Pratiques n° 85 / article de F. Bretel

Dossier : « Réhumaniser le soin en psychiatrie et ailleurs… »

Comment sortir de ce carcan ?

Mon chemin de psychiatre m’a amené à ce constat amer : les établissements de santé sont devenus des carcans, contraignant toujours plus la créativité du soin. Nul n’échappe à la double autorité de l’Agence régionale de santé, ARS (qui réduit les moyens) et de la Haute autorité de santé, HAS (qui impose les normes). Dès lors, comment en sortir ?…

Comment j’ai ouvert les yeux

Je me croyais « lancé sur des rails » pour de bon… Issu de « bonne famille », parcours scolaire puis universitaire « sans faute ». « Sans faute » ? Mais pas sans souffrance. Il m’aura bien fallu le reconnaître ! Et d’ailleurs, ce vocabulaire, je ne l’utilise plus depuis que m’est apparu qu’il ne s’agissait pas de moi, mais bien de mon conditionnement de classe « petit bourgeois ». En réalité, la folie habitait ma famille et nombre de ses membres en sont, hélas, tombés malades. Certains en sont morts. Ce sont les miens depuis tout petit. Pour ainsi dire, la folie m’est « familière ». Ce qu’on nomme « maladie mentale » aussi. Et, déjà enfant, il m’apparaissait vaguement que le « maladif » se logeait quelque part dans la relation à lautre.

Jai connu l’hôpital psychiatrique bien avant de devenir, moi-même, psychiatre. Dabord en simple visiteur familial. Je sortais à peine de l’adolescence. Et je me souviens de la première représentation que je m’en suis faite : un lieu lugubre et froid, sale et puant, fermé comme une prison ; un lieu qui respire l’ennui ; un lieu où la souffrance, palpable, transparaît, malgré la camisole chimique parant indistinctement les malades qui hantent les couloirs, comme des fantômes désincarnés. La parole semblait éteinte. La vie aussi. Une pauvreté de la conversation, quelques invectives stéréotypées exprimant un besoin : « Taurais pas une clope ? ». Bref, le dernier des endroits où je désirerais me réfugier si d’aventure je me retrouvais à mon tour dans une telle détresse (car je ne me suis jamais senti totalement à labri dune telle éventualité).

Ensuite, j’y suis retourné en infirmier de nuit remplaçant, filon que j’avais trouvé du temps de mes études de médecine à la capitale, afin de m’assurer quelques revenus supplémentaires dans ma vie d’étudiant. Je me souviens que j’étais, en tant qu’intérimaire, affecté au « pool » de remplacement des soignants manquants dans les services. D’ailleurs, il y avait des soignants régulièrement en poste sur ce « pool bouche-trou », si bien que jatterrissais à chaque vacation dans le service dont personne ne voulait, celui des « polys » (comprendre : « polyhandicapés »), un usage langagier qui en dit long sur le mépris avec lequel étaient traités les patients qui y séjournaient. Les tâches consistaient essentiellement à administrer des sédatifs, attacher la plupart des hospitalisés à leurs barreaux de lit la nuit, les empêcher de s’automutiler, et plus ou moins d’assurer leur propreté et leur alimentation. Certainement pas leur dignité. On m’avait bien précisé que nul n’était besoin de parler avec eux, ils n’y entendaient de toute façon pas grand-chose…

Tout cela ne m’a pourtant pas découragé de devenir interne en psychiatrie quelques années plus tard. C’est ainsi que je suis arrivé au Centre hospitalier du Rouvray, près de Rouen, à lâge de 24 ans. Déçu de ne pas y avoir trouvé de réel tutorat dans l’apprentissage de mon métier, notamment lors de mes premiers pas en tant que médecin, j’y ai en revanche très rapidement appris à répondre à ce qu’on attendait de moi, à savoir la prescription médicamenteuse et les décisions liées aux hospitalisations. Les soignants m’ont enseigné la prescription des psychotropes d’urgence, et j’ai compris qu’on pouvait « tenir » un service avec quelques molécules bien choisies, qui se comptent sur les doigts d’une main. L’industrie pharmaceutique s’est « occupée » du reste de l’« enseignement », soit directement, soit par l’intermédiaire de mes aînés. Lennui, pour moi, était que les patients se montraient nombreux à refuser de se plier à la prescription médicale et là, il me fallait puiser des trésors d’arguments pour les convaincre de la suivre, ou alors pour convaincre le praticien responsable de modifier sa prescription. Comme il était souvent absent du service, étant par ailleurs largement occupé dans les structures extrahospitalières, je me risquais souvent à en prendre l’initiative, dans un sens qui soit plus « acceptable » pour le patient.

