Agenda Mars 2020

AGENDA MARS

Dimanche 1er, de 12 h à 14h : repas de soutien aux Semaines De La Folie Ordinaire franciliennes, à la Cantine des Pyrénées, 77 rue de la mare 75020 Paris – Métro Jourdain, ligne 11

Mardi 3, de 18h à 20h :  Réunion de la commission pour la grève des outils gestionnaires, à la Bourse du Travail rue du Château d’eau, salle des commissions 1 (1er étage) de 18h à 20h – Métro République. (Pour contacter la commission : commissionoutilgestionnaire@gmail.com et indiquer dans le mail le numéro de téléphone pour être rappelé.e.)

PARIS, Exposition « SANS TITRE » du 10 au 15 mars, présentée par Empreintes et Arts, à la galerie LA VILLE A DES ARTS, 15 rue Hégésippe Moreau, 75018, métro Place de Clichy (lige 2) ou la Fourche (ligne 13). Vernissage le mardi 10 mars, 18h à 22 h, Ouverture du mardi au vendredi de 15h à 19h Samedi et dimanche de 14h à 18h.

MARSEILLE, Mardi 10 mars, de 17 h à 20h, réunion du Printemps de la psychiatrie avec tou-te-s les collègues de la région PACA, à l’espace Astronef du CH Édouard Toulouse. Le collectif de lutte inter-hospitalier sera également présent avec un stand.

BORDEAUX, Vendredi 13, à 12 h 30 : Mobilisation devant l’ARS Tract manif CMPP 13 mars (2)(2)

Samedi 14, de 13 h à 17 h : Réunion du Printemps de la psychiatrie, à la Bourse du travail, 3 rue du Château d’eau, salle Pelloutier, métro République. Dans la même salle de 10h à 12h : groupe de travail  « Irresponsabilité pénale et droits des patients ».

du 15 au 29 mars : programme des SDLFO franciliennes (semaines de la folie ordinaire), et à Reims 

Lundi 16, à 18 h à 20 h : Réunion de la commission pour la grève des outils gestionnaires, à la Bourse du Travail rue du Château d’eau, salle des commissions 1 (1er étage) – Métro République.

Vendredi 20, samedi 21 dimanche 22 mars à Paris : 35ème congrès de l’USP « Former déformer reformer ». Institut protestant de théologie (IPT), 83 boulevard Arago, 14ème. Réunion ouverte à tous et toutes le vendredi, de 20 h à 22 h 30

Programme sur le site de l’USP

Samedi 21, de 10h à 16h : réunion du Fil conducteur psy, Paroisse Notre Dame du Travail – Salle St François 1er étage, 36 rue Guilleminot – 75014 Paris

 

 

 

Thouars, 13 février 2020

Communiqué de l’U.S.P. du 27 février 2020

Jeudi 13 février, une infirmière exerçant au centre spécialisé de Thouars est morte dans l’exercice de son métier, tuée par un jeune patient hospitalisé. Nous sommes fortement touchés par ce drame qui brise une vie, une famille, des collègues et amènera probablement ce patient au crépuscule quand il s’en rendra compte.

Richard Ferrand ne l’a pas compris, montrant une inhumanité crasse face à la demande de Caroline Fiat, à l’Assemblée nationale, d’une minute de silence à la mémoire de cette jeune femme fonctionnaire.

Si un tel passage à l’acte de patient est rarissime, comportant toujours une part de mystère tenant au déchainement de la folie, il n’en reste pas moins que les professionnels exerçant en psychiatrie ont le sentiment d’être de plus en plus exposés à l’agressivité des patients, particulièrement dans les unités d’hospitalisation. L’accroissement des mesures d’isolement et de contentions montre leurs difficultés à y faire face.

Depuis au moins deux ans, les professionnels de la psychiatrie tentent de faire entendre leur voix pour dénoncer le manque de moyens que sont les leurs pour soigner correctement les sujets qu’ils ont à prendre en charge. Les grèves dures n’y ont pas suffi, le Printemps de la psychiatrie non plus. Les choses n’ont pas changé et ne font qu’empirer.

Pour abaisser ce niveau de violence dans les services, il faut de toute urgence des renforts de personnels pour donner de la disponibilité à la relation, donner du temps pour écouter, penser, comprendre, donner du temps pour faire la cuisine ensemble, donner du temps pour se promener dans les jardins. Ne plus retarder toujours le moment de la rencontre, qui parfois n’a jamais lieu.

Il faut du temps aussi pour l’analyse clinique et institutionnelle.

