


Texte de Pierre Delion
Janvier 2022
Les témoignages de citoyens, d’élus, de professionnels et de personnes directement concernées par la déconstruction rapide de notre système de santé se font chaque jour plus nombreux. Ils viennent dire aux gouvernants, notamment à ceux des trois dernières mandatures présidentielles (Sarkozy, Hollande et Macron), que contrairement au pacte républicain sur l’égalité des chances, sur la justice sociale et sur la solidarité nationale, le compte n’y est plus du tout. Le système de santé français, qui était une des réussites de la politique en faveur des citoyens de la deuxième moitié du vingtième siècle, est devenu en quelques dizaines d’années, la honte de notre dispositif de solidarité.
Si vous êtes riche, habitant d’une grande ville, et prêt à passer devant les autres, alors vous avez une bonne chance de pouvoir vous soigner de façon relativement correcte. Il vous en coûtera cher, puisque vous serez probablement obligés de recourir à des soins proposés par les établissements privés à but lucratif, dans lesquels les dépassements d’honoraires ne font même plus scandale lorsqu’ils atteignent des chiffres faramineux. Mais si vous avez le malheur de ne pas « cocher »dans ces cases de privilégiés, le résultat sera tout autre. Vous serez obligés de vous rendre dans les hôpitaux publics où la fréquentation est en augmentation constante, où les soins, lorsqu’ils ne sont pas annulés pour raison de covid 19, sont dispensés avec les moyens disponibles, mais en permanente diminution, par des soignants, médecins, infirmiers et tous leurs collègues de l’équipe soignante, harassés, découragés, en colère de constater, jours après jours, les effets d’une « casse »programmée par les lobbies capitalistes cyniques et intéressés.
Les gouvernants, alertés depuis des lustres par cette involution désastreuse, ne s’en sont souciés à aucun moment, même lorsque les socialistes étaient en position d’infléchir cette courbe à la pente délétère. Pendant la pandémie, les suppressions de lits ont continué, comme si la réalité mise en évidence par cette catastrophe sanitaire n’avait pas été lue et comprise par ceux qui décident des orientations en la matière. Bien sûr de beaux discours en faux-self nous ont été tenus sur le dévouement exceptionnel des soignants, mais l’écart entre ces paroles et la réalité brute qui nous est révélée par les constatations multiples des professionnels dans tous les lieux encore épargnés du service public de santé, se creuse inexorablement, sans que nous ressentions le moindre frémissement en faveur d’un redressement devenu une urgence nationale. Et ce ne sont pas les histoire de Ségur, écrites par la comtesse éponyme pour endormir les enfants, qui peuvent nous faire espérer dans ce domaine.
Pourtant, nous avons un modèle, celui de la psychiatrie de secteur, qui a fonctionné de façon satisfaisante pendant une petite vingtaine d’années, dans les endroits où il a été mis en place conformément aux idées de ses fondateurs : assurer la continuité des soins pour tous, quelque soient leurs conditions sociales, familiales et personnelles avec une équipe soignante chargée d’un secteur géo-démographique. Soigner les patients au plus près de chez eux, accueillir toutes les sortes de pathologies et le faire en lien avec les partenaires. Cette politique de santé publique consacrée à la maladie mentale s’est mise en place grâce à des cadres législatifs généraux et à une grande liberté d’initiatives laissée aux équipes s’engageant dans sa réalisation. De très nombreuses et fécondes expériences se sont ainsi mises en place qui ont transformées radicalement le paysage psychiatrique français.
Malheureusement, plutôt que de soutenir les professionnels dans leurs avancées pour réussir une véritable politique de santé publique en matière de psychiatrie, de nombreux freins sont venus empêcher le processus à l’œuvre, qui ont progressivement entravé son fonctionnement optimal. Ces freins sont de plusieurs origines, bureaucratiques, technocratiques, comptables, économiques, financiers, mais un de ceux qui a joué le rôle dominant est l’imposition brutale d’un new management faisant fi de toutes les expériences accumulées antérieurement par les équipes soignantes elles-mêmes. Cette façon de « manager » les « ressources humaines », figure contemporaine des manipulations machiavéliques antérieures, a permis la montée en puissance, sous couvert de science, de toutes les techniques de soins protocolisées et évaluables, calquées sur les schémas des logiques industrielles. Une nouvelle psychiatrie vétérinaire est en passe d’émerger, basée sur les seules neurosciences et techniques comportementales, visant à éradiquer les symptômes plutôt qu’à les comprendre dans une perspective anthropologique et psychopathologique transférentielle. Cette psychiatrie du symptôme, labélisée par les classifications internationales dites prétendument « athéoriques », fait le lit d’une médecine déshumanisée, car si elle quitte résolument le domaine qui est le sien, celui du psychisme et du lien à l’autre, le reste de la médecine risque d’en être profondément affecté.