Au sortir de mon internat, quatre ans plus tard, je savais reconnaître les syndromes décrits dans les manuels de psychiatrie, je savais établir une stratégie thérapeutique médicamenteuse poussée et conforme à la médecine basée sur l’évidence des preuves scientifiques, je savais prendre toutes les décisions relatives aux conditions d’hospitalisation conformément à la législation en vigueur. Pourtant, je ne connaissais encore rien de mon métier, que j’associe aujourd’hui à des notions comme la « relation à lautre », la « clinique du sujet », le « traitement par la parole », l’ « analyse de sa propre pratique », la « critique politique »…

Puis, à force d’écouter les patients, je me suis rendu compte que je ne savais pas répondre à leurs peurs, à leurs doutes, à leurs besoins singuliers, et que tout restait à inventer pour moi. Ne pouvant m’appuyer sur l’enseignement médical reçu, j’ai forgé ma pratique « à tâtons », plus ou moins maladroitement, toujours soutenu par la patience bienveillante des malades et la camaraderie trouvée le plus souvent auprès des soignants. Parfois auprès de mes pairs. Puis de moins en moins. Beaucoup ont renoncé à écouter « leurs » patients, lassés par un ordre gestionnaire qui les contraint à se contenter de n’entendre que d’une oreille leur souffrance.

Pour en avoir personnellement fait les frais, à travers les responsabilités institutionnelles qui m’ont été confiées, j’ai progressivement ouvert les yeux sur cet ordre autoritaire, solidement enraciné à lhôpital, soutenu par l’administration tutélaire qu’est l’ARS. Un ordre gestionnaire dont le seul réel objectif est la réduction des dépenses, au mépris du soin. Un ordre qui fonctionne avec la complicité zélée de certains médecins, déterminés à sélever dans la hiérarchie hospitalière et accroître leur champ d’influence. Précisément ceux-là mêmes auprès de qui j’ai commencé ma carrière hospitalière et qui, des années plus tard, m’ont chassé de l’hôpital, exaspérés par ma désobéissance croissante à leur égard. Je me rendais coupable de lèse-majesté, semblait-il.

Nayant alors pu me résoudre à une pratique libérale de ville, j’ai trouvé refuge dans le privé, comme médecin salarié. Or, j’y ai découvert un véritable marché du « soin psy », parfaitement conforme aux tendances à la mode, au détriment de la réflexion clinique. Mais surtout, c’est là que jai réalisé comment l’idéologie de la « démarche qualité » dévitalise le soin. On contraint les forces vives à sattarder sur l’accessoire, à nourrir la machine informatique qui nous surveille par la même occasion, en en délaissant complètement le sens du soin. L’enjeu étant de se mettre en conformité avec les attentes de l’HAS, qui ne tarderait pas à nous envoyer ses « experts-visiteurs » pour contrôler notre degré dobéissance, en vue de la certification de notre établissement. Les experts ne s’en cachent d’ailleurs pas : « lobjectif est de vous approprier le langage de l’HAS ». Ce langage, issu du monde de l’entreprise, vide de sens et qui, opérant comme un poison, anéantit toute pensée critique : « projet », « pilote », « processus », « cartographie des risques » et autre « évaluation des pratiques professionnelles »…

Enfin, plus récemment dans mon cheminement, et après tous ces constats douloureux, j’ai réalisé qu’à différents niveaux de la hiérarchie des organisations dénoncées ici, les personnes en poste, sans vraiment se l’avouer, subissent souvent dans l’exercice de leur fonction souffrance et culpabilité. Et pour cause, leur éthique est attaquée, comme l’est leur savoir-faire, ce qui les « qualifie ». Certains résistent, comme ils peuvent, parfois par petites touches. D’autres, trop nombreux, restent englués dans la résignation, plus rarement collaborent. Je me situe dans la première catégorie.

Vers une délivrance ?

Javoue que j’en ai ressenti une forte amertume dans mes débuts et que le coup de la désillusion a porté. Jen étais venu à me dire qu’il ne m’était plus possible d’exercer mon métier dans un quelconque établissement et à envisager, la mort dans l’âme, ma reconversion professionnelle. Puis je me suis pris à rêver à un nouveau modèle de soins psychiatriques : un modèle coopératif.