Il faut d’urgence des formations qui permettent aux médecins de découvrir une pluralité des pratiques, alliant l’apprentissage des psychothérapies à la pharmacopée, et pas uniquement en centres universitaires. Des formations spécifiques pour les infirmiers, dont la psychiatrie représente une portion congrue des trois années d’enseignement post-bac.

Le ministère déplore qu’isolement et contentions sont devenus les réponses de première intention aux phénomènes de violences émergeant dans les services, mais que fait-il pour enrayer le phénomène ?

La psychiatrie, ses usagers et ses professionnels étouffent de cette situation intenable et inhumaine pour tous.

Pour l’USP,
Delphine Glachant

Semaines De La Folie Ordinaire

Suite au succès des éditions précédentes, les Semaines de la Folie Ordinaire franciliennes sont de retour en région parisienne du 15 au 29 mars 2020 !

Les Semaines de la Folie ordinaire (SDLFO) ont été créées en 2011 à Reims par le collectif Artaud, un collectif de patient(e)s et soignant(e)s, en contrepoint des « Semaines d’information sur la Santé mentale ».

Au travers de manifestations culturelles et artistiques, de rencontres et de débats, nous souhaitons questionner la politique dite de « santé mentale ». C’est l’occasion de créer et rendre visible des espaces libres, créatifs et politiques ; se redonner de l’air collectivement; se réapproprier les questions liées au soin et à l’accueil ; continuer à nourrir nos luttes et se raconter avec nos mots !

Si la question des discriminations a cette année été retenue comme thème par les Semaines d’Informations sur la Santé Mentale, nous chercherons à déplier ce concept : nous aborderons entre autres la question de la clinique décoloniale, celle des lieux d’accueil pour enfants et adolescents, la destruction du secteur public hospitalier, des initiatives nées dans les marges pour rester au plus près des besoins du terrain.

Peut-être que les SDLFO pourraient aussi se définir comme une tentative de construction collective des fragments d’un monde possible. La fabrique du commun ne passe pas que par les mots mais également par un faire ensemble : les débats, expositions et discussions s’articuleront cette année avec des moments privilégiant une créativité collective. Au travers de la fabrication d’affiches, de textes, de couleurs et d’idées, ces rencontres seront aussi l’occasion d’alimenter ensemble la lutte pour la construction d’un monde où les singularités ne seraient pas laissées à leurs solitudes.

En 2020, cette initiative se déroulera dans de nombreux lieux associatifs, militants, culturels et thérapeutiques en Île-de-France ainsi qu’à la Parole Errante à Montreuil et réunira différents collectifs et individus dont :

la Cantine des Femmes battantes de Saint Denis, le Collectif La Parole Errante Demain, le Collectif des Rhizomiques, Comme des fous, Corpus Fabrique/Cie Le Dithyrambe, Les Débordant.e.s, Les Désaxé.e.s,  des adhérent.e.s des GEMs d’Arnouville, Bobigny, Bondy, Épinay-sur-Seine, Montreuil et Saint-Denis, des adhérent.e.s du GEM « la Vague à l’âme » de Paris, l’HDJ et l’association « Et tout et tout » d’Asnières, l’HDJ de Bondy, Humapsy, le Lieu de Vie et d’Accueil du Roucous, les Nouveaux Cahiers pour la Folie, la radio Bruits de Couloir, la Trame, le TRUC, les Universités Paris 13 (Villetaneuse) et Paris 8 (St Denis)…Et un clin d’œil à nos ami.e.s d’Encore heureux !

 

 

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Geneviève, Elodie, Serpsy se souvient…

Geneviève, Elodie, 1999 et 2020, le même silence, le même mépris :

Serpsy se souvient…

Elodie, une infirmière qui travaillait en psychiatrie à Thouars, dans les Deux-Sèvres, est morte le jeudi 13 février, tuée par un de ses patients. L’information ne remuera pas un cil chez ceux qui nous gouvernent. Les médias en parleront à peine.
Elodie avait trente ans et deux enfants. Son patient une vingtaine d’années. Que c’est jeune pour l’une et pour l’autre !
Nous, ses collègues, la pleurons, en serrant les poings. Nulle ne devrait mourir au travail. Surtout quand ce travail consiste à écouter, contenir, accompagner, soigner des personnes en souffrance psychique. Ecouter et non pas contraindre, enfermer, attacher. Nul ne devrait se retrouver dans la situation de tuer son semblable pour gagner un zest de liberté irrémédiablement perdue par le geste même qu’il commet. L’une a perdu la vie, l’autre a perdu sa liberté à tout jamais. L’une est une victime, l’autre est devenu un meurtrier pour le restant de son existence.