Toujours est-il que la psychiatrie de secteur comme modèle d’une santé publique serait intéressante à exporter vers l’ensemble de la médecine, pensée non plus comme un ensemble de techniques permettant la résolution de symptômes, mais comme une des manières d’accompagner l’homme dans les diverses sortes de souffrances et de maladies.
La médecine générale devient le pivot de la médecine. Elle se fait aider, lorsque l’indication médicale est posée, des services publics de soins ambulatoires, hospitaliers et autres, et c’est la continuité des soins qui prévaut. Les forces sanitaires en présence sont reliées entre elles selon des critères fonctionnels et non hiérarchiques. Le déploiement des professionnels de santé se fait sur une carte sanitaire qui régule de façon égalitaire les moyens en fonction des besoins des populations. Pour un patient donné, une constellation de professionnels est créée en fonction de ses besoins médicaux : une personne présente un diabète et une maladie bipolaire, elle est suivie par un médecin généraliste en lien avec deux professionnels spécialisés en diabétologie et en psychiatrie, avec l’aide éventuelle d’infirmiers qui assurent un suivi à domicile ou dans leurs lieux de soins respectifs. Une réunion de constellation a lieu de façon régulière en fonction des besoins du patient. Un autre patient a un suivi régulier avec son généraliste mais n’a pas d’autres soucis de santé. Nul besoin pour lui de déployer une constellation. Pour parvenir à un tel système, il peut être intéressant de penser l’organisation générale des soins sur le modèle du secteur, avec une répartition des moyens médicaux opérée sur l’ensemble du territoire national, aussi bien au niveau des médecins généralistes libéraux que salariés des maisons de santé, qu’à celui des établissements de soins ambulatoires et hospitaliers. Les facultés de médecine (ainsi que les autres formation paramédicales) ne seraient plus cantonnées dans les seuls établissements hospitaliers mais associées à l’ensemble du système sanitaire refondé. Ainsi les étudiants en formation médicale, et notamment les internes devraient-ils parcourir l’ensemble du système sanitaire et ne plus rester dans le seul hôpital universitaire. Les internes en psychiatrie ont connu une période où les stages étaient effectués principalement dans les secteurs de psychiatrie et cela a coïncidé avec leur engouement pour la psychiatrie publique. Les internes en médecine générale sont aujourd’hui engagés dans une formation qui décloisonne les soins généralistes des soins hospitaliers.
Bref, tant qu’à réfléchir à de nouvelles modalités pour notre système sanitaire qui est manifestement arrivé au bout de son existence humainement acceptable, autant franchir un pas qui permettrait de revenir à une conception globale de la santé, centrée sur la personne nécessitant des soins, plutôt que sur les coûts qu’elle occasionne. Il est temps de lâcher le modèle de l’entreprise pour penser les soins et de revenir à des dispositifs qui sont sensés pertinents pour leur organisation, avec l’idée que les professionnels de santé ne peuvent en aucun cas être comparés à des garagistes qui désormais pratiquent les échanges modulaires des pièces endommagées ou à des vétérinaires qui peuvent se dispenser du dialogue avec leur « client ». Les soins sont des pratiques humaines spécifiques qui concernent notre rapport à un autre qui souffre, bien au-delà des symptômes qu’il présente, dans son humanité. Et pour ce faire, laissez donc les soignants organiser les soins selon leurs critères expérimentés, en lien avec les institutions démocratiques qui doivent participer à leur régulation et à leur fonctionnement, sans être intrusés par des langages incompatibles avec la philosophie du soin humain.
A l’approche des présidentielles, il serait intéressant de constater que les candidats, pourtant à la recherche de ce qui pourrait aider leurs concitoyens à vivre, voire à survivre dans ces temps troublés, affichent d’amples ambitions sur ces sujets essentiels. Il me semble qu’une certaine tiédeur se dégage des propositions émises dans ce domaine…