Lidée est restée latente pendant un long moment, puis, soudainement, a ressurgi un récent matin en buvant mon café, à la lecture d’un encart dans le dernier hors-série du journal Politis (n° 69) intitulé « Économie sociale : le nouvel élan solidaire ». Parmi un certain nombre d’initiatives de coopération citoyenne, y figurait celle-ci : une société coopérative de soins, le centre de santé Richerand, première du genre sur le territoire français, venait d’ouvrir ses portes à Paris.

Métait-il alors à nouveau permis de rêver ? Si une telle initiative avait pu voir le jour, qu’est-ce qui empêchait de créer une forme de coopérative psychiatrique ? Bercé par cet espoir, je me suis laissé aller à imaginer une institution de soins qui, ne rentrant pas dans la définition d’un « établissement de santé », pourrait ainsi échapper au double contrôle en tenailles de l’ARS et de la HAS. En effet, l’ARS contrôle les financements des établissements publics de santé, dans une logique de réduction des coûts, mais également les autorisations d’implantation des établissements privés sur le principe de l’offre de marché public, selon les besoins qu’elle aura elle-même identifiés. Quant à lHAS, elle impose des normes de plus en plus contraignantes aux établissements publics comme privés, via des certifications par découpage de l’activité en « processus ».

Ainsi donc se dessine une voie d’issue de ce carcan mortifère. Après tout, j’ai rencontré de nombreux soignants engagés dans leur pratique clinique, souffrant d’une perte de sens de l’exercice de leur métier, comme j’ai rencontré de nombreux patients, souffrant de ne pas être écoutés, voire d’être rejetés ou abandonnés. Dès lors, il suffirait de proposer à tout ce petit monde de se retrouver au sein d’une institution respectant l’humain et sa parole, une institution émancipatrice de l’individu, quel que soit son statut au sein de la coopérative (salarié, bénéficiaire ou associé). Cette institution autogérée ignorerait toute velléité de profit financier. Il s’agirait de construire une gouvernance totalement démocratique, qui inclurait une réelle instance décisionnaire des bénéficiaires, ainsi qu’un financement transparent orienté vers l’équilibre entre les dépenses et les recettes. Les éventuels bénéfices seraient réinjectés en totalité dans les projets de la coopérative (comme c’est le cas au sein de la coopérative Richerand). Les salaires seraient encadrés pour tendre vers la meilleure équité possible. Or, le statut de société coopérative d’intérêt collectif (SCIC), statut existant depuis 2001 (sur lequel s’est fondée la coopérative Richerand), permet de répondre à de telles exigences. Et une ordonnance législative de janvier 2018 autoriserait désormais une SCIC à gérer un centre de santé non lucratif.

Jimagine, au sein de cette coopérative, l’articulation harmonieuse d’un centre de consultations et d’un centre socioculturel. Toute forme d’activité collective y serait basée sur le principe d’émancipation des individus. Ceci pourrait du reste être précisé dans une charte commune.

Pour cela, il faudrait à la fois implanter :

Des espaces de parole confidentiels sous forme de bureaux de consultation, où les patients seraient individuellement accueillis par des professionnels, en fonction de leurs besoins : psychiatres, psychologues, infirmier(e)s, travailleurs sociaux et médecins généralistes…

Des espaces de réflexion dont, entre autres, des réunions supervisées sur les pratiques de soin ainsi que des groupes de réflexion sur diverses thématiques sociétales, (réflexion alimentée par la mise à disposition d’une bibliographie construite collectivement).

Des espaces d’activité permettant de promouvoir les échanges relationnels au sein de pratiques collectives comme les arts (musique, arts plastiques, vidéo/cinéma, écriture, théâtre, danse…), mais aussi l’éducation populaire, en lien avec un réseau d’intervenants non soignants.

Des espaces pour la réalisation de projets collectifs à partir d’initiatives plus ou moins individuelles.

Des espaces collectifs de détente pour soigner la convivialité du lieu.

Un restaurant coopératif et bio en lien avec des associations (type AMAP, restaurants solidaires, associations d’aides aux réfugiés…) qui favoriserait l’ouverture sur le grand public pour parachever l’ensemble.

