques ?

À un moment où une intense communication contre la psychiatrie se déploie dans les médias et dans la bouche de certains représentants de l’’État, on constate, comme d’’habitude, que cette anti-psychiatrie est à géométrie variable : elle ne concerne pas les psychiatres attachés à la fondation Fondamental, qui ne connaissent pas le travail relationnel au long cours, le lien profond avec les personnes troublées psychiquement, qui les traitent comme des cobayes pour des recherches statistiques, qui sont liés à l’’institut Montaigne (think tank néolibéral créé par Claude Bébéar (AXA) et financé notamment par des laboratoires pharmaceutiques et des assurances) et qui reçoivent des prix Dassault. Ils sont les interlocuteurs souhaités par l’’État.

Déjà le 22 janvier, des collectifs d’’usagers et de soignants s’’indignaient de l’’instrumentalisation de la mobilisation des lieux en lutte au profit des tenants de la psychiatrie « fondamental ». Les psychiatres pyromanes étaient déjà invités partout dans les médias pour expliquer que la psychiatrie souffrait simplement d’’un problème d’’organisation et qu’’il suffisait de leur remettre les clés de cette organisation pour en venir à bout.

C’’est chose faite avec cette nomination. Elle équivaut à la nomination d’un chercheur travaillant pour Monsanto à un poste de délégué à l’écologie.

Ce « délégué » est en effet le bon choix pour continuer à déployer ce que réclame l’’institut Montaigne (qui est aussi à la base de la réforme de l’’éducation par le biais de  l’’association « agir pour l’’école » dans laquelle évoluait le ministre Blanquer avant même sa nomination au gouvernement…), c’’est-à-dire une destruction du service public de psychiatrie, qui garantit un accueil inconditionnel pour chacun, quel que soit son milieu d’’origine et ses ressources, et la promotion d’une psychiatrie qui sert les intérêts de cabinets privés ayant des « innovations » à vendre.

Au nom de la déstigmatisation, cette disparition du service public de psychiatrie va générer un renforcement de la ségrégation et de l’’abandon des personnes qui ne répondront pas à cette politique « fondée sur la science » alors qu’’elle est en réalité fondée sur les intérêts privés de laboratoires et de lobbys. C’’est déjà le cas.

Le Printemps de la psychiatrie dénonce la nomination de Frank Bellivier car elle est, pour le monde de la psychiatrie de terrain, illégitime. Cette nomination est malheureusement dans la suite logique des déclarations de Sophie Cluzel concernant le bannissement de la psychiatrie pour les personnes porteuses de troubles du spectre autistique. Dans les deux cas, c’’est la psychiatrie relationnelle qui est visée tandis que la psychiatrie des intérêts privés est promue.

Nous réclamons des représentants qui nous représentent vraiment : qui réhabilitent des pratiques fondées sur le lien humain et sur l’’autodétermination des personnes, une science dégagée des conflits d’’intérêts, et la notion de service public et de solidarité.

printempsdelapsychiatrie@gmail.com

bellivier

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