A l’initiative de l’Appel des appels, du collectif des 39 et du Printemps de la psychiatrie, les « Assises Citoyennes du Soin Psychique » se tiendront à la Bourse du Travail de Paris les 11 et 12 mars 2022 et proposeront un atelier dévolu à l’enfance et l’adolescence en souffrance psychique.
De fait, il est indéniablement constaté une mise à mal de tous les lieux et dispositifs impliqués dans la prise en charge des enfants, à la fois dans le domaine du soin, mais aussi dans les champs scolaires, éducatifs, médicaux, du médico-social, de la justice, de la protection, etc.
De plus en plus, les impératifs éthiques d’accueil, de présence et d’engagement se trouvent démentis au profit de mots d’ordre économiques de réduction des dépenses publiques et de slogans idéologiques, favorisant l’apparition de dispositifs « innovants », hors-sol et plateformisés, sous-tendus par une logique de tri et d’exclusion.
Délais interminables pour obtenir un première consultation…
Prises en charges clairsemées, dont l’efficacité est parfois difficile à saisir…
Sentiment d’être mis à l’écart ou jugé en tant que famille…
Adolescents hospitalisés en services adultes, souvent isolés, parfois attachés…
« Inclusion » scolaire de façade s’interrompant dès que l’enfant manifeste trop bruyamment ses particularités…
Enseignants en souffrance, en arrêt de travail, en burn out …
MDPH notifiant des solutions inexistantes…
Parcours du combattant pour trouver un lieu adapté…
Lieux parfois infantilisants et contrôlants, tout en affichant de paradoxales injonctions à l’autonomie…
Enfants en attente de placement, de familles d’accueil, de soins, subissant des maltraitances dans les lieux censés les protéger, abandonnés dès leurs 18 ans ou 21 ans…
Pénurie de matériel, de personnel, lieux de proximité fermés, financement au rendement…
Nous, professionnels de différents horizons, usagers de la psychiatrie et du médico-social, familles, citoyens, sommes nombreux à souffrir de ce genre d’expérience au contact des services de soin, de la pédopsychiatrie, de l’école, de la protection de l’enfance. Les services publics dédiés à l’enfance sont, par endroits, devenus bien indésirables et difficiles à défendre. Nous n’avons pas le pouvoir de renverser rapidement les politiques successives de privatisation et de paupérisation qui ont mené à cela.
En revanche, nous pouvons tenter d’agir localement, ensemble, dans les lieux et services proches de nous, pour les rendre accueillants et désirables pour tous. Cela, pour certains d’entre nous, nous l’avons expérimenté aussi, avec bonheur.
Concrètement, comment faire des lieux proches de nous des territoires de pratiques en lutte, contre le tri et la hiérarchisation des êtres humains, contre le validisme, pour un accueil et un soutien de chaque personne telle qu’elle est ?
Pour cet atelier, « Urgence de repenser l’enfance en souffrance », il parait donc essentiel d’en revenir aux enjeux concrets rencontrés sur le terrain des pratiques. Dans cette optique, le témoignage, le récit, le partage, constituent déjà des éléments de résistance face aux distorsions du réel et à l’imposition d’un discours managérial ubiquitaire. Commençons par raconter, faire vivre, rappeler, dénoncer, contester, s’indigner, se révolter ensemble, dans l’écoute des particularités et des éprouvés.
Il semble également primordial de faire émerger des aspirations, des élans et des espérances. Notre rencontre, citoyenne et plurielle, se donne pour objectif de bâtir des (contre)-propositions, de définir des actions communes, de relancer des luttes collectives, pas seulement en opposition, mais aussi à travers l’affirmation d’alternatives et de revendications concrètes, basées sur l’expérience des uns et des autres.
En tant que professionnels, acteurs, citoyens, familles, usagers, enfants ou adolescents, impliqués par la question du mal-être infantile, nous nous permettons ainsi de vous solliciter afin de recueillir vos témoignages, doléances, inquiétudes, colères, revendications, propositions, rêves, affirmations, visions, etc. Car, au-delà du mépris contemporain de l’enfance, c’est à travers les mots et les narrations individuelles et collectives que nous puisons l’espoir de ressortir de cet atelier avec des perspectives de transformation.
Merci d’avance de vos réponses libres à ces quelques questions, qui s’adressent à toute personne qui a ou qui a eu, directement ou indirectement, affaire aux services dédiés à l’enfance et à l’adolescence : pédopsychiatrie, médico-social, inclusion scolaire, suivis éducatif ou rééducatifs, protection de l’enfance, justice des enfants.
Pour retrouver l’appel suivi des questionnaires :
Initialement publié sur le blog Mediapart du Docteur B.B.
voir aussi les publications sur le site : « Mobilisation pour une psychiatrie relationnelle et vivante »
Les conséquences sociales du Covid (isolement, menaces sur l’emploi,…) ont provoqué une explosion de décompensations psychiques.
Face à, cette situation le ministre Véran sur France Inter à reconnu le 29 septembre que cela fait 40 ans que l’on appauvri la psychiatrie de Secteur.
Ce dispositif a été conçu comme un parcours de soins allant de la prévention à la cure et la postcure, prenant en compte toutes les souffrances psychiques des plus bénignes aux plus sévères, fondé sur la continuité des soins relationnels.
Cet appauvrissement a obligé le secteur à faire sans cesse des tris
On a commencé par renoncer à la prévention et aujourd’hui seuls les situations les plus sévères sont suivies en secteur.
Les autres sont renvoyées vers le libéral, le plus souvent le généraliste, voir ont du renoncer aux soins.
Alors on aurait pu croire que le gouvernement allait enfin redonner au secteur les moyens de ses missions.
Il n’en est rien !
On se contente uniquement pour les ados suicidaires, de rembourser 6 séances de psychologues libéral à condition qu’ils n’utilisent que des techniques comportementales, interdisant les psychothérapies.
Et au lieu de redynamiser le secteur on va finir de le dynamiter
Depuis la Loi Touraine le secteur est censé ne s’occuper que de la crise les patients stabilisés relevant du généraliste et non plus du CMP ou du CATTP, alors que l’on sait que s’ils sont stabilisés c’est parce qu’ils bénéficie de ce suivi.
Vu la pénurie de généralistes je ne sais comment va pouvoir se faire ce suivi, si ce n’est au travers d’une consultation tous les 3 ou 6 mois pour un renouvellement de traitement comme pour les patients présentant des troubles cardiaques
Si tout ça c’est prévu dans la loi depuis 5 ans ça a du mal à se mettre en place.
Mais au travers de la loi de finances on va mettre en place des structures dites de réhabilitation psychosociale chargée de faire ce tri et d’exclure du secteur les patients stabilisés
Ces structures vont soumettre les patients à une évaluation préalable puis à différents programme comportementaux et à une évaluation finales sur la base de la quelle on va décider d’un parcours de soins associant ou pas une prise en charge médicosociale au suivi du généraliste
On est la dans une conception déshumanisante normalisatrice de la psychiatrie qui vient se substituer aux soins. Il ne s’agit plus de soigner des personnes mais de les programmer comme s’il s’agissait de machines
Pourtant la réhabilitation peut être tout a fait positive si elle s’inscrit dans une prise en charge singulière du patient et à côté d’autres modalités de soins du secteur (sociothérapie, psychothérapie …).
Et non dans une logique d’exclusion des soins
Nous ne sommes pas des machines !
Nous avons besoins d’être soignés pas programmés !
Nous exigeons le retour à une psychiatrie respectueuse de l’humain.
Serge Klopp pour le Printemps de la psychiatrie. Conférence de presse unitaire, précédant la Manifestation du 11 janvier 2022.