Ce centre devrait s’implanter au cœur de la cité, pour en faciliter l’accès et se montrer aux yeux de tous comme un modèle citoyen daccueil et de traitement humanistes de la folie. Et aussi rappeler haut et fort que la psychiatrie, comme le « vivre ensemble », n’est pas une science, mais bien un art. Mais assez rêvé dans mon coin, l’heure est désormais à la réflexion collective, car un tel projet ne peut émaner que de cette énergie solidaire. Vers une révolution culturelle en psychiatrie.

Fethi Bretel, psychiatre

 

Un délégué sans lien, ni conflit d’intérêt ?

Un délégué interministériel sans lien, ni conflit d’intérêt ?

Ce mercredi 10 avril, le professeur Franck Bellivier, a été nommé délégué interministériel à la psychiatrie. La création de ce poste inédit aurait pu réjouir les soignants de psychiatrie mais le choix d’un chercheur issu des neurosciences et proche de Fondamental les a profondément déçus voire révoltés. Un professionnel au fait de la psychiatrie de secteur et des soins aurait davantage convaincu et rassuré à un moment où la psychiatrie doit faire face à un présent particulièrement morose. Cette nomination apaisera-t-elle des soignants mobilisés contre le manque de moyens et l’absence de pensée du soin ? Il est permis d’en douter.

Pas de déclaration de liens d’intérêt

Tout psychiatre qui publie un article dans une revue ou qui participe à un groupe de travail (par exemple à la H.A.S.) est astreint à remplir des documents mentionnant ses éventuels liens et conflits d’intérêt. La loi oblige le médecin à être exhaustif. Le moindre repas offert, le moindre hébergement doivent apparaître. Il est permis de trouver cette volonté de transparence un tantinet obsessionnelle. Il n’empêche, tout personnel médical y est tenu.

Tous ? Non.

Le délégué interministériel à la santé dont le rôle politique a été mis en exergue par de nombreux commentateurs semble, à l’heure actuelle, en être dispensé. Est-ce normal ? S’il ne l’a pas fait diront les naïfs c’est qu’il n’en a pas. Les plus soupçonneux remarqueront que ses liens avec les laboratoires sont tus depuis bien longtemps. S’agit-il bien d’ailleurs de conflit d’intérêt ? Ses intérêts ne sont-ils pas les mêmes que ceux d’Astra-Zeneca et autres Servier ? Le silence alimente la suspicion c’est bien connu.

Non, non pas de lien d’intérêts

Que trouve-t-on sur Internet concernant notre nouveau délégué ? Le 23/12/2015, un article dont il est le co-auteur est mis en ligne : « Prévention et traitement : l’aide d’internet aux consommateurs de cannabis ».  Déclare-t-il des liens d’intérêt ? Non aucun. Cannabis, Internet, ces liens ne sautent pas aux yeux. La loi pourtant recommande… Taisez-vous ! Vous êtes de la vieille psychiatrie.

Continuons notre navigation. En 2013, deux ouvrages dont il est un des co-auteurs sont publiés :

-Les antidépresseurs, Ed. Lavoisier, collection « psychiatrie », Aout 2013. Il rédige le chapitre 14. Traitement des dépressions des troubles bipolaires.

-Les antipsychotiques, Ed. Lavoisier, collection « psychiatrie », Décembre 2013. On lui doit le chapitre 8 Les antipsychotiques dans les troubles bipolaires.

Il est difficile mais éthique, sur une telle thématique, d’être indépendant des laboratoires. Déclare-t-il avoir un conflit d’intérêt ? Non aucun conflit en lien avec le texte publié. La loi dit que … Ta gueule !

Et pourtant, un certain nombre de ses co-auteurs (Cottencin, Lançon, Limosin, Llorca, Rolland, etc.) déclarent des liens d’inégales importances avec différents laboratoires pharmaceutiques. Il ne nous importe pas de savoir s’ils sont exhaustifs ou non. Ils déclarent et Bellivier, notre futur délégué ne le fait pas. J’ai relu son texte pour vérifier. Lorsqu’il écrit en fin d’article : « Au contraire, le profil d’efficacité dans les épisodes dépressifs est très variable d’une molécule à l’autre, avec une spécificité qui se dessine en faveur de la quiétapine » il le fait en tant qu’expert indépendant ou en tant que chercheur lié à Astra-Zeneca ? On peut décider que la formule est prudente, peu affirmative, qu’elle l’engage peu. On peut aussi s’étonner.

Vraiment pas de liens d’intérêt ?

Il n’en a peut-être vraiment pas ?

Le 6 juin 2013, à Strasbourg, au Palais des Congrès, 111ème Congrès de Psychiatrie et de Neurologie de Langue Française, qui voit-on intervenir au Symposium des Laboratoires Otsuka, entre 11h45 et 13h15 ? Le Pr. Bellivier lui-même sous le titre : « Valeur pronostique et fonctionnelle de la symptomatologie résiduelle dans les troubles bipolaires »

Oh oh ! Il aurait donc tu ses liens avec un laboratoire ? Quelle confiance lui accorder ? Comment les usagers très sensibles à ce genre de cachotteries vont-ils réagir ?

En fait si, un peu mais pas beaucoup

L’encéphale est une revue sérieuse et un peu austère. Notre futur délégué écrit dans l’article : « Déficits cognitifs des troubles bipolaires : repérage et prise en charge » (L’Encéphale (2012) Supplément 4, S151-S154) : « F. Bellivier : Conférences : invitations en qualité d’intervenant (AstraZeneca, Bristol-Myers Squibb, Eli Lilly, Lundbeck, Otsuka) ; Conférences : invitations en qualité d’auditeur – frais de déplacement et d’hébergement pris en charge par une entreprise (AstraZeneca, Bristol-Myers Squibb, Eli Lilly, Lundbeck, Otsuka). Les liens sont reconnus en 2012 mais pas en 2013 ?

Un peu de transparence

Que dit la loi ? « Article L4113-13· Modifié par LOI n°2016-41 du 26 janvier 2016 – art. 115. « Les membres des professions médicales qui ont des liens avec des entreprises et des établissements produisant ou exploitant des produits de santé ou avec des organismes de conseil intervenant sur ces produits sont tenus de faire connaître ces liens au public lorsqu’ils s’expriment sur lesdits produits lors d’une manifestation publique, d’un enseignement universitaire ou d’une action de formation continue ou d’éducation thérapeutique, dans la presse écrite ou audiovisuelle ou par toute publication écrite ou en ligne. Les conditions d’application du présent article sont fixées par décret en Conseil d’Etat. Les manquements aux règles mentionnées à l’alinéa ci-dessus sont punis de sanctions prononcées par l’ordre professionnel compétent. »

Franck Bellivier, clairement, ne la respecte pas toujours. On peut s’en moquer, considérer que l’on n’est pas concerné. Mais si on le fait, ça a du sens.

Chacun (ou presque, le fichier excel ne facilite pas la lecture) peut de toute façon s’en faire une idée en consultant la base de données publique « Transparence – Santé » qui précise, pour chaque type de lien d’intérêts (conventions, avantages en nature et en espèces et rémunérations), l’identité des parties concernées, la date, le montant, la nature de chaque avantage dès lors que le montant de l’avantage et de la rémunération est supérieur ou égal à 10 euros. Les informations contenues dans la base de données publique Transparence – Santé sont issues de déclarations réalisées par les entreprises. Elles sont mises à jour sur le site deux fois par an et y restent accessibles pendant cinq ans. Les entreprises sont responsables de l’exactitude des contenus publiés. Ainsi le 3 juin 2012, notre futur délégué a-t-il perçu une série d’avantages du laboratoire Servier : 124 euros de transport, 892 euros d’hébergement et 700 euros d’inscription à un congrès. Pas de quoi fouetter un chat. On est très loin d’une retraite chapeau. Qui se ferait acheter pour une somme aussi modique ? Même multipliée ?  Il n’empêche, ça fait tâche, ça alimente le doute.

Une nécessaire clarification

Un lien d’intérêt n’est pas un conflit d’intérêt. Lorsque l’on est un expert reconnu, il est difficile de ne pas avoir de liens d’intérêt avec les laboratoires pharmaceutiques. Ces liens n’aliènent pas forcément l’indépendance du chercheur. L’absence de transparence nourrit par contre toutes les interprétations. Le délégué interministériel à la psychiatrie qui est sûrement quelqu’un de très honnête, au vu des enjeux, ne doit pas prêter le flanc au soupçon. Eclairez-nous !!!

Dominique Friard

Printemps de la psychiatrie

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Politiques insensé(e)s…

Assemblée Nationale, mardi 19 mars 2019. Débat à l’issue de la projection du documentaire de Gérard Miller et Anaïs Feuillette : « La folie à l’abandon », diffusé ce mercredi 20 mars 2019 sur France 3 à 23h50. Propos étranges concernant la psychiatrie.

A l’issue de la projection du documentaire « la folie à l’abandon » faisant un état des lieux de l’abandon des usagers, des familles et des professionnels du soin psychique, Martine Wonner, députée LREM d’Alsace et psychiatre a pu énoncer clairement, distinctement, qu’elle était pour « qu’il y ait moins de psychiatres », pour en finir « avec la toute-puissance psychiatrique », pour réformer le financement de la psychiatrie sur la base de « projets innovants » ; qu’elle était aussi pour lancer une énième Mission parlementaire sur la psychiatrie… Rappelons tout de même que lors de la dernière Mission d’Information sur la Santé Mentale (décembre 2013) conduite par Denys Robiliard, une des propositions était d’en finir avec la somme toujours plus conséquente de rapports sur la psychiatrie… Nombre inversement proportionnel aux décisions cohérentes prises ces vingt dernières années dans le champ de la psychiatrie au sens large (à tous les âges de la vie, sous toutes ces formes de prise en charge : sanitaire, social, médico-social…).

Ainsi donc, cette nouvelle antipsychiatrie gestionnaire se montre à visage découvert et va trouver comme alliés de circonstance les intérêts de lobbys privés en tout genre : firmes, vendeurs de nouvelles panacées, think tank néolibéraux

Dans le même temps, à l’image de la maison de la solidarité des gilets jaunes de Commercy, sont détruits les liens de solidarité qui unissent les citoyens dans les lieux de soin et dans les lieux publics.

C’est contre cette antipsychiatrie gestionnaire que nous nous lèverons demain pour le printemps de la psychiatrie. Contre les psychiatries sécuritaires et normalisantes soumettant toujours plus les psychiatrisés à des pratiques indignes.

Contre le silence entourant les délocalisations toujours plus forcées de populations malades en Belgique. Population malade rebaptisée « handicapées » pour que le scandale soit mieux étouffé. Nous plaçons les personnes malades loin de chez elles, coupées de tout lien de proximité. Les conseils généraux, la sécurité sociale financent ces structures des milliers d’euros par mois pour chaque personne délocalisée, dans l’indifférence…

Depuis de nombreuses années, la mode n’est plus à la construction de structures pouvant accueillir dignement les personnes dans l’Hexagone. La mode est à les mettre à la rue en créant des « équipes mobiles précarité » pour aller vers les personnes malades à la rue. La mode est à créer des services psychiatriques au sein des prisons plutôt que d’empêcher que les personnes malades aillent en prison et qu’elles soient prises en charge plus tôt. La mode est à placer les personnes sans solution dans des hôtels miteux où les marchands de sommeil touchent une grande partie des AAH et des APL des personnes malades. La mode est à tenir des discours anti institution et pro inclusion pour ne pas créer de structures pour les personnes qui en ont réellement besoin.

Toutes ces modes sont à vomir. Elles sont une honte quotidienne. Mais la honte n’est pas endossée par celles et ceux qui la crée. Elle est endossée par les soutiers du quotidien.

Nous n’en pouvons plus de devoir compter, de devoir prioriser, de devoir choisir qui nous pouvons abandonner sans soin, qui nous pouvons laisser crever dehors faute de place, faute de temps, faute de disponibilité, faute de fric.

Cette honte est décuplée, elle se mue en colère, elle se transforme en révolte quand nous entendons, comme hier, autant de bêtises de la part d’élus de la nation… Autant de mots renversés, de concepts retournés qui font toujours plus la part belle aux logiques financières déshumanisantes.

C’est cette haine feutrée, sourde n’acceptant pas de parole contraire, n’acceptant pas d’être contrariée par le réel, cette haine hautaine qui provoque la violence et la colère. Colère pour être du côté de la vie et non de la haine mortifère qui se fait projet politique.

Dernier exemple en date, la ministre de la santé n’est pas contre l’idée d’augmenter encore l’âge du départ en retraite… Dans quel monde vit-elle ? Rencontre-t-elle souvent des gens en recherche d’emploi qui, à 55 ans se font jeter car trop vieux, trop chers, trop peu disruptifs ?

On nous prend vraiment pour des idiots.

Ce que nous vivons est violent. Nous ne nous laisserons pas détruire par les marchands de sommeil politique, par cette antipolitique qui s’exprime partout dans la société, dans le champ de la psychiatrie et ailleurs.

Soulevons-nous collectivement pour mettre un terme au saccage de la société et à ce système qui nous balance des pavés de condescendance dans la gueule tous les jours.

Soulevons-nous pour nos enfants, pour nos vieux, pour tout le monde pour que la honte se retourne et change de camp.

Soulevons-nous pour ne pas, pour ne plus rester à terre.

RDV ce jeudi 21 mars pour le printemps de la psychiatrie

 

Pourquoi le printemps de la psychiatrie ?

L’objectif est de lancer un mouvement large dans le temps sous une forme inédite : usagers, familles, professionnels citoyens intéressés. L’enjeu est d’ouvrir de nouveaux possibles pour le soin, l’accompagnement des personnes ayant des troubles psychiques, à tous les âges de leur vie, dans toutes les structures qu’elles pratiquent : que ce soit des lieux de vie, des structures ambulatoires, qu’elles soient des enfants, des adultes, des personnes âgées.

Le constat est une aggravation progressive et intense des conditions d’accueil, de soins et d’accompagnement des publics concernés depuis une vingtaine d’année avec des effets délétères accélérés depuis dix ans. L’insupportable a germé tout au long de ces années, dans les pratiques de plus en plus contraignantes et sécuritaires.

Pour se passer de la psychiatrie et de la psychiatrisation accrue de la société, encore faudrait-il mettre le paquet sur tous les échelons précédents : créer des liens sociaux forts dans la société, avoir une politique de prévention majeure, accessible et disponible rapidement et facilement. Traiter les problèmes sur les scènes où elles émergent et ne pas rendre les individus responsables de ces problèmes comme ce qu’il se passe actuellement dans le monde du travail.

Métaboliser la colère, le désespoir en luttes micropolitiques dans les pratiques et macropolitique dans la société française.

Il nous faut donc tout penser et tout faire en même temps. La tâche est énorme mais nécessaire : penser à partir des pratiques pour instituer du nouveau. Penser à partir des impasses de la société présente et notamment le premier qui nous concerne tous : le manque de temps.

Le temps est devenu un outil de discipline pour empêcher de penser, pour être dans une urgence permanente, dans une accélération destinée à rattraper les supposés « retards ». Ne sommes-nous pas en avance sur l’absence de sens donné individuellement et collectivement à l’existence ?

Ne sommes-nous pas en avance sur la saturation du temps pris pour ne pas vivre correctement ?

Nos revendications portent sur :

  • Les DROITS INALIENABLES de tout citoyen : à l’égalité, au respect, à la dignité quelque soit la situation sociale, sanitaire, psychique ou politique des personnes.
  • Le TEMPS : avoir le temps de travailler, de bien travailler, de se soigner, de soigner et prendre soin, du souci accordé à autrui. Nous sommes en retard sur le temps à prendre pour vivre et exister sereinement, décemment.
  • Le SENS de ce que sont devenus les soins psychiques, de ce que sont devenus les métiers accueillant la détresse, la souffrance et la maladie. Pour les problèmes humains il faut d’abord et avant tout des humains à qui parler et pas uniquement des techniques.
  • L’IMAGINATION nécessaire qu’il faut mobiliser dans les métiers s’occupant des humains à contrario de l’imaginaire étriqué d’aujourd’hui.
  • Le MODELE DE SOCIETE que nous voulons : une société qui inclut réellement et non pas qui exclut sous prétexte de « politiques inclusives ». Inclusion dans la société ordinaire quand cela est possible, inclusion dans un milieu protégé et dans des institutions réellement accueillantes quand cela est nécessaire.
  • La TRANSPARENCE face aux conflits d’intérêt des lobbys de la santé mentale, des laboratoires pharmaceutiques, des vendeurs de « nouvelles méthodes »
  • La mise en question des INSTITUTIONS, de ce qu’elles deviennent dans ce climat d’étouffement économique, financier, autoritaire, maltraitant.
  • La LANGUE et sa nécessaire adéquation entre les discours et les actes : contre les éléments de langage, pour une pensée complexe qui avance au fur et à mesure des problèmes qui se posent.
  • Les MOYENS nécessaire pour que la relation humaine soit ce qui compte le plus dans les soins.

A poursuivre…

Mathieu Bellahsen