Se souvenir des collègues morts pour le soin

Bien sûr, Elodie, n’est pas la première infirmière (ni même la première soignante) à tomber au champ d’horreur. A Serpsy (Soin Etudes et Recherche en Psychiatrie) nous nous souvenons. Chantal et Lucette, infirmière et aide-soignante à Pau en décembre 2004, Mohamed à Lyon en 2001, Geneviève à St-Etienne en juillet 1999 et toutes celles et ceux dont nous n’avons pas entendu parler parce qu’une soignante qui meurt au travail c’est le même non-événement que la mort d’un patient en chambre d’isolement. Ça ne mérite même pas une minute de silence à la chambre des députés.
Sauf pour Pau. Douste-Blazy, le ministre de la Santé de l’époque, s’était déplacé au Centre Hospitalier de Pau et avait rencontré les équipes. Il n’avait pas quitté son ministère pour se lancer dans une campagne électorale. Il ne s’était pas contenté d’un tweet, il n’avait pas envoyé un obscur délégué interministériel. Il s’était déplacé et avait écouté la communauté hospitalière à défaut de l’entendre. Des mesures avaient été prises : sécuritaires certes mais certaines avaient été aussi tournées vers la formation. L’état avait financé jusqu’en 2009 les consolidations des savoir et le tutorat. Qui eut cru qu’un jour nous écririons des choses positives à propos de Douste-Blazy ? Le personnel politique se dégrade autant que la psychiatrie, ceci expliquant peut-être cela.

Emportés par la colère et l’abattement, on dira

Sous le coup de la colère, on dira bien des choses. On dira que c’est ça la psychiatrie, que ce sont les risques du métier, qu’il faut se méfier, ne jamais tourner le dos à un patient. On dira que les délirants, les psychotiques, les schizophrènes, sont par nature imprévisibles. On dira que le manque de moyens, de personnel nous met en danger voire nous condamne à mort, d’ailleurs la plupart d’entre nous se sont fait cracher dessus, ont été menacés, agressés, battus. On dira qu’il faut des lois plus répressives, plus d’UMD, d’UPID, d’USIP, plus d’enfermement, d’isolement et de contention. On réclamera des vigiles comme si ça n’était pas nous qui devrons contraindre, piquer, enfermer, attacher, comme si ça empêchait le moindre drame, comme si, même, ça ne les provoquait pas parfois.
Nous ne savons pas comment le drame est arrivé. En psychiatrie, tant qu’on ignore le contexte d’un acte, on ne sait rien. Il faudrait alors se taire comme nous l’avons fait pour la mort de Geneviève et de Mohamed. Il faudrait se regrouper, se réchauffer entre nous, serrer les poings en priant pour que ça n’arrive pas dans notre unité, dans notre service, pour que ça ne nous arrive pas à nous. Il faudrait aussi dire quelques mots aux usagers qui se sentiront mis en accusation, stigmatisés par l’acte commis par un seul et qui risquent de fuir cette psychiatrie carcérale comme la peste, reculant sans cesse le moment d’entrer dans les soins, et fabriquant en retour des contraintes, des isolements et des contentions moteurs de nouveaux drames. A moins que certains ne préfèrent en finir …

Des mots de 1999 pour parler d’aujourd’hui

Nous nous proposons de simplement reprendre les propos d’Anne-Marie Leyreloup, alors présidente de Serpsy. C’était en juillet 1999. Il n’y avait alors pas de page Facebook, ni de tweet. Le forum Serpsy était le seul lieu à notre disposition pour réagir ensemble : « Geneviève, infirmière qui travaillait dans un hôpital psychiatrique de la Loire est morte, pendant son service, tué par un patient. De tels faits se sont déjà produits dans un passé parfois pas si lointain que cela. De tels faits sont déjà oubliés, rangés dans les archives poussiéreuses de la psychiatrie. Dans cette profession, nous travaillons souvent sur un fil, qui a malheureusement tendance de plus en plus à s’amenuiser. La déstabilisation actuelle de la psychiatrie nous porte d’ailleurs à penser que bien des fils risquent de se casser dans les années à venir. Nous allons devoir être vigilants à ce que nous ne recherchions pas la solution dans un renfermement pour des questions de sécurité. Nous avons choisi cette profession risquée avec le désir de pouvoir en diminuer le danger tout en essayant d’être plus proche de celui qui souffre. La mort de Geneviève a créé une émotion très forte, puisse cette force nous donner le courage de continuer à militer pour une psychiatrie humaine, de continuer à réfléchir, à penser, à écrire tous ensemble pour éviter la fatalité de tels faits. […] Nous nous associons de tout cœur, de toute émotion à la peine de sa famille, de ses amis, de ses collègues. »
Sur ce forum, Denis Reserbat-Plantey, alors éducateur spécialisé en pédopsychiatrie, à Poitiers, avait rajouté pour que nous ne nous trompions pas de lutte : « Où sont les prises de positions dans la cité sur la prise en charge de la souffrance psychique? Bien loin derrière. La souffrance sans les mots c’est de la mort qui tue lentement.
J’espère que votre situation va éclore et se parler, que de plus en plus de gens pourront dire que travailler en psychiatrie, c’est un travail de garde-barrière, de frontalier d’un univers qui parfois fascine, parfois repousse, parfois tue. Et qu’il ne s’agit pas que de primes, de cadres à nommer et autres balivernes mais d’une prise en compte réelle des besoins du personnel, de la mise en place de groupes de paroles, d’intervenants extérieurs, et aussi de mesures concrètes de sécurité dans certains cas, afin de ne pas jouer avec la folie comme avec un ballon cubique aux rebonds incertains. »