Concernant l’Île de France, la manifestation partira de l’hôpital Cochin (métro Port Royal) à 13h30 pour se diriger vers Matignon (métro Varenne), où un rdv a été demandé. Une conférence de presse est organisée le lundi 10 janvier. Le Printemps de la Psychiatrie est signataire de cet appel :



de 9 h 30 à 18 h 30, Salle des Fêtes de la Mairie, Place Jean Jaurès, Montreuil / Métro : Mairie de Montreuil ( Ligne 9).
RETRANSMISSION EN DIRECT sur la chaîne YOU TUBE :
https://www.youtube.com/user/christianmrasi
Voici le lien pour s’ inscrire (en présentiel ou distanciel) :
https://my.weezevent.com/convergente-des-psychologues-en-lutte
Consulter ou télécharger le programme détaillé :

ci-dessous l’article de Pierre Delion « Au marché de Brive la Gaillarde, le new management se dévoile » , à paraître dans la revue Pratiques.
à lire sur le même sujet : l’article publié par le Fil conducteur psy et celui de Mathieu Bellahsen sur son blog de Mediapart.

Non ce n’est pas une « fake news », mais une invraisemblable et scandaleuse réalité. En pleine vague de Covid-19, alors que les services hospitaliers sont au bord de la rupture et que les personnels n’en peuvent plus, la direction du Centre hospitalier de Brive (Corrèze) a envoyé dans les services de l’établissement des acteurs jouer pendant dix jours les faux malades, pour tester la « qualité de l’accueil ». (extrait)




Métro : Ecole Militaire (ligne 8)
Communiqué de presse (liste des collectifs et syndicats qui appellent au rassemblement) :
Que faire pendant la manif ?

Peut-être, une deuxième déclamation « ensemble »?