Debout les morts !

Nous disons Stop ! Ça suffit la mort qui tue lentement. Trop d’Elodie, de Mohamed et de Geneviève, trop de Chantal et de Lucette ont perdu la vie ! Trop de patients sont enfermés et attachés ! La psychiatrie et chacun de ceux qui y travaillent a besoin de rencontres et d’élaborations collectives, avec les syndicats, avec les collectifs de soignants et d’usagers, avec les associations, les structures officielles. La psychiatrie doit être faite (et défaite) par tous et par chacun. Encore et encore. Debout les morts !

Association Serpsy (Soin Etudes et Recherche en Psychiatrie)

dessin de Magali, réalisé pour accompagner ce texte

Réactions au drame de Thouars : « on est au bout du bout »

Une infirmière tuée à l’hôpital de Thouars (79). Premières réactions face à ce drame. « On est au bout du bout »

Nous avons lu dans La Nouvelle république des Deux Sèvres daté du 14 février cette poignante réaction d’ un infirmier psychiatrique CGT de cet hôpital, Alain Fouquet : « Les salariés sont bouleversés, les équipes vivent un calvaire ».

Entre émotion et froide colère, Alain Fouquet est venu s’exprimer devant les médias au nom des salariés du centre hospitalier Nord Deux-Sèvres (CHNDS), au lendemain du drame qui a coûté la vie à Elodie, infirmière de 30 ans décédée suite à un coup de couteau porté par un jeune patient du centre de psychothérapie de Thouars.

Il sortait d’une réunion de plus de deux heures, en présence notamment du délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie, Frank Bellivier, durant laquelle une centaine d’agents hospitaliers des unités de psychothérapie du CHNDS étaient réunis. « On aurait préféré que la ministre Agnès Buzyn se déplace, mais c’est à elle qu’il faut demander pourquoi elle n’a pas jugé bon de venir, a ajouté Alain Fouquet, infirmier en psychiatrie depuis 1983 et élu CGT, syndicat majoritaire au sein de l’établissement. Cela dit, la considération d’un ministre, c’est bien joli mais il faut surtout donner enfin à l’hôpital les moyens de fonctionner correctement. »

« Dire que ce drame est uniquement dû au manque de moyens serait un raccourci dégueulasse, a-t-il poursuivi, ému aux larmes. Mais ça participe… C’est une effroyable goutte d’eau supplémentaire. C’est vraiment terrible ce qui arrive. »

« Nous alertons depuis des années sur le manque de moyens, de personnel, de formation, de médecins : ça ne peut plus durer ! Au service psy du centre hospitalier Nord Deux-Sèvres, quatorze postes sont budgétés mais seulement cinq sont pourvus. Ils touchent des salaires misérables pour risquer leur vie… »

« On ne devrait pas se retrouver avec seulement deux soignants pour gérer quinze à vingt patients. On a alerté le ministère à plusieurs reprises, et à chaque fois il nous renvoie vers l’Agence régionale de santé. C’est facile de laisser les ARS se débrouiller… Madame Buzyn doit arrêter les mots, les grandes annonces, et passer aux actes en donnant réellement à l’hôpital les moyens de fonctionner. Sinon on ne fera que repousser l’échéance de la prochaine catastrophe. On est au bout du bout, ici comme dans tous les hôpitaux. »

Nous recommandons également la lecture de l’article du blog du journaliste renommé Jean-Yves Nau : « Au lendemain de la mort de l’infirmière poignardée, le cri du Printemps de psychiatrie »

(article du site de l’U.S.P